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Full text of "Biographie universelle ancienne et moderne, ou, Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes : Ouvrage entièrement neuf"

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in 2010 witii funding from 

University of Ottawa 



http://www.arcliive.org/details/biograpliieuniam74mich 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 
ANCIENNE ET MODERNE 

SUPPLÉMENT. 



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MEU^MOZ. 



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PAlilS. — IMPRIMERIE DE BRUXEAU, 

Bue Croix-des-Petits-Champs, 53. 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE!, 
ANCIENNE ET MODERNE. 

SUPPLÉMEINT, 

oo 

SUITE DE l'histoire , PAR ORDRE ALPHABETIQUE , DE LA VIE PUBLIQUE 
ET PRIVÉE DE TOUS LES HOMMES QUI SE SONT FAIT REMARQUER PAR 
LEURS ÉCRITS, LEURS ACTIONS, LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU 
LEURS CRIMES. 

OUVRAGE ENTItREMEKT NEUF, 

RÉDIGÉ PAR UNE SOCIF-TÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS. 



On doit des i-gards aux viv.ints ; un ne doit aux inort.s 
que la \érilé.{VoLr. ,ffremière Letli-e surOKiiiyie.) 



TOME SOIXANTE-QUATORZIÈME. 




A PARTS, 

CHEZ L.-G. MICHAUD, ÉDITEUR, 

RUE DU HASARD-RICHELIEU , 13, 

1843. 




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SIGNATURES DES AUTEURS 

DU SOIXANTE-QUATORZIÈME VOLUME. 





MM. 




MM. 


A. 


De Barante. 


F— T— E. 


De la Fontenelle. 


A— n. 


Artaud. 


G— G— Y. 


De Grégory. 


A— I. 


H. AUDIFFRET. 


G— s. 


GuiLLON (Aimé). 


A— T. 


x\LBy (René). 


G R— D. 


GUÉRARD. 


B— D— E. 


Badicbe. 


G— RY. 


Grégory (J.-C). 


B F S. 


BoKAFors. 


G T— R. 


Gauthier. 


B H— D. 


Bernhahd. 


G— Y. 


Gley. 


B— P. 


De Bealchamp. 


H— F. 


HiTTORF. 


B— BS. 


BOINVILLIERS. 


H— Q— N. 


Hennequin. 


B— c. 


BKAt'UEC. 


L. 


Lkfebvre-Cauchy. 


B V— E. 


De Blosseville (Ernest). 


L — c — .1. 


Lacatte-Joltrois. 


C— AD. 


Catteau-Calleville. 


LÉ E. 


LÉPLNE. 


C. G. 


Cadet-Gassicourt. 


L M X. 


J. Lamourei'x. 


C— L— B. 


De Combette - Labol- 


L—p— E. 


Hippolyte de la Porte 




relie. 


L — s — d. 


Lesodrd (Louis). 


C — t-^. 


COLLOMBET. 


L— Y. 


LÉCUY. 


C— p. 


Gap. 


M— A. 


Meldola. 


D— B— s. 


Dubois (Louis). 


M— D j. 


MicHAUD jeune. 


D K8. 


Després. 


M— G— R. 


Miger. 


D— G. 


Depping. 


M ON. 


Marron. 


D G— s. 


Desgenettbs. 


OZ— M. 


OZASAM. 


D— H— E, 


Dehèque. 


p— c— T. 


Picot. 


Ih—L—T. 


De Laplace. 


P.I.— T. 


Prospei- Levot. 


D— N. 


Dampmarti». 


P OT. 


Pahisot. 


D— P— C. 


DUPARC. 


P— RT. 


PaiLBERT. 


D R R, 


DUROZOIR. 


P— S. 


PÉRIÈS. 


D— X. 


Decroix. 


B— n. 


Reinaud. 


D — z. 


Desprez (Uippolyte). 


R— D— s. 


Renauldin. 


D— «— s. 


Dezos de la Roqcette. 


S— I). 


SUARD. 


E— s. 


Eli-RIÈS. 


S. S— I. 


Simosde-Sismondi. 


F— A. 


FORTIA d'UrBAN. 


S— T. 


De Stassart. 


F. D. c. 


Feuillet de Cosches. 


T— D. 


Tabaraud. 


F— LB. 


Fatollk. 


U— I. 


Ustéri. 


F— H. 


FiCHON. 


W— s. 


Weiss. 


F.— p. 


De Firmas-Périès. 


Z. 


Anonyme. 


F. P-wr. 


Fabien Pillbt. 







BIOGRAPHIE 



UNIVERSELLE. 



SUPPLEMENT. 



M 



MEULAN (le comte Théodore 
de), général, né à Paris en 1777, 
d'une famille noble, fut, px-esque au 
soriir de l'enfance, entraîné par des 
circonstances personnelles à faire le 
voyage deCayenne. Atteint, à son re- 
tour en France, par la première cons- 
cription, il s'éleva de grade en grade, 
sei-vit successivement dans linfanterie 
et la cavalerie, fut attaché comme 
aide-de-camp au général Baraguey 
d'Hilliers, montra la plus grande bra- 
voure dans les guerres d'Italie, d'Al- 
lemagne, et surtout en Espagne où 
il fut grièvement blessé. Il parvint 
alors au grade de major, et obtint le 
titre d'officier de la Légion-d Hon- 
neur. En 1813, il fut nommé com- 
mandant du dépôt des prisonniers de 
guerre anglais à Verdun, et inspira 
aitx officiers qu'il avait sous sa garde 
une telle estime , que , de peur de le 
compromettre, ils le suivirent tous à 
Blois et à Guéret, lorsqu'on fut obli- 
gé, en 1814, d'éloigner ces prison- 
niers du théâtre de la guerre. Rendus 
à la liberté, ils adressèrent au comte 
de Meulan , pour lui témoigner leur 
reconnaissance, une lettre fort hono- 
rable, et lui firent présent d'une épée. 
Après la restauration , en 1814, il 

LXXIV. 



fut nommé commandant de l'école 
militaire de la Flèche, où il laissa de 
vifs regrets quand le retour de Bona- 
parte le força d'abandonner son poste. 
Il donna, dès-lors, à la cause des 
Bourbons toutes les preuves de dé- 
vouement qui dépendaient de lui, 
tenta de se rendre en Angleterre et 
fut incarcéré à Rouen. A la fin de 
1815, le duc de Feltre ayant été rap- 
pelé au ministère de la guerre, le 
comte de Meulan y devint chef de 
division chargé du personnel. Maré- 
chal-de-camp en 1817, il présida 
le conscd de révision de la pre- 
mièie division militaire. Après la 
révolution de 1830, il obtint le com- 
mandement du département de la 
Lozère, et mourut à Mcnde, le 20 
novembre 1832. Le comte de Meulan 
était chevalier de Saint-Louis et com- 
mandant de la Légion-d'IIonneur. Sa 
sœur avait épousé M. Guizot (voy. ce 
nom, LX VI, 293). M— d j. 

AIEUXIER (l'abbé Jeak-Antoise), 
né à Châlons-sur-Saùne , le 30 juin 
1707, eut le bonheur d'intéresser 
l'homme bienfaisant qui, à cette épo- 
que, était prieur de Saint-Laurent, 
l'un des faubourgs de Châlons. Ad- 
mis jeune au collège, il fit de rapides 
1 



2 MED |4|| # 

progrès, et obtint une place gratuite 
au séminaire des oratoriens, grâce aux 
nouvelles sollicitations de son protec- 
teur. Meunier avait exprimé son dé- 
sir d'entier dans cette congrégation, 
lorsque l'évêque de Châlons, Madot, 
voulut apprécier par lui-même un 
sujet auquel la voix publique prodi- 
guait tant d'éloges, et lui donna, pour 
le conserver , un canonicat dans la 
collégiale de Saint-Georges. Sûr de 
son existence, et maître de consacrer 
des heures nombreuses à l'étude , 
Meunier partagea ses jours entre les 
devoirs du chœur et les travaux du 
cabinet. Plusieurs années après, Ma- 
dot vint l'enlever à cette vie unifor- 
me, obscure, mais douce, et réclamer 
l'appui de son zèle et de ses talents. 
Le prélat, fatigué d'une circonspection 
que la pohtique lui avait long-temps 
imposée, s'était mis en guerre ouverte 
avec les Jésuites. Les plaintes de 
ceux-ci furent accueillies par l'ancien 
évêque de Mirepoix. Un tel juge ne 
pouvait que paraître redoutable. L'ab- 
bé Meunier partit pour défendre à 
Paris l'évêque de Châlons. Des lettres 
confidentielles lui furent remises 
pour le célèbre abbé Couturier. Ce 
général des sulpiciens, à fonnes gros- 
sières, mais d'un esprit supérieur, et 
d'une pénétration exercée , devina le 
mérite du négociateur. Une estime 
mutuelle amena bientôt l'affection et 
la confiance. Couturier, sans cesse 
poursuivi par des demandes, et sou- 
vent perdu dans le dédale des in- 
trigues, se félicita de la rencontre 
d'un homme qui ne laissait entrevoir 
aucun désir ambitieux, et fit tous ses 
efforts pour le retenir à Paris ; mais 
l'abbé Meunier, plus sensible aux 
offres de travaux qu'à celles de digni- 
tés, hâta son retour à Châlons, où 
Madot le récompensa par le prieuré 
de Sainl-Martin-des-Champs. Ce bé- 



nëfice, peu distant des portes de la 
ville, ne produisait cependant qu'un 
modique revenu. Ce fut là qu'après 
deux années de travail et de retraite, 
Meunier acheva la traduction de l'A- 
pologétique de Tertullien. La copie de 
ce tableau si connu respire la force et 
la chaleur de l'original, sans en avoir 
la dureté. Couturier combla son ami 
d'éloges, l'appela à Paris et prit le 
soin d'assurer à son travail le suf- 
frage des membres les plus illustres 
et les plus éclairés de l'Église. L'ar- 
chevêque de Lyon et l'évêque d'Ar- 
ras firent présenter à l'abbé Meunier 
des lettres de grand-vicaire, qu'il eut 
la modestie de refuser. A son départ, 
la voitme publique lui donna Jean- 
Jacques Rousseau pour compagnon. 
Un attrait réciproque rapprocha 
promptement deux âmes élevées. La 
liaison formée entre l'écrivain su- 
blime et le prêtre érudit fut d'abord 
si intime qu'ils passèrent trois jours 
ensemble dans la solitude de Saint- 
Martin. Personne ne fut admis à trou- 
bler des épanchements dont l'un et 
l'autre conservèrent des souvenirs 
ineffaçables. A peine l'abbé Meunier 
avait-il renoué la chaîne de ses de- 
voirs, de ses études et de ses goûts 
champêtres , que l'amitié vint de 
nouveau la rompre. Le marquis d'I- 
vergni soutenait, au parlement de 
Dijon, un procès dans lequel sa for- 
tune se trouvait fort compromise. 
A cette nouvelle , Meunier se met en 
route, arrive le soir même à Dijon, 
descend chez l'avocat de son ami , 
passe la nuit au travail, et publie, 
dès le lendemain, un mémoire qui 
entraîne l'opinion des juges. L'élo- 
quence du plaidoyer ayant attiré l'at- 
tention du premier président, M. de 
la Marche, l'avocat eut la noble fran- 
chise de renvoyer les éloges à l'ec- 
clésiastique venu de Châlons. Le 



MEU 

président voulut connaître l'homme 
qu'il proclamait un phénomène et lui 
voua une amitié qui ne se démentit 
jamais. Ce magistrat, admirateur pas- 
sionné de Voltaire , avait été admis 
dans son intimité. L'abbé Meunier se 
trouva ainsi naturellement rapproché 
du dictateur de la république des 
lettres, et une correspondance assez 
régulière s'établit entre eux. A chaque 
lettre venue de Châlons, Voltaire s'é- 
criait : « Un épais curé de village a 
" deviné le naturel , l'enjouement et 
« la grâce de style des courtisans les 
« plus polis du siècle de Louis XFV». 
Lorsqu'à de courts intervalles la mort 
eut moissonné M. de la Marche, Vol- 
taire et Rousseau, l'abbé Meunier 
trouva des consolations dans la piété. 
Une fluxion de poitrine, occasionnée 
par les actes d'une charité fervente, 
l'enleva le 20 octobre 1780. Sa mort 
fut celle d'un sage et d'un chrétien. 
Il a laissé : L Une Traduction de 
l'Apologétique de Tertullien^ publiée 
par A.-FL Dampmartin, Paris, 1822, 
m-12. IL Traduction des six premiers 
livres des Commentaires de César. III. 
Les attaques de l'incrédulité repoussées 
par les écrits de saint Jugustin. IV. 
Recherches sur l'Histoire de Chnlons- 
sur-Saône, D — x. 

MEUXIER ( Hugues -Alexaxdhe- 
JosEPn), général français, naquit à 
Montlouis , dans les Pyrénées-Orien- 
tales, le 23 novembre 1758. INommé 
sous-lieutenant dans le 27" régiment 
(Lyonnais) avant d'avoir accompli sa 
dixième année , il parvint, six ans 
après, au grade de lieutenant. Meu- 
nier était, en 1781, au siège de Ma- 
hon, et, en 1782, à celui de Gibral- 
tar qui fut tenté inutilement par les 
Espagnols. Il fut fait chevalier de 
Saint-Louis en 1791 , passa peu de 
temps après dans le 34* régiment, 
et partit pour l'armée du Nord, avec 



MEU 3 

le grade de lieutenant-colonel. Chargé 
par Dumouriez d'assurer, à la tête du 
troisième bataillon des grenadiers de 
la réserve, la retraite de l'armée, de 
Grand-Pré àSainte-MenehouId, il sut 
maintenir l'ordre dans sa troupe, mais 
ne put empêcher le désordre des au- 
tres corps (v. DuMouTKiEz, LXIII, 158). 
Il reçut alors une blessure qui le priva 
de l'usage du bras gauche. Le grade 
de colonel et un cheval tout équipé 
que lui envoya le ministi'ede la guerre 
Beurnonville furent la récompense de 
ses exploits. Créé général de brigade, 
en 1793, il commanda les hgnes de 
Pont-à-Marck, de Mons-en-Puelle et 
la citadelle de Lille. Il passa ensuite à 
l'armée de l'ouest, où il combattit les 
Vendéens, sous le général Hoche, et 
contribua au rétablissement de la 
paix. Membre de la Légion-d'IIon- 
neur dès la création , il reçut les in- 
signes de commandant le 26 prairial 
an XII (1804). Ce fut sur la proposi- 
tion de Meunier que Berthier orga- 
nisa le dépôt général de la guerre et 
forma le corps des ingénieurs-géo- 
graphes, qui devint la pépinière des 
meilleurs officiers de l'état-major. 
Après avoir été successivement inspec- 
teur-général des dépôts de la grande 
armée, commandant du département 
de la Méditerranée, puis de la suc- 
cursale des Invalides à Louvain, Meu- 
nier fut appelé, le 1" juillet 1812, à 
duiger l'école militaire de Saint-Cyr, 
fonctions qu'il exerça jusqu'au 10 
août 1814. A cette époque, il fut 
nommé lieutenant-généial par Louis 
XVIII, et chargé du commandement 
de la 12" division militaire. Le 12 
mars 1815, il fut mis à la retraite, 
malgré ses réclamations et quoiqu'il 
ne fût âgé que de 56 ans. Il accepta, 
en avril de la même année, le com- 
mandement de La Flèche ; mais il 
perdit cet emploi au second retour 

1. 



4 MED 

de Louis XVIII. Le général Meunier 
se retira alors à Poitiers, où il mou- 
rut en février 1832. On a de lui : 
Évolutions par brigades, ou Instruc- 
tion servant de développement aux 
manœuvres de ligne i7idi(]uées dans les 
règlements, ouvrage dédié au duc de 
IJerri, Paris, 1814, in-8<», avec 16 
planches. A — y. 

MEUR (Vi>CE:iT de), né, en 1628, 
à Tonguedec, paroisse de l'évêché 
de Tréguier, et appartenant à une 
famille noble et ancienne de ce pays, 
embrassa fort jeune l'état ecclésias- 
tique. Une place d'aumônier qu'il 
obtint à la cour de Louis XIV, sur la 
demande d'un de ses frères, officier 
dans la maison du roi, lui eût facile- 
ment aplani les voies à de hautes 
dignités dans l'église, pour peu qu'il 
eût eu d'ambition. De Meur renonça 
de bonne heure à ses fonctions d'au- 
mônier, pour se joindre à d'autres 
prêtres qui désiraient vivre dans la 
pratique des vertus chrétiennes, et 
qui le secondèrent dans la fondation 
du séminaire des Missions-Étrangères. 
Cette petite société, connue seulement 
des 12 membres qui la composaient, 
s'assemblait, d'abord, dans une maison 
située rue de la Harpe. De Meur eut 
occasion d'y connaître le P. de Rho- 
des, lors du voyage que ce jésuite fit^ 
en 1652, à Paris, dans le but d'y 
chercher des missionnaires pour le 
Tonquin. Le P. de Rhodes visita la 
société naissante, et de Meur ne tar- 
da pas à contracter avec lui une 
liaison qui lui inspira le désir de sui- 
vre ce religieux dans ses missions 
lointaines, il crut qu'avant tout, il 
fallait établir à Paris une maison d'où 
sortiraient des auxiliaires propres à 
faire réussir et à continuer l'entre- 
prise du P. de Rhodes ; mais , divers 
empêchements l'ayant contraint d'a- 
joixrner l'exécution de son projet, il 



MED 

se détermina, en 1657, à faire avec 
un de ses amis un voyage à Rome 
pour y visiter les tombeaux des 
saints apôtres. Ils accomplirent leur 
pieux pèlerinage à pied, le sac sur 
le dos, vivant d'aumônes, ne cou- 
chant que dans les hôpitaux et même 
bien souvent en plein air. Retenu 
plusieurs mois à Marseille par la 
crainte qu'inspirait aux capitaines de 
navires la peste régnant à Gênes , 
de Meur arriva à Rome beaucoup 
plus tard qu'il ne s'y était attendu. 
Le pape Alexandre VII auprès duquel 
il fut admis, l'engagea fortement à 
poursuivre son œuvre, et lui donna 
l'assurance qu'il l'aiderait à triom- 
pher de toutes les difficultés qu'on 
pourrait lui susciter. Fort de cet ap- 
pui, de Meur revint en France en 
1658. Il était à peine de retour à 
Paris, qu'il prit ses grades par l'ordre 
de son directeur, et reçut le titre de 
docteur en Sorbonne. Sa thèse de 
licence, qu'il dédia au pape Alexan- 
dre VII, et qu'il soutint en présence 
du nonce-cardinal Piccolomini et de 
l'assemblée du clergé, alors réunie à 
Paris, lui valut un bref de remercî- 
ment de S. S. Le premier il accusa 
de schisme ceux qui niaient que le* 
cinq propositions condamnées se 
trouvassent dans Jansénius, et encou- 
rut ainsi la haine et les persécutions 
de ses adversaires. Des obstacles 
qu'il ne put surmonter ne lui ayant 
pas permis d'entrer dans les missions 
étrangères, il s'adjoignit un grand 
nombre d'ecclésiastiques, et tous pra- 
tiquèrent en France le ministère que 
de Meur s'était proposé de rena- 
plir hors de son pays. Non content 
de prêcher chaque jour, il institua^ 
dans les différentes provinces qu'il 
parcourut, des conférences destinées 
à l'instruction du clergé des diocèses. 
A ces enseignements il ajouta lins- 



MEU 

truction des confesseurs, auxquels il 
servit de modèle, et qui le trouvèrent 
toujours disposé à résoudre les diffi- 
cultés qu'ils crurent devoir lui sou- 
mettre. Ces travaux multipliés ne 
l'empêchèrent pas de diriger les mis- 
sions auxquelles il coopérait. Son zèle 
et son mérite déterminèrent ses con- 
frères à l'appeler, en 1664, aux fonc- 
tions de supérieur du séminaire des 
Missions-Étrangères, à la fondation 
duquel il avait si efficacement contri- 
bué. Dans un voyage qu'il fit l'année 
suivante en Bretagne, où il venait de 
perdre son père et son frère, il oublia 
ses intérêts matériels, et consacra le 
temps de son séjour à Tonguedec, 
dont il était seigneur, à donner une 
mission que présida le P. Maunoir. 
« Un docteur de Sorbonne, nommé 
a M. de Meur , supérieur du sémi- 
" naire des Missions-Étiangéres , et 
« fort connu en Bretagne sous le 
« nom de prieur de Saint-André, dit 
u l'auteur de la vie du P. Maunoir, 
» l'attendait avec une troupe de mis- 
« sionnaires, pour le mener à la pa- 
« roisse de Tonguedec oii il était né, 
" et oii il voulut travailler sous ses 
« ordres. » A l'expiration de sa supé- 
liorité, de Meur alla visiter le tom- 
beau de la vénérable mère Margue- 
rite du Saint-Sacrement, carmélite de 
Beaune; puis il fit une mission dans 
le diocèse d'Autun, et une autre dans 
la ville épiscopale. La fatigue que ces 
missions lui causèrent le mit dans un 
état qu'il regarda comme l'avant-cou- 
reur d'une mort prochaine. Afin de 
s'y mieux préparer, il resta, pendant 
tout un carême, en retraite chez les 
chartreux de Dijon, s'imposant une 
abstinence qui aggrava encore sa si- 
tuation. Obligé de se rapprocher de 
Paris, pour conférer avec Pallu, évé- 
quc d' Héliopolis et vicaire apostoli- 
que du Tonquin, son ancien ami, il 



MEU 



3 



se rendit à Auxerre, oîi il passa en- 
core huit ou dix jours en solitude. 
Étant allé de là à Vieux-Cbâteau-en- 
Brie, où, deux ans auparavant, il avait 
donné une mission, son état empira, 
et il mourut le 26 juin 1668. Son corps 
fut inhumé dans le lieu où il était dé- 
cédé, et son cœur, apporté plus tard 
dans l'église des Missions-Étrangères, 
construite en 1683, fut placé sous 
une table de marbre qui portait cette 
inscription : Domini Vincentii de 
Meur cor plane apostolicum. Un des 
membres du séminaire des Missions, 
Brisacier le jeune, composa une épi- 
taphe latine en l'honneur de ce reli- 
gieux. P. L — T. 

MEUUIEll ou Mûrier (Gabriel), 
philologue et grammairien, était d'A- 
vesnes dans le Ilainaut, où il na- 
quit vers 1530. Obligé de chercher 
des ressources dans l'exercice de ses 
talents, il choisit le dur métier de pé- 
dagogue, et, pendant près de cin- 
quante ans, donna des leçons de fran- 
çais, d'anglais, de flamand et d'es- 
pagnol. Il habitait Anvers, et l'on 
conjecture qu'il y mourut au commen- 
cement du XVIP siècle. On trouve 
la liste de ses ouvrages, au nombre 
de douze, dans les Mémoires littéraires 
de Paquot, II, 8, éd. in-fol. Il suffit 
de citer sa Grammaire française^ An- 
vers, 1557, in-12; et son Diction' 
naire flamand- français , ibid. , 1568, 
in-S". Mais on recherche surtout l'ou- 
vrage suivant : Recueil de sentences 
notables et dictons communs, prover- 
bes et refrains, trad. du latin (de l'i- 
talien et de l'espagnol), Anvers, 1568, 
in-12. Cette compilation a été réim- 
primée sous ce titre : Trésor des sen- 
tences dorées, proverbes et dictons 
communs, avec le Bouquet de philo- 
sophie morale, par demandes et par 
réponses, Lyon, 1577, in-t6; Rouen, 
1578 ou 1579; Paris, 1582, in-12. 



6 



MEU 



Toutes ces éditions sont égalcuicnt 
rares. W — s. 

MEURIS (Amablk-Josepu) exer- 
çait à Nantes la profession de fer- 
blantier, quand son courage bien 
connu appela sur lui l'attention des 
gardes nationaux de cette ville, qui 
le nommèrent, au mois d'octobre 
1792, commandant du troisième ba- 
taillon de la Loire-Inférieure. Les 
Vendéens marcbant sur Kantes, au 
mois de juin de l'année suivante, 
Meuris s'offrit pour aller, avec son 
bataillon, défendre le passage de 
Nort, dont la garde offrait le plus 
d'importance. Au moment de se ren- 
dre au poste périlleux qu'il avait sol- 
licité, Meuris, le drapeau tricolore 
dans une main et une épée nue dans 
l'autre, forma son bataillon en carré, 
lui lut la lettre du comité central de 
Nantes qui agréait son offre, et lui fit 
jurer de mourir pour fhonneur du 
drapeau. Le 24 juin, il était à Kort, 
attendant un corps de l'armée ven- 
déenne commandé par d'Elbée, que 
l'on savait se diriger sur ce point 
pour prendre à revers le camp de 
Saint-Georges, seul obstacle que ce 
corps d'armée s'attendît à rencontrer ; 
et après l'occupation duquel, maître 
de tous les points , il attaquerait 
Kantes par les routes de Paris, Ren- 
nes et Vannes. Les Vendéens, au nom- 
bre de quatre mille, et pourvus d'une 
forte artillerie, se présentèrent le 27 
juin, à quatre heures du soir, devant 
Nort pour traverser l'Erdre; Meuris 
n'avait a leur o|)poser que 500 hom- 
mes et deux pièces de campagne. En 
vain les Vendéens cherchaient un gué. 
Ils perdaient un temps précieux, et 
cependant ils n'osaient se hasarder à 
traverser une rivière qui leur sem- 
blait partout trop profonde, lors- 
qu'une fertime, échappée de Nort, 
leur indiqua un endroit guéable. Le 



MEU 

feu durait depuis quatorze heures; 
les volontaires de Meuris avaient é- 
puisé leurs munitions. Des cavaliers 
vendéens, portant en croupe quel- 
ques fantassins, se jetèrent dans l'Er- 
dre. Le feu des républicains s'était 
forcément ralenti , les cartouches 
manquaient, et pourtant les volon- 
taires nantais ne cédaient pas un 
pouce de terrain. Meuris avait pré- 
vu que retarder la marche de d'El- 
bée sur Nantes, ce serait diviser les 
forces de l'armée royale et sauver 
cette ville. Les volontaires reçurent à 
la baïonnette les premiers Vendéens 
assez audacieux pour gagner le riva- 
ge opposé; mais la masse de leur 
corps d'armée les suivait. Les vo- 
lontaires furent bientôt enveloppés. 
Les morts servaient de rempart à ceux 
qui combattaient encore. De ce nom- 
bre était Meuris, qui animait les siens 
par son exemple et ses paroles. Quand 
il vit que sa mission était accomplie 
et qu'une plus longue résistance don- 
nerait lieu à une boucherie désor- 
mais inutile, il serra autour de son 
drapeau, dont les Vendéens avaient 
inutilement cherché à se rendre 
maîtres, les quarante-deux hommes 
qui restaient de son bataillon, et ren- 
tra avec eux à Nantes, où la vue de 
ces braves, tout couverts de sang, de 
sueur et de poussière, électrisa la po- 
pulation accourue sur leurs pas. L'obs- 
tacle suscité par Meuris sauva Nantes, 
dont il empêcha l'attaque simultanée 
par tous les corps de l'armée ven- 
déenne; car, lorsque, le 29 juin, 
Charettc et Cathelineau engagèrent 
le combat sur les ponts, on s'y porta 
avec un empressement qui, pendant 
quelque temps, eut pour résultat de 
ne laisser que de faibles forces sur 
les routes de Vannes, Rennes et Pa- 
ris où la coopération de d'Elbée eût 
alors été décisive. • Il avait été re- 



MEU 

« tardé dans sa marche, dit Lebou- 
« vier - Desmortiers dans sa Vie de 
« Charette, par l'attaque de Nort, que 
« défendaient quatre cents républi- 
« cains du 3* bataillon de la Loire- 
« Inférieure, commandés par un fer- 
■ blantier de Nantes, nommé Meu- 
«• ris. D'Elbée n'avait pas voulu lais- 
• ser ce poste, qui pouvait l'in- 
« quiéter sur ses derrières , et il 
» comptait l'emporter du premier 
« assaut. ') Meuris, qui s'était cou- 
vert de gloire dans ce combat où la 
mort l'avait miraculeusement épar- 
gné, fut tué, le 14 juillet suivant, 
dans un duel pour xm vain propos. 
Il était âgé de 35 ans. Il ne put re- 
cueillir sa part des récompenses que 
la commune de Kantes, par une ridi- 
cule parodie de l'antiquité, vota en 
faveur de ses frères d'armes, en ac- 
cordant des chemise?, des bas et des 
souliers à ceux qui justifièrent de 
leurs besoins. P. L — t. 

* MEUSXIER de la Place (Jean- 
Baptiste-Marie-Charles), né à Tours 
le 19 juin 1754, fut envoyé de bon- 
ne heure à Paris pour y faire ses 
études, qu'il dirigea principalement 
vers la connaissance des sciences 
exactes. Entré dans le génie militaire, 
il ne tarda pas à s'y faire distinguer 
par des plans utiles et des inventions 
ingénieuses. Malgré sa jeunesse, le 
gouvernement ne craignit pas de 
l'employer aux travaux de Cherbourg, 
et les talents dont il y fit preuve jus- 
tifièrent cette confiance. A peine âgé 
de 30 ans, et n'étant encore que lieu- 
tenant en premier au corps royal du 
génie, il fut élu membre de l'Acadé- 
mie des sciences, section de géomé- 
trie. Il avait atteint le grade de lieu- 
tenant-colonel dans cette arme lor» 
de la révolution de 1789. La répu- 
tation méritée dont il jouissait le fit 
passer, dès 1792, au grade de géné- 



MEU 7 

rai de division, et c'est en cette qua- 
lité qu'il défendit, au commencement 
de l'année suivante, le fort de Kœ- 
nigstein, qu'il ne rendit aux Prus- 
siens qu'après la plus vive résistance. 
Échangé presque aussitôt, Meusnier 
entra dans Mayence, dont l'ennemi 
ne tarda pas à faire le siège. On lui 
confia la défense du fort de Cassel , 
sur la rive droite du Rhin, dont les 
fortifications n'étaient pas alors ce 
qu'elles sont devenues depuis. Cepen- 
dant il la dirigea avec son habileté 
accoutumée ; mais , l'ennemi ayant 
tenté une attaque sur l'île Saint-Pier- 
re, au milieu du fleuve, entre Cassel 
et Biberick, Meusnier s'y porta, y 
eut la cuisse emportée par un boulet 
de canon, le 13 juin 1793, et succom- 
ba quatre jours après aux suites de 
cette blessure. Les débris de l'armée 
de Mayence ayant passé à Tours pour 
aller combattre la Vendée, les conci- 
toyens de Meusnier honorèrent sa 
mémoire par une pompe funèbre qui 
eut lieu le 27 août 1793, et le géné- 
ral Aubert du Eayet s'y rendit l'in- 
terprète de tous ses compagnons 
d'armes. Xavier Audouin, qui avait 
recueilli ses cendres dans une urne, 
en fit depuis hommage au départe- 
ment d'Indre-et-Loire, où elles sont 
conservées. On a de lui : I. Mémoire 
sur la courbure des surfaces, lu à l'A- 
cadémie des sciences les 14 et 21 fé- 
vrier 1776; imprimé au tome X 
des savants étrangers, p. 477, avec 
2 pi. II (avec Lavoisier). Mémoire où 
l'on prouve, par la décomposition de 
l'eau, que ce fluide n'est point une 
substance simple, et qu'il y a plusieurs 
moyens d'obtenir en t/rand lair in- 
flammable qui y entre comme principe 
constituant, lu à l'Académie des scien- 
ces, le 21 avril 1777; il se trouve im- 
primé dans le recueil de ses Mémoi- 
res, année 1780, avec une planche. 



MEY 



MEY 



III. Description d'un appareil propre 
à manœuvrer différentes espèces d'air 
dans les expériences qui en exigent 
des volumes considérables , imprimée 
dans les recueils de l'Académie des 
sciences, année 1782, page 465 des 
Mémoires et page 3 de l'Histoire, 
avec deux planches. IV. Mémoire sur 
les moyens d'opérer l'entière combus- 
tion de l'huile et d'augmenter la lu- 
mière des lampes, en évitant la for- 
m.ation de la suie à laquelle elles 
sont ordinairement sujettes; imprimé 
dans le même recueil, année 1784, 
page 390. Si les hasards de la guerre 
n'avaient pas enlevé Meusnicr à l'âge 
de 39 ans, tout porte à croire que les 
sciences exactes l'auraient compté au 
nombre des savants qui, dans notre 
siècle, leur ont fait faire tant de pro- 
grés. Meusnier était à-la-fois géomè- 
tre, physicien, chimiste et mécani- 
cien. C'est à lui que l'on doit la ma- 
chine qui a servi à fabriquer les assi- 
gnats. La Bévue rétrospective ( t. IX , 
p. 77) a publié une notice inédite de 
Monge, sur les travaux de son élève. 
M. Fayolle a inséré YÉloge de Meus- 
nier dans le t. VI des Saisons du Par- 
nasse, p. 2l0. L — s — D. 

IVIEY (Jeam de), théologien pro- 
testant, né, en 1617, à Middelbourg, 
enZélande, y mourut en 1678. Outre 
plusieui's ouvrages hollandais re- 
cueillis à Middelbourg, en 1681, et 
réimprimés à Delft, 1709, 1 vol. in- 
fol., Mey a publié Physiologia sa- 
cra; c'est une explication de tous 
les passages du Pentateuque qui ont 
trait à la connaissance de la nature ; 
la troisième édition a paru à Mid- 
delbourg, 1661, in-4°. Cet ouvrage 
estimé est très-utile pour l'étude de la 
théologie. M — o>. 

MEYER (.Ieax -Baptiste) naquit 
à Mazamet près Castres, le 13 oct. 
1750, d'une famille de négociants. Il 



avait débuté dans le barreau, lors- 
que la révolution éclata. Il en em- 
brassa les principes avec ardeur, ce 
qui le fit choisir, en septembre 1792, 
par le département du Tarn, pour 
siéger à la Convention nationale, où 
il vota pour la mort de Louis XVI , 
sans appel et sans sursis. Il fit ensuite 
partie du Conseil des Cinq-Cents, de 
celui des Anciens et du Corps légis- 
latif, ne se distingua dans aucune 
de ces assemblées, et revint dans ses 
foyers en 1803. A l'époque des 
Cent-Jours de 1815, Meyer, par fai- 
blesse ou par conviction, signa Y Acte 
additionnel aux constitutions de l'em- 
pire. r.anni , comme régicide , en 
1816, il se réfugia en Suisse, et ha- 
bita successivement les villes de Cons- 
tance et de Saint-Gall. Il revint en 
France au mois de septembre 1830, 
et y termina son existence, le 18 
octobre suivant, à l'âge de quatre- 
vingts ans , après avoir légué le 
beau domaine qu'il avait dans le dé- 
partement de l'Aude, à l'hospice de 
Carcassonne, et celui de Vintrou, 
département du Tarn, à> la ville de 
Mazamet, pour fournir à l'établisse- 
ment et à l'entretien d'une école d'en- 
seignement mutuel. C — ^L — b, 

MEYER , officier-général hel- 
vétien au service de France , était 
né à Lucerne en 1765. il entra 
en 1784 dans un des régiments des 
gai'des-suisses. Lorsqu'ils furent con- 
gédiés en 1792, il passa à l'armée du 
centre, en qualité d'aide-de-camp de 
Lafayette. Nommé ensuite adjoint à 
l'état-major de l'armée des Pyrénées, 
ses talents et sa bravoure lui méritè- 
rent le grade d'adjudant-général et 
l'estime de Dugomniier ( voy. ce 
nom, Xn , 160). En 1795, il de- 
vint général de brigade, et conti- 
nua de prendre part aux succès des 
armées fi'ançaises le long de cette 



MEY 

fiontière. Après la paix de Bâle , 
il fut envoyé à l'armée des Côtes de 
l'Océan, et, en 1798, à celle d'Ita- 
lie. Il se trouvait en 1799 dans Man- 
toue lorsque cette place capitula ; il 
en sortit comme prisonnier de guer- 
re, et fut conduit par Vérone, Pletz, 
Tarvis, Villach, Clagenfurt, Saint- 
Veit , Judenbourg , Knittelfeld et 
Léoben , jusqu'en Hongrie. Revenu 
en France, après la paix de Lunéville, 
il fut chargé par le gouvernement 
consulaire de conduire des secours en 
Egypte; mais les événements s'oppo- 
sèrent à ce qu'il s'acquittât de cette 
mission. Quand l'expédition de Saint- 
Domingue fut résolue, Meyer eut un 
commandement dans l'armée qui 
avait Leclerc pour chef ( voy. ce 
nom , XXIII , 517 ) ; et , au com- 
mencement de 1803 , il succomba 
aux fatigues de cette guerre désas- 
treuse. On a de lui : Lettres fa- 
milières sur la Cariiititie et la Sljric, 
adressées à madame Bianchi de Bolo- 
gne, par un officier-général français , 
prisonnier de guerre en Autriche, 
1799, Léoben, Paris, an IX (1800), 
in-S". L'éditeur, qui ne nomme pas 
l'auteur, dit qu'il ne l'a jamais connu, 
et qu'il ne doit qu'au hasard la pos- 
session du manuscrit qu'il publie ; il 
espère qu'on lui saura gré de lavoir 
fait paraître; nous sommes de ce sen- 
timent. Meyer décrit bien, et sans em- 
phase, les pays pittoresques qu'il a 
traversés; il donne sans prolixité des 
détails intéressants sur leurs habi- 
tants, sur les villes, sur leur histoire, 
sur l'industrie. Comme il a suivi la 
route que prit l'armée d'Italie dans 
la mémorable campagne de 1797, 
la vue des lieux illustrés par des faits 
aussi remarquables lui fournit l'oc- 
casion de les raconter. Enfin on trouve 
dans ce petit ouvrage un excellent 
récit de la conspiration tramée en 



MEY 9 

Hongrie en 1794, et qui échoua par 
le concours d'événements presque in- 
croyables (voy. Martinovicz, XXVII, 
332). Les réflexions de Meyer mon- 
trent qu'il était doué d'une grande 
sagacité, d'un goût fin et délicat en 
littérature et dans les beaux-arts. Ce 
qui fait surtout honneur à son carac- 
tère, c'est le témoignage qu'il rend aux 
grandes qualités de Marie-Thérèse 
et de Joseph II, et la généreuse sym- 
pathie qu'il manifeste pour les infor- 
tunes de la comtesse d'Artois , qui 
vivait retirée à Clagenfurt en Carin- 
thie, quand il passa par cette ville. 
E— s. 
MEYER (Jonas-Daniel) naquit à 
Arnheini, dans le pays de Gueldre, le 
15 sept. 1780. Après avoir fait ses 
études de droit à l'université d'Ams- 
terdam, il devint juge d'instruction 
au tribunal de première instance de 
cette ville, membre du conseil-géné- 
ral du département du Zuiderzée, 
sous le gouvernement français; di- 
recteur de la Gazette officielle, en 
1808; membre de l'administration 
provisoire de la ville d'Amsterdam, 
lors de la restauration, et secrétaire 
de la commission chargée, en 1815, 
de rédiger la loi fondamentale des 
Pays-Bas. Meyer acquit, dans ces dif- 
férentes fonctions, la réputation d'un 
homme aussi intègre qu'éclairé. Il re- 
nonça depuis à tous ses emplois , et 
reprit sa place au barreau d Amster- 
dam. Lorsque l'ex-roi Louis- Napo- 
léon revendiqua le pavillon de Har- 
lem , contre le roi des Pays-Bas , il 
choisit pour avocat Meyer, dont le 
playdoyer, fait à cette occasion, passe 
pour un chef-d'œuvre. Les autres 
écrits de ce jurisconsulte eurent un 
grand succès, et le firent associer aux 
plus célèbrffe académies de l'Europe. 
Meyer mourut à Amsterdam, le 6 
décembre 1834. On a de lui : I. Du- 



10 



MEY 



bia de doctrina Thomœ Payneii^etc.y 
Amsterdam, 1796, in - 8°. C'est la 
thèse qu'il soutint pour être reçu 
avocat. II. Essai sur cette question : 
L'appréciation morale d'une action 
peut-elle entrer en considération quand 
il s'agit d'établir une loi pénale? Ams- 
terdam, 1804, in-8". III. Mémoire 
sur cette question : Déterminer le 
principe fondamental de l'intérêt, les 
causes de ses variations et ses rapports 
avec la morale, Amsterdam, 1808, 
10-8°. Ce mémoire fut couronné par 
l'Académie du Gard. IV. Piincipessur 
les questions transitoires , considérées 
indépendamment de toute législation 
positive, et particulièrement sous le 
rapport de l'intioduction du Code Na- 
poléon, Amsterdam et Paris, 1813, 
in-8''. V. Lettre d'un Néerlandais à 
i Observateur de Bruxelles, sans nom 
d'auteur, La Haye, 1815, in-8''. VI. 
De la nécessité d'une haute Cour pro- 
visoire dans les Pays-Bas , La Haye, 
1817, in-8^ VII. Esprit, origine et 
progrès des institutions judiciaires des 
principaux pays de l'Europe , La 
Haye, 1818, 5 vol. in-8''; un 6' vol. 
parut en 1823, Paris et Amsterdam, 
sous le titre de : Résultats. Comme 
philologue, Meyer a publié un Mé- 
moire sur l'origine de la différence 
relative à l'usage de la langue fla- 
mande ou wallonne dans les Pays- 
Bas, imprimé dans le t. III des nou- 
veaux Mémoires de l'Institut des 
Pays-Bas. — Mever (Jean-Henri), ami 
de Goethe, né à Stufa, sur le lac de 
Zurich , le 16 mars 1759, directeur 
de l'Institut libre de Weiniar, mort à 
léna, le 14 oct. 1832, fut éditeur 
des œuvres deWinckelmann et auteur 
de l'Histoire des arts du dessin chez 
les Grecs. Z. 

* MEYERBERG (v(pe: jVIa^xr- 
BERG, XXVII, 622). Quand nous avons 
rédigé , en 1820, l'article de ce diplo- 



MEY 

mate , nous avons écrit son nom tel 
qu'on le lit en tête de son livre. En 
1827, Frédéric Adelung , que la 
science a perdu récemment, eut la 
bonté de nous envoyer un ouvrage 
qu'il venait de publier en allemand, 
et qui est intitulé : Augustin, baron de 
Meyerberg et son voyage en Bussie, 
avec un recueil de vues, de costumes, 
et d'autres dessins qu'il recueillit dans 
ce voyage, Saint-Pétersbourg, 1827, 
grand in-8'', et atlas oblong. Ce 
livre contient beaucoup de particula- 
rités qu'il importe de faire connaître. 
Meyerberg était probablement né en 
Silésie, en 1612, et se nommait de 
Mayern ou Meyern. On sait que, sous 
le règne de Ferdinand III (1637 à 
1657), il remplit les fonctions de 
conseiller à la cour d'appel de Glo- 
gau. Léopold I" l'employa dans l'ad- 
ministration des finances en Silésie. 
Ensuite l'ayant appelé à Vienne, il le 
nomma conseiller aulique, et, comme 
il reconnut sa capacité, lui confia 
plusieurs missions. Il l'envoya suc- 
cessivement en ambassade aux trois 
électeurs ecclésiastiques, à l'archiduc 
Ferdinand-Charles en Tyrol, au sul- 
tan Mahomet IV , au jeune Ragotsky, 
prince de Transylvanie, à Sophie Ba- 
thory, sa veuve , au grand-duc de 
Russie, à Jean -Casimir, roi de Polo- 
gne, à Michel Wiesnowiecki, son suc- 
cesseur, au chapitre de l'église cathé- 
drale de Wurtzbourg, à Lothaire- 
Frédéric de Metternich, électeur de 
Mayence , enfin à Christian V, roi de 
Danemark et de Norvège. En 1666, 
trois ans après son retour de Russie, 
Mayern fut créé baron de Meyerberg: 
puis, en 1679, admis dans l'ordre 
équestre des États de l' Autriche-Infé- 
rieure. Bientôt il se retira des affai- 
res et passa, dans la retraite, à Vien- 
ne, le reste de sa vie, qui fut pénible 
pour lui par suite des pertes que fi- 



MEY 

rent éprouver à sa fortune les rava- 
ges commis sur ses terres, dans les 
invasions des Turcs. Il mourut le 23 
mars 1688, et fut enterré dans lé- 
glise paroissiale de Saint-Michel. Son 
épitaphe, conservée dans l'Histoire de 
Vienne, par Hormayr, est le seul do- 
cument qui renferme les principaux 
événements de sa vie. Car, ainsi que 
l'observe Adelung , « on ne trouve 
« nulle part le moindre renseigne- 
« ment sur son caractère et ses qua- 
« lités personnelles, mais on voit ai- 
« sèment, par la relation de son voya- 
« ge, qu'il était très-instruit, éloquent, 
« prudent, ferme à soutenir les droits 
« et la dignité de son souverain. Si 
« d'ailleurs nous remarquons, dans 
« son excellent ouvrage, beaucoup de 
« prévention contre la Russie, et une 
« méfiance injuste envers les grands 
« de ce pays, nous devons l'excuser 
« en songeant à l'ignorance absolue 
« des peuples de l'Europe occiden- 
« taie relativement à la Russie ». 
Meyerberg ne laissa que trois filles; 
de sorte que sa famille est éteinte 
dans la ligne masculine. Il avait em- 
mené en Russie Jean-Rodolphe Storn 
ou Storno, artiste habile qui dessina 
pour lui tout ce qui lui sembla inté- 
ressant dans cette contrée alors si 
peu connue. Ces dessins étaient de- 
venus, on ne sait comment, la pro- 
priété de la bibliothèque royale de 
Dresde. Adelung , instruit de leur 
existence, décida sans peine le comte 
Nicolas Pétrovitch Romanzoff, pro- 
tecteur bienveillant des lettres , à 
les faire copier, à ses frais , et ils 
furent ensuite lithographies. Leur 
réunion forme l'atlas qui n'est pas la 
partie la moins curieuse de l'ouvra- 
ge d' Adelung. Le volume manuscrit 
de la bibliothèque de Dresde qui les 
contient est composé de 131 feuillets 
in-fol., et intitulé : Pictura itineris le- 



MEY 



11 



gatorum S, C. M. Leopoldi, M.Augus- 
tini de Mayern et Wilhelmi Calvucci 
ad Riissorum imperatorem Alexiuni 
Michaelovitz, jussu dom. de Meyern a 
pictore aulico studio confecta. Unicum 
in orbe exemplar. Aucun texte n'ac- 
compagne ces dessins : on lil seule- 
ment, au bas de chacun, l'explication 
en allemand de ce qu'il représente; 
vraisemblablement elle a été écrite 
par Meyerberg lui-même. Le nom du 
dessinateur se lit sur quelques feuil- 
les. Ces dessins, que l'on ne doit ju- 
ger que comme de simples ébau- 
ches , annoncent un homme très- 
exercé et expert dans son art. Comme 
plusieurs feuilles offrent deux, et 
parfois trois dessins, le nombre total 
de ceux-ci est de deux cent cinquan- 
te. On n'a copié, en général, que 
ceux qui concernent la Russie, la 
Courlande et la Livonie; l'atlas con- 
siste donc en 64 feuilles , qui repré- 
sentent cent vingt-huit sujets. Ce sont 
les costumes des différentes classes 
d'habitants, des scènes qui caracté- 
risent leurs usages , des portraits , 
des vues de villes, de paysages , d'é- 
difices, notamment de Moscou. Tous 
ces dessins sont bien composés, por- 
tent l'empreinte de l'exactitude , et 
sont fidèlement copiés. Ils ont été 
faits à la plume et achevés à l'encre 
de Chine avec le pinceau. L'explica- 
tion détaillée que donne Adelung de 
chaque sujet est très-instructive. Le 
volume de texte est terminé par un 
morceau fort intéressant , intitulé .- 
Extrait du Journal du voyage fait par 
Engelbert Kœmpfer à la cour de Russie 
et à Astrakhan en 1683. « J'ai inséré 
« dans ce volume, dit Adelung, l'ex- 
■' trait du voyage du célèbre Kaemp- 
« fer en Russie (voy. K«mfer, XXII, 
" 200), parce que, suivant toutes les 
« apparences, il ne sera jamais im- 
« primé. " E — s. 



12 



MEY 



MEYERINGH (Albert), pein- 
tre et graveur d'Amsterdam, naquit 
en 1645, et fut élève de son père, 
artiste médiocre, qui enseigna son 
art à ses fils Albert et Henri. Vou- 
lant se perfectionner , Albert Meye- 
ringh se rendit en France , puis en 
Italie , où , pendant un séjour de 
dix ans, il ne cessa d'étudier la belle 
nature du pays et les chefs-d'œuvre 
de ses artistes. Arrivé à Rome sans 
la moindre ressource, il fut obligé, 
pour vivre, de se livrer aux travaux 
les plus pénibles ; mais sa persévé- 
rance fut récompensée; il se fit en- 
fin connaître et obtint de nom- 
breuses commandes. Il se lia d'une 
étroite amitié avec Glauber, célèbre 
paysagiste, et ils revinrent tous deux 
en Hollande, où on leur confia l'exé- 
cution d'un grand nombre de ta- 
bleaux et de plafonds. La facilité que 
Meyeringh déploya dans ces travaux, 
et surtout dans la peinture de la 
salle à manger du château de Sœts- 
dyck, appartenant à la reine d'Angle- 
terre Marie, excita l'admiration, et ne 
nuisit en l'ien à leur mérite. Cette 
promptitude d'exécution est cause 
qu'il a produit une quantité consi- 
dérable de tableaux, qui se font re- 
marquer par une distribution agréa- 
ble et une belle couleur. Plusieurs 
sont remplis d'une foule innombra- 
ble de pei'sonnages. On estime par- 
ticulièrement ceux où il a représenté 
des vues de châteaux avec des bos- 
quets et des figures dans le goût an- 
tique. Il a gravé, d'une pointe lé- 
gère, une suite de dix paysages hé- 
roïques, d'après ses compositions. Ce 
sont, en général, des sites monta- 
gneux, ornés de sujets tirés de la 
fable ou de l'histoire. On peut en 
voir le détail dans le Manuel des 
Amateurs. Il mourut dans sa ville 
natale, le 17 juillet 1714. P — s. 



MEY 

MEYFFRET (Aughstin) , né, en 
1770, à Saint-Tropez (Var), avait en- 
viron vingt ans quand il débuta dans 
la marine marchande. Il fit deux cam- 
pagnes dans le Levant, en qualité de 
volontaire et de second capitaine. A 
son retour en France, Meyfïret entra 
dans la marine de l'État, et s'embar- 
qua, comme aidc-timonnier, le 20 
février 1793, sur la frégate ta Mi- 
nerve. Il ne tarda pas à se faire re- 
marquer de ses chefs, et, quelque 
temps après, il obtint le grade d'as- 
pirant de deuxième classe. Nommé 
enseigne de vaisseau, le 28 novem- 
bre 1796, il fut embarqué sur le 
chébec le Saint-Pierre, et combattit, 
entre la Corse et l'île d'Elbe, trois 
corsaires anglais qui furent obligés 
de prendre la fuite. Nommé succes- 
sivement au commandement du lou- 
gre le Bonaparte et de l'aviso le Fri- 
maire, affectés au service de l'armée 
d'Italie, il donna des preuves de cou- 
rage dans différents combats, notam- 
ment dans celui qu'il livra devant le 
port de Quieto, dans l'Adriatique, 
contre une flotte autrichienne escor- 
tant un convoi. Cette affaire eut pour 
résultat la prise de plusieurs bâti- 
ments du convoi. Embarqué, le 30 
septembre 1798 , sur le vaisseau 
le Généreux, Meyffret prit part aux 
combats que ce vaisseau eut à sou- 
tenir contre la flotte turco-russe, près 
de Corfou, et mérita, par sa bra- 
voure, les éloges du commandant Le- 
joille. En 1802, il fit partie de l'expé- 
dition dirigée contre Saint-Domin- 
gue, en qualité de commandant d'une 
goélette. A la suite de plusieurs en- 
gagements que Meyffret eut avec 
les insurgés , l'amiral Emériau le 
mit à l'ordre du jour de l'armée. 
Attaché, en 1804, à la flottille 
de Boulogne , il prit successive- 
ment le commandement de plu- 



MEY 

sieurs canonnières sur lesquelles il 
livra différents combats à des fré- 
gates et à d'autres bâtiments anglais. 
Promu au grade de lieutenant de 
vaisseau , il ftit embarqué , le 1 9 
juillet 1806, comme lieutenant chargé 
du détail, sur la frégate la Manche. 
Pendant la croisière qu'il fit dans les 
mers de l'Inde, sous les ordres du com- 
mandant Hamelin, il se trouva , jus- 
qu'en 1810, à divers combats soutenus 
avec succès contie des forces anglaises 
souvent supérieures. De ce nombre 
fut la glorieuse affaire dn Grand-Port, 
dans laquelle deux fi-égates fran- 
çaises, commandées par le capitaine 
de vaisseau Duperré , aujourd'hui 
amiral, prirent ou brûlèrent quatre 
frégates anglaises. De retour en Fran- 
ce, il fut nommé capitaine de fré- 
gate, le 3 juillet 1811, et embarqué 
successivement comme second sur 
les vaisseaux le Majestueux et le 
Breslaw, et sur la frégate la Gala- 
tée, où il consolida de plus en plus 
la réputation qu'il s'était acquise. 
Nommé, pendant les Cent- Jours , 
au commandement du fort Caire , 
appelé le petit Gibraltar, dans la 
rade de Toulon, il parvint, par son 
énergie , à maintenir la subordina- 
tion et le bon ordie au milieu d'une 
population exaltée par le retour de 
jNapoléon. Après avoir été employé, 
comme sous -directeur, aux mouve- 
ments du port, il fut admis à la re- 
traite, le 19 mars 1833, avec le 
grade de capitaine de vaisseau. Meyf- 
fret mourut le 9 mars 1839. il était 
chevalier de Saint-Louis et de la 
Légion-d'Honneur. P. L — t. 

MEYNIER (Honorât) naquit à 
Pertuis, près d'Aix, vers 1570. On a 
peu de détails sur sa vie; seulement, 
on sait qu'après avoir servi pendant 
trente-six ans, et avoir pris part aux 
guerres de religion et de la Ligue, 



MEY 



13 



las du service, dont il n'avait retiré 
aucun avantage, il se mit à composer 
un assez grand nombre d'ouvrages 
sur différentes matières. On voit, par 
des vers qu'il adressa à J.-B. Gar- 
nier, qu'il avait conservé, dans un 
âge avancé , tout le feu de sa jeu- 
nesse et son ardeur guerrière. Il a 
laissé les ouvi-ages suivants : L L'a- 
rithmétique (THonorat Meynier, en- 
richie de ce que les plus doctes ma- 
thématiciens ont inventé de beau et 
d'utile en la divine science des notn- 
bres, soit pour les marchands, thréso- 
riers ou Jinancien, et autres receveurs 
des deniers, soit pour les géomètres et 
chefs d'armées, en ce qui concerne les 
munitions et ordonnances de batailles, 
tant aux formes que nos anciens les 
ont practiquées, comme en celles qui 
se practiquent aujourd'hui en France, 
en Hollande, en Allemagne, en Es- 
pagne et autres nations; ensem.ble la 
réfutation des maximes nouvelles de 
Simoti Stewin de Bruges. Paris, Fran- 
çois Huby, rue Saint-Jacques, à la 
Bible d'or, et en sa boutique, au Pa- 
lais, en la g a lier ie des Prisonniers, 
1614, in-4''. Cet ouvrage, oublié au- 
jourd'hui, eut alors un grand succès. 
Ceux qui ont écrit après Meynier, 
dans le même genre, ont beaucoup 
profité de ses recherches. II. Principe 
et progrès de la guerre civile opposée 
aux gouverneurs de la Provence, les 
comtes de Grignan, de Tende, de 
Sommerive, etc., Paiis, 1617, in-8". 
Cet ouvrage historique, le meilleur 
et le plus connu de ceux que Mey- 
nier a composés, commence à la 
mort de François I", en 1547, sous 
le comte de Grignan, gouverneur de 
Provence, et finit en 1592. IIL Rè- 
gles, sentences et maximes de fart 
militaire, et tes remarques du sieur 
Meynier sur le devoir des simples 
soldats et de leurs supérieurs, Paris, 



14 



MEY 



1617, in-S". L'auteur expose, avec 
beaucoup de sens et de netteté, les 
devoirs des militaires de chaque 
{jrade, depuis le simple soldat; tou- 
tefois, il omet le maréchal, bien 
qu'il parle du connétable. Il dit, dans 
l'épître dédicatoire adressée à Louis 
XIII, « qu'il avait remis a ce prince 
« une arithmétique apphquée à l'art 
u mihtaire, qui avait eu l'honneur 
« de lui plaire ; et il ajoute, qu'il a 
« rédigé, par écrit, tout ce peu de 
« connaissances qu'il a pu acquérir 
« en l'art miUtaire, durant le temps 
« qu'il avait eu l'honneur de porter 
u les armes ». On voit aussi, dans 
l'avertissement placé en tête de 
ce livre, qu'il s'était occupé d'un 
grand ouvrage sur la tactique mili- 
taire, les fortifications, etc. IV. Des 
mélanges de poésies, pubUés en 1634, 
mentionnés dans les Vies manuscrites 
de Colletet. V. Les demandes curieu- 
ses et les réponses libres, et un Aver- 
tissement sur la noblesse française. 
De ces deux ouvrages cités par Bayle, 
le premier, publié en 1635, roule 
sur des matières de politique et de 
guerre ; au dire de ce grand critique, 
il contient des raisons et des exem- 
ples qui n'ont rien de rare, mais 
qui ne laissent pas d'être pleins de 
bon sens. VI. Nouvelles inventions de 
fortifier les places contre la puissance 
cTassaillir par traversées , galeries, mi- 
nes, canons et autres machines de 
guerre, présentées au roi, le tout pré- 
senté par figures gravées en taille- 
douce, par Crespin Le Pas le jeune, 
avec la devise Palma labori; Paris, 
Nicolas Roussel et Julien Jacquin, 
1636, in-fol. VII. Un recueil de poé- 
sies françaises et provençales, inti- 
tulé : Le bouquet bigarré, d'Honorat 
Meynier, natif de la ville de Pertuis, 
dédié a monseigneur le marquis d'O- 
raison, vicomte de Cadenet, avec la 



MEY 

devise Palma labori; Àix, Jean To- 
losan, 1608. Si l'on en croit Colletet, 
Meynier mourut en 1638. P. L — t. 
MEYNIER (Charles), peintre 
d'histoire, naquit à Paris, le 24 no- 
vembre 1768. Son père, qui avait 
beaucoup d'enfants, le destinait à la 
profession de tailleur ; mais le jeune 
Charles, se sentant du goût pour les 
arts du dessin, aima mieux entrer 
chez un graveur en taille-douce, 
nommé Chotïard ( voy. ce nom , 
VIII , 420 ). Quoiqu'il' y fît de ra- 
pides progrès, son plus grand désir 
était de devenir peintre ; et un de 
ses frères aînés, Meynier Saint-Phal, 
acteur de la Comédie - Française , 
voulut bien le placer à ses frais dans 
I atelier de l'académicien Vincent, 
qui jouissait alors d'une brillante ré- 
putation. Plein de zèle et de cons- 
tance, Meynier mit si heureusement 
à profit les leçons de son maître, 
qu'au bout de quatre ans, en 1789, 
il remporta le grand prix de pein- 
ture, ce qui lui valut l'avantage de 
partir pour Rome, en qualité de pen- 
sionnaire du roi. Ce fut durant son 
séjour dans cette ville, qu'il dessina 
avec une ôdélité scrupuleuse les 
plus beaux ouvrages de la sculpture 
antique, et fit de ces précieuses étu- 
des une collection nombreuse, dont 
il ne voulut jamais se défaire, quel- 
ques sommes qu'on lui en donnât. 
De retour en France, à l'époque de 
la terreur, il passa une partie de ce 
temps affreux à composer en silence 
un grand nombre d'esquisses, dans 
l'intention d'en faire un jour de 
grands tableaux; et après le 9 ther- 
midor, ne craignant plus autant les 
dénonciations auxquelles les élèves 
de Vincent étaient en butte, il s'em- 
pressa de mettie à exécution une 
partie de ses projets. Le nombre de 
ses productions est trop grand, pour 



MEY 

que nous puissions en donner ici la 
liste complète ; nous nous bornons à 
rappeler celles qui obtinrent le plus 
de succès : 1° Androclès reconnu par 
le lion; 2° Milon de Crotone ; 3° Té- 
lémaque dans l'île de Calypso ; ce 
tableau, de moyenne grandeur, fut 
acheté par M. Fulcliiron, et cité avec 
éloge dans le rapport de l'Institut 
sur les prix décennaux ; 4° Apollon^ 
Uranie , Clio , Polymnie , Erato et 
Calliope, tableaux commandés par 
Boyer - Fonfrède, de Toulouse ; 5" 
Le 76' de ligne retrouvant' ses dra- 
peaux dans X arsenal d'Inspruck; 6° 
L'Entrée des Français dans Berlin; 7° 
Les Français dans de [île de Lohau; ces 
trois derniers tal)leaux sont mainte- 
nant placés dans le Musée historique 
de Versailles; 8° Dédicace de l'église 
de Saint-Denis en présence de Charle- 
magne (dans la sacristie de cette 
église); 9° La Sagesse préservant l'A- 
dolescence des traits de l'Amour; cette 
allégorie, traitée avec beaucoup de 
délicatesse, a originairement appar- 
tenu à M. de Somraariva ; 10° Les 
cendres de Phocion ( au Musée du 
Luxembourg); 11" Phorbas présen- 
tant Œdipe à la reine de Corinthe 
(au Musée du Louvre); 12° Nais- 
sance de Louis XIV, sujet allégori- 
que ; 13° Saint Louis recevant le via- 
tique; 14° Saint-Vincent- de-Paul 
( à l'église de Saint-Jean, à Lyon ) ; 
15° Alexandre et Campaspe (au Mu- 
sée de Rennes) ; 1 6° La mort de Pro- 
cris (chez M. le cumte de Schombom, 
à Trêves); 17° Le triomphe de Saint 
Michel sur le démon (dans l'hospice 
de Saint-Mandé) ; 18° Rome donnant 
à la terre le Code de Justinien (pla- 
fond au Musée du Louvre); 19° La 
France protégeant les beaux-arts sous 
les auspices de la Paix (ibid.); 20° Le 
Génie préservant de la faux du 
Temps les chefs-d'œuvre de nos grands 



MEY 



15 



maîtres (ibid.) ; 21° Les Nymphes de 
Parthénope apportant leurs pénates 
sur les bords de la Seine (plafond du 
Musée Charles X ). Meynier était 
membre de l'Institut, Académie des 
beaux-arts, chevalier de la Légion- 
d'Honneur et professeur aux écoles 
royales. Il mourut, le 6 septembre 
1832, victime du choléra, à côté de 
sa femme, qui venait d'être frappée 
de la même maladie. Le talent de ce 
peintre n'était pas irréprochable. On 
a plus d'une fois observé qu'il répé- 
tait trop souvent, dans ses tableaux, 
les mêmes caractères de têtes, et sur- 
tout les mêmes profils, et qu'en re- 
venant laborieusement sur quelques 
figures, dont le premier jet était ex- 
cellent, il lui arrivait de confirmer 
ce que dit le proverbe italien : Il 
meglio è nemico del bene ( Le mieux 
est ennemi du bien ) ; mais ces dé- 
fauts, qui tenaient à une trop grande 
défiance de lui-même, étaient large- 
ment compensés par la sagesse ingé- 
nieuse de ses compositions, et par la 
savante correction de son dessin. Peu 
d'artistes de l'époque, même dans 
l'école de David, ont possédé mieux 
que Meynier la connaissance des 
formes anatomiques, et l'art de pein- 
dre les nus; et il est peut-être celui 
de tous qui a le mieux entendu la 
peinture de plafond, tant sous le 
rapport de la disposition pittoresque, 
que sous celui de la perspective aé- 
rienne. Néanmoins, allant peu dans 
le monde, et restant étranger à toutes 
les coteries, il n'eut pas le bonheur 
d'élever sa réputation au niveau de 
son talent. Meynier tenait chez lui 
un atelier de peinture exclusivement 
consacré aux dames, et plusieurs de 
ses élèves, parmi lesquelles il faut dis- 
tinguer M"' Hersent, ont exposé, aux 
salons du Louvre, des ouvrages très- 
remarquables. F. P — T. 



16 



MEY 



MEYNIER. Foy. Saist-Phal, au 
Supp. 

MEYRAIVX (P. -Stanislas), mé- 
decin naturaliste , né dans le Béarn, 
vers 1792, prit le bonnet de docteur 
à l'Université de Montpellier, et vint 
à Paris afin de s'y livrer tout entier à 
l'étude des sciences naturelles. Après 
avoir fait quelques leçons à la société 
des bonnes études, il fut nommé pro- 
fesseur d'histoire naturelle au collège 
Bourbon et obtint en même temps de 
M. de Montbel, alors ministre, une 
petite place à la bibliothèque de l'Ar- 
senal. Il passa ensuite au collège de 
Juilly, puis à celui de Çharlemagne. 
Meyranx était doué d'un talent admi- 
rable pour renseignement des scien- 
ces; sa parole était aussi nette que sa 
pensée, et il possédait l'art de mettre 
à la portée des jeunes intelligences 
les questions les plus difficiles. Toute 
son âme s'épanchait lorsqu'il parlait 
des merveilles de la création, et il 
était impossible de l'entendre sans 
une vive émotion. Aussi les enfants se 
pressaient à ses classes comme à une 
fête. Attaqué par une maladie qui 
devait résister à toutes les ressources 
de la médecine, Meyranx chercha des 
consolations dans la religion, qu'il 
avait pratiquée toute sa vie, et mou- 
rut, après de longues souffrances, le 
30 juin 1832. MM. Geoffroy-Saint- 
Hilaire et Lenormand prononcèrent 
sur sa tombe deux discours, dans 
lesquels ils rendaient un éclatant hom- 
mage à ses talents. Les travaux de 
ce naturaliste méritèrent les éloges de 
Cuvier, et ils ont aidé au progrès des 
sciences naturelles. On a de lui : I. 
appréciation de la caïUérisation dans 
lu variole et dans quelques autres 
maladies e'ruptives; mémoire lu à l'Ins- 
titut, le 16 août 1825, Paris, 1825 , 
in-8°. II- Observations sur [emploi 
de l'extrait de laitue^ Paris, 1825, 



MEZ 

in-S". III. Ànthropocfraphie, ou Résu- 
mé d'anatomie du corps humain^ pré- 
cédé d'une Introduction historique, et 
suivi d'une Biographie des anatomis- 
tes, d'un Catalogue et d'un Vocabu- 
laire analytique , orné de planches^ 
Paris, 1827, in-32. IV. Résumé de 
Mammalogie ou d'histoire naturelle 
des mammifères , contenant les carac- 
tères distinctifs , l'organisation, les 
habitudes et la classification de ces 
animaux, etc., Paris, 1828, grand in- 
32. V. Précis de Mammalogie ou 
d'histoire naturelle, contenant, etc., 
complété par une Icpnographie des 
mammifères , ou Collection de figures 
représentant les mammifères qui peu- 
vent servir de types, Paris, 1829, in- 
8". Z. 

MEZERAY (Joséphise), l'une des 
actrices les plus séduisantes et les plus 
spirituelles de notie époque, naquit 
à Versailles, en 1772, fille d'un li- 
monadier. Elle débuta , le 21 juillet 
1791 , sur le Théâtre-Français du 
faubourg Saint-Germain (aujourd'hui 
l'Odéon), par le rôle de Lucile dans 
les Dehors Trompeurs. Une figure char- 
mante , un jeu fin, spirituel, et surtout 
ces airs de grande dame qu'aucune ac- 
trice ne possédait à un plus haut degré, 
lui valurent dés-lors le plus brillant 
accueil. Les succès qu'elle obtint en- 
suite dans les rôles de coquettes, no- 
tamment dans ceux de la Coquette 
Coirigée et de la Fausse Agnès répon-, 
dirent parfaitement à ce brillant dé- 
but. Jouant, en 1794, le rôle de 
Daure dans Paméla, elle laissa percer 
des sentiments contraires au système 
révolutionnaire de cette terrible épo- 
que, et fut incarcérée ainsi que la 
plupart de ses camaïades. Sortie de 
prison, après le 9 thermidor, elle se 
réunit à la troupe de M"*Raucourt, 
au théâtre Louvois, et elle y joua 
avec beaucoup de succès à côté de 



MEZ 

MoIé, de Fleury et d'autres acteurs du 
premier ordre, jusqu'à la révolution 
du 18 fructidor où cette salle fut fer- 
mée par ordre du Directoire, sous pré- 
texte que c'était une réunion de roya- 
listes ; ce qui était vrai sous quelques 
rapports, puisque c'était le rendez- 
Tous de la bonne compagnie de cette 
époque; et que le théâtre de la rue de 
Richelieu ( alors rue de la Loi), 
où jouaient Talma , Dugazon , Mi- 
chot, tous du parti révolutionnaire, 
était abandonné. Mademoiselle Me- 
zeray reparut, plus tard, sur le théâ- 
tre de l'Odéon , et après la chute du 
Directoire, elle se réunit au Théâtre- 
Français de la rue de Richelieu, com- 
me la plupart de ses camarades. 
Elle eut encore de grands succès à ce 
théâtre où elle se trouva de nouveau 
avec Mole , Fleury , mademoiselle 
Contât, etc. ; mais elle y essuya quel- 
ques désagréments de rivalité aux- 
quels elle se montra fort sensible. 
Ayant pris sa profession en dégoût, 
elle négligea quelquefois ses rôles; 
ce qui lui fut amèrement reproché. 
Alors elle demanda sa retraite, qui 
lui fut accordée avec cinq mille 
francs de traitement. Cette somme 
ne suffit pas long-temps à ses habitu - 
des de dépense. Elle fit des dettes 
qui devinrent très-urgentes. Poursui- 
vie par ses créanciers, elle perdit la 
tête ; et on la trouva derrière les Inva- 
lides, dans un fossé plein d'eau, où 
elle s'était jetée, au milieu de la nuit. 
Un chien fidèle l'avait suivie , et 
ce furent les cris de cet animal qui 
avertirent les passants. On s'empressa 
de la secourir; mais ce ne fut qu'a- 
vec peine que l'on connut son nom 
et sa demeure. Transportée à Mont- 
martre dans une maison de santé , 
l'infortunée Mezeray continua de 
donner des signes d'aliénation men- 
tale; et elle mourut, quelques jours 

L.XX1V. 



MEZ 



17 



après, dans un cruel délire (juin 
1823 ). M— D j. 

MEZLER (François-Xavier), mé- 
decin allemand, était issu d'une fa- 
mille originaire du Tyrol, qui a fourni 
un très-grand nombre de chirurgiens 
mihtaires dans les armées autrichien- 
nes. Son père était lui-même chi- 
rurgien à Krozingen , en Rrisgau , 
où naquit François-Xavier, le 3 dé- 
cembre 1756. Il fit ses premières 
études dans son pays natal , et 
les continua au collège des Jésui- 
tes de Fribourg. Il étudia aussi 
l'art de guérir dans cette ville, et y 
reçut le grade de docteur, le 4 août 
1779. Il soutint alors une thèse inti- 
tulée : du Rhumatisme. Il pratiqua 
d'abord la médecine à Krozingen, 
puis à Schramberg , dans la Forêt- 
Noire, et ensuite à Gengenbach, pe- 
tite ville peu éloignée de Strasbourg. 
Il se livra avec zèle à la pratique et 
à l'étude , se fit connaître avantageu- 
sement par quelques ouvrages , et 
adressa, à la Société royale de méde- 
cine de Paris, différents mémoires 
sur des sujets mis au concours. Ces 
mémoires , écrits en latin , et pu- 
bliés ensuite en allemand , lui valu- 
rent plusieurs médailles d'encourage- 
ment. Cette savante société l'admit 
au nombre de ses correspondants. 
Après avoir séjourné pendant quel- 
ques années à Gengenbach, Mezler 
fut nommé médecin du prince de 
Hohenzollern-Sigmaringen, en 1787. 
Pendant vingt-cinq ans qu'il demeura 
dans cette principauté, il s'occupa de 
travaux de police médicale et d'hy. 
giène publique, propres à améliorer 
la santé des habitants. En 1790, il 
entreprit, avec le docteur Hartenkeil 
(voy. ce nom, LXVI, 436), la publi- 
cation d'un journal, qui a puissam- 
ment contribué aux progrès des scien- 
ces médicales en ,\llemagne : c'est la 



18 



MEZ 



Gazette médico-chirurgicale de Salz- 
bourg, qui se continue encore au- 
jourd'hui, et qui a pour rédacteurs 
MM. Ehrhard et Laschen. Au bout 
de quatre ans, il quitta la rédaction 
de ce journal, et fut, en 1801, l'un 
des principaux fondateurs de la So- 
ciété des médecins et naturalistes de 
Souabe, qu'il présida pendant plu- 
sieurs années. Mezler mourut à 
Sigmaringen, le 12 décembre 1812. 
Un de ses parents, M. François-Jo- 
seph Mezler, a publié , sur ce mé- 
decin, un livre intitulé : François- 
Xavier Mezler, peint d'après sa vie et 
ses œuvres, Prague, 1833, in-S". Nous 
en avons extrait les principaux dé- 
tails de cette notice. Les ouvrages de 
Mezler sont : I. Instruction sur les 
moyens de se préserver de la rage, en 
allemand, Leipzig, 1781, in-8°. IL Con- 
sidérations sur la situation de la méde- 
cine actuelle, en allemand, Augs- 
bourg, 1785, in-8°. HL Plan pour 
l'étude de la médecine, en allemand, 
Augsbourg, 1785, in-S". IV. Mémoire 
sur [hydropisie, avec un appendice 
sur la contagion, Ulra, 1787, in-^". 
V. Mémoire sur la constitution atra- 
bilaire, Ulm, 1788, in-8''. VI. Mé- 
moire sur les avantages de la fièvre 
dans les maladies chroniques, Ulm, 
1790, in-8°.VII. Mémoire sur la meil- 
leure manière de traiter les ulcères des 
membres, Vienne, 1792, in-8''. Ces 
quatre mémoires avaient été adressés, 
en latin, à la Société royale de mé- 
decine de Paris, et furent ensuite 
publiés en allemand. VIII. Essai d'une 
histoire de la saignée, en allemand, 
Ulm, 1793, in-8°. IX. De tinfluence 
de la médecine sur la théologie pra- 
tique, en allemand, Ulm, 1794, 2 vol. 
in-S". X. Observations sur les eaux mi- 
nérales d'Imnau, en allemand, Ulm, 
1795, in-8''. Mezler était médecin des 
eaux d'Imnau. Il a encore pubhé sur 



MIC 

elles deux ouvrages, en 1810 et 1811- 
XI. Description de la machine de Braun, 
pour les fractures des membres infé- 
rieurs, en allemand, Ulm, 1800, in- 
4°. XII. Histoire naturelle à [usage 
dts écoles de jeunes filles de Habs- 
thal, Fribourg, 1807, in-8°. XIII. 
Technologie pour l'usage des écoles 
de jeunes filles, Karlsrhiie, 1800, in- 
8°. XIV. Instruction sur les devoirs 
physiques des personnes mariées, en 
allemand, Fribourg, 1812, in-S". XV. 
Essai sur la composition des topogra- 
phies médicales, en allemand, Fri- 
bourg, 1814, in-8''. XVI. Organisation 
et statuts de la Société des naturalistes et 
médecins de Souabe, Fribourg, 1814, 
in-8°. XVII. Essai d'une topographie 
médicale de la ville de Sigmaringen, 
en allemand, Fribourg, 1822, in-8°. 
Mezler est encore auteur d'un grand 
nombre d'articles insérés dans les 
journaux d'Allemagne. G — t — r. 

MICAULT de Lavieuville (le 
chevalier Mathurin-Jcles-Akke), lieu- 
tenant-colonel , naquit à Lamballe, 
le 16 avril 1755 , d'une famille no- 
ble. En 1771 , il fut garde-du-corps 
du comte d'Ai'tois , et, en 1790, 
écuyer de main de la comtesse de 
Provence , Joséphine de Savoie, 
femme de Monsieur, depuis Louis 
XVIII. Le 28 février 1791, il sauva 
la vie à i'évêque de Laon, premier 
aumônier de la reine, lequel était 
tombé entre les mains d'une troupe, 
de factieux. Rentré dans la vie privée 
après le 10 août 1792, Micault de 
Lavieuville eut à subir plusieurs per- 
sécutions pendant la république et 
l'empire. En 1814, il fut nommé che- 
valier de Saint-Louis, et officier d'une 
compagnie dans les gardes-du-corps 
du comte d'Artois, où il servit jusqu'à 
la réforme de ce corps, et se retira 
avec le grade de lieutenant-colonel 
de cavalerie. Associé à toutes les 



MIC 

bonnes œuvres de la capitale, mem- 
bre de presque toutes les sociétés de 
bienfaisance, il avait, dès 1804, fondé 
à Montmartre l'établissement de \'J- 
sile de la Providence, qui forme au- 
jourd'hui un établissement public et 
auquel Louis XVIII, par ordonnance 
du 24 décembre 1817, donna une 
existence légale. Cet asile sert de 
retraite à soixante vieillards ou in- 
firmes des deux sexes de la ville 
de Paris, et Micault de Lavieuville 
en fut le premier administrateur. 
Il réunissait à cette fonction celle 
d'administrateur-trésorier de la So- 
ciété de la Providence, dont la for- 
mation est pareillement due à ses 
soins, et dont le but principal est de 
seconder l'établissement de l'Asile de 
la Providence. Cette société s'occupe, 
en même temps, des moyens de pro- 
curer à de jeunes orphelins une édu- 
cation convenable. C'est encore à Mi- 
cault de Lavieuville que V Association 
paternelle des chevaliers de St-Louis 
dut l'idée de son institution. Bien que 
depuis 1820 sa santé dépérît de jour 
en jour, sa charité n'en devint que 
plus ardente, et il fut toujours l'avo- 
cat de toutes les infortunes. Cet hom- 
me de bien mourut d'une fluxion 
de poitrine, le 24 déc. 1 829. M — d j. 
MICCA (Pœrbe) , artilleur pié- 
montais, qui s'est rendu célèbre par 
son héroïque dévouement, était né 
dans le Verceillais , vers 1666 , 
au village d'Andorno. Il faisait 
partie de la garnison de la cita- 
delle de Turin en 1706, lorsque cette 
place fut investie par les Français, 
sous les ordres du duc d'Orléans. 
L'armée austro - sarde , commandée 
par le prince Eugène , n'était pas 
encore arrivée, et les Français for- 
maient chaque jour de nouvelles at- 
taques contre la citadelle. L'ingénieur 
Antoine Bertola, chargé des travaux 



MIC 



19 



de défense, avait construit un grand 
nombre de redoutes minées; mais, 
dit l'historien Botta, ces précautions 
iFaillirent devenir inutiles, car, dans la 
nuit du 29 août, les Français atta- 
quèrent une mine à laquelle les Sardes 
n'avaient pas encore adapté le con- 
ducteur de la mèche. Les voyant ap- 
procher, Micca saisit une mèche allu- 
mée, et, s' adressant à ses camarades : 
u Sauvez-vous, leur dit-il , je vais 
« faire sauter la mine; dans un mo- 
< ment je ne serai plus; je recom- 
" mande au gouverneur ma femme 
'< et mes enfants; adieu. » A peine 
avait-il achevé ces mots, que la mine 
éclate et ensevelit, sous ses décom- 
bres, plusieurs centaines de grenadiers 
français. Le cadavre mutilé de Micca 
fut retrouvé près des fourneaux, et 
inhumé avec tous les honneurs mi- 
litaires, c'est ainsi que l'héroïsme 
d'un simple soldat sauva la citadelle, 
et changea peut-être le cours des 
événements , car il est probable que 
le camp retranché n'eût pas été en- 
levé par le prince Eugène, quelques 
jours après, si les Français avaient été 
maîtres de la citadelle. La famille de 
Micca fut, pour toute récompense, 
gratifiée à perpétuité de deux rations 
de pain par jour. Ce n'est que plus 
d'un siècle après, en 1828, que le roi 
Cliarles-Félix, en lisant dans notre 
Histoire de la littérature et des arts 
du Verceillais, le récit de l'action hé- 
roïque de Micca, qui rappelle si bien 
celle de d'Assas , fut indigné de 
l'oubli dans lequel était demeurée 
sa famille. Il ne restait qu'un petit- 
fils de Micca , né en 1750 , et 
qui avait jusque - là vécu obscu- 
rément à Sandigliano , dans le Ver- 
ceillais. Charles-Félix le fit venir à 
Turin ; lui accorda une médaille d'or 
avec le grade de sergent-major d'ar* 
tillerie , une double paie et un loge- 



20 MIC 

ment à l'arsenal (1). Le corps royal 
du génie militaire célébra, à cette oc- 
casion, une fête dont le souvenir fut 
perpétué par une médaille en bronze, 
qui d'un côté présente le portrait 
du roi Charles-Félix et de l'autre l'ins- 
cription suivante : 

// corpo reale del genio militare alla 

memoria del minatore , Pietro Micca, 

MDCCGXXMU, 

Ces honneui's tardifs ne parurent pas 
suffisants au roi actuel, Charles-Al- 
bert, qui fit élever à Micca, en 1837, 
dans la cour de l'arsenal de Turin, 
un magnifique monument en bronze. 
Le dévouement de Pierre Micca a 
fourni à M"» Louise Lemercier, de 
Turin, née Viberti, le sujet d'un 
roman historique , intitulé : Le Siège 
de Turin, Paris, 1830, in-12. G — g — v. 
MICHALLOX ( Achille-Et> A ) , 
peintre paysagiste , né à Paiis, le 22 
octobre 1796, était fils du sculpteur 
Claude Michallon {v. ce nom, XXVIII, 
548). Devenu orphelin presque an 
berceau, il fut élevé dans la famille 
de sa mèi'e, qui était belle-fille de 
Francine, sculpteur au Louvre, et qui 
prit le plus grand soin de son éduca- 
tion. Le jeune Michallon fit de si ra- 
pides progrès sous la direction de 
David , Valenciennes , Bertin , Du- 
nouy , qu'à l'âge de douze ans , il 
était déjà un artiste. « Qu'on se figu- 
« re Michallon en récréation, dit M. 
• Vanier, fouettant un sabot, faisant 
« tourner une toupie ou enlevant 
« un cerf-volant dans la cour de la 
« Sorbonne, pendant qu'un illustre 
u étranger, le prince Youssoupoff, 
•< admire ses tableaux dans l'atelier 
« de David qu'il était venu visiter. » 
Ce seigneur russe fit dès lors au 
jeune artiste une pension , qui fut exac- 
tement payée jusqu'au désastre de 

(1) Ce dernier rejeton du héros piémontais 
CM moriâ Sanoigiiano, en avril 1834. 



MIC 

Moscou, où le prince VoussoupoflF 
perdit la plus grande partie de sa for- 
tune. Après avoir reçu en 1811 la mé- 
daille de l'Académie, et, à l'exposition 
de 1812, la médaille d'or du second 
prix, Michallon obtint en 1817, à l'u- 
nanimité des suffrages, le grand prix 
au concours qui venait d'être ouvert 
pour le paysage historique. Il partit 
alors pour Rome, en qualité de pen- 
sionnaire du roi. Le premier objet qui 
frappa ses yeux, en entrant à l'école 
française, fut son nom gravé en creux 
sur l'une des tables : c'était la place 
qu'avait occupée son père; il la choi- 
sit pour la sienne et s'en montra digne. 
Le premier tableau qu'il envoya de 
Pvome fut le paysage historique de 
Roland à Roncevuux , que l'on vit à 
l'exposition de 1819. On y retrou- 
vait la manière de Salvator Rosa : mê- 
me perspective aérienne, même cha- 
leur de ton, même énergie de con- 
trastes. Le second envoi de Michallon 
fut le Combat des Lapithes et des Cen- 
taures, tableau fait dans le goût du 
Poussin, et qui attestait un grand 
progrès , sous le rapport de la com- 
position des groupes et de la science 
des figures. Après avoir parcouru 
l'Italie et la Sicile, Michallon revint 
à Paris en 1822, et présenta à l'ex- 
position plusieurs vues, parmi les- 
quelles on remarquait les Ruines du 
Cirque, un Paysage des environs de 
Naples , et une Cascade suisse. Il 
exécuta, la même année, plusieurs 
Vues du parc de Neuilly, pour le duc 
d'Orléans, aujourd'hui Louis-Philippe. 
Étant allé un jour au Jardin-des- 
Plantes pour faire des études d'arbres, 
il fut, en renUant chez lui, atteint 
d'un violent mal de gorge. L'inflam- 
mation gagna bientôt la poitrine et 
peu de jours après Michallon n'exis- 
tait plus; il mourut dans la nuit du 
23 au 24 septembre 1822, n'ayant 



MIC 

pas encore accompli sa vingt-sixième 
année. M. V.-A. Vanier, son parent, 
prononça sur sa tombe une Oraison 
funèbre , qui a été imprimée. On 
trouve la nomenclature de ses ouvra- 
ges, au nombre de 463, dans le Ca- 
talogue des tableaux, études, peintu- 
res et dessins de feu A.-E. Michallon , 
Paris, 1822, in-S». Z. 

MICHAUD de Corcelles (Hu- 
gues), naquit au commencement du 
XV' siècle en Savoie, d'une famille 
dont la noblesse remonte au X' 
siècle, et qui s'est alliée aux plus 
illustres maisons du pays , notam- 
ment à celles de Salles, de Menthon 
et de Conzié. D'abord conseiller et 
secrétaire du duc de Savoie, Charles 
III, Hugues Michaud le servit avec 
autant de zèle que d'habileté dans les 
guerres contre la France et contre 
les Genevois. Il était auprès de lui en 
1536 lorsque ce prince, retiré tlans 
son château de Nice, résista avec tant 
d'énergie et refusa de livrer à ses 
ennemis ce dernier asile. Le duc de 
Savoie ayant envoyé peu de temps 
après son jeune fils Emmanuel-Phi- 
libert auprès de Charles-Quint, lui 
donna pour guide et conseiller intime 
Hugues Michaud, qui suivit ce prince 
dans ses glorieuses campagnes des 
Pays-Bas (v. Savoie, Emmanuel-Phili- 
bert, duc de , XL , 545). L'empereur 
fut tellement satisfait des services que 
Michaud rendit au jeune duc et à lui- 
même que, par lettres datées de Bru- 
xelles, le 15 février 1549, il le créa 
chevalier et comte Palatin d Fmpire, 
avec pouvoir (ce sont les termes de 
l'acte) de légitimer les bâtards, de 
créer des notaires, d'affranchir les 
serfs, et autres prérogatives des comtes 
Palatins. Le duc de Savoie ajouta à 
ces récompenses d'autres faveurs non 
moins précieuses. Michaud ne se sépa- 
ra plus d'Emmanuel-Philibert : il était 



me 



21 



auprès de lui, à la glorieuse bataille 
de Saint-Quentin, et il l'accompagna 
encore quand ce prince revint dans 
ses Etats, qui lui avaient été rendus 
par la paix de Cateau-Cambrésis, en 
1559. Hugues Michaud fut alors 
chargé d'aller reprendre possession 
en son nom de la Bresse et du Bugey. 
Revenu auprès de son souverain, il 
continua à jouir de toute sa faveur ; 
fut nommé son premier secrétaire et 
en même temps maître des comptes 
à Chambéry. Il mourut dans cette 
ville en 1572, laissant plusieurs en- 
fants de Nicolle des Molettes qu'il 
avait épousée en 1564. Sa postérité 
s'est divisée en plusieurs branches, 
dont l'une est fixée depuis long-temps 
à Nice, et l'autre dans la terre de 
Mognard, puis dans celle d'Albens. 
De la première sont issus les deux 
célèbres guerriers qui, devenus aides- 
de-camp généraux de l'empereur A- 
lexandre, le servirent avec tant d'é- 
clat dans ses dernières campagnes, 
et dont l'aîné, avant rempli en 1814 
la mission de rétablir Victor-Emma- 
nuel (voy. ce nom , XLVIII , 403) , 
sur le trône de Sardaigne, reçut de 
ce prince , à cette occasion , le titre 
de comte de Beau-Retour. Le second, 
marchant à côté de l'empereur Alexan- 
dre, au siège de Thorn , en 1813, 
eut le bras emporté par un boulet de 
canon. — Le général Pierre Michaud, 
commandant aujourd'hui la province 
d'Albe, et qui a servi avec non moins 
de distinction dans les dernières 
guerres , est de la branche des Mi- 
chaud d'Albens. Plusieurs autres 
membres de cette famille illustre oc- 
cupent aujourd'hui des places impor- 
tantes dans les États du roi de Sardai- 
gne. A— Y. 

jIIICHAUD (Cladde-Ioace-Frait- 
çois), général, naquit en 1753, à 
Chaux-Neuve, dans les montagnes 



MIC 



MIC 



du Jura. Engagé le 10 septembre 
1780 dans le cinquième régiment do 
chasseurs à cheval, il quitta le ser- 
vice après avoir fourni son temps, et 
rentra dans sa patrie, où il fut, en 
juillet 1789, nommé commandant de 
la garde nationale. Il fit avec distinc- 
tion les canipagnes de 1792 et 1793, 
à l'armée du Rhin, et fut promu au 
grade de général de division par bre- 
vet du 4 vendémiaire an II. Lorsque 
Pichegru eut quitté le commande- 
ment de l'armée du Rhin, au com- 
mencement de 1794, Michaud en fut 
nommé provisoirement général en 
chef. C'était l'époque on la terreur, 
autant que l'incertitude de l'avenir , 
éloignait du commandement tous les 
militaires de quelque sens. Le maré- 
chal Gouvion-St-Cyr en a fait, dans 
ses Mémoires, une peinture qui est 
très -remarquable et très -vraie. En 
entrant en fonctions, Michaud écri- 
vit au comité , qu'il se croyait peu 
capable de commander l'armée dan* 
les circonstances où l'on se trouvait. 
Il renouvela cet aveu le 2 mars 1794; 
selon lui, son armée n'avait alors que 
30,923 hommes combattants. Il avait 
demandé un plan d'opérations ; le co- 
mité lui écrivit: " Prenez pom* base 
de harceler continuellement l'enne- 
mi; éloignez-le de nos foyers, afin 
que vous puissiez vivre à ses dépens. 
Ayez toujours à votre disposition 
deux ou trois corps de 15 à 18,000 
hommes , prêts à marcher sur les 
points d!attaque. Tâchez de mainte- 
nir la bonne harmonie avec les can- 
tons de la Suisse. " La minute est de 
la main de Carnot. Le 23 mai, il fut 
attaqué sur toute sa ligne. Quoiqu'il 
eût obtenu des succès, à la droite que 
Desaix commandait, l'armée de la Mo- 
selle ayant éprouvé des échecs, il fut 
obUgé de quitter la position du Spire- 
back pour occuper les {hauteurs en 



avant de Landau. Le 28 mai, sa gau- 
che fut forcée, et le lendemain il écri- 
vait au comité : » L'armée du Rhin est 
trop faible, et sa position est des plus 
critiques. Je ne puis tenir contre les 
Autrichiens et les Prussiens réunis. 
Envoyez-moi des secours.» Le 8 juin, 
il annonce au comité que, d'après 
ses ordres, il a fait arrêter les géné- 
raux Delmas et Laubadère, qui sont 
en chemin pour se rendre à Paris. 
Le 13 juillet, Michaud, de concert 
avec l'armée de la Moselle, attaqua 
sur toute sa ligne les Prussiens qui 
occupaient le duché de Deux-Ponts. 
Le Platzberg, montagne élevée sur 
laquelle ils s'étaient établis, fut em- 
porté à la baïonnette. Ils furent 
également chassés de leurs autres po- 
sitions, laissant neuf pièces d'artille- 
rie. Après ces succès, Michaud rentra 
à Spire et à Neustadt. Le 9 août, l'ar- 
mée de la Moselle entra dans Trêves. 
Le général Wurmscr ayant repris le 
commandement de l'armée autri- 
chienne, a laquelle de nouveaux ren- 
forts étaient arrivés, Michaud fit peu 
de progiés; mais, après les avantages 
que les armées du Nord et de Sambre- 
et-Meuse avaient remportés, il opéra 
le 13 oct. sa jonction avec l'armée 
de la Moselle; le 19 et le 22 octobre, 
il entra dans Worms, Alzey et Op- 
penheim. Quelques jours après, le co- 
mité de salut public ayant décide 
qu'il serait chargé de diriger à la fois 
les sièges de Manheim et de Mayen- 
ce, il écrivit pour protester contre 
cet arrangement, qui, selon lui, exi- 
geait ce qui était au-dessus de ses 
forces. Le comité lui répondit le 14 
novembre : « En applaudissant à ton 
u zèle et à ton courage, le comité 
« pense que tu ne mets pas assez de 
'< confiance en toi-même. Il te com- 
" mande de prendre May^ence et la 
" tête de pont de Manheim. » Le 



BUG 



MIC 



25 déc, le général écrivait au co- 
mité : « Le fort du Rhin de Man- 
heim est en notre pouvoir. L'ennemi 
a capitulé après 14 heures de bom- 
bardement >'. S'étant démis quelque 
temps après du commandement en 
chef , il ne conserva que celui 
d'une division avec laquelle il pé- 
nétra en Hollande au mois de jan- 
vier 1795 , et occupa Flessingue 
et Middelbourg , dans la Zélande. 
Ayant été obligé de quitter l'armée 
au mois d'avril par la fracture d'une 
jambe, il fut remplacé par Kléber, 
reçut aussitôt le commandement de 
la Flandre orientale et de la Flandre 
hollandaise, et envoya à la Conven- 
tion une adresse énergique , par la- 
quelle il la félicitait de la victoire 
qu'elle venait de remporter contre la 
queue de Robespierre, dans les jour- 
nées des 20, 21 et 22 mai. Nommé, 
en 1798, commandant de la 13" di- 
vision, il mit en état de siège et fit 
occuper militairement les communes 
de Rieux, La Poterie et Allaire en Bre- 
tagne, comme ayant donné asile à 
des assassins. Au moisdejuillet 1799, 
il fut désigné, par intérim, général 
de l'armée d'Angleterre. Michaud 
fit la campagne de l'an IX (1801) en 
Italie, où il commandait l'arrière- 
garde de l'armée aux ordres du géné- 
ral Brune, et il se distingua aux pas- 
sages de l'Adige et du Mincio. Plus 
tard, il soutint, à la tête de l'avant- 
garde , un combat opiniâtie entie 
Citadella et Castel-Franco, poursuivit 
l'ennemi jusqu'à Salva-Rosa, et lui fit 
huit cents prisonniers. A la paix , il 
fut nommé inspecteur-général d'in- 
fanterie, commandant de la Légion- 
d'Honneur en 1804, et obtint, en 
septembre 1805, le commandement 
en chef des troupes françaises en Hol- 
lande, en remplacement du général 
Marmont. Appelé, en 1806, aux fonc- 



tions de gouverneur des villes An- 
séatiques, il marcha, le 7 mai 1809, 
contre le major Schill, et le mit en 
fuite. Le général Michaud conserva 
ce poste jusqu'en 1813; et, en 1814, 
il fut nommé chevalier de Saint-Louis, 
grand-officier de la Légion-d'Hon- 
neur, et inspecteur-général de la 15' 
division. Depuis le licenciement de 
l'armée, il cessa d'être inscrit sur la 
liste des officiers-généraux en activité 
et vécut retiré à Luzancy, près de la 
Ferté-sous-Jouarre. Il mourut en 
sept. 1835 , à l'âge de 83 ans. M. 
Bouchon, alors capitaine d'artillerie, 
prononça un discours sur sa tombe. 
» Le général Michaud, dit le maré- 
« chai Saint-Cyr, dans son ouvrage 
" sur les campagnes de l'armée du 
" Rhin, était un patriote franc, un 
<« des meilleurs Français que j'aie 
u connus. Nommé au commande- 
n ment de l'armée du Rhin, il n'avait 
« accepté ce poste éminent que par 
« obéissance, et comme un sacrifice 
« que son dévouement à la patrie 
« ne lui permettait pas de refuser 
« obstinément. Sous sa direction, l'ar- 
" mée du Rhin a fait une des plus 
•< belles campagnes. Le gouverne- 
« ment n'exigeait de lui que la con- 
u servation de Landau ; mais cette 
« tâche était loin de lui suffire; ses 
« succès ont été aussi brillants que 
" ceux des autres armJes, auxquelles 
« on avait prodigué toute espèce de 
« secours. » G — vetM — oj. 

MICHAUD ( Jean - Baptistb ), 
conventionnel, de la même famille 
que le précédent, naquit à Pon- 
tarlier, en 1760. Il était adminis- 
trateur du département du Doubs, 
lorsqu'il fut, en 1791, député à la 
législature où il se fit peu remarquer. 
Nommé , l'année suivante , député 
à la Convention nationale, il y vota 
la mort de Louis XVI en ces termes : 



M MIC 

" Un tyran n'est à mes yeux qu'un 
" monstre. Louis a attenté à la sû- 
" reté gënérale de l'Etat; qu'il périsse 
>' sous le glaive de la loi, point de sur- 
» sis... « L'Assemblée le choisit pour 
secrétaire, dans le mois de juin 1794, 
peu de jours avant la chute de Ro- 
bespierre, au 9 thermidor. Il paraît 
que cet événement lui causa quelques 
regrets ; car le 29 décembre suivant, 
il dénonça les persécutions éprouvées 
par les patriotes , et demanda que 
les sociétés populaires fussent dé- 
clarées avoir bien mérité de la pa- 
trie. Il fut cependant ensuite (mai 
1795), un des commissaires chargés 
d'examiner la conduite de Joseph- 
Lebon (voy. ce nom, XXIII, 491). 
Ayant passé au Conseil des Cinq- 
Cents après la session convention- 
nelle, il y dénonça une protestation 
de Camille Jordan (voy. ce nom , 
LXVIII, 218) contre le 18 fructidor 
(4 septembre 1797). il sortit de cette 
assemblée en mai 1798, et devint 
président du tribunal criminel de 
son département. Appelé en mars 
1799 au Conseil des Anciens, il y 
siégea Jusqu'à la révolution du 18 
brumaire (9 novembre 1799). lientré 
depuis cette époque dans l'obscurité 
de la vie privée, il fut obligé, en 1816, 
de quitter la France comme régicide. 
Il se réfugia en Suisse et mourut près 
de Lausanne, au commencement de 
décembre 1819. Z. 

aUCHAUD (Joseph -François), 
de la même famille que Hugues Mi- 
chaud {voy. ci-devant, pag. 21), s'est 
fait comme historien, comme poète 
et journaliste , une réputation non 
moins grande que celle de son 
deuxième trisaïeul comme homme 
d'État. Il naquit au bourg d'Albens , 
en Savoie, le 19 juin 1767 (et non 
en 1769, ainsi que Font dit quelques 
biographes). Son père, qui avait 



fait ses études à l'École militaire de 
Turin , et qui se destinait à la pro- 
fession des armes, fut forcé de s'ex- 
patrier momentanément , par suite 
d'une étourderie déjeune homme (1), 
bien excusée par la sensibilité géné- 
reuse qu'elle attestait. Fixé et marié 
en France près de Bourg, en Bresse , 
il avait gardé ses propriétés en Sa- 
voie oii était sa famille, et où il revint 
encore souvent lui-même. S'étant éta- 
bli notaire et commissaire à Terrier, 
dans la province de Bresse, il était en 
voie de faire une assez belle fortune, 
quand une mort prématurée l'ayant 
frappé, il laissa une veuve chargée, 
avec peu de bien, d'une nombreuse 
famille dont Joseph Michaud était 
l'aîné. Ses deux frères et lui n'en re- 
çurent pas moins une bonne éduca- 
tion au collège de Bourg, qui long- 
temps avait été aux mains des Jésui- 
tes, et qui, confié depuis leur sup- 
pression à des prêtres séculiers, moins 
expérimentés et moins sérieux, n'a- 
vait pas encore perdu toutes leurs 
traditions. Joseph Michaud fut un 
excellent rhétoricien : son style avait 
l'abondance, la solennité semi-poéti- 
que si recommandées par les profes- 
seurs aux élèves ; il composait des vers 
français avec facilité. Ses études ter- 
minées, ce qui eut lieu en 1786, il 
fallut, après une excursion au Mont- 
Blanc et sur d'autres points de la Sa- 
voie, penser à choisir un état. La 

(1) Dans une partie de chasse, se trouvant 
pressé par le besoin de se rafraîchir, il entra 
dans une chaumière où il vit des huissiers 
saisissant, pour une modique somme de 60 
francs , les meubles d'une malheureuse fem- 
me. Il offrit de leur remettre cette somme 
s'ils voulaient venir la recevoir à son domi- 
cile ; mais ils s'y refusèrent, et continuèrent 
leur funeste opération en sa présence ; ce qui 
l'irrita au point qu'il les menaça de se ser- 
vir de ses armes, et qu'en effet, il porta à 
l'un d'eux un si violent coup de la crosse de 
son fusil , qu'il l'étendit raide mort. 



MIC 

modicité des ressources maternelles 
lui fit adopter le commerce : il entra 
dans une maison de librairie de Lyon, 
attiré sans doute vers cette branche 
de ti'afic par l'affinité du libraire et 
de l'homme de lettres. Il était encore 
dans cette ville, quand la comtesse 
Fanny deBeauharnais y passa en 1790, 
retournant à Paris. Il ne faut pas de- 
mander si l'apparition d'une femme 
riche, brillante, en crédit, aimant à 
se poser prolectrice des lettres et à 
produire les jeunes talents, excita 1^ 
verve des versificateurs lyonnais. Mi- 
chaud fut un de ceux qui adressèrent 
leurs rimes à la grande dame, et il 
eut le bonheur de les voir accueilUes. 
Assuré de trouver, sous ses auspices, 
à Paris une position analogue à ses 
goûts, il la suivit dans la capitale, où 
bientôt il publia quelques opuscules 
quil semble avoir eus en porte- 
feuille, et où il ne tarda pas à deve- 
nir un des collaborateurs de Cerisier, 
qui rédigeait la Gazette Universelle, 
et d'Esménard, rédacteur du Postil- 
lon de la Guerre. Ces deux journaux, 
on le sait, étaient dans le sens de la 
Cour, qui en subventionnait la rédac- 
tion, et ils soutenaient le système 
politique dit des Feuillants. Lafayette 
alors marchait d'accord avec le ca- 
binet de Louis XVI. Ces circonstances 
donnèrent à Joseph Michaud l'idée 
de demander et d'obtenir, pour celui 
de ses frères qui est actuellement l'é- 
diteur de la BiograD^ Universelle, et 
qui se trouvait coi^p? officier à l'ar- 
mée de Lafayette, un emploi dans l'é- 
tat-major de ce général. Ainsi placé à 
la source des nouvelles, Michaud 
jeune eût fourni, sans se déranger, aux 
rédacteurs du Postillon de la Guerre 
un bulletin presque officiel des opé- 
rations de l'armée. Tout était ar- 
rangé et convenu à cet égard quand 
survinrent la révolution du 10 août 



MIC âs 

1792 et la fuite de Lafayette. Les ma- 
lencontreux collaborateurs du jomnal 
constitutionnel se cachèrent ; leurs 
bureaux furent envahis par la popu- 
lace, bouleversés et pillés. On y trou- 
va une lettre de Lafayette , qui 
fut , aux yeux des pouvoirs de l'épo- 
que , une nouvelle preuve d'intelli- 
gences coupables , et qui acheva de 
compromettre Joseph Michaud. Au 
bout de quelque temps cependant, 
c'est-à-dire après la fin des massa- 
cres de septembre, et quand la Con- 
vention constituée ne s'occupa guère 
que de Louis XVI , il osa repaïaître, 
mais il crut prudent de ne pas par- 
ler avec la même franchise que par 
le passé. On l'a même accusé de pa- 
linodie, parce que, dans un petit poè- 
me de dix pages, Ermenonville, ou le 
tombeau de Jean-Jacques, il prodigua 
des louanges à l'auteur du Contrat 
Social. Mais ces louanges sont encore 
plus littéraires que politiques, et pour 
apprécier son langage dans cette 
pièce et quelques autres phrases 
qu'un examen minutieux ferait re- 
trouver dans ce qu'il a pu écrire 
alors, il est juste de faire la part des 
nécessités qu'avaient à subir tous les 
écrivains politiques, et plus particu- 
lièrement ceux qui comme Michaud 
avaient manifesté des opinions roya- 
listes. La feuille à laquelle il travail- 
lait alors était le Courrier Re'publi- 
cain de Poncelin , laquelle n'avait 
guère de républicain que le nom , et 
qui, après comme avant les journées 
de thermidor, était classée au moins 
comme très-suspecte par les meneurs 
révolutionnaires. Toute cette époque, 
appelée, avec tant de raison , celle de 
la terreur, fut réellement pour Mi- 
chaud un temps d'anxiété, de très- 
grands périls ; et l'on ne peut pas 
douter qu'il n ait vu, avec une extrê- 
me joie, la chute de Robespierre, au 



26 



MIC 



9 thermidor. Il concourut dès-lors à 
la rédaction de plusieurs journaux 
rovalistes, entre autres à celle de la 
Gazette française , avec Fiévée et 
Poncelin. Ce ne fut qu'en 1795 qu'il 
s'associa avec Rippert et Riche à la 
rédaction et à la propriété de la Quo- 
tidienne. M. de Coutouli, fondateur de 
ce journal, avait péri sur l'échafaud, 
en 1794 (2). Michaud et Riche lui 
donnèrent une grande impulsion de 
royalisme. Ce fut à la même époque 
que la fille de Louis XVI, ayant ob- 
tenu sa déli\Tance , pour se rendre 
en Autriche, Michaud composa avec 
Beaulieu un petit volume de félicita- 
tions, qu'il dédia à cette princesse , 
sous le nom d'Adieux à Madame , et 
qu'il signa du nom originaire de sa 
famille, par M. d'Aibens. Peu de 
temps après , le triomphe de la Con- 
vention, au 13 vendémiaire, le força 
de fuir, et il se réfugia chez Poncelin, 
dans une maison de campagne que 
celui-ci possédait aux en\-irons de 
Chartres. Mais Bourdon - de - l'Oise , 
en mission dans ce pavs, les eut bien- 
tôt découverts , et , Ponceh'n s'étant 
échappé , il s'en vengea sur ^L- 
chaud , qu'il fit ramener à Paris , à 
pied, entre deux gendarmes à cheval, 
auxquels il était recommandé de ne 
pas le ménager, et, dans le cas où 
la fatigue ralentirait un peu son pas, 
de le faire avancer à coups de plat de 
sabre. Ces braves gens n'obéirent pas 
à la dernière partie de l'ordre ; mais 
ils ne l'en conduisirent pas moins à 

(2) On voit par ces faits et par ces dates 
incontestables que si Michaud fut attaché de 
bonne heure à la première Quotidienne , à 
celle qui parut pendant la révolution , il n'en 
fut en aucune façon le fondateur. La création 
de cette feuille appartient à deux personnes 
seulement , de Coutouli et Bippert. De Cou- 
touli périt ainsi qu'on vient de le voir ; Rip- 
pert, resté jusque dans les derniers temps 
copropriétaire de la Quotidienne, est mort 
depuis quelques années. 



MIC 

Paris, oii bientôt l'aflfaire s'instruisit. 
Elle devenait fort mauvaise. En vain 
des amis sollicitaient un député de 
l'Ain, Gauthier, alors membre du co- 
mité de sûreté générale ,' quand un 
stratagème, très-adroitement exécuté 
par Giguet, mit la surveillance des 
gendarmes en défaut, et permit à Mi- 
chaud une évasion qui lui sauva la 
vie (3). Il était grand temps : le con- 



(3) Dès l'arrivée de Michaud à Paris, entre 
les chevaux des gendarmes, Giguet , qui l'a- 
vait vu passer en cet état devant les Champs- 
Elysées, lui avait prodigué les témoignages de 
l'affection la plus vive. Comme chaque jour, 
on conduisait Michaud des Quatre - Nations , 
alors converties en prison, aux Tuileries, 
siège du conseil militaire qui devait le juger, 
Giguet ne pensait à rien moins qu'à brûler la 
cervelle aux deux gendarmes qui serraient 
d'escorte au prisonnier. Il comprit cependant 
que ce n'était pas là un bon moyen , et il 
imagina un expédient plus doux et plus sûr. 
Au jour convenu, il se trouve, à la sor- 
tie du Pont - Royal , siu- le passage de Mi- 
chaud, et, feignant de le voir pour la pre- 
mière fois après une longue absence , il lui 
demande ce qu'il fait, oîi il va, s'il veut venir 
déjeuner avec lui. — « Non, non, répond Mi- 
chaud, j'ai une petite affaire, là, aux Tuileries ! 
quelques mots d'explication ! c'est l'affaire 
d'un instant. Commencez le déjeimé sans 
moi, je vous rejoins tout à l'heure. » — « Du 
tout, du tout, on n'expédie pas ainsi les gens. 
On ne commencera pas par toi , peut-être ; 
déjeunons d'abord. Ces messieurs sans doute 
(montrant les gendarmes), n'ont pas déjeuné, 
ils ne refuseront pas une côtelette et un verre 
de vin de Bordeaux. Justement voilà un res- 
taurant tout proche • . Les gendarmes, après 
quelques hésitations , se laissent affriander : 
prisonnier, gardiens, amis, les voilà tous at- 
tablés ; on verse rasade, on mange , on parle 
un peu de tout, de l^Bresse surtout et de la 
délicieuse chère qn^Hv fait. Les poulardes 
sont sur le tapis : l'^m en vient à la bouche 
des gendarmes. « Parbleu, messieurs, s'écrie 
Giguet , puisque vous ne connaissez pas 
les poulardes de notre pays, je tiens à vous 
convaincre qu'il n'en est pas de pareilles 
dans les 83 départements. Nous avons le 
temps, vous mangerez bien encore un mor- 
ceau, et l'appéiit vient en buvant {et il 

remplit les verres). Garçon, une poularde de 
Bresse ! et pas de triche ! qu'elle soit de la 
Bresse, mon ami, et non du Mans. . . . Tiens, 
Michaud, toi qui t'y connais , surveille-moi 
un moment ces coquins-là , descends à la 



MIC 



MIC 



S7 



seil militaire devant lequel il devait 
paraître, l'instruction terminée, le 
condamnait à mort le lendemain 
(27 octobre), comme convaincu « d'a- 
voir, par un journal, constamment 
provoqué à la révolte et au rétablis- 
sement de la royauté ; » et il n'est 
guère probable que sa présence aux 
débats eût empêché la sentence 
detre rendue. Pour Giguet , il fut 
retenu prisonnier à peu près un 
mois et ne laissa pas, durant ce 
temps, de courir un risque assez 
grave : enfin pourtant il recouvra sa 
liberté. Le Directoire suivit d'abord 
une marche plus conciliatrice que 
les gouvernements qui l'avaient pré- 
cédé. Micbaud lui-même put sortir 
de sa retraite, et il parvint à faire 
purger sa contumace environ un an 
après l'époque de sa condamnation 
(oct. 1796). Il n'avait pas attendu ce 
moment pour reprendre sa collabora- 
tion à la Quotidienne qui, de jour en 
jour, comptait un nombre plus grand 
de lecteurs, le pai-ti royaliste deve- 
nant à chaque instant plus nombreux. 
La hardiesse, peu calculée peut-être, 
dont plus d'une fois il avait donné 
des preuves, ne pouvait que s'accroître 
sous un gouvernement faible et divi- 
sé. Dusaulchoy, rédacteur du Batave, 
trouva en lui un défenseur, à la barre 
des tribunaux, bien qu'il ne maniât 
pas aisément la parole dans une 
lutte sérieuse. La dispute de Chénier 
et de Louvet lui inspira quelque 
temps après la satire intitulée : Petite 

caisine. A votre santé, messieurs ! • Pendant 
qu'on trinque, Michaud se lève, et bientôt 
est hors d'atteinte. Giguet eut encore l'art 
de les retenir près d'une demi-heure à table, 
disant que son ami surveillait le rôtissetu- ; 
puis, quand ils surent que le prisonnier n'a- 
Tait pas paru à la cuisine, Giguet, feignant de 
croire que son ami n'avait voulu que plai- 
santer , ou bien s'était trouvé incommodé et 
était retoiu-né chez lui, leur flt perdre en- 
core une heure ou deux en vaines courses. 



dispute entre deux gtands hommes. Il 
signait ses articles, qui le plus souvent 
passaient l'extrême limite du franc- 
parler que pouvait supporter le Di- 
rectoire ; à tel point qu'on peut lire 
dans le Moniteur une lettre de Mal- 
let-du-Pan, qui invita le jeune rédac- 
teur à s'abriter sous l'anonyme, de 
peur qu'il ne lui en mésarrivât. Mi- 
chaud n'eut point égard à l'avis, et 
un temps se passa sans qu'il eût à 
répondre des attaques et chicanes 
de détail dirigées contre la révolu- 
tion ; mais le jour vint où il faiUit 
encore paver le tout. Ce fut après 
le 18 fructidor (4 septembre 1797). 
Le lendemain de ce coup d'Etat, qui 
ajourna les espérances des Clichiens 
et de tant d'autres il fut compris dans 
les listes de déportation, communes 
du reste à tous les chefs de journaux 
en opposition au parti vainqueur. Ce 
qu'il y eut d'assez bizarie dans cette 
nouvelle proscription, c'est que Bour- 
don - de - l'Oise y fut inscrit comme 
Michaud, et que, moins heureux, il 
ne put se soutraire à la déportation. 
Forcé de se tenir caché tant que vé- 
géta le Directoire, Michaud ne cessa 
pas d'habiter les délicieux rivages de 
l'Ain, qu'il a chautés avec tant de vé- 
rité et de raison dans son Printemps 
d'un proscrit. C'est là qu'il ébau- 
cha les premiers vers de ce poème, 
achevé et publié quatre ans plus tard. 
Enfin la chute du Directoire par la 
révolution du 18 brumaire lui permit 
de revenir à Paris, oîi il espérait bien 
reprendre ses travaux de journaliste 
royaliste jusqu'à une restauration que 
beaucoup de personnes croyaient 
prochaine : mais, entouré d'hommes 
qui savaient le vrai des affaires, il sut 
bientôt que si Bonaparte pensait à 
relever le trône, ce n'était pas pour 
y faire monter un Bourbon ; et d'au- 
tre part les coups mesurés, mais fer- 



S8 MIC 

mes que le nouveau maître porta aux 
journaux lui prouvèrent que désor- 
mais le journalisme ne pourrait plus 
se jouer quotidiennement du pouvoir. 
Il se le tint pour dit lorsque, après 
avoir risqué deux petits pamphlets, les 
Adieux à Bonaparte (c'est-à-dire à sa 
gloire) en 1799 , puis en 1800 les 
Derniers Adieux à Bonaparte Victo- 
rieux , composés l'un et l'autre par 
l'ordre de Louis XVIII, il se vit jeter, 
par la police, dans la piison du Tem- 
ple, où il eut pour compagnons d'in- 
fortune Rivarol le jeune, Bourmont, 
Fiévée, etc. (4). Décidé dès-lors, et 
surtout après la victoire de Marengo 
et la paix presque générale de Lu- 
néville qui consolidait provisoire- 
ment l'état de choses né du 18 bru- 
maire , à ne plus faire d'opposition 
qu'en silence et avec la circonspec- 
tion voulue, il chercha des ressour- 
ces dans la httérature proprement 
dite et dans le commerce d'imprime- 
rie etdehbrairie.Associéà son frère et 
à Giguet , il commença par une His- 
toire de l'Empire de Mysore sous Hy- 
der-Aly et sous Typpoo-Sàib , 1801. 
Peu de temps après (1803), parut le 
Printemps d'un proscrit qui, quelque 
peu de vigueur que nous puissions lui 
trouver, sembla encore fort hostile 
soit aux coryphées, soit aux héritiers 
de la révolution, mais qui jouit d'un 
grand succès, tant à cause des élégants 
vers descriptifs dont il était rempli, 

[U) Du reste, les deux brochures que nous 
avons citées ne furent point cause de l'arres- 
tation de Michaud à cette époque. Comme elles 
étaient écrites avec beaucoup de ménagement 
et d'égards, nous avons lieu de croire, et 
Michaud lui-même en a depuis eu la preuve, 
qu'elles ne blessèrent point trop vivement 
Bonaparte , et que sa police eut ordre de les 
laisser circuler sans obstacle. L'arrestation de 
J. Michaud , qui arriva un peu plus tard , fut 
causée par une méprise de la police , qui le 
prit pour son frère, et le soupçonna d'avoir 
participé à un complot royaliste avec Piche- 
gru, qu'il ne connaissait même pas. 



que parce qu'une situation réelle et 
grave l'avait inspirée, et aussi parce 
qu'en dépit de tout l'éclat du règne 
qui commençait sous le nom de Con- 
sulat pour continuer sous celui d'Em- 
pire, l'esprit d'opposition semblait loin 
d'être éteint. Ce poème fut même ho- 
norablement mentionné dans le rap- 
port de l'Institut sur les prix décen- 
naux qu'avait annoncés Bonaparte, 
mais quil n'osa pas délivrer, paice 
que la plus grande partie des ouvra- 
ges qui les méritaient le mieux, tels 
que les poèmes de Delille et le Prin- 
temps d'un proscrit , étaient empreints 
d'un esprit contre-révolutionnaire. En 
collaboration avec Alphonse de Beau- 
champ, Giraud, son frère et quelques 
autres, Michaud publia, en 1806, 
une Biographie moderne, ou Diction- 
naire des hommes qui se sont fait un 
no7n en Europe depuis 1789, qu'on 
peut regarder comme la première de 
ces Biographies des Contemporains 
qui se sont tant multipliées depuis 
sous des titres et des masques divers. 
Cette édition, portant la rubrique de 
Leipzig ^ mais qui sortait réellement 
des presses de Giguet et Michaud , 
fut promptement répandue à bon 
nombre d'exemplaires ; mais la po- 
lice eut encore le temps d'en saisir 
une assez grande quantité. Michaud 
passa ensuite plusieurs années à peu 
près sans rien faire qui pût accroître 
son renom ou qu'on pût regarder 
comme véritablement littéraire,- car 
nous ne saurions donner ce titre aux 
notes qu'il rédigea soit pour la traduc- 
tion des Bucoliques par M. de Lan- 
geac, soit pour les six derniers livres 
de l'Enéide traduite par Delille, notes 
dont le docte commentaire de La 
Cerda et la riche mémoire du traduc- 
teur lui fournissaient, en grande par- 
tie, les éléments, et où il n'y a guère 
de personnel à Michaud quune ad- 



MIC 

miration vive et très - vraie pour le 
poète latin. Nous n'osons pas citer 
comme un grand titie à sa louange 
le Tableau histori'jue des trois pre- 
mières Croisades qu'il plaça comme 
introduction en tète du tome pre- 
mier de Mathilde. Pour ne pas pa- 
raître nous plaire à contredire les 
jugements rendus alors par la criti- 
que, nous nous bornerons à dire que 
le style de Michaud a de rëlégance , 
du nombre, de la pureté, de l'harmo- 
nie ; que celui de M"* Cottin, au con- 
traire, manque ordinairement de ces 
qualités; que sa diction est le plus 
souvent lâche , âpre, verbeuse, iné- 
légante et lourde ; que sa phrase 
ne coule pas ; qu'elle manque , au- 
tant que tous les romanciers fran- 
çais du temps, de couleur locale; 
qu'elle peint à taux ou gauchement, 
et toujours sous la préoccupation 
d'idées plus ou moins modernes , 
les mœurs des vieilles époques ; et 
tandis que ses idées sont plus jeunes 
de trois ou quatre siècles que celui 
qu'il s'agit de décrire, ses formes 
sont surannées : et, qu'on le note bien, 
nulle part ces défauts ne sont plus 
saillants que dans Mathilde! Eh bien, 
en dépit de toutes ces fautes graves, 
M"' Cottin mérite un haut rang par- 
mi les grands artistes, parce qu'elle 
sait développer avec une magnifique 
vérité les passions humaines, depuis 
le moment oîi elles commencent à 
poindre, inaperçue» et faciles encore 
à comprimer, jusqu'à celui où gran- 
dissant comme irrésistiblement par 
degrés , elles s'emparent de toute 
l'existence; parce qu'à mesure qu'elles 
envahissent le cœur pétri par elles, 
elle leur prête un langage plus plein, 
plus vrai , plus accentué , plus éner- 
gique ; parce qu'alors dans son récit, 
dans son dialogue, elle s'efface com- 
plètement et s'élève sans le chercher 



MIC 



29 



à l'éloquence , au pathétique les plus 
subUmes, Ni ces qualités ni des qua- 
htés équivalentes ne se rencontrent 
dans l'esquisse de Michaud, compo- 
sée trop lapidement et sans qu'il pen- 
sât au grand ouvrage dont elle était le 
germe. C'est en entendant vanter ce 
morceau, c'est en relisant les tableaux 
tracés par l'auteur de Mathilde qu'il 
conçut l'idée de se faire l'historien des 
Croisades. C'était un beau et riche su- 
jet, et qu'on pouvait regarder comme 
absolument neuf à cette époque. Il lui 
suffit de s'annoncer comme ayant 
dessein de le traiter à fond, pour qu'il 
se fît d'avance une réputation d'his- 
torien; et dès ce moment il acquit 
plus de consistance littéraire, ses pré- 
tentions à l'Académie française sem- 
blèrent plus rationnelles. Toutefois, 
avant d'atteindie à l'immortel fau- 
teuil, il eut le temps d'achever son 
premier volume qui parut en 1811, 
et d'en mettre sous presse un se- 
cond en 1813, lequel, du reste, fut 
accueilli favorablement comme son 
aîné, ce qui était bien juste, vu l'indi- 
gence où l'on était alors en fait de 
livres qui de près ou de loin traitas- 
sent tolérablement des Croisades. 
Mais ce ne futpastout: il fallut encore, 
pour obtenir en quelque sorte son 
laisser-passer de l'empereur , qu'il 
consentît à célébrer, ainsi que tant 
d'autres, ce que l'on nommait la qua- 
trième dynastie française. Reprenant 
le cadre un peu plus usé des prophé- 
ties , il imagina , en 1810 , lors du 
mariage de Napoléon avec Marie- 
Louise , de faire prédire cette union 
par Virgile dans son Fragment d'un 
treizième livre de l'Enéide ; puis 
quand la naissance d'un fils sembla 
rendre inébranlable le trône de celui 
qui se prétendait le successeur de 
Charlemagne , il salua cet événement 
par des Stances sur la naissance du 



30 MIC 

roi de Rome (1811). Cette espèce de 
palinodie, que plus tard les enntMuis 
de Michaud exploitèrent avec beau- 
coup de fracas , ne fut-elle qu'une 
simple concession au d^sir qu'il avait 
de prendre place à l'institut et à la 
nécessite où tout homme de lettres 
un peu célèbre était alors de brûler 
son grain d'encens aux pieds du dieu ? 
ou bien commençait-il à désespérer 
de la cause des Bourbons et pensait- 
il sérieusement à se rapprocher des 
nouveaux hôtes des Tuileries? ÎNous 
inclinons pour la première hypothè- 
se : d'une part, Fontanes, par ordre de 
Napoléon, avait plus d'une fois fait 
des offres à Rlichaud qui les décli- 
na toujours ; et même on lui prête à 
cette occasion une répartie fort spi- 
rituelle (5). Quoi qu'il en puisse être, 
après plusieurs candidatures moins 
heureuses, et surtout appuyé par M. 
Etienne, qui jouissait du plus grand 
crédit auprès du gouvernement im- 
périal, il parvint à remplacer, le 5 
août 1813, Cailhava de l'Estendoux. 
Il venait de fonder, conjointement 
avec son frère , la Biographie Uni- 
verselle, dont en quelques années 
le renom devait être européen, et 
à laquelle il a fouini divers arti- 
cles des premiers volumes. C'est 
tandis que ces publications , encore 
peu lucratives, se débattaient con- 
tre les difficultés inhérentes à tout 
début, que Napoléon balançait la 
fortune par sa campagne d'Allema- 
gne, puis par celle de France, mais 
chaque jour faisait un pas vers sa 



(5) Fontanes, le pressant un jour de se 
rallier, lui disait : « Il faut qu'enfui toutes 
les résistances finissent ; elles diminuent 
tous les jours. Faites comme les autres. Te- 
nez, M. Delille, par exemple, vient d'accep- 
ter une pension de 6,000 francs. — Oh ! pour 
celui-là, répondit Michaud, il a si grand'peur, 
que vous lui feriez accepter 100,000 francs 
détente. » 



MIC 

ruine. Michaud suivit de cœur ces 
grands événements, hâtant de ses 
vœux le retour des Bourbons, avec 
lesquels il avait eu long-temps des 
correspondances secrètes. Ce qu'il y 
a de certain, c'est que la Restaura- 
tion le compta parmi ses amis les 
plus ardents. Il réimprima ses Adieux 
a Bonaparte et ses Derniers Adieux; et 
s'associant avec Rippert, il ressuscita 
{& QiLOtidienne, qui d'abord n'eut pas 
un grand succès, mais qui com- 
mençait à voir grossir le chiffre de 
ses abonnés , lorsque le retour de 
l'île d'Elbe vint remettre en ques- 
tion le sort de la France, et surtout 
les destinées de la maison de Bour- 
bon. Michaud avait vu son dévoue- 
ment apprécié de l'auguste famille; 
il avait été présenté à Louis XVIII et 
aux princes ; regardé comme ayant 
participé, ce qui n'était point vrai, 
à l'impression de la fameuse Décla- 
ration de l'empereur Alexandre du 31 
mars, impression fort périlleuse à ce 
moment , il avait été nommé d'em- 
blée officier de la Légion-d'Honneur, 
le 19 août 1814; puis il avait reçu 
d'assez bonnes gratifications pour ré- 
tablir la QiLotidienne. Plus tard, il fit 
obtenir à Beaulieu, son collaborateur 
pour le petit volume des Adieux à 
Madame, une pension sur la cassette 
du roi, et à sa sollicitation, Chéron, 
son ami , avait reçu le privilège du 
Mercure de France avec 20,000 fr. , ' 
pour relever cette aînée des revues 
et recueils hebdomadaires. La posi- 
tion de J. Michaud était donc fort 
bonne lorsque Bonaparte séchappa 
de l'île d'Elbe, au mois de mars 1815. 
Le voyant approcher de Paris, il prit 
le chemin de l'Angleterre avec son 
ami Chéron ; mais ils n'allèrent que 
jusqu'à Boulogne , et revinrent pres- 
que aussitôt. Michaud annonça alors, 
par une lettre dans les journaux, qu'il 



me 

s'était enrôlé comme garde-du-corps 
du roi, et que cependant il voulait 
rester responsable de la rédaction de 
la Quotidienne, qui avait pris un ton 
d'hostilité très-énerçiqne contre l'u- 
surpateur. Mais la lutte ne fut pas 
longue. Dès que le triomphe de ISajjo- 
léon parut certain, Michaud quitta 
de nouveau Paris , et se rendit 
dans le département de l'Ain, où 
il se tint caché jusqu'au retour de 
Louis X\TII, tandis que la Quotidienne 
métamorphosée en Feuille du jour, 
» méritait beaucoup mieux , dit M. 
Villenave, d'être intitulée Feuille de 
la veille, car eUe n'était plus rédigée 
qu'avec des ciseaux, et ne contenait 
que des rognures du Aloniteur et 
d'autres journaux inoffensifs. Michaud 
eut alors le désagrément de recevoir, 
du Nain Jaune, quelques coups d'é- 
pingle dont il ne pouvait prendre sa 
revanche. Le burlesque journal avait 
imaginé de le créer, sous le nom de 
Micaldus , grand-maître de l'Ordre 
des Éteignoirs, mauvaise plaisanterie 
qui se perpétua long-temps après la 
seconde rentrée des Bourbons. Ce qui 
est remarquable et bien caractéristi- 
que, c'est que ces grossières attaques 
étaient dirigées contre Michaud par 
des hommes dont plus tard il fit 
ses amis et ses collaborateurs. On 
conçoit avec combien d'empresse- 
ment il vit se terminer un épisode 
qui avait failli devenir long. Il en 
manifesta sa joie sur-le-champ par 
une petite brochure qu'il intitula 
\ Histoire des Quinze semaines, ou le 
Dernier règne de Bonaparte , 1815, 
in-S". Cet opuscule eut un grand suc- 
cès; vingt-sept éditions s'enlevèrent 
en peu de mois. Du reste, il avait cessé, 
à cette époque, d'être l'associé de son 
frère; dès 1813, il avait vendu sa part 
dans l imprimerie; et plus tard, se 
sentant peu de goût pour le travail 



MIC 



31 



biographique , voulant d'ailleurs se 
Uvrer tout entier à l'histoire des Croi- 
sades, il vendit aussi sa part d'une 
librairie dont la Biographie Univer- 
selle formait la plus forte portion. As- 
pirant de plus en plus à jouer un 
rôle politique , il se fit nommer, en 
1815, député du département de l'Ain; 
ce qui en un sens était fort aisé, puis- 
que moitié peut-être des électeurs 
étaient ses parents ou ses amis ; mais 
ce qui ne l'eût point été du tout, si l'on 
eût tenu rigoureusement la main à 
l'observance des conditions stipulées 
pour l'éligibihté. Michaud n'avait ja- 
mais songé à se faire naturaliser fran- 
çais : on eût dit qu'un instinct secret 
lui montrait en perspective les États 
sardes comme l asile de ses derniers 
jours. Il emprunta donc, pour sup- 
pléer à ce qui lui manquait de ce 
côté, les actes de son frère, légère 
supercherie dont nous trouverions 
plus d'un exemple dans nos annales 
parlementaires , sans aller fouiller 
les annales de la terre classique des 
bourgs-pourris et du hokussage. Mais, 
ce que la complaisance d'aucun ami 
ne pouvait lui donner, c'était une de 
ces voix qui dominent les assemblées 
délibérantes, ou du moins une de ces 
voix qu'on écoute : c'était du talent 
oratoire. Comment peut-il se faire, 
dira-t-on , que la facilité abondante 
dont Michaud faisait preuve si sou- 
vent, la plume à la main , n'ait pas 
été du talent oratoire à la tribune. 
C'est qu'autre chose est le talent d'é- 
crire, autre chose est celui de parler 
en présence d'une assemblée; et de 
plus c'est qu'autre chose est de parler 
seul, comme si l'on faisait une leçon, 
applaudi et admiré de quelques fi- 
dèles, sans que jamais un mot de cri- 
tique froisse votre oreille , et autre 
chose est de lutter par la parole acé- 
rée, poignante et vive, contre un en- 



32 



MIC 



nemi qui guette vos fautes, redresse 
vos erreurs et rétorque vos argu- 
ments. Or Michaud, dans sa famille, 
à son journal et partout, ne trouvait 
que des adulateurs; et il était aussi 
surpris, ou décontenancé, en présence 
de louanges médiocres et surtout en 
présence de critiques, que le serait un 
roi auquel on révélerait brusquement 
des vérités pénibles qui lui auraient 
été cachées pendant tout son régne. 
De là, encore plus que de la faiblesse 
de son organe, fallure embarrassée 
qu'il eut à la Chambre. Voulant néan- 
moins s'y faire quelque réputation, il 
déposa (11 déc. 1815) une proposi- 
tion tendant à voter des remercî- 
ments à tous ceux qui avaient i< dé- 
fendu le roi et la royauté, lors de la 
fatale révolution du 20 mars et du- 
rant l'interrègne, » proposition qui 
eut les honneurs du renvoi à une 
commission, mais qui, sur le rapport 
de Bonald, fut repoussée par l'ordre 
du jour (22 janv. 181G), motivé « sur 
ce que, la grande majorité des Fran- 
çais s' étant montrée fidèle, la France 
ne pouvait mentionner tous ceux qui 
avaient fait leur devoir pendant l'in- 
terrègne. » Michaud parla aussi sur 
le projet d'organisation des collèges 
électoraux dont il demanda l'ajourne- 
ment, et dans la discussion du projet 
de loi relatif aux traitements et au 
cumul, il fut aussi membre de la 
commission chargée du rapport sur 
la proposition de supprimer en tota- 
lité les pensions des prêtres mariés 
ou apostats (9 janv. 1816). C'est à ces 
deux ou trois discours qu'il fit lire 
par ses amis, sa voix étant trop faible 
pour qu'on l'entendît, que se bornè- 
rent ses travaux législatifs; et après 
la clôture de la session, il ne fut point 
réélu. L'ordonnance du 5 septembre 
était intervenue d'une des sessions à 
l'autre, et l'on sait avec quelle viva- 



MIC 

cité la Quotidienne fit la guerre au 
système dont cette mesure fut le 
prélude, et quel rang prit dès-lors 
cette feuille parmi celles qui s'étaient 
consacrées à la défense de la mo- 
narchie des Bourbons. Michaud était 
l'âme de cette opposition, et l'on ne 
peut nier qu'il n'y ait mis de l'é- 
nergie et du courage. On distingue 
quatre phases dans 1 existence de cette 
feuille, depuis la deuxième restau- 
ration jusqu'à la révolution de juil- 
let : 1" les quatre ans et demi jus- 
qu'à la chute du ministère Decazes 
(pendant les deux tiers de cet inter- 
valle, la Quotidienne dut être et fut 
fort opposée à la marche du gouver- 
nement); 2° les trois ans jusqu'à la 
guerre d'Espagne et jusqu'à l'ordon-s 
nance d'Andujar, la Quotidienne au J" 
contraire, ou fut d'accord avec les 
divers ministères, ou, si elle se montra 
plus avancée dans le sens royaliste, 
n'en vint pas à une rupture complète 
(c'est alors qu'il fut nommé lectem' du 
roi aux appointements de 3,000 fr. , 
avec dispense expresse de jamais rem- 
plir ses fonctions) ; 3" les quatre an- 
nées qui suivirent, c'est-à-dire jusqu'à 
la chute du ministère Villèle, la Quo- 
tidienne fut une des feuilles qui fi- 
rent la guerre la plus vive et la plus 
funeste au président du conseil ; 4" 
enfin les trois dernières années de 
Charles X. C'est pendant la troisième 
peut-être que l'animosité contre la 
Quotidienne monta au point le plus 
élevé. Dès 1819, cependant, elle avait 
été comprise dans un grand plan de 
suppression ou d'achat des journaux 
gênants. On en offrit 300,000 fr. 
aux propriétaires du journal et no- 
tamment à Michaud , qui n'accepta 
point. « Monseigneur, répondit-il à 
« fexcellence qui le sollicitait, il n'y 
« aurait qu'une chose pour laquelle 
" je pourrais être tenté de vendre la 



MIC 

u Quotidienne, ce serait un peu de 
u santé. Si vous pouviez m'en donner, 
» je me laisserai corrompre. » On ne 
saurait douter que le ministère Villèle 
ne soit revenu plus d'une fois à la 
charge ; et quand enfin, par suite de 
l'affaiblissement toujours croissant de 
sa santé, Michaud, sexagénaire, se 
défit de la plus grande partie de ses 
actions à la Quotidienne, ce fut pour 
les céder à lui autre lui-même, à M. de 
Laurentie. Tout en s'occupant beau- 
coup delà Quotidienne, il avait trouvé 
le temps de participer au recueil des 
Lettres champenoises, qui parurent de 
1817 à 1824, et il avait achevé son 
Histoire des Croisades, dont il fit pa- 
raître le tome III en 1817, les tomes 
IV et V en 1822, avec la Bibliothè- 
que des Croisades. Mais, quoique l'ou- 
vrage se fut débité avec assez de ra- 
pidité, pour qu'il pût se faire beau- 
coup d'illusions, l'auteur, sans bien 
se rendre compte de ce qui manquait 
à son livre, et surtout des imperfec- 
tions les plus graves, eut leméritede 
comprendre qu'il fallait au moins le 
retoucher profondément. Deux causes 
au reste y contribuèrent. D'abord 
beaucoup de ses lecteurs ecclésiasti- 
ques et royalistes s'étaient plaints, à 
juste titre, de ce que trop souvent, 
malgré son but bien évident de re- 
venir sur les jugements exagérés et 
tranchants des adeptes de la philo- 
sophie au XVIII' siècle , il eût ac- 
cumulé, dans les détails, des épithè- 
tes , des appréciations voltairiennes. 
Ensuite bien des trésors qui étaient 
restés ignorés de Michaud , ou dont 
il avait méconnu l'importance tan- 
dis qu'il écrivait , se révélèrent à 
lui quand il recueillit, de la main de 
collaborateurs spéciaux et habiles , 
particulièrement de M. Reinaud , 
son confrère à l'Institut, les matériaux 
de sa Bibliographie des Croisades, 

LXXIV. 



MIC 



33 



Tout préoccupé aussi du mérite lit- 
téraire et poétique, et frappé de la 
couleur locale de Scott plus qu'il ne 
convient à un historien de se lais- 
ser éblouir par les charmes d'un ou- 
vrage d'imagination, importuné peut- 
être d'entendre répéter qu'il y avait 
plus de vérité dans les tableaux 
des romans de madame Cottin que 
dans les récits de son histoire ; im- 
portuné aussi du mérite descriptif, 
bien autrement frappant, de l'Itiné" 
raire de Paris à Jérusalem et_ des 
Martyrs, il se laissa mettre en tête 
que, pour refondre son ouvrage et 
lui donner ce qui lui manquait, la 
première et la grande condition était 
de voir la Terre-Sainte. Malheureu- 
sement ce n'est pas à soixante ans 
qu'il faut aller chercher des impres- 
sions, pour les faire partager aux 
autres. Sans contredit, les organisa- 
tions intellectuelles vigoureuses peu- 
vent encore, à cet âge, gagner en 
idées, en puissance rationnelle, en 
vigueur des facultés comparatives; 
mais il est irrévocablement passé , 
l'âge oii l'on sent, et où l'on force 
autrui à sentir. Si vingt-cinq ans au- 
paravant, au temps de M"' Cottin, 
et surtout en compagnie de M"* Cot- 
tin, Michaud eût été voir cette terre 
et le ciel d'Orient, si pittoresques déjà 
matériellement et si chargés de souve- 
nirs, à la bonne heure; mais en 1829, 
il était trop tard. Cependant Michaud 
était trop bien placé dans le monde 
littéraire et royaliste, pour que tout ce 
qui se rapportait à un remaniement 
de ses Croisades n'eût certain reten- 
tissement, et ne reçût un favorable 
accueil. Le roi Charles X sourit lui- 
même à ce projet de pèlerinage, et 
lui fit donner 25,000 francs pour l'ef- 
fectuer. Il partit au commencement 
de 1830 , ne se doutant pas qu'au 
retour, il trouverait la branche ca* 
3 



u 



MIC 



dette des Bourbons sur le trône à la 
place de la branche aînée. Tandis qu'il 
allait chercher en Orient le reflet des 
événements du passé, c'est en Occi- 
dent qu'avaient lieu les soudaines 
catastrophes, les brusques révolu- 
tions, qui menacèrent de bouleverser 
l'Europe. S'il sentit des impressions à 
l'aspect de Jérusalem , ce durent être 
bien moins celles de la ville sainte , 
que celles qui lui arrivaient de France. 
Pour comble de chagrin, il perdit 
alors la plus grande partie de sa for- 
tune (200,000 fr.), qu'il avait confiée 
trop légèrement à des mains peu sûres. 
Toutefois, il lui restait toujours à peu 
près le nécessaire, et il n'aurait eu 
aucun besoin de travailler poiu* avoir 
une existence honorable et aisée, si 
diverses personnes qui l'entouraient 
n'eussent considérablement accru les 
frais de sa maison. C'est à leur insti- 
gation sans doute qu'en dépit de ses 
projets, il fit, de sa nouvelle édition 
des Croisades, une affaire plus mer- 
cantile que littéraire; mais qui, en 
définitive, fut peu productive pour 
lui, et sans avantage pour le perfec- 
tionnement de l'ouvrage. C'est aussi 
dans ce temps- là que, par des motifs 
à peu près pareils, il décora de son 
nom une réimpression de l'ouvrage 
du président Hénauh , suivie d'une 
continuation de ce livre, depuis la 
mort de Louis XIV, jusqu'à la révo- 
lution de 1830, et qu'il fit le même 
honneur à une Collection de Mé- 
moires pour se>'vir à l'Histoire de 
France, en 32 vol. grand in-8°, dans 
laquelle nous savons par son propre 
aveu que sa part de travail fut à peu 
près nulle. Il faut avouer qu'à cette 
époque , Michaud n'était plus que 
l'ombre de lui-même : sa santé de 
plus en plus déplorable l'avait réduit 
à ne plus pairaître aux séances de l'A- 
cadémie française, et il passait des 



MIC 

mois entiers sans écrire un seul mot, 
ce qui n'empêcha pas qu'il fût nom- 
mé, en 1837, membre de l'Acadé- 
mie des Inscriptions. En ce moment, 
les médecins vantaient au pauvre ma- 
lade les eaux de Pise : Michaud par- 
tit pour l'Italie, accompagné de sa 
femme et de M. Poujoulat, qui déjà 
l'avait suivi en Orient et qui, depuis 
huit ans, n'avait cessé de s'associer 
à ses travaux, à ses projets et à son 
nom. Ce voyage procura quelque 
soulagement à Michaud, et proba- 
blement il eût encore pu vivre assez 
long-temps au doux soleil d'Italie. Il 
n'avait pas besoin, à cet effet, de 
rester en Toscane : les États sardes 
lui étaient ouverts; le roi Charles- 
Albert, qui déjà l'avait nommé che- 
valier de son ordre du Mérite civil 
( ordre réservé aux Sardes seuls ) , 
qui était jaloux, avec raison, de 
revendiquer pour son royaume la 
célébrité d'un homme né son sujet, 
de parents fort honorables (6) , et 
qui avait reçu Michaud , à Gênes , 
de la façon la plus gracieuse, lors- 
qu'il se rendait à Pise, avait daigné 

(6) C'est donc par une étrange méprise que 
M. Poujoulat, dans une lettre qui fut insérée 
dans la Quotidienne du 22 décembre 1858 , 
racontant la réception si bienveillante faite a 
Michaud, sembla vouloir repousser la pré- 
tention du roi sarde, en disant que l'auteur 
des Croisades était né en Savoie, mais de 
parents français ! Cette erreur fut relevée dès 
le lendemain par M. Michaud jeune, qu'elle 
intéressait comme son aîné. On pensa que ce- 
lui-ci saisirait avec plaisir cette occasion de ré- 
parer une inconvenance qui n'était pas son fait; 
mais depuis long-tempsMichaud l'aîné n'appar- 
tenait plus à sa famille , et il ne s'appartenait 
guère à lui-même. Aigri par l'âge, la maladie 
et d'autres causes encore , il se montra fort 
irrité de la réclamation de son frère, qui ce- 
pendant était faite dans les termes les plus 
mesurés et les plus affectueux. Plusieurs mois 
après, il disait encore à sa belle-sœur, à la 
femme de son frère, qui s'efforçait de le faire 
revenir d'un pareil travers , qu'on devait Ivi 
laisser le soin d'expliquer tui-méme »oh 
origine..,. 



MIC 



MIC 



35 



lui dire : o Vou^llez cberchei' bien 
« loin la santé ; mais nous avons ici, 
« à une lieue de Gênes, à Pelli, des 
" eaux qui ont toutes les vertus de 
» celles de Pise. » Puis, en le laissant 
partir, il avait ajoute ces paroles si 
afFecfueuses : « J'espère qu'à votre 
" retour, vous me dédommagerez à 
" Turin. « Non-seulement ce lan- 
gage si fait pour séduire ne put 
persuader à Michaud de s'arrêter à 
Pelli, il ne sembla pas même se sou- 
venir qu'en revenant il devait pas- 
ser par Turin. Par des motifs que 
nous ne pouvons apprécier, on lui fit 
enti'eprendre un voyage beaucoup 
plus pénible que n'eût été celui du 
Piémont. Il traversa les Apennins 
au milieu de l'hiver, et se rendit à 
Rome, où il fut présenté au pape, 
qui le reçut très-bien. Mais sa santé 
allait toujours déclinant, et il avait 
peu fait pour la rétablir. A peine 
avait-il eu le temps de prendre quel- 
ques bains de Pise, lorsqu'on le ra- 
mena de la péninsule par le même 
chemin qu'il y était allé. Cette fois, il 
ne s'arrêta pas même à Gênes, et vint 
droit à Passy (c'est dans cet élégant 
village qu'il avait fixé depuis long- 
temps son habitation). Il ne tarda 
point à s'y éteindre. Sa mort eut 
lien le 30 septembre 1839. Ses restes 
reposent dans le cimetière de Passy, 
où un monument lui a été élevé par 
une souscription. Il ne laissait point 
d'enfants d'un mariage qu'il avait 
contracté à lâge de 42 ans. Sa fem- 
me , qui en avait alors à peine seize, 
lui a survécu, et s'est remariée en 
1842. Michaud était renommé par- 
mi tous les hommes d'esprit pour 
le talent de causer. On lui prête 
une infinité de mots heureux et 
piquants. Bien que nous ne soyons 
pas de ceux qui croient à la totalité 
de ces saillies improvisées qu'on 



prête aux hommes d'esprit, nous ne 
doutons en aucune façon qu'il n'en 
ait prononcé un grand nombre. Au 
reste, les mots heureux dont on lui 
fait honneur n'ont pas toujours la 
vivacité , la vigueur qui rappellent l'au- 
teur de Candide ou celui du Petit Dic- 
tionnaire des grands homtnes. Il avait 
quelque chose de fin, de littéraire, de 
parfaitement académique, mais aussi 
quelque chose de pâle et d'indécis : 
l'énergie vraie et simple, cette énergie 
manquait à sa conversation comme à 
ses écrits. Nous pensons au reste que 
ces dérogations à ce qui était sa na- 
ture véritable provenaient souvent de 
ses entours et des idées qu'il enten- 
dait sans cesse émettre par eux, et 
contre lesquelles ne réagissait point 
son caractère. De là l'empire , trop 
complet, qu'il laissa prendre aux gens 
dont il s'était entouré, et qui pour 
la plupart en politique et en morale 
pensaient et agissaient tout autrement 
que lui. Et cette apparente abnéga- 
tion, ce laisser-aller qu'aucuns ont 
appelé bourbonien, amena autour de 
lui, sous la restauration, une foule de 
gens de police , de jeunes gens sans 
consistance , qui l'encensaient pour 
utiliser, en leur faveur, son crédit 
auprès du gouvernement et sa toute- 
puissance à la Quotidienne. S'il est 
une chose funeste au talent , c'est 
d'être sans cesse adulé, c'est de n'être 
ni discuté, ni contrôlé : or, telle fut 
le plus souvent la destinée de Michaud, 
dans sa sphère d'action et surtout 
dans son intérieur ; mais cette desti- 
née , il la cherchait, elle lui était 
douce. Il redoutait les hommes francs 
et qui ont une valeur par eux-mêmes, 
ne les admettant qu'en apparence à 
l'intimité ; surtout dans les dernières 
années de sa vie, il n'avait goût qu'à 
des éloges hyperboliques et donnés à 
genoux-, et jamais, quoiqu'il aimât à 
3. 



96 



MIC 



être nommé le La Fontaine du jour- 
nalisme, il ne pensait à la seconde 
fable du bonhomme. C'est ainsi que, 
bercé par la molle harmonie des 
louanges, on ferme les yeux sur tout 
le reste, on accueille les indifférents, 
les étrangers , les faux amis, on ne 
se meut que par leur caprice , on 
tombe dans tous leurs pièges, on 
leur sert d'échelon, d'instrument en 
même temps que l'on compromet 
son avenir, et que l'on perd ses meil- 
leurs, ses plus véritables amis. Nul 
de ces déplorables résultats de la 
mollesse d'esprit, unie au désir insa- 
tiable d'éloge, ne manque à l'histoire 
de J. Michaud ; et jusqu'à l'heure 
de sa mort, il en fut la dupe et 
la victime. Il était bien bas déjà , 
quand un de ceux qui s'étaient le 
plus prosternés devant son génie , 
se met à dire , à l'un des visi- 
teurs admis auprès de lui pour la 
dernière fois : « Avec sa faiblesse, 
« pas une trace d'affaiblissement in- 
« tellectuel : toujours la même faci- 
o lité d'expression, toujours la même 
« lucidité... « Ces mots réveillent Mi- 
chaud, chez qui d'affectueuses pa- 
roles, d'un ami sincère, n'ont pu 
provoquer un moment d'expansion; 
il s'agite , se dresse sur son séant, 
« Oui! oui! toujours le même, tou- 
» jours!... )', dit-il d'une voix défail- 
lante. Et il retombe sur l'oreiller. 
Cet effort avait augmenté sa fai- 
blesse; ce furent ses dernières pa- 
roles... On a de Michaud • I. En fait 
d'OEuvres poe'tiques : 1° le Printemps 
d'un Proscrit (en 6 chants) ; 2° ï Enlè- 
vement de Proserpine (en 3 chants); 3° 
et 4° le Fragment d'un treizième chant 
de l'Enéide, 1810, et les Stances au 
roi de Rome, 1811; 5° la. Petite dispute 
entre deux grands hommes (Louvet et 
Chénier), 1797 ; 6° Epttre à madame 
Adèle de***., pour l'invitera se livrer 



MtC 

aux charmes de la n^'lancolie ; 7' Ta- 
bleau dune auberge. Ces cinq derniers 
morceaux ne sont que des poésies fu- 
gitives. Les deux pièces en l'honneur 
de la dynastie JNapoléon ont été impri- 
mées à part; on peut aussi les hre dans 
le recueil intitulé : l'Hymen et la Nais- 
sance. h'Épître et le Tableau, se trou- 
vent avec [Enlèvement de Proserpine, 
à la suite de la cinquième édition du 
Printemps d'un Proscrit, et y précè- 
dent divers morceaux en prose, dont 
les plus importants sont les trois 
Lettres à Delille sur le sentiment de la 
pitié, et une Lettre à un philosophe 
sur les préjugés. De tous les genres 
poétiques , celui où Michaud est le 
plus à l'aise , c'est le genre descrip- 
tif. Son Printemps d'un proscrit est, 
sans contredit , un des ouvrages poé- 
tiques les plus remarquables de l'é- 
poque; on y trouve des imitations 
très-heureuses des anciens, et surtout 
de Virgile. Cet ouvrage figurait ho- 
norablement dans les rapports sur les 
prix décennaux, mais Garât l'en fit 
écarter, parce que, composé, dit-il, 
en faveur des proscrits, il tendait 
à d'autres proscriptions. Cette opi- 
nion est d'autant moins juste que, 
dans tout son poème, Michaud n'ex- 
prime que des sentiments d'huma- 
nité et de tendresse. On peut dire 
qu'il le composa dans le meilleur 
temps de son talent et de ses senti- 
ments. Toutes les pensées en sont 
douces, affectueuses; on regrette seu- 
lement de n'y pas ti'ouver le nom 
de plusieurs de ses amis, surtout 
celui de Giguet, qui avait joué un 
rôle si honorable dans ses proscrip- 
tions. On lui a quelquefois reproché 
cette omission , à quoi il répondait 
froidement que le nom de Giguet 
n'était point poétique... Du reste , il 
userait tout-à-fait injuste de ne pas 
reconnaître que les vers du Prin' 



MIC 

^etnps d'un Proscrit ne sont guère 
au-dessous de ceux de Delille , et , 
à vrai dire , si on les trouvait mêlés 
dans un même ouvrage , on serait 
embarrassé de les distinguer , tant 
il en imite habilement et naturel- 
lement l'allure , la forme , les cou- 
pes , le ton , la couleur. A notre 
avis, aucun des poètes , nombreux 
alors, qui marchaient aussi sur les 
pas de Delille, ne l'a ainsi reproduit 
à s'y méprendre. Nous savons même 
que plus d'une fois l'auteur des Jardins 
s'en montra jaloux. C'était une fai- 
blesse de ce grand poète, et souvent 
on le vit, par ce motif, accueillir les 
plus médiocres versificateurs, tandis 
qu'il repoussait tous ceux dont le 
talent pouvait être comparé au sien. 
Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il n'ac- 
cueillit jamais très-bien J. Michaud, 
qu'il ne le vit guère que par suite des 
rapports indispensables de l'auteur 
et de la maison de librairie qui l'édi- 
tait , et que, dans toutes les historiet- 
tes où J. Michaud aimait plus tard 
à se mettre en scène avec Delille , 
comme ayant été son familier, il sub- 
stituait son nom à celui de son frère, 
qui avait connu Delille long -temps 
avant lui, et qui n'avait point de pré- 
tention qui pût le blesser. Après le 
Printemps d'un Proscrit, l'œuvre poé- 
tique de Michaud la plus considérable 
est l'Enlèvement de Proserpine. Sur 
cet ouvrage , nous nous bornerons 
à dire que ce fut un sujet mal 
choisi. Comment un homme de goût 
tel que l'était Michaud , a-t-il pu 
prendre un sujet de poème chez Clau- 
dien? Et une fois admis qu'il irait 
chercher chez cet auteur du cin- 
quième siècle l'enlèvement de Pro- 
serpine, comment ne pas sentir à 
quel point cette prétendue épopée 
manque d'action et d'intérêt, ou, ce 
qui revient au même, comment ne 



MIC 



37 



pas tenter de suppléer à ce qui man- 
que ? Michaud n'a fait en ce sens au- 
cun effort réel : il décrit l'enfer; il 
décrit Pluton, le char, les chevaux; 
il décrit l'Etna , la Sicile , la vallée 
d'Enna; il décrit Proserpine, etc., etc., 
et voilà sinon un poème épique , du 
moins à ce qu'il a pensé , un frag- 
ment épique. Nous ajouterons à cette 
revue des œuvres poétiques de Mi- 
chaud, qu'il a fait un grand nombre 
de vers de société, fort bien tournés 
et très-spirituels, qui eussent formé 
un très-joli recueil, mais qui sont 
probablement à jamais perdus, parce 
que tous les elVorts des personnes 
dont il s'était entouré, dans les der- 
nières années de sa vie, tendaient à 
lui faire oublier ce qui avait concouru 
aux succès, au bonheur de sa jeu- 
nesse , et que lui-même alors , se 
croyant appelé à de plus hautes des- 
tinées , n'aimait point qu'on lui en 
rappelât le souvenir. Ce fut lui qui 
composa, en 1799, sur la Mort d'une 
grande dame ( la République ) , et 
sur 1 expédition d'Egypte , des cou- 
plets satiriques , qui furent répé- 
tés dans toute la France. Nous n'en 
citerons qu'un seul : 

Que de lauriers tombés dans l'eau , 

Et que de fortunes perdues ! 

Que d'hommes courent au tombeau. 

Pour porter Bonaparte aux nues ! 

Ce héros vaut son pesant d'or ; 

En France, personne n'en doute ; 

Mais il vaudrait bien plusencor. 

S'il valait tout ce qu'il nous coûte- 
Il. Histoire des Croisades, Paris, 1811- 
22 , 5 vol. in-S» ; plus , 2 vol. de 
bibliographie sous le titre de Biblio- 
thèque des Croisades; la 6' édition a 
paru en 1840 et après sa mort; la 
bibliographie s'y compose de 4 vol. 
Michaud, en donnant cet ouvrage 
au public, a rendu un vrai service, 
parce qu'il n'existait rien d'étendu ni 
de très-soigné sur les Croisades, et 



38 



MIC 



qu'il a en quelque sorte donné le si- 
gnal d'une réaction. Toutefois il ne 
faudrait pas s'exagérer sa part dans 
une révolution qui se préparait visi- 
blement, à la faveur du calme dont 
le règne de Napoléon fit jouir la 
France pendant douze ans, et qui, 
dès 1815, se manifesta, indépendam- 
ment de cet ouvrage, avec la plus 
grande énergie. Ensuite, en abordant 
l'bistoire, Micbaud fut trop exclusive- 
ment préoccupé des idées poétiques, 
littéraires et politiques du temps. 
Ce livre est , au reste , son premier 
titre de gloire dans la postérité ; et l'on 
peut dire, sans exagération, que c'est 
un des ouvrages historiques les plus 
estimables qu'ait produits notre épo- 
que. Pendant plus de vingt ans, il y 
consacra tous ses moments; souvent 
même il se fit aider très- utilement 
dans les recherches les plus pénibles. 
MM. Reinaud , Pillet, d'autres encore 
le secondèrent, de leur savoir et de 
leurs travaux, dans plusieurs parties 
de ce grand édifice; le 4* volume de la 
Bibliothèque des Croisades a été rédigé 
par M. Reinaud. C'est ainsi qu'à cha- 
que nouvelle édition Micbaud défit 
presque entièrement son premier ou - 
vrage. Du reste, visant toujours à 
l'effet, il soignait beaucoup plus son 
style que ses pensées. Il appartient à 
l'école de ceux qui semblent voir dans 
l'histoire une branche de la rhétorique. 
La critique, la profondeur des vues 
lui manquent trop souvent. Les res- 
sorts qui meuvent l'homme, les mas- 
ses et les gouvernements , les ressorts 
particuliers à l'époque qu'il décrit, le 
jeu mutuel de tous ces éléments, il 
ne les connaît point assez. On lui a 
reproché aussi d'avoir trop sacrifié , 
dans ses récits, au faux esprit philoso- 
phique du XVIIP siècle, et de n'avoir, 
même , dans ses dernières éditions , 
con'igé que superficiell«meut la cou- 



MIC 

leur vohairienne. On regrette en fin 
(|ue les autorités ne soient jamais in- 
diquées dans le corps de l'ouvrage. 
Quelques pièces justificatives à la fin 
des volumes et les deux ou quaue to- 
mes delà Bibliothèque des Croisades^ 
voilà ce qui en tient lieu. Ceci est bien, 
et la bibliographie est, sans contredit, 
très-utile et très- bien faite, mais nous 
aimerions mieux qu'il eût fondu avec 
art dans son récit tous les docu- 
ments , qu'il se fût savamment et 
convenablement inspiré de chacun. 
C'est la tâche de l'historien , bien 
plus haute que celle du bibliogi-a- 
phe. L'histoire et la bibliographie 
comme elles s'offrent dans le recueil 
de Micbaud, sont deux moitiés in- 
complètes juxta-posées, mais non 
fondues ; la bibliographie pouvait 
s'en passer; l'histoire, non! III (en 
partie avec la collaboration de M. 
Poujoulat). Correspondance d'Orient, 
1837, 7 vol. in-S". C'est une série de 
lettres censées écrites d'Italie , de 
Constantinople, de la l'erre-Sainte, 
etc. , etc. ; racontant ses impres- 
sions de voyage. Micbaud est assez 
à l'aise; son talent de causer se dé- 
ploie hbrement comme au coin du 
feu de la Quotidienne , et quelques 
passages doivent avoir du charme 
pour les hommes de goût et de salon 
qui ne rendent pas justice à ce que 
la littérature actuelle renferme d'é- 
nergie, de vraies beautés et d'art, à 
côté de fautes graves. Mais sept volu- 
mes, c'est trop de six! Au fond, l'ou- 
vrage, aux yeux des politiques et des 
savants, n'a point de valeur, et il n'est 
pas assez amusant pour les cabinets 
littéraires. IV (en collaboration avec 
Lœillard d'Avrigny ). Histoire des 
progrès et de la chute de l'empire 
de Mysore sous le règne dHydcr- 
Aly et de Typpoo-Saib, 1801, 2 vol. 
in-S". Ce n'est qu'une compilation 



MIC 

faite à la hâte sur des matériaux 
qui étaient alors à la disposition 
du public, matériaux la plupart tron- 
qués, superficiels. V. Voyage litté- 
raire fait en 1787, au Mont-Blanc 
et dans quelques lieux pittoresques 
de la Savoie, Paris, 1791. Ce fut le 
premier ouvrage publié par Michaud. 
VI. Origine poétique des mines d'or 
et d'argent , conte oriental. VII et 
VIII. Les Adieux à Bonaparte, 1799, 
et Les derniers Adieux à Bonaparte 
victorieux, 1800 (anonymes tous les 
deux , mais réimprimés avec son 
nom en 1814). Ce sont deux plai- 
doyers en faveur des Bourbons. Ce 
fut un acte de courage assez remar- 
quable ; bien que l'auteur n'y eût pas 
mis son nom, Bonaparte, alors pre- 
mier consul, ne l'ignora pas. On ne 
devait pas supposer qu'il prendrait 
aussi bien la chose. Ces deux écrits 
avaient été commandés à Michaud , 
de la part du roi Louis XVIIl. IX. 
Les Quinze semaines, ou le dernier 
règne de Bonaparte, 1815 , in-8°. 
Ce pamphlet eut 27 éditions. Ce 
n'est absolument qu'un ouvrage de 
circonstance. Les faits y sont rares, 
les dates manquent totalement ; rien 
n'est approfondi. X. Bon nombre 
d'articles , les uns dans la Biogra- 
phie Moderne, ou Dictionnaire des 
hommes qui se sont fait, en Euro- 
pe, une réputation depuis 1789; les 
autres dans la Biographie Univer- 
selle. Parmi ces derniers, nous indi- 
querons Guillaume de Tjr et Gode- 
froy de Bouillon; du reste, il en est 
beaucoup auxquels il mit son nom et 
où sa tâche se réduisit à donner à 
une rédaction trop aride un aspect 
un peu littéraire (tel fut entre au- 
tres Alexandre- le -Grand , fait d'a- 
bord par Clavier, qui ne voulut pas 
le signer parce qu'on y avait fait des 
suppressions). Nous ne pouvons nous 



MIC 



39 



dispenser d'ajouter à cette liste la 
Collection des Mémoires pour servir 
à l'histoire de France, depuis le XIIP 
siècle jusqu'au XFIII' siècle, Paris, 
1836-4, 32 vol. in-8«; et l'Abrégé 
chronologique de l'Histoire de France, 
du président Hénault, continué jus- 
qu'en 1830. Michaud ne prenait qu'u- 
ne part de plus en plus faible à la 
compilation pour laquelle on s'é- 
tayait de son nom , puisqu'il passait 
des mois entiers sans toucher une 
plume, et qu'il répondit un jour à 
quelqu'un qui, après lui avoir fait 
quelques questions sur les Mémoires 
que l'on publiait en son nom, revenait 
kX Abrégé du piésident Hénault: «Ah ! 
pour celui-là, je l'ai lu! »... On lui a 
attribué : Déclaration des Droits de 
l'Homme, poèm.e, précédé de quelques 
réflexions sur la déclaration des Droits 
adoptée par l'Assemblée constituante, 
suivi de l'Apothéose de Franklin , 
Paris, 1792 (mois de novembre); 
mais il a nié toute participation à cet 
écrit, composé dans un esprit révolu- 
tionnaire et sur le titre duquel son 
nom se trouve défiguré. — Michaud 
(François), frère puîné du précédent, 
se rendit à Saint-Domingue, à peine 
âgé de 18 ans, et y était devenu le 
gérant d'une habitation considérable, 
lorsque les Anglais s'emparèrent du 
Port-au-Prince, en 1794. Plein de 
courage et de patriotisme , il fit tous 
ses efforts pour les en expulser , et se 
mit à la tête d'un complot qui fut 
découvert au moment de l'explosion. 
Arrêté et traduit devant une com- 
mission militaire, par ordre du géné- 
ral anglais, il fut condamné à mort 
et fusillé. C'était un des plus beaux 
hommes de la colonie , et il y fut vi- 
vement regretté. P — ot. 

MICHEL, roi de Pologne, suc- 
cesseur de Jean-Casimir, et prédé- 
cesseur du grand Sobieski. Lorsqu'il 



40 



MIC 



abdiqua, l'arclievéque primat , ap- 
puyé par Sobieski, promit à Louis 
XIV de faire tomber les suffrages 
sur le grand Condé; mais la no- 
blesse, qu'il n'était pas aussi facile 
de gagner que les magnats, déclara 
hautement qu'elle ne voulait pas en- 
tendre parler d'un prince français. 
Le vice-chancelier de la couronne, qui 
observait ce mouvement, engagea les 
nobles à choisir un prince polonais; 
mettant en avant le nom du prince 
Michel Korybut de Wiszniowiecki. 
Les autres candidats étaient le duc 
de Neubourg, Charles V, duc de Lor- 
raine, que l'empereur Léopold sou- 
tenait de tout son crédit; Féodor, fils 
du tzar Alexis , et enfin la reine 
Christine qui , se repentant d'avoir 
abandonné le trône de Suède, fai- 
sait solliciter celui de la Pologne. 
La Diète fut orageuse , mais les dis- 
cussions cessèrent, le 19 juin 1669, 
sitôt que l'on prononça le nom de 
Michel. Descendant en ligne droite 
de Korybut, l'un des frères du grand 
Wladislas Jagellon, il était fils de Jé- 
rémie, prince de Wiszniowiecki, qui, 
par sa valeur féroce, s'était fait un 
nom dans les guerres contre les Co- 
saques. Jérémie, qui avait tous ses 
biens dans la Russie-Rouge, avait vu 
ravager ses domaines par les Cosa- 
ques , et il était mort de chagrin , 
laissant son fils dans l'indigence. La 
famille royale avait fait élever le 
jeune orphelin avec les soins dus à 
sa haute naissance. Jean - Casimir 
ayant abdiqué , et s'étant retiré 
en France , Michel se trouva sans 
appui. Lorsqu'il fut question de nom- 
mer un successeur au roi , il se joi- 
gnit aux nobles de Sandomir pour 
voter avec eux. Au moment où il s'y 
attendait le moins, le palatinat de 
Kalicz le proposa pour roi. L'en- 
thousiasme se communiqua aux au- 



MIC 

très palatinats : les deux partis qui 
tenaient, l'un pour le prince de 
Condé, l'autre pour le duc de Lor- 
raine, se hâtèrent de quitter la Diète, 
en témoignant à grands cris leur 
mécontentement. La noblesse indi- 
gnée menaçait <le tomber sur ces 
opposants, qui, avant la nuit, vinrent 
donner leur adhésion. Quand le 
prince Michel vit les palatinats accou- 
rir, il dit, les larmes aux yeux : Sei- 
gneur, faites que ce calice passe loin 
d» moi. Le nouveau roi n'ayant pas 
même un cheval à lui, le primai le 
prit dans sa voiture pour le conduire 
à l'église. Le 7 juillet 1669, il prêta 
serment sur les Pacta conventa. Son 
couronnement eut lieu le 29 sep- 
tembre. Comme il n'était point marié, 
les partisans de la France lui propo- 
sèrent mademoiselle d'Orléans. Le 
parti contraire l'ayant emporté , on 
demanda pour lui l'archiduchesse 
Éléonore, sœur de l'empereur Léo- 
pold , qui se hâta d'arriver. Les 
magnats qui tenaient à l'opposition 
se plaignirent vivement : le roi, di- 
saient-ils, a violé les Pacta conventa, 
par lesquels il s'est engagé à ne point 
se marier sans le consentement du 
Sénat. Ainsi la Pologne se trouvait 
désunie, et les Cosaques, les Turcs 
faisaient de formidables préparatifs. 
Le primat et les sénateurs mécon- 
tents entretenaient une correspon- 
dance secrète avec Louis XIV, et le 
bruit se répandit qu'une flotte de 
cinquante voiles allait paraître dans 
la Baltique, apportant à la Pologne 
une armée, des trésors et le grand 
Condé. Les lettres furent surprises ; 
le primat et ses partisans se réfu- 
gièrent à Dantzig. La Diète de 1670 
s'assembla au mois de septembre. 
Alors le primat revint à Varsovie, et 
le roi lui ayant mis sous les yeux sa 
correspondance, il avoua qu'il avait 



MIC 

écrit les lettres, et accusa le mo- 
narque d'avoir violé ses serments. 
Mais la noblesse se montra pour 
lui , et il obtint que la reine fût 
sacrée ; la cérémonie eut lieu mal- 
gré l'opposition. Les Cosaques s"é- 
tant avancés, Sobieski les repoussa 
jusqu'au-delà de leurs frontières. Ce- 
pendant le primat suivait son projet, 
qui était de détrôner Michel, et il 
eut l'adresse de gagner la reine Éléo- 
nore, qui, n'ayant point d'attache- 
ment pour son époux, fît entrer l'em- 
pereur, son frère, dans les vues de 
l'opposition. Léopold et la reine exi- 
geaient que l'on choisît le duc de 
Lorraine, auquel Éléonore aurait 
donné sa main et le sceptre. Jean 
Sobieski, qui n'aimait point le roi, 
consentait à ce qu'il fût détrôné ; 
mais , au lieu du duc de Lorrai- 
ne, il proposait défaire tomber le 
choix de la Diète sur Charles, comte 
de Saint-Paul, duc de Longueville, 
neveu du grand Condé. Ce projet 
resta sans exécution, le jeune prince 
ayant été tué, presque sous les yeux 
de Louis XIV, le 12 juin i672, au 
passage du Rhin. Cependant les ma- 
gnats de l'opposition continuaient 
leurs trames, et une insulte faite au 
roi, dans sa capitale, augmenta leurs 
forces. li'électeur de Brandebourg 
avait demandé à Michel qu'il lui 
livrât le baron de Kalkstein, qui 
avait été à son service, mais qui 
depuis s'était établi à Varsovie. Michel 
ayant refusé cette extradition, l'élec- 
teiu- donna à son envoyé, à Varsovie, 
des instructions d'après lesquelles 
Kalkstein fut arrêté de nuit et livré à 
l'électeur, qui le fit mettre à mort. 
Le roi n'était point en mesure pour 
venger cet affront ; il se contenta de 
réclamer. Sur ces entrefaites, la 
guerre éclata avec la Turquie, à l'ins- 
tigation de Pierre Doroszenko, het- 



MIC 41 

mann des Cosaques. Deux diètes fu- 
rent en vain convoquées ; on ne fit 
aucun préparatif, et, le 4 août 
1672, les Turcs passèrent le Dniester, 
sans résistance. Le grand-visir Ko- 
proli avait décidé Mahomet IV à se 
mettre à la tête de son armée, qui 
arriva devant Kamieniecz. Cette place, 
la seule importante qu'eussent alors 
les Polonais, est située sur une roche 
escarpée, dont la Smotrzycz baigne 
le pied, en vue du Dniester, sur les 
frontières de la Moldavie et de l'U- 
kraine, entre la Transylvanie et le pa- 
latinat de Kiow. Le commandant 
refusa de recevoir la garnison que 
Sobieski voulait lui donner , et , 
après quelques jours de piège , 
il se rendit lâchement, sans avoir 
rien fait pour défendre la place qui 
qui lui était confiée. Le roi Jean-Casi- 
mir apprenant en France, où il était 
devenu abbé de Saint-Germain-des- 
Prés, cette nouvelle désastreuse, tom- 
ba en faiblesse, puis en apoplexie, et 
mourut peu de mois après. Les Turcs 
s'avancèrent jusque sous les murs de 
Lemberg, que son commandant, Elie 
Lonski , défendit avec autant de cou- 
rage que d'intelligence. Afin de ga- 
gner du temps, Michel envoya à Buc- 
zacz, où se trouvait le quartier-géné- 
ral des Turcs, trois députés, qui, le 
18 octobre 1672, signèrent un traité 
aux conditions suivantes : « Les Tar- 
tares retourneront dans la Krimée; 
les Turcs garderont Kamieniecz et 
tout le palatinat de Podolie; l'Ukrai- 
ne appartiendra aux Cosaques; la Po- 
logne acquittera à la Porte un tribut 
annuel de 22,000 ducats; le premier 
paiement sera fait le 5 novembre sui- 
vant. " La Diète refusa de ratifier ce 
pacte honteux. Sobieski, grand-het- 
mann de la couronne,reçutunrenfoi't 
de cinquante mille hommes , et, le 
trésor royal étant épuisé, on engagea 



42 



MIC 



les joyaux de la couronne pour four- 
nir aux frais de la guerre. Le roi Mi- 
chel s'avança avec l'armée jusqu'à 
Lemberg, où il tomba dangereuse- 
ment malade. Sobieski, malgré les ri- 
gueurs de la saison, alla en avant, 
poussant devant lui les Turcs ; ils se 
réfugièrent dans leur camp, qui, pro- 
tégé par le canon de Chodzim, leur 
paraissait inexpugnable. Sobieski les 
en chassa néanmoins (10 novembre 
1673). Après un combat sanglant, ils 
se retirèrent en désordre, laissant 
plus de vingt mille hommes sur la 
place. Le lendemain de cette victoire, 
Michel mourut à Lemberg, à peine 
âgé de trente-cinq ans. On a préten- 
du qu'il avait été empoisonné. Ce 
prince n'était pas, comme on l'a dit, 
dépourvu de talents ; mais il fut 
malheureux; les circonstances sem- 
blaient s'être réunies contre son ad- 
ministration. Il ne laissa point d'en- 
fants , et eut Sobieski pour succes- 
seur. G — Y. 
* MICHEL ArrALioTE ou At- 

TALIATE {voy. AtTALIOTA , 11,621), 

surnom qu'il tirait de la ville d'At- 
taha dans l'Asie-Mineure , est connu 
par un résumé de la législation ro- 
maine byzantine. Synopsis jwm, qu'il 
dédia à l'empereur Michel Ducas, 
vers 1071. Ce livre était le fruit d'une 
longue pratique des plus hautes fonc- 
tions judiciaires. En 1068, Michel 
Attaliote était membre du Sénat de 
Constantinople, et il fut un des juges 
de Romain Diogène, alors accusé d'as- 
pirer à l'empire. On sait qu'il y par- 
vint, en obtenant à la fois sa grâce et 
la main de l'impératrice. Sous ce 
prince belliqueux, Attaliote fut nom- 
mé juge d'armée, et fit en cette qua- 
lité plusieurs campagnes en Asie. Les 
juges d'armée n'avaient pas seule- 
ment à connaître des délits commis 
par les militaires ; ils faisaient aussi 



MIC 

partie des conseils de guerre où l'on 
délibérait, en présence de l'empe- 
reur, sur les plans de campagne. At- 
taliote eut occasion de donner d'u- 
tiles avis, et il en fut récompensé par 
le titre de patrice (1070). L'année sui- 
vante, il accompagna de nouveau 
Romain Diogène dans la fatale expé- 
dition où ce prince tomba au pou- 
voir des Turcs. Pendant sa captivité, 
son beau-fils, Michel Ducas , s'était 
emparé du trône; et, quand il recou- 
\Ta la liberté, ce fut pour subir la loi 
de cet usurpateur, qui se montra 
plus cruel envers lui que les Turcs 
eux-mêmes. Attaliote a retracé d'une 
manière très-animée ce désastre et 
cette révolution, dans un ouvrage 
dont nous parlerons bientôt. Sans 
être en faveur sous le règne de Du- 
cas, il continua d'exercer les fonc- 
tions de juge à Constantinople et de 
proconsul, et composa, par ordre de 
l'empereur, un résumé de la légis- 
lation existante. Une nouvelle révolu- 
tion fit monter sur le trône, en 1078, 
un général nommé Nicéphore Boto- 
niate, auquel Attaliote était fort dé- 
voué. Nommé par ce prince juge du 
Vélum ^ c'est-à-dire de la chambre 
impériale, il lui témoigna sa recon- 
naissance en lui dédiant une His- 
toire romaine, qui embrasse la suite 
des événements dont il avait été le 
témoin, où parfois même il avait 
joué un rôle important, et qui s'étend 
du règne de Michel le Paphlagonien, 
en 1034, jusqu'à la deuxième année 
de Botoniate, en 1080. Le récit de 
cette dernière époque y est peut-être 
développé avec une complaisance 
qui lui donne l'apparence du pa- 
négyrique. Or, Nicéphore Botoniate 
fut détrôné, l'année suivante, par 
Alexis Comnène, qui ne devait pas 
voir avec plaisir les éloges prodigués 
à son prédécesseur. Peut-être Atta- 



MIC 

lio te jugea- t-il prudent de restreindre 
lui-même la publicité de son livre. 
Cette circonstance pourrait expliquer 
comment un ouvrage remarquable à 
plus d'un titre est resté presque in- 
connu, et comment Jean Scylltzès, 
qui publia , peu d'années plus tard , 
l'histoire de la même époque, a osé 
copier des pages entières de Michel 
Attaliote, sans le citer jamais, et en 
supprimant les passages où il était 
lui-même en scène, et où il parlait 
avec éloge de l'empereur Botoniate. 
Un seul manuscrit, qui avec la biblio- 
thèque de Coislin, n. 136, a passé 
dans celle du roi, nous a conservé 
dans son intégrité cette curieuse 
chronique ; mais enfouie parmi d'au- 
tres documents historiques, à la suite 
de l'histoire de Scylitzès, elle n'avait 
attiré l'attention d'aucun savant. C'est 
M. Brunet de Presle, lauréat de l'Ins- 
titut, qui, en feuilletant ce volume 
pour une révision du texte de Scy- 
litzès, a eu le bonheur de l'y décou- 
vrir. Par ses soins, elle va bientôt pa- 
raître dans la nouvelle édition de la 
Byzantine qui se publie à Bonn. Le 
savant Philippe Labbe, celui qui le 
premier a tracé le plan de cette vaste 
collection, n'a pas connu le manus- 
crit dont nous parlons ; mais il avait 
appris qu'il existait dans la bibliodié- 
que de l'Escurial un ouvrage histo 
rique de Michel Attaliote. Fabricius, 
Harles {Bibliotheca grœca) , Vossius, 
Hœqel ont répété cette indication 
sans l'éclaircir. A la prière du futur 
éditeur, des recherches ont été faites 
par un voyageur français, M. Labou- 
laye, dans la bibliothèque de l'Escu- 
curial , et il y a en effet retrouvé le 
manuscrit d'Attaliote, mais mutilé et 
ne contenant que le tiers du manus- 
crit de Paris. Quant à la Synopsis juris 
dont nous avons parlé, elle a été im- 
primée, dès 1596, par Lœvenklau, 



MIC 43 

dans le t. II de son recueil Juris 
^rœco - romani. La Bibliothèque du 
roi et celle de Vienne en possèdent 
de nombreux manuscrits, qui fourni- 
raient les éléments d'une utile révi- 
sion. D H E. 

MICHEL (Jean) , évêque d'An- 
gers, naquit vers 1387, à Beauvai*, 
d'une famUle de marchands de draps. 
Ayant fait de bonnes études , il 
partit pour la Sicile où se rendaient 
un grand nombre de Français, atti- 
rés par la protection que leur accor- 
dait la maison d'Anjou, alors maî- 
tresse de ce royaume. Michel était, 
en 1416, secrétaire et conseiller du 
roi Louis II (foj. ce nom, XXV, 248). 
Après la mort de ce prince, il exerça 
les mêmes fonctions auprès de sa 
veuve Yolande, qui le chargea de 
dresser la généalogie des rois d'Ara- 
gon, afin de prouver ses droits à la 
couronne. Pendant la captivité de 
René d'Anjou (voy. ce nom, XXXVII, 
339), Michel rendit à sa mère Yolan- 
de les plus grands services. Il em- 
brassa ensuite l'état ecclésiastique et 
fut nommé, en 1420, chanoine de 
l'église Saint-Sauveur à Aix. Huit ans 
après, il permuta son canonicat pour 
une prébende de l'église cathédrale 
d'Angers. En 1438, il revint dans sa 
patrie où on lui avait conféré un ca- 
nonicat; mais, lévêque d'Angers étant 
mort peu après, Michel fut choisi 
pour lui succéder. Il résista d'abord, 
puis finit par céder au vœu unanime 
du clergé et du peuple. Son élec- 
tion ne fut cependant pas approuvée 
par le pape Eugène IV, qui nom- 
ma un autre évêque, et lança 
contre Michel les foudres de l'ex- 
communication ; mais les bulles du 
pontife furent annulées par le con- 
cile de Baie, et Michel garda son évê- 
ché. Il tint dans son diocèse plusieurs 
synodes, dont quelques statuts ont été 



u 



MIC 



insérés dans le recueil publié à An- 
gers, en i683, in-4°. Ce prélat mou- 
rut en odeur de sainteté, le 12 sep- 
tembre 1447. Les papes ont néan- 
moins toujours refusé de le canoniser, 
malgré les sollicitations du clergé et 
de plusieurs rois de France. On attri- 
bue la cause de ce refus à l'attache- 
ment de Michel pour les libertés de 
l'église gallicane et à lapartquilavait 
eue à la pragmatique-sanction. Une no- 
tice, aujourd'hui fort rare, a été publiée 
sur ce prélat, en 1739, sous le titre 
A' Abrégé de la vie, du culte et des mi- 
racles du bienheureux Jean Michel, 
évêque d'Angers, in-12. Il est vénéré 
comme saint dans ce diocèse. — Mi- 
chel {Guillaume^, dit de Tours, quoi- 
que né à Châtillon-sur-Indre, mau- 
vais poète et traducteur du XVP siè- 
cle, a publié : I. La Forêt de cons- 
cience, contenant la chasse des prin- 
ces spirituels, en prose et en vers, 
Paris, 1516 et 1520, in-8°. Cette se- 
conde édition est recherchée. II. Le 
Penser de royale mémoire , auquel 
penser sont contenues les épistres en- 
voyées par le royal prophète David 
au très-chreslien roi de France Fran- 
çois I", avec aucuns mandements et 
autres choses convenables à l'exhor- 
tation de la saincte foi catholique, 
Paris, 1518, in-4°. IIl. Le Siècle doré, 
contenant le temps de paix, amour et 
concorde, en vers, Paris, 1521, in-4°. 
IV. De la Justice et de ses espèces, 
livre très-profitable pour tous ceux 
qui désirent connaître le moyen de 
vivre heureusement et paisiblement 
entre les hommes ; plusieurs édi- 
tions , dont la dernière , revue et 
corrigée par Guillaume Aubert, avo- 
cat, parut après la mort de Michel, 
en 1556, in-8°. On a encore de lui: 
1° une traduction des Bucoliques et 
des Géorgiques de Virgile, 1516, 
in-8°; 1529 et 1540, in-folio, avec la 



MIC 

traduction de Y Enéide , par Octavien 
de Saint-Gelais (voy, ce nom, XXXIX, 
576). Il existe, de l'édition de 1529, 
sortie des presses de Kicolas Couteau, 
à Paris , des exemplaires tirés sur vé- 
lin, avec trente-une miniatures qui 
les rendent très-précieux ; 2** une tra- 
duction de Josèphe, juif et hébreu, 
historiographe grec de Y Antiquité ju- 
daïque, avec une épître dédicatoire à 
Antoine, duc de Lorraine, Paris, 
1534, in-folio, gothique; 3° d'autres 
traductions de Polydore - Firgile , 
à' Apulée, d'Eutrope, de Valère-Maxi- 
me, de Justin, et de Suétone; enfin 
une traduction de la Pandore latine 
deJanus Olivier (foj. ce nom, XXXI, 
587), Paris, 1542, in-12.— MicuEL(iVi- 
cole), né au commencement du XVP 
siècle, s'adonna à la médecine, de- 
vint doyen de la faculté de Poitiers, 
et mourut en 1559. Il a publié deux 
ouvrages : 1° De C administration du 
bois saiiit (le gaïac), traduit du latin 
de Ferrerius, Poitiers, 1540, in-S"; 
2" Les causes, remèdes et cures des 
fièvres qui ont couru cette année 1557, 
Poitiers, 1557. L — s — d. 

MICHEL (Clacde-Loiis-Samso), 
né à Maubeuge, en 1754, d'une fa- 
mille peu riche, manifesta de bonne 
heure des dispositions pour les étu- 
des abstraites. Après avoir professé, 
au collège de Maubeuge , les huma- 
nités, les belles-letU'es et la physi- 
que, il obtint, à Douai, la place de 
principal du collège d'Anchin. Ayant 
renoncé à l'instruction publique dans 
les premières années de la révolution, 
il présida l'administration du départe- 
ment du Nord, et fut ensuite rais â 
la tête de la commission que la Con- 
vention nationale chargea d'organiser 
la Belgique. De retour dans sa pa- 
trie, il siégea au conseil-général, d'a- 
bord comme membre du conseil, puis 
comme secrétaire ; enfin, il remplit 



MIC 

successivement les fonctions de pré- 
sident du tribunal criminel des Deux- 
Nèthes (Anvei's), et celles de procu- 
reur-général en la Cour d'appel de 
Douai. Dans ces différents emplois, 
Michel porta l'abnégation jusqu'à 
négliger ses affaires pour répondre à 
la confiance du gouvernement. Quoi- 
que son nom fût inscrit depuis long- 
temps dans les fastes de la Légion- 
d'Honneui", et que ses services fus- 
sent reconnus et appréciés par ses 
supérieurs, il fut condamné, sous le 
gouvernement impérial, à une retraite 
absolue. Cette disgrâce l'affligea, mais 
ne l'abattit point , et les lettres l'en 
consolèrent. Michel avait beaucoup 
lu, beaucoup observé, médité. Il ai- 
mait les arts et en parlait avec con- 
venance et discernement; il jugeait 
tous les genres de talents avec une 
sagacité peu commune. Il mou- 
rut à Douai, le 3 janvier 1814, à la 
suite des chagrins que lui causèrent 
la perte de son emploi et la crainte 
de ne pouvoir plus élever convena- 
blement sa famille. On a de lui : I. 
Essai sur les attractions moléculaires, 
Douai et Paris, 1803, in-S". II. Consi- 
dérations nouvelles sur le droit en gé- 
néral, et particulièrement sur les droits 
de la nature et des gens, Paris, 1813, 
in-S". III. Réflexions sur l'instruction 
publique. IV. Mémoire sur les contri- 
butions. V. Mémoire sur une nouvelle 
notation d algèbre descriptive. VI. Re- 
cherches sur une nfgèbie de situation. 
VII. L'Intrigant de province, comé- 
die en 5 actes, en vers. VllI. Recueil 
d'opuscules poétiques. IX. Essai d'une 
nouvelle théorie du mouvement. X. 
Comparaison de l'algèbre descriptive 
avec les principes ordinaires de Cap- 
plicatiort de l'algèbre. Plusieur» de 
ces productions sont restées inédites. 
Une commission de l'Académie royale 
des sciences a fait un rapport avan- 



MIC 



45 



tageux sur les deux derniers ouvrages, 
que l'auteur avait soumis à son appro- 
bation. B RS. 

MICHEL - LE - FOU {il Pazzo), 

lazzarone, ainsi nommé à cause des 
dérèglements de sa jeunesse, était do- 
mestique d'un marchand de vins, 
lorsque les Français marchèrent con- 
tre Naples, en 1799. Comme il avait 
acquis par sa force et son audace 
une sorte de célébrité, les lazzaroni 
le choisirent pour chef. A leur tête, 
Michel fit éprouver des pertes assez 
considérables aux troupes françai- 
ses , et il exerça , pendant quelques 
jours, à Naples, un rôle analogue à 
celui de Masaniello {voy. ce nom, 
XXVII, 342). Plusieurs nobles, soup- 
çonnés de vouloir tiaiter avec les 
Français, furent, par ses ordres, im- 
pitoyablement massacrés, leuis mai- 
sons pillées et détruites ; tout plia de- 
vant lui. Mais, ayant fait une sortie, 
il tomba entre les mains des ennemis 
après un combat acharné, et fut con- 
duit au général Championnet , qui, 
connaissant son influence , le traita 
avec bonté, et lui offrit le grade de 
chef de brigade, s'il voulait embras- 
ser la cause des patiiotes. Séduit par 
ces propositions , Michel jura fidé- 
lité aux Français , et rentra à Na- 
ples avec ses compagnons , en criant 
vive la République. Son premier soin 
fut de donner à Saint-Janvier une 
garde-d'honneur, choisie parmi l'élite 
des lazzaroni; et lorsqu'il n'eut plus 
à combattre, il se fit orateur. Haran- 
guant le peuple, tantôt monté sur les 
tréteaux destinés aux comédies de 
Polichinelle , tantôt porté sur les 
épaules de quelques-uns de ses an- 
ciens camarades, il prononça des dis- 
cours remarquables par un rare bon 
sens et une piquante originalité. Sorti 
du peuple, il savait par quels moyens 
on agit sur l'esprit de la multitude; 



46 



MIC 



aussi ses arguments produisaient-ils 
toujours leur effet. « Si le pain est 
H cher, disait-il un jour, c'est parce 
» que le tyran fait saisir les vaisseaux 
« chargés de grains qu'on nous en- 
a voyait de Barbarie. Que devons- 
» nous faire? Le haïr, le combattre, 
o mourir tous plutôt que de le re- 
« voir. » Puis il ajoutait: « Le gou- 
« vernement d'aujourd'hui n'est pas 
« la république, la constitution n'é- 
« tant pas encore achevée; mais 
u quand elle le sera, nous le juge- 
■i rons d'après nos plaisirs et nos 
i; souffrances. Les savants connais- 
« sent la cause du changement des 
« saisons; rxous, nous savons seule- 
u ment que nous avons chaud ou 
« froid. Nous avons tout souffert 
i. sous le tyran, guerre, peste, trem- 
u blement de terre ; on dit que nous 
.. serons heureux sous la république ; 
« laissons- lui le temps de nous le 
n prouver. Oui veut récolter vite sè- 
« me des raves et ne mange que des 
« racines; qui veut manger du pain 
« sème du grain, et attend une an- 
« née. Il en est de même de la répu- 
« blique : pour les choses durables, 
» il faut du temps et de la peine; at- 
« tendons. » Un jour, un homme du 
peuple lui ayant demandé l'explica- 
tion du mot citoyen , il répondit : 
u Je ne sais pas, mais ce doit être un 
« beau nom, car les capezzoni (c est 
u ainsi que le peuple de Naples ap- 
« pelle les hauts fonctionnaires) l'ont 
« pris pour eux. En disant à chacun 
« citoyen, il n'y a plus ni d'excellen- 
« ces ni de lazzaroni ; ce nom nous 
« rend tous égaux. » . Un autre ayant 
ajouté : «• Que veut dire cette égalité ? 
« Cela veut dire, répondit Michel 
u en se montrant lui-même, cela 
u veut dire qu'on peut être lazzarone 
u et colonel; les seigneurs étaient ja- 
« dis colonels dans le ventre de leurs 



MIC 

« mères, je le suis, grâce à l'égalité; 
« alors on était grand en naissant, au- 
<■ Jourd'hui on arrive à la gran- 
« deur. « Lorsque les Calabrais, con- 
duits par le cardinal Rufo, se présen- 
tèrent devant Naples, Michel, qui 
sans doute avait pris goût à l'égalité 
et ne se souciait pas de redevenir 
lazzarone, combattit avec la plus 
grande valeur dans les rangs des pa- 
triotes. Ceux-ci, ayant été abandonnés 
par les Français, furent obligés de 
livrer la ville aux troupes royales, 
après une capitulation qui garantit 
la vie et la liberté !; tous ceux qui 
s'étaient compromis dans les évé- 
nements antérieurs. Mais, à l'arrivée 
de Nelson, le traité fut méconnu et 
les exécutions commencèrent. Michel, 
livré à une horde de Calabrais, périt 
an milieu des plus horribles suppli- 
plices. A — Y. 

MICHEL (Jules), né à Caen, en 
1790, fit ses premières études aux 
lycée de cette ville, où il s'appUqua par- 
ticulièrement à l'étude des mathémati- 
ques. Admis à l'École polytechnique, 
à la suite d'un brillant examen, il en 
sortit, en 1809, pour passer à l'École 
d'application du génie et de l'artille- 
rie, à Metz, avec le grade de lieutenant 
en second d'artillerie de marine, arme 
qu'il avait choisie dés son entrée à 
fÉcole polytechnique. Il se distin- 
gua aux batailles de Lutzen et de 
Bautzen. Dès le début de la campa-' 
gne de 1813, Michel, qui n'avait que 
vingt-trois ans, fut nommé capitaine. 
Dans une affaire où il se trouva isolé 
du reste de son régiment, il sou- 
tint seul , avec sa compagnie , le 
feu d'un bataillon prussien , et ne 
lâcha prise qu'après avoir perdu beau- 
coup de monde, et sur l'ordre for- 
mel de son général , le comte Bonnet 
qui, témoin de son intrépidité, le 
mit à l'ordre de la division ; le lende- 



MIC 

main, la croix de la Légion-d'Hon- 
neur brillait sur sa poitrine. La 
paix le rendit à ses études favorites. 
Il fut appelé à diriger successivement 
la fonderie de Nevers et les arsenaux 
de la Guadeloupe et de Lorient. Les 
améliorations qu'il introduisit dans 
le service de ces établissements prou- 
vèrent l'étendue et la solidité de ses 
connaissances. Parvenu au grade de 
lieutenant- colonel, et décoré de la 
croix d'officier de la Légion-d'Hon- 
neur, Michel remplisait au port de 
Lorient les fonctions de directeur 
d'artillerie, quand une mort préma- 
turée l'enleva, le 22 avril 1838. On 
a de lui : L Le Mémorial de l'artil- 
leur marin, rédigé suivant l'ordre 
alphabétique des matières, Paris , 
1828, in-S". Puisé aux sources les 
plus sûres, cet ouvrage renfermait 
dans un même volume tous les ren- 
seignements nécessaires au service de 
l'artillerie de la marine. Si les pro- 
grès de la science l'ont rendu insuf- 
fisant, on ne peut s'empêcher de re- 
connaître que, lors de sa publication, 
il était à son niveau. IL Observations 
sur le corps royal de l'artillerie de ma- 
rine , insérées dans les Annales ma- 
ritimes de 1833. A la suite de cet opus- 
cule, où fauteur démontre la néces- 
sité de conserver l'artillerie de ma- 
rine, alors menacée tout au moins de 
réduction, ou trouve la réponse qu'y 
fit M. Rocquemaurel, lieutenant de 
vaisseau. Dans cette réponse , inti- 
tulée : Considérations sur la question 
de l'artillerie navale, en réponse à une 
brochure publiée par M. J. Michel, 
etc., M. Rocquemaurel reconnaît que 
l'artillerie de marine est nécessaire et 
même indispensable pour l'arme- 
ment des colonies et des batteries de 
côtes, pour la conservation du ma- 
tériel et les travaux des ports, ainsi 
que pour fournir un contingent dans 



MIC 



47 



les expéditions navales qui auraient 
pour but d'attaquer une position , et 
de s'y établir; qu'enfin sa fusion 
avec le corps des officiers de vais- 
seau ne servirait qu'à dissimuler , 
sous le même uniforme, les spécia- 
lités bien distinctes qui les séparent. 

P. L— T. 

MICHELBURNE ou Michel- 
boum (le chevalier Édocaud), voya- 
geur anglais , était riche. Le goût 
des aventures , et aussi le désir d'aug- 
menter se» richesses , lui firent équi- 
per à ses frais deux vaisseaux ; il en 
prit le commandement lui-même, et 
choisit pour pilote Jean Davis {voy. 
ce nom, X, 614), que deux voyages 
dans les mers du Nord avaient rendu 
célèbre. Il partit de Covi^es, dans l'île 
de Wight, le 15 déc. 1604. Excepté 
la perte de quelques matelots en vou- 
lant prendre terre à l'île de Fernan- 
do de Noronha , dans l'Océan Atlan- 
tique , au sud de l'équateur, oîi la 
mer est fort agitée , il ne lui arriva 
rien de fâcheux. Ensuite, il prit terre 
à la baie de Saldanha , au nord du 
cap de Bonne-Espérance, puis il pas- 
sa entre les îles nombreuses qui s'é- 
tendent depuis les 20 degrés de lati- 
tude sud, jusque dans le voisinage 
de la ligne équinoxiale. Ayant abordé 
à Bâta , grande île sur la côte occi- 
dentale de Sumatra, il se promenait 
le long du rivage, lorsqu'il crut dé- 
couvrir un vaisseau sous une petite 
île qui n'en est pas éloignée. Il y en- 
voya aussitôt Davis , qui trouva trois 
petits navires à l'ancre. On l'invita, par 
signes, à s'approcher. Comme Davis 
conçut des soupçons, il retourna vers 
Michelburne, afin de prendre des 
armes. Étant revenu le lendemain, les 
navires devinèrent ses intentions et 
mirent à la voile. Il les poursuivit, 
quoiqu'il n'eût que dix hommes avec 
lui, et que les autres fussent au nom- 



48 



MIC 



bre de vingt. Un coup de pierrier, 
qui en tua deux, contraignit un de 
ces navires de s'arrêter. Il y restait 
encore six Portugais de Prianani, ville 
de Sumatra; le bâtiment était chargé 
de vivres. Les prisonniers annoncè- 
rent qu'un vaisseau anglais était à 
Prianam. Davis leur rendit la liberté ; 
et, peu de jours après, les Anglais 
rejoignirent les deux autres bâtiments 
qu'ils forcèrent de s'échouer. Davis 
ayant continué de longer la côte, re- 
çut la confirmation de la nouvelle 
qu'on lui avait donnée, et , réuni à 
Michelburne, il entra le 9 août dans 
dans la rade de Prianam, où l'on eut 
le plaisir de rencontrer le fFhelp , 
le second vaisseau, dont on avait été 
séparé le 9 mai précédent, par une 
tempête affreuse , au sud du cap de 
Bonne-Espérance. Les Anglais étant 
partis le 21 août pour Bantam, ren- 
contrèrent deux prôs , ou petits bâti- 
ments de malais , dont ils voulm'ent 
s'emparer. L'un se sauva ; l'autre fit 
quelque résistance, et plusieurs An- 
glais furent blessés. Enfin il fut pris, 
et 1 on sut par les Malais qu ils cou- 
raient les mers pour s'emparer de 
tous les bâtiments moins forts qu eux, 
et que, dans leur île, voisine de celle 
de Sumatra , ils retenaient des hom- 
mes et des femmes d'Euiope, échap- 
pés au naufrage d'un grand bâti- 
ment. Des navigateurs tout occupés 
de leur commerce, n'auraient peut- 
être pas été assez affectés du malheur 
de ces prisonniers pour tenter de les 
mettre en liberté; d'autant plus qu'il 
y avait à présumer qu'ils étaient Por- 
tugais. Mais Michelburne ne put sup- 
porter l'idée de leur infortune et ré- 
solut de les délivrer. Il se fit con- 
duire vers l'île, jeta l'ancre à cin- 
quante pas du rivage, et envoya Davis 
dans la chaloupe pour prendre des 
informations. Celui-ci revint bientôt 



MIC 

à bord avec les deux Européens : c'é- 
taient des Portugais, qui, n'ignorant 
pas la mésintelligence des deux na- 
tions, conjurèrent l'amiral de ne voir 
en eux que des hommes et de com- 
patir à leurs malheurs. Rassurés et 
traités avec bonté, ils commencèrent 
le récit de leurs aventures : partis de 
Ternate pour Cahcut, ville de la côte 
de Malabar, leur capitaine avait voulu 
voir le port d'Achin ; mais s'étant 
engagé dans les îles qui bordent la 
côte occidentale de Sumatra , il y 
avait fait naufrage. Sept hommes seu- 
lement s'étaient sauvés avec trois fem- 
mes, dont une était la jeune veuve 
du gouverneur de Brancor. Les pira- 
tes n avaient pas maltraité les Por- 
tugais ; mais ils avaient forcé les 
femmes à habiter avec eux, et le gou- 
verneur malais avait pris pour lui la 
veuve du gouverneur portugais. Ils fini- 
rent ce récit en répandant un torrent 
de larmes, etsupphèrent l'amiral de ne 
point abandonner des infortunés qui 
consacreraient leur vie à lui en mar- 
quer leur reconnaissance. D'ailleurs 
les Malais n'étaient que des pirates, en 
petit nombre et sans armes à feu; on 
en comptait au plus quatre-vingts, et 
les Anglais étaient au nombre de 
cent douze. On renvoya les Portugais 
à terre , et dès que le jour parut, on 
s'avança vers lîle. Le gouverneur s'ap- 
prêtait déjà à passer dans une île 
voisine avec ses femmes, lorsqu'on, 
lui coupa le chemin ; saisi d épou- 
vante à la vue des Anglais, il s'enfuit 
avec sa troupe, abandonnant les Por- 
tugais et les dames, qui furent très- 
bien reçues par Michelburne. Ayant 
eu même occasion de prendre peu 
après un bâtiment du Guzarate , sur 
lequel il y avait beaucoup de mar- 
chandises, il leur distribua, surtout à 
la jeune veuve, des étoffes fort riches, 
et les conduisit enfin à Bantam où 



MIC 

elles désiraient aller. En s'appro- 
chant de Patane, quelques mois après, 
il arriva aux Anglais une aventure 
moins agréable. Onaperçutunejonque 
chargée de pirates Japonais, que l'on 
sut depuis avoir exercé leurs brigan- 
dages sur les côtes de la Chine et de 
Camboje. Ils avaient alors perdu leui' 
pilote et ne savaient trop où aller. Mais 
déterminés à tout, et au nombre de 
quatre-vingts, ils ne laissèrent pas de 
se défendre d'abord contre les An- 
glais. On ne les traita point mal , 
parce qu'étant assez bien vêtus , ils 
n'avaient pas l'air de matelots ni d'écu- 
meurs de mer. Cependant, quand ils 
se virent prisonniers, ils formèrent 
le projet de s'emparer du bâtiment de 
Michelburne.A cet effet, sous prétexte 
de lui faire une visite, ils y passèrent au 
nombre de vingt-cinq , avec des ai- 
mes cachées. L'amiral, ayant conçu de 
la défiance, chargea Davis et quel- 
ques hommes de visiter la jonque, 
pour voir s'il n'y avait pas d armes 
échappées à la première recherche. 
A peine y était-on que les Japonais 
tombèrent sur les Anglais et les tuè- 
rent tous à l'exception de Davis, 
(jui put se jeter dans la chaloupe. Au 
même instant, les vingt-cinq brigands 
qui étaient sur le vaisseau de lamiral 
massacrèrent tous ceux qui se pré- 
sentèrent à eux. Michelburne était 
sur le pont avec quelques-uns des 
siens, d où ils repoussaient, à coups 
de piques, les Japonais qui s'effor- 
çaient d'y monter. Cependant une 
douzaine de ces forbans , enfçrmés 
dans la chambre du capitaine, ten- 
taient d'y mettre le feu. Pour se tirer 
prompteraent d un si grand danger, 
le courageux Michelburne, au risque 
de périr lui-même, fit braquer deux 
petites couleuvrines contre les plan- 
ches qui formaient le mur de la 
chambre. Ce moyen réussit. Les Ja- 

LXZIV. 



MIC 



49 



ponais furent tués ou blessés sans 
que le bâtiment en souffrît. Un seul 
avait échappé aux balles et aux éclats 
des planches ; il se jeta à l'eau, mais 
perdant l'espérance d'arriver à son bâ- 
timent, il revint à la nage et deman- 
da quartier. Michelburne empêcha 
ses gens de le tuer; il le fit reprendre 
à bord, lui reprocha sa trahison, et 
l'interrogea sur leurs desseins: u G'é- 
<•• tait de vous couper la gorge à tous, 
" répondit ce féroce Japonais , et 
<» de nous emparer de votre vais- 
« seau. » Ce fut la seule question à 
laquelle il voulut répondre; il deman- 
da même qu'on le poignardât promp- 
teraent. Le lendemain, l'amiral or- 
donna qu il fût pendu ; il se laissa 
faire sans résistance, mais ses mou- 
vements furent si furieux lorsque 
l'exécuteur l'eut abandonné, qu'ayant 
rompu sa corde, il tomba dans la 
mer. On ne put savoir s'il s'était 
noyé, ou si, ayant repris l'usage de 
ses sens, il s'était sauvé à la nage. Da- 
vis, en revenant vers l'amiral, avait 
été tué par un de ces malheureux 
qui cherchait à se jeter à la mer. A 
quelque temps de là Michelburne 
s'empara d'un vaisseau chinois, d'où 
il tira plusieurs ballots de soie dont 
il paya la valeur ; et poussé vers 
deux îles désertes, où il fut con- 
traint de relâcher , il y aperçut des 
Portugais échappés à un naufrage , 
mais si maigres et si affaiblis par le 
long jeune auquel ils avaient été for- 
cés, qu'ils conservaient à peine la fi- 
gure humaine. Il y avait entre autres 
un jeune homme, fils du capitaine, qui 
était à l'extrémité. Les bons soins le 
sauvèrent, tandis que plusieurs de 
ceux qui étaient en meilleur état, pé- 
rirent pour avoir pris de la nourri- 
ture sans précaution. Une tempête 
furieuse enleva , peu de jours après, 
les deux vaisseaux anglais de dessus 



so 



MIC 



leurs ancres , et les fit échouer sur 
le rivage. Cependant ils en furent 
quittes ponr quelques avaries légères. 
Bientôt une flotte néerlandaise de 
cinq vaisseaux, commandée par \Vi- 
brantz van Warwick, entra dans la 
même rade. L'amiral apprit à Michel- 
burne que le roi de Bantam, instruit 
de son dessein d'attaquer les vaisseaux 
chinois , et regardant cette entreprise 
comme une insulte qui lui était faite, 
parce qu'elle le privait de l'avantage 
que leui' arrivée dans ses ports lui 
procurerait , paraissait disposé à 
maltraiter les Anglais. On peut sup- 
poser que l'intérêt de sa nation faisait 
tenir ce langage à Warwick, et lui 
dicta également l'offre de mettre à la 
voile ensemble pour retourner en 
Europe. Michelbume répondit qpe, 
n'ayant pas encore atteint le but de 
son voyage , il ne pensait pas sitôt à 
l'interrompre. Cependant , ap-rès le 
départ des Néerlandais, il réfléchit 
sérieusement à sa position. Le mau- 
vais état de son vaisseau 'le décida , 
quoiqu'il n'eût tiré qu'u/i médiocre 
parti de son expédition , à s'éloigner 
le 5 février 1606. Sa traversée fut 
heureuse, et, le 9 juillet, il arriva à 
Portsmouth, après 19 mois d'absen- 
ce. Étant retourné dans sa patrie , il 
y mourut quelques années plus tard. 
Sa relation a été imprimée dans le 
recueil de Purchas, tom. I"". Elle offre 
des renseignements intéressants sur 
les pays que ce navigateur a vus. 
iJHistoire générale des Voyages, par 
Prévost, qui la contient, défigure plu- 
sieurs noms propres. E — s. 

MIGHELESSI (Dominique), lit- 
térateur italien, naquit à Ascoli en 
1735. Il embrassa l'état ecclésiastique 
et devint secrétaire des prélats Capra- 
ta et Trajetto Caraffa, qui depuis fu- 
rent revêtus de la pourpre romaine. 
Ces fonctions l'ayant mis en relation 



MIC 

avec un grand nombre de person- 
nages distingués , en Italie et au de- 
hors, servirent à faire ressortir ses 
talents. Appelé par Frédéric II, au- 
quel il avait dédié une Fie du comte 
Algarotti, il se rendit à Berlin, et ne s'y 
arrêta que peu de temps; victime de 
l'envie de quelques-uns de ses com- 
patriotes , qui jouissaient de la fa- 
veur de ce grand prince , il quitta 
la Prusse et passa en Suède , où 
il fut comblé d'honneurs, et admis 
dans l'intimité du roi Gustave III. 
Michelessi avait le don des lan- 
gues: il apprit le suédois en six mois, 
et traduisit en cette langue les A- 
mours d'Héro et Léandre , ainsi que 
les Épîtres d'Ovide. Il mourut à 
Stockholm le 3 avril 1773, peu de 
temps après y avoir été nommé 
membre de l'Académie des sciences. 
On a de lui : I. Laudatio in funere 
serenissimi principis Marci Fuscaren- 
ni habita coram Venetis patribus, Ve- 
nise, 1763. II. Memorie întorno alla 
vita ed agli scritti del conte Francesco 
Algarotti, Venise, 1770, in-S". Il en 
existe une traduction française par 
le professeur Castillon, Berlin, 1772, 
in-S". III. Versi sciolti a S. A. R. Ma- 
ria-Antonietta, principessa di Baviera, 
elettrice di Sassonia, sans date et sans 
nom de lieu. IV. Gustavi III Suecite 
régis orationes , a sueco in latinum 
versœ, Berlin, 1772. Cette traduction 
est dédiée au pape Clément XIV. V. 
Lettera a monsignor Visconti, arci- 
vescovo d'Efeso e nunzlo apostolico 
presso le LL. MM. II. e RR., sopra 
la rivoluzione di Svezia, succeduta il 
di 19 agosto 1772, Stockholm, 1773, 
in-8°; traduite en français la même 
année, et imprimée à Stockholm, in- 
12. VI. Carteggio del principe reale, 
ora rè di Svezia, col conte Carlo di 
Scheffer, senatore del regno, Venise, 
1773, in-8°. VII. Opérette in prosa ed 



MIC 

in verso composte in Sveiia, in-8*, 
sans date et sans nom de lieu. C — au. 
MICHELET (Etienne), poète, né 
à Marseille, en 1787, manifesta très- 
jeune un talent décidé pour la poésie. 
A quinze ans il faisait une tragédie 
de Philoiis, dont plusieurs fragments 
lus à l'Athénée littéraire de Marseille, 
en 180S, lui valurent les suffrages 
des littérateurs distingués qui for- 
maient cette réunion, où il fut admis 
dès-lors, et dont il fut par la suite 
un des membres les plus remar- 
quables. Entré au service en 1810, 
il fit les campagnes de 1810, 1811 et 
1813 en Espagne, et celle de 1814, 
en France. Le 19 mars de la même 
année, il écrivit au duc d'Angoulême, 
pour solliciter la permission de servir 
sous ses ordres, en qualité de simple 
soldat; mais, au retour de Napoléon 
de l'île d'Elbe, il donna sa démis- 
sion. Deux jours après , il fut appelé 
en duel , par trois officiers de son 
régiment, en réparation des propos 
qu'il avait tenus à la nouvelle du dé- 
barquement de l'empereur. Trois 
blessures furent le résultat de cette 
provocation. Il partit alors pour Mar- 
seille et se présenta au comité provi- 
soire, afin de reprendre du service 
dans les armées royales que levait 
cette ville. Entré , comme simple 
chasseur, dans la troupe destinée à 
combattre l'armée du maréchal Bru- 
ne, il y resta en cette qualité jus- 
qu'au moment où il fut promu au 
grade de capitaine dans un bataillon 
d'élite organisé par le général Perrey- 
mond. Après avoir servi successive- 
ment dans plusieurs régiments , il 
passa au 45* de ligne , qu'il suivit à 
la Martinique. Le capitaine Michelet 
mourut à Fort-Royal, en 1829. On a 
de lui : I. La Mort du duc d'Enghien, 
Paris, 1820, in-8'\ Ce poème fut 
composé dès l'année 1804> mais les 



MIC 



«i 



circonstances ne permirent pas de le 
faire imprimer. II. La naissance du 
duc de Bordeaux, chant lyrique, Pa- 
ris , 1820, in-8°. IIL Le combat âe 
Navarin, Perpignan, 1827, in-S". 
Michelet est auteur de plusieurs au- 
tres poésies, insérées dans des jour- 
naux du temps, tels que La Foudre, 
le Drapeau Blanc, etc. A — t. 

MICHIEL (Justine Renieh), née 
vers 1754, était petite-fille de l'avant- 
dernier doge de Venise, Paul Renier. 
Elle épousa un Michiel, descendant 
lui-même de plusieurs doges {yoy, 
MicHELi, XXVIII, 592). Élève du cé- 
lèbre Cesarotti, elle avait puisé à son 
école des connaissances profondes, 
variées , et s'était adonnée surtout 
à l'étude de la littérature anglaise. 
Elle traduisit en italien plusieurs 
drames de Shakspeare , dont trois 
furent publiés avec une préface et 
des notes qui firent le plus grand 
honneur à M"* Michiel. Lorsque M. de 
de Chateaubriand maltraita avec tant 
d'humeur les gloires vénitiennes , 
M"» Michiel lui répliqua par une let- 
tre imprimée, où régnait le persif- 
flage le pl||i^ spirituel , sans toutefois 
manquer aux égards que méritait 
l'illustre écrivain. Mais l'ouvrage 
qui lui a fait le plus de réputation , 
est l'histoire de ÏOrigine des fêtes 
Vénitiennes, Venise, 1817, 5 vol. in- 
8°, en italien et en français. Le sa* 
Ion de M"* Michiel était fréquenté 
par tous les étrangers de distinction, 
qui ont souvent rendu hommage à 
ses rares qualités. Le célèbre Rum- 
ford surtout s'y montra, pendant 
long-temps, très-assidu. M™* Michiel 
mourut à Venise, en 1832. A — y. 

AUCHOT (Antoine), comédieu 
français, né à Paris, en 1768, s'atta-» 
cha, jeune encore, au théâtre de l' Am- 
bigu-Comique , et y joua très-médio- 
crement des rôles chevaleresques 
4. 



S2 



MIC 



dans les pantomimes dialoguées, qu'on 
appela depuis des mélodrames. Bien- 
tôl, dégoûté de ce genre de pièces , 
dont le style boursoufflé ne s'accor- 
dait point avec son humeur joviale, 
et auquel, d'ailleurs, ses dehors, dé- 
pourvus de noblesse, ne convenaient 
pas davantage, il s'essaya dans la co- 
médie, et entra, en 1786, aux Varié- 
tés du Palais-Royal, où il ne contri- 
bua guère moins que ses camarades, 
Beaulieu et Bordier, au succès des co- 
médies d'intrigues, qui attiraient la 
foule à ce théâtre (voy, Dcmamant, 
LXin,114). En 1790, lorsqu'à la place 
des Variétés, les sieurs Gaillard et 
Dorfeuille organisèrent , rue de Ri- 
chelieu, un second Théâtre-Français, 
Michot fit partie de leur troupe, à la- 
quelle s'étaient réunis Monvel, Talma, 
Du gazon et madame Vestris ; et, s'as- 
sociant constamment au sort plus ou 
moins heureux de ces acteurs , il 
n'abandonna qu'en 1822 la carrière 
théâtrale, où trente années de ser- 
vices lui assuraient une double pen- 
sion de retraite. A l'époque où le 
ministre François de Neufchâteau 
avait réuni, en une seule société, les 
acteurs de l'ancienne Comédie-Fran- 
çaise et ceux du théâtre de la Répu- 
blique, Michot, attaché désormais au 
Théâtre -Français, proprement dit, 
s'était vu forcé d'abandonner pres- 
que entièrement l'emploi des valets, 
revendiqué par ceux des comédiens 
qui l'avaient tenu avant lui : il s'était 
contenté d'un certain nombre de 
rôles mixtes, qui lui donnaient peu 
d'occupation; mais les auteurs de 
l'époque s'empressèrent de travailler 
pour lui, et ils eurent bientôt lieu de 
s'en féliciter. Ce fut ainsi qu'il eut 
une grande part à la réussite de la 
Belle fermière, comédie médiocre de 
M"" Candeille, et qu'il contribua, plus 
encore, au brillant succès de la Jeu- 



MIC 

nesse de Henri V, pièce dans laquelle 
il sut donner au personnage du capi- 
taine Coop la physionomie la plus 
plaisante et la plus originale. Ceux 
des autres rôles où il était assuré de 
plaire au public , par un adroit mé- 
lange de brusquerie et de sensibiHté, 
étaient le Jean Buller, dans le drame 
des Deux Frères (traduit de Kotzebue) ; 
le père Dominique, de la Brouette du 
Finaigrier; le Marin, des héritiers Ca- 
sini, dans \es Projets de mariage, et, 
en dernier lieu, le Michaud de la Par- 
tie de chasse de Henri IV. Il était par- 
venu à jouer ce rôle avec une bon- 
homie et une verve de gaîté rustique 
qui rappelaient Préville aux vieux 
amateurs. Il faut dire, néanmoins, 
que son talent, pai^fait dans les comé- 
dies de genre, était moins avantageu- 
sement placé dans les valets de l'an- 
cien répertoire, où , comme le disait 
Grimod de la Reynière, sa charpente 
osseuse de portefaix s'accordait ma! 
avec l'agileté piquante des Frontin et 
des Mascarille. Michot jouait, pour 
ainsi dire, d'instinct, avec une justes- 
se d'intention, un naturel, qui ex- 
cluaient toute idée de calcul , et que 
son organe, aussi souple que mor- 
dant , faisait singulièrement valoir. 
On lui a souvent reproché de la pa- 
resse. En effet, homme de plaisir 
avant tout, il avait peu de goût pour 
le travail; aussi, ne le vit-on jamais 
disputer à ses camarades les rôles 
dont ils s'emparaient à son préjudice. 
Quoiqu'il ne fût pas musicien, il tirait 
un très-bon parti de sa voix, superbe 
basse-taille , et il se rendait par là 
fort utile à la société, dont il était de- 
venu le chanteur officiel. Ce ne fut 
peut-être pas moins à ce talent parti- 
culier de Michot, qu'à la belle musi- 
que de Méhul , qu'on dut attribuer , 
dans le temps, le succès populaire du 
chant guerrier que l'auteur de Guil 



MIC 

laume-le-Conquérant avait mis dans 
la bouche du sire de Poitiers : 

Soldats français , chantez Roland, 
L'honneur de la chevalerie. 

On ne peut nier qu'en 1792 et en 
1793, cet acteiir n'ait paru partager 
les sentiments des révolutionnaires. 
Il fut alors chargé de diverses mis- 
sions par le comité de salut public, 
et l'auteur de cet article l'a entendu 
faire chaudement l'éloge de Marat, 
dans le temps, à la vérité, où le bus- 
te de ce misérable n'avait point en- 
core été porté à l'égoût Montmar- 
tre. Mais il y avait du comédien dans 
toute la conduite de Michot, et, s'il 
est vrai qu'il s'affubla du bonnet 
rouge , on ne l'accusa pas du moins 
d'avoir commis d'odieuses vexations. 
Ses opinions politiques , à supposer 
qu'il en eût réellement, étaient si flexi- 
bles, qu'il accepta, sans hésiter, la 
direction particulière du théâtre de la 
Malmaison, à l'époque où, sous le ti- 
tre de premier consul, le maître de 
ce château venait d'anéantir la répu- 
blique; et l'on sait qu'après la restau- 
ration et pendant les Cent-Jours il se 
montra zélé royaliste. Du reste, il ap- 
portait dans la société ces manières 
rondes et joviales qu'on lui connais- 
sait à la scène, et, comme il joignait 
à beaucoup d'esprit naturel une 
mémoire riche d anecdotes, sa con- 
versation était fort amusante. Il mou- 
rut chez lui rue des Bons- Enfants, le 
23 novembre 1826. De tous les co- 
médiens français qui ont hérité de 
ses rôles, aucun, jusqu'ici, ne l'a di- 
gnement remplacé. F. P — t. 

MICHU ( Benoit ) , peintre sur 
verre, naquit à Paris, au commence- 
ment du XVIIl' siècle, il s'adonna par- 
ticulièrement au genre que l'on ap- 
pelle peinture en apprêt, et qui con- 
siste à fixer les couleurs sur le verre 
au lieu de les y incorporer. C'est avec 



MIC 



53 



ce procédé que Michu peignit les 
vitreaux de la chapelle de Versailles, 
ceux des InvaUdes et du cloître des 
Feuillants de la rue Saint-Honoré. 
Ces derniers morceaux, les plus par- 
faits que le siècle dernier ait produits 
en ce genre , furent exécutés sur les 
dessins d'Élye ; on les conserve au 
Musée royal des monuments français. 
Michu mourut à Paris, en 1803, dans 
un âge fort avancé. Z. 

MICHU (Louis), acteur de l'Opé- 
ra-Coinique , naquit à Reims , le 4 
juin 1754. Il vint débuter, à Paris, 
sur le Théâtre-Italien, le 18 janvier 
1775, par le rôle du Magnifique^ et 
le 22 il joua Colin, dans la Clochette^ 
et Célicourty dans l'Ami de la maison. 
Comme aux avantages de la jeunesse, 
de la taille et de la figure, il réunis- 
sait les dispositions les plus heureuses 
pour l'emploi des amoureux, on 
s'empressa de l'admettre aux appoin- 
tements, et, bientôt après, il fut reçu 
sociétaire. Michu répondit aux espé- 
rances que ses débuts avaient don- 
nées. Son zèle et son intelligence ne 
se démentirent jamais : il devint en 
peu de temps un des sujets les plus 
précieux de son théâtre, et s'y mon- 
tra digne de seconder et de rempla- 
cer Clairval {voy, ce nom, LXI, 85). 
Beaucoup de chaleur et de sensibi- 
lité, une grande habitude de la scè- 
ne, un débit vrai, un jeu naturel, 
telles étaient les qualités qui le dis- 
tinguèrent dans la plupart des rôles 
qu'il joua, et dan^ le grand nombre 
de ceux qu'il créa. Michu, à quarante- 
cinq ans, avait conservé les formes, 
l'organe, les grâces et la gentillesse 
de l'adolescence. IS'éanmoins, il fut 
toujours médiocre chanteur; aussi 
sa réputation commençait-elle à dé- 
croître, lorsque la méthode et le goût 
du chant italien , auxquels il ne put 
jamais se plier, devinrent des avan- 



u 



MIC 



tages obligatoires pour les acteurs 
de l'Opéra-Comique. Mais si sa voix, 
peu étendue et sans mordant, était 
criarde dans les sons élevés, elle n'était 
pas dépourvue d'intérêt et de charme 
dans le médium, et semblait même 
ajouter au prestige de sa longue jeu- 
nesse. Comme acteur, Michu con- 
serva aussi les défauts de cet âge, 
des gestes brusques et trop fréquents, 
ti'op de vivacité dans le maintien et 
dans la diction; mais ces défauts ser- 
vaient encore à compléter l'illusion 
qu'il produisait surtout dans Biaise 
et Babet, dans Sargines, Azémia^ 
Félix, Paul et Virginie, Lisbeth, et 
dans une inBnité d'autres rôles où 
il n'a jamais été remplacé, pas même 
par Elleviou. On lui a reproché, 
avec plus de raison, trop d'unifor- 
mité dans sa manière, trop d'affec- 
tation et de mollesse dans ses costu- 
mes un peu efféminés; de-là sont nés 
peut-être des bruits injurieux sur les 
mœurs de Michu; il était d'ailleurs 
bon père, bon époux, et il avait l'âme 
honnête et sensible. Après avoir per- 
du dans la faillite du théâtre Favart 
les fonds qu'il y avait placés, il ne fut 
point compris, par suite d'une cabale, 
dans la réunion des acteurs de ce 
théâtre et de celui de Feydeau. il se 
retira, le 27 février 1799, sans pou- 
voir obtenir la pension qu'il avait si 
bien méritée par ses talents et par 
vingt-quatre ans de service. Il se char- 
gea de la direction du spectacle de 
Rouen; mais son entreprise n'ayant 
pas prospéré, le désespoir de man- 
quer à ses engagements vint aggiaver 
ses chagrins et le porta à termmer 
ses jours, en se noyant dans la Seine 
(1802). On a prétendu cependant qne 
sa mort n'avait pas été volontaire. De 
trois enfants que Michu a laissés, sa 
fille aînée. M'"'' Paul-Michu, héritière 
des talents de son père, débuta et fut 



MIC 

admise à l'Opéra-Comique en 1807, 
fut reçue sociétaire en 1817, et s'en 
est retirée en 1829. A — t. 

MIGOLON de Gue'rines (Joseph- 

MlCHEL-jEA:<-BAPTISTE-PArL-AcGCSTIN), 

né, le 8 septembre 1760, à Ambert, 
d'une famille ancienne et respectée 
dans l'Auvergne, fit ses études ecclé- 
siastiques à Paris , au séminaire de 
Saint - Sulpice , et prit ses degrés 
en Sorbonne où il eut pour pro- 
fesseur Duvoisin, son prédécesseur 
presque immédiat sm* le siège de 
Nantes. Retourné dans son pays 
natal , il y remplissait les fonctions 
de vicaire-général de l'évêque de 
Clermont lorsque la révolution le 
força de se retirer en Suisse avec sa 
famille. La tempête révolutionnaire 
s'étant calmée, il revint dans son dio- 
cèse et y reprit ses fonctions. La ma- 
nière dont il les exerça justifia la con- 
fiance qu'avait mise en lui M. de 
Dampierre, nommé, en 1802, à l'e- 
vêché de Clermont. Bien que Micolon 
de Guérines habitât à douze lieues de 
cette ville, son zèle l'y conduisait 
chaque semaine pour assister au con- 
seil de l'évêché, et il faisait ce voya- 
ge à pied. Ce fut à la sagesse de son 
administration qu'on dut particuliè- 
rement le rachat des séminaires, le 
rétablissement de plusieurs commu- 
nautés et l'acquisition d'un nouveau 
palais épiscopal. Sa charité se montra 
d'une manière remarquable pendant 
une maladie contagieuse qui se mani- 
festa dans les hôpitaux de Clermont, 
et elle lui suggéra des ressources 
précieuses pour le soulagement des 
malades. Nommé évêque de Castres à 
la suite du concordat de 1817, il ne 
put prendre possession de ce siège et 
fut transféré à celui de Nantes. Aus- 
sitôt après sa consécration, qui eut 
lieu le 9 novembre 1822, il s'occupa 
avec une infatigable sollicitude de 



MIC 

tout ce qui pouvait contribuei- au 
bien spirituel de son diocèse. C'est 
dans ce but qu'il favorisa l'établisse- 
ment des sœurs de Pont-Château et 
de Saint-Giidas-des-Bois destinées à 
donner une éducation chrétienne aux 
enfants pauvres de leur sexe; qu'il 
acquit à son diocèse le petit séminaire 
de Guérande, et forma la commu- 
nauté des philosophes , à Nantes; 
qu'il rétablit les retiaites et les confé- 
rences ecclésiastiques ; qu'il ouvrit à 
Saint-Similien une nouvelle maison 
ecclésiastique composée de prêtres 
auxiliaires pleins de zèle et de capa- 
cité. Afin de rétablir l'uniformité dans 
la liturgie de son diocèse , il publia , 
en 1825, une nouvelle édition du 
Bréviaire de Nantes, bientôt suivie de 
celle du Missel. Il était en Auvergne, 
lors de la révolution de 1830. Mal- 
gré le mauvais état de sa santé, dont 
il était allé demander l'amélioration 
à l'air natal, il n'hésita pas à retour- 
ner sur-le-champ à Nantes où l'on 
redoutait quelques réactions. » S'il y 
" a du danger , dit-il, la place du 
u berger est au milieu de son trou- 
'< peau. " La santé , de plus en plus 
chancelante de ce vénérable prélat, 
le détermina à solliciter pour coad- 
j uteur M. de Hercé, auquel il commu- 
niqua son esprit de charité et de to- 
lérance. Il est mort à Nantes le 12 
mai 1838. — M. Quérard , dans sa 
France littéraire , fait mention d'un 
abbé Micolon, secrétaire de l'académie 
de Clerniont et auteur d'un Éloge du 
P. Guerrier, prêtre de l'Oratoire , 
1773, in -12, de la même famille que 
l'évéque de Nantes. P. L — t. 

MICQUEAU (Jeas-Locis), né à 
Reims, vers 1530, fit ses premières 
études sous les auspices et par les 
bienfaits du cardinal Charles de Lor- 
raine, archevêque de cette ville. 
Ayant embrassé les doctrines de 



MIC 



55 



Calvin, U. quitta Reims vers 1557 et 
alla s'établir à Orléans, où il se fit 
maître d'école, et devint, sept ans 
après, professeur de basses classes au 
collège de Champagne. Il fut pour un 
moment Hé d'amitié avec Gentien 
Hervet, chanoine de l'église de Reims 
natif d'Orléans, auteur de plusieurs 
ouvrages; mais la différence d'opi- 
nions les sépara bientôt. Micqueau, 
dont on ignore l'année de la mort, 
avait publié : I. Lycampœi castri ob- 
sidio et excidium, 1554, Paris et 
Rouen, 1555, in-12. IL De consti- 
tuenda apud Aurelios juventutis dis- 
ciplina oratio, etc., Paris, 1558, 
in-V. III. Aureliœ urhis memorabilis 
ah Anglis obsidio, atino 1428 efJoan- 
nœ Viraginis Lotharingœ res gesta, 
Orléans, 1560, in-S", et avec renou- 
vellement de frontispice, Paris, 1560, 
1631, in-S". L'éditeur y joignit un 
supplément; la même année, du Bre- 
ton en donna la traduction. Cet ou- 
vrage est dédié au cardinal Charles 
de Lorraine. IV. Jiéponse au discours 
de Gentien Hervet, sur ce que tes pil- 
leurs, voleurs et bruiteurs d'églises, 
disent qu'ils n'en veulent qu'aux prê- 
tres, Lyon, 1564, in-8''. Le chanoine 
Hervet répliqua à Micqueau par 
une Réponse contre une invective 
d'un maître d'école d'Orléans, qui 
se dit de Reims, sur te discours que 
les pilleurs, etc., Reims, 1564. V. Ré- 
ponse de Jean-Louis Micqueau, aux 
folles rêveries, exécrables blasphèmes, 
erreurs et mensonges de Gentien Her- 
vet, Lyon, 1564, in-S". VI. Confuta- 
tion des erreurs et prodigieuses héré- 
sies de Gentien Hervet, à laquelle 
celui-ci répondit encore. VII. Lettre 
à Brutus ; c'est une traduction de Ci- 
céron que lui attribue Lacroix du 
Maine. VIII. Histoire de Jésus-Christ, 
etc. Micqueau a aussi laissé quelques 
pièces de ver latins. L — c — j. 



S6 



MID 



MIDDLETON ( Thomas Pan- 
su a we), premier évéquc de Calcutta, 
naquit en janvier 1769, à Kedleiton, 
dans le comté de Derby. Fils unique, 
il reçut une éducation très-soignée, 
sous le double rapport du développe- 
ment intellectuel et des mœurs. Au 
collège l'Hôpital-du-Christ, il eut pour 
maître le rigide Jacques Rowver dont 
on connaît le fanatisme pour la dis- 
cipline; et parmi ses condisciples il 
compta Coleridge, Thornton qui fut 
ambassadeur en Suède, et Richard, 
l'auteur des Bretons primitifs {the 
Aboriginal Britons). Il suivit ensuite 
les cours de haut enseignement de 
Cambridge, et il y prit ses trois de- 
grés en 1792, 1795 et 1808. Il s'était 
voué de bonne heure à la théologie. 
Son baccalauréat fut immédiatement 
suivi de la réception des saints or- 
dres ; et après avoir été un an à peu 
près le précepteur particulier des en- 
fants de l'archidiacre de Lincoln, Jean 
Pretyman, frère de l'évêque de cette 
ville, il obtint en 1795 le rectorat de 
Transor (Korthampton). Deux ans 
après il se maria ; ce frit sans doute 
pour subvenir à l'accroissement de 
dépenses suite de cet événement, qu'il 
sollicita un second rectorat (Petit-B\ - 
tham avec Château-Bytham), qu il put 
cumuler avec le premier (1802). Les 
revenus de ces deux cures lui per- 
mettaient de consacrer ce qui lui restait 
de loisirs aux études de son choix : 
ces études étaient surtout théologi- 
ques et philologiques : il y fit des pro- 
grès assez marqués pour être classé, 
par l'opinion des ecclésiastiques de 
la Grande-Bretagne, au nombre des 
hommes remarquables de 1 église an- 
glicane. Aussi vit-on sans étonne- 
ment et sans jalousie sa nomination, 
non-seulement au vicariat de Saint- 
Pancras ( Middiesex ) et de Putten- 
ham (Heriford) (1811), mais enco- 



MID 

re à l'archidiaconat de Huntington 
(1812). La paroisse de Saint-Pancras 
était alors dans un état déplorable 
sous le rapport du matériel religieux. 
Pour une population de plus de 50,000 
âmes , il n'y avait qu'une chapelle 
pouvant contenir 300 persoimes. Cette 
insuffisance durait depuis long-temps, 
mais chaque jour v ajoutait en aug- 
mentant le chiffre déjà si supérieur 
des habitants. Middieton voulut y 
metUe un terme; et s'il n'y parvint,, 
il appela du moins l'attention du 
public sur l'abus , et il détermina 
le cabinet par ses représentations, à 
présenter à la Chambre des Commu- 
nes un projet de loi ayant pour 
but d'autoriser la construction d une 
nouvelle église. Une opposition fu- 
rieuse, qui avait pour meneurs les 
membres des sectes dissidentes sié- 
geant à la Chambre basse, accueillit 
la proposition : les antagonistes du 
bill en voulaient encore plus à l'ar- 
chidiacre de Huntington qu'aux mi- 
nisties secrétaires d'État. Finalement 
la mesure échoua. Mais le retentisse- 
ment même de la discussion si par- 
tiale, engagée sur ce sujet, servit la 
cause qui avait le dessous, et en mê- 
me temps porta plus haut que par le 
passé le renom de l'archidiacre. Il ne 
renonça point à son dessein, mais il 
en prépara en silence l'exécution par 
d'autres voies, principalement en re- 
cueillant les offrandes destinées aux 
dépenses de construction, en formant 
dans le même but une réserve parti- 
culière prise sur les revenus habi- 
tuels de son église ; et c'est en suivant 
ces errements, c'est en profitant de 
ce qu il avait déjà fait, que son suc- 
cesseur atteignit le résultat si désiré. 
Middieton l'eût obtenu lui-même, s'il 
fût resté en Angleterre. Mais le temps 
approchait où cet ecclésiastique, qui 
jusque-là était resté presque solitaire. 



MID 

c'est-à-dire se bornant à peu près au 
cercle d'hommes parmi lesquels il 
avait à se mouvoir et sur lesquels il 
avait autorité, allait échanger la Gran- 
de-Bretagne contre l'Inde. Ayant été 
invité par la société pour la pi'opaga- 
tion du christianisme, à l'occasion du 
départ du missionnaire allemand Ja- 
cobi pour l'Inde , à prononcer, en 
présence de la société, un discours 
qui contînt des instructions pour l'en- 
treprise à laquelle allait se vouer le 
jeune prêtre; non-seulement il s'ac- 
quitta de cette tâche à la satisfaction 
universelle; mais son discours, quand 
on l'imprima en 1813, fut encore 
plus goûté qu'à la simple audition, et 
l'opinion s'établit parmi les membres 
de la société, que Middleton était de 
tous les hommes le plus propre à 
diriger les établissements religieux 
aux Grandes-Indes. Cette opinion por- 
ta bientôt ses fruits. Le gouverne- 
ment s'était laissé convaincre par la 
société que la propagation du chris- 
tianisme dans l'Inde soumise, était au 
nombre des moyens les plus efficaces 
qui pussent concourir au maintien 
de la domination britannique ; et 
comme alors revenait le moment de 
prolonger les privilèges de la Com- 
pagnie anglaise des Indes , lord 
Castlereagh fit voter en principe, à 
l'assemblée générale , l'engagement 
de fournir des appointements à un 
évêque et à trois archidiacres. ÏNIiddle- 
ton fut ensuite appelé au cabinet du 
ministre , où la proposition lui fut 
faite d'aller, comme évêque de l'Inde 
anglaise, à Calcutta. ÎSous n'entre- 
rons pas dans le détail de ses tergi- 
versations. Il paraît que véritable- 
ment elles furent sérieuses. Il pou- 
vait y avoir des dangers réels à cou- 
rir dans des contrées si profondé- 
ment religieuses, si populeuses et où 
d'ailleurs il faudrait pénétrer sur 



MID 



37 



des points où les troupes anglaises 
n'auraient point pénétré, ou ne pro- 
tégeraient plus immédiatement par 
leur présence effective. Beaucoup d'a- 
mis lui conseillaient de ne pas courir 
ces chances aventureuses ; et lui-mê- 
me en effet se souciait peu d'aban- 
donner sa paisible Angleterre. Fina- 
lement pourtant le titre d'évêque , 
l'honneur d'ouvrir la liste des évêques 
anglais de Calcutta et d'être comme 
le fondateur de l'anglicanisme aux 
Indes, l'idée qu'il rendrait à la reli- 
gion un sen-ice réel, enfin les en- 
couragements qui lui furent prodi- 
gués, et la conscience qu'il avait d'une 
circonspection et dune réserve qui le 
préserveraient au moins des grandes 
chances de péril, triomphèrent des 
idées méticuleuses et mesquines. Il 
accepta, et partit de Portsmouth le 
8 juin 181i, après avoir été sacré un 
mois auparavant, jour pour jour. En 
novembre il avait atteint les rivages 
du Bengale; et sur le champ, secondé 
de ses trois archidiacres, notamment 
de Loring, il commença l'œuvie diffi- 
cile de la conversion des Indiens. Les 
sept années qu'il passa dans ces tra- 
vaux sont sans contredit les plus re- 
marquables de sa vie, et fondèrent 
l'avenir du christianisme aux Indes. 
La grande création qui les caractérise 
est celle du collège des missions de 
Calcutta, dont le quadruple but est 
d'élever de jeunes chrétiens anglais 
ou autres dans les principes de l'é- 
glise anglicane, pour en faire des 
prédicants , des catéchistes ou des 
maîtres d'école ; d'apprendre aux 
Musulmans et aux Hindous la langue 
anglaise, et les éléments des connais- 
sances usuelles, dans un simple but 
temporel ; de traduire les Saintes-Ecri- 
tures , la Liturgie et divers ouvrages 
choisis de morale et de religion; en- 
fin de recevoir les missionnaires an- 



58 



MID 



glais à leur arrivée dans l'Inde, afin 
de les initier aux principes et à lu- 
sage des idiomes indigènes. Middle- 
ton ne cessait de donner, par lui-mê- 
me, des soins de tous les instants à 
cet établissement de prédilection. 
Mais ce n'est point à cela que se bor- 
naient ses travaux. Il parvint à faire 
fonder bon nombre d'églises sur di- 
vers points du territoire indien. Il 
visitait souvent les diverses parties 
des vastes régions confiées à sa di- 
rection spirituelle. Il surveillait tous 
les détails de l'administration, des 
conversions, des établissements se- 
condaires, des voyages des mission- 
naires. Il recherchait tous les docu- 
ments sur la propagation du christia- 
nisme dans les temps antérieurs. C'est 
moitié au zèle qu'il apportait à cette 
direction, souvent fatigante, et qui 
exigeait même, indépendamment des 
voyages, une contention d'esprit per- 
pétuelle , moitié au redoutable climat 
de l'Inde, qu'il faut attiibuer l'altéra- 
tion grave qu'il éprouva enfin le 2 
juillet 1822, après avoir joui en gé- 
néral d'une santé très-satisfaisante 
dans sa nouvelle patrie, et qui l'em- 
porta rapidement. Il expira le 8 juil- 
let. Un monument lui fut élevé aux 
dépens de la société pour la propaga- 
tion du christianisme, qui voulut lui 
rendre ce dernier et triste hommage, 
et qui en même temps vota un fonds 
de 150,000 fr. pour l'entretien de 
qnatre élèves au collège des missions 
de Calcutta. Middleton avait de 
grandes connaissances philologiques : 
il savait le grec à fond et l'écrivait en 
prose avec une rare élégance; pro- 
bablement on aurait de la peine à 
trouver des hellénistes qui s'expri- 
massent en cet idiome avec autant de 
bonheur. Le secret de ce talent, c'est 
(indépendamment d'une habileté très- 
grande dans la langue) l'affinité qui 



MIE 

existait entre la tendance correcte, 
pure, mesurée de son esprit et la na- 
ture de la prose attique, ce fin et lu- 
cide modèle de ce que nous nomme- 
rions prose académique. Middleton 
ne manque pas d'images, d'élan, d'a- 
bondance et de formes oratoires ; 
mais tout cela tempéré par une haute 
raison, par la logique du bon sens, 
par le besoin d'aller au vrai et à l'u- 
tile. Au reste il n'est point teli'ement 
attique qu'on ne retrouve bien en lui 
le théologien et le lecteur de la Bi- 
ble; il est pénétré des livres saints 
comme de la science divine, et sa 
manière de formuler révèle celle-ci, 
comme ses expressions se sentent de 
celle-là. On a de Middleton : I. Traité 
théorique de l'article grec appliqué à 
la critique du Nouveau Testament', 
Londres, 1808. C'est l'ouvrage classi- 
que par excellence, sur la matière. Il 
fit une très-haute réputation à Middle- 
ton, tant auprès des philologues que 
des théologiens. II. Un écrit pério- 
dique intitulé : le Spectateur provin- 
cial, 1795 (cette publication n'eut 
point de suite). III. La bénédiction et 
la malédiction, discours en actions de 
grâce à l'occasion de diverses vic- 
toires navales et surtout de la victoire 
de Nelson, 1798; et vm sermon in- 
titulé : Comment le Christ se partage, 
prononcé devant l'évêque de Lin- 
coln, 1808. IV. yldresse aux parois- 
siens de Saint-Pancras, concernant la 
demande qu'il faudrait faire au Par- 
lement d'une 7iouvelle église, 1812, 
in-8<'. P — OT. 

MIEL ( Edm£-Fra>çois-Astoire- 
Marie), homme de lettres, né à Châ- 
tillon-sur-Seine le 6 avril 1775 , dut 
à son père, organiste, et à sa mère, 
fille d'un statuaire, l'avantage d'avoir 
vu de bonne heure pratiquer l'art et 
d'en comprendre le langage. Une 
forte éducation classique au collège 



MIE 

Sainte-Barbe , où il eut pour maître 
l'abbé Nicolle, qui devint son ami , 
plusieurs voyages sur mer, deux an- 
nées d'études à l'École polytechnique, 
le préparèrent à exercer avec distinc- 
tion toute profession honorable ; mais 
son amour pour la retraite, son inca- 
pacité pour tout ce qui ressemblait , 
nous ne disons pas à l'intrigue , mais 
au savoir-faire dans le monde , le 
condamnèrent , pendant les quarante 
premières années de sa vie, à une 
profonde obscurité , d'où il ne sortit 
enfin qu'à force de travaux conscien- 
cieux et remarquables. Peu de temps 
après l'organisation des préfectures, le 
préfet de la Seine, Frochot, son com- 
pati'iote , lui donna une place dans le 
service des contributions directes. Il 
y fut attaché pendant trente-six ans, 
dont vingt comme chef de division 
depuis 1816. Le zèle avec lequel il 
remplissait ses fonctions ne l'em- 
pêcha pas de suivre ses goûts stu- 
dieux, dans la seule vue de l'art, ni 
de se livrer à l'étude de plusieurs 
sciences, notamment de l'histoire na- 
turelle. Son insti-uction artistique se 
développait par ses continuelles visi- 
tes dans nos Musées, dans les expo- 
sitions publiques, et dans les ateliers 
des plus fameux artistes contempo- 
rains. Il se livrait, avec non moins de 
passion, à l'étude de la musique; et, 
quelque modique que fût sou reve- 
nu comme employé subalterne, il 
ne manqua jamais un concert, une 
brillante réunion musicale : les priva- 
tions pour se procurer ce plaisir dis- 
tingué ne lui coûtaient rien. Ce fut 
vers cette époque de sa vie qu'il se 
chargea, pour une faible rétribution, 
de traduire de l'anglais la géographie 
de Pinkerton, ouvrage qui ne parut 
point sous son nom. Miel était peu 
pressé de se produire; mais ses amis 
surent l'apprécier , et il fut invité à 



MIE 



59 



coopérer à la rédaction littéraire, 
mais surtout artistique , de diffé- 
rents journaux , entre autres du Mo- 
niteur. Il rendit compte de plusieurs 
Salons du Louvre ; en 1814, dans le 
Journal général de France ; en 1828, 
dans ÏUniversel; en 1834, dans le 
Constitutionnel. Il l'emplit également 
dans plusieurs feuilles la même tâche 
à l'égard des concerts et réunions 
musicales. Les artistes faisaient cas 
de ses jugements toujours conscien- 
cieux, exprimés d'ailleurs dans le 
langage le plus approprié à la chose. 
Plusieurs de ses articles furent tra- 
duits en anglais et en allemand , et 
l'Académie de Gand, satisfaite de la 
manière dont il avait apprécié les 
peintres flamands, lui envoya sponta- 
nément un diplôme de membre cor- 
respondant. En 1817 , il donna son 
Essai sur les beaux-arts et particuliè- 
rement sur le Salon de 1817 ( Paris, 
1817, 1 vol. in-8°, publié par livrai- 
sons, accompagné de 38 gravures au 
trait, par M. V. Texier). Cet ouvrage, 
résultat de vingt ans d'études sur les 
arts du dessin et sur la musique , fit 
sensation , et créa pour son auteur 
une spécialité de critique. Dans ce 
livre , Miel , attaquant certaines di- 
rections proclamées nouvelles , et 
que le charlatanisme donnait pour 
du progrès , les signala avec raison 
comme de déplorables plagiats du 
temps de la décadence. David , le chef 
de l'École française , encouragea l'au- 
teur du Salon de 1817. « Continuez, 
« lui dit-il, et vous rendrez service 
» aux artistes; car vous les compre- 
.< nez. .. Dès 1812, Miel avait influé, 
comme critique , sur l'opinion , en 
faisant revenir le public de ses pré- 
ventions contre M. Ingres , dont le 
talent était alors méconnu , parce 
qu'on ne s'attachait qu'aux imper- 
fections de ses premiers ouvrages. 



60 



MIE 



Quelque sévères que fussent les prin- 
cipes de Miel, sa doctrine n'était 
point exclusive. Il fut un des pre- 
miers apologistes du moyen -âge; 
mais en s'élevant toujours contre 
la confusion des genres , c'est lui qui 
ressuscita comme artiste le célèbre 
potier de Saintes, Bernard Palissy, 
et qui rendit son nom populaire. Les 
considérations dont il fit précéder ses 
notices remarquables sur Jean Cousin, 
Jean Goujon et Philibert Delorme , 
en établissant la transition du gothi- 
que à la renaissance , pour ce qui 
concerne la peinture, la sculpture et 
l'architecture, ne se bornèrent pas de 
sa part à une polémique littéraire ; il 
combattit avec énergie, mais vaine- 
ment, comme une disparate cho- 
quante, l'ordonnance grecque appli- 
quée à la restauration de la chapelle 
dans la vieille église de Saint-Ger- 
main-l'Auxerrois. Il se prononça avee 
plus de succès contre l'érection, dans 
la nef de Notre-Dame , du monument 
funéraire du duc de Berri : il démon- 
tra que cette construction, ainsi pla- 
cée, détruirait l'effet du plus beau 
temple de la capitale. Nommé mem- 
bre de la commission des Beaux-Arts 
auprès du préfet de la Seine, il rendit 
les plus grands services (1). Après la 
l'évolution de 1830 , il s'opposa à ce 
que les murs de rHôtel-de-\'ille , 
restaurés, fussent couverts de ta- 
bleaux révolutionnaires. On ne l'é- 
couta point : les tableaux furent com- 
mandés; ils furent faits; mais l'auto- 
rité n'osaleur donner cette destina- 
tion, et ils sont demeurés dans les 
greniers. Ce fut pour le même motif 
que Miel publia , dans différents 

(!■> Cette commission se composait de MM, 
Cartellier, Castellan , Ingres, Lebas, Cortot, 
Guérin, Gérard, Fontaine, David, Gatteaux, 
\isconti, Ach. Leclerc, Drolling, Picot, Dela- 
roche, Decaisne, Cas. Delavigne, Lebrun, 
Vitet, Miel et Barrière. 



MIE 

journaux , une suite d'articles , où il 
défendit le projet proposé pour les 
embellissements de la place de la Con- 
corde, tel à peu près qu'il est exécuté, 
et qui fait aujourd'hui un des plus 
beaux ornements de la capitale (2). 
Critique droit et consciencieux , Miel 
évitait tout ce qui pouvait compro- 
mettre aon indépendance : ce n'est 
pas que sa critique ne fût très-douce, 
mais il s'en dédommageait parfois 
dans la conversation, ce qui lui fit 
donner, par Gérard, le surnom de 
Monsieur Fiel ; et Miel n'en était pas 
peu flatté, car ce dépit de l'artiste lui 
prouvait que ses critiques avaient 
rencontré juste. En 1830 se forma la 
société libre des Beaux-Arts ; Miel , 
qui était déjà meiTibre de la Société 
des Enfants d'Jpollon^ fit partie, dès 
l'origine, de la nouvelle société, qui 
lui confia, pendant dix années con- 
sécutives, la direction de toutes ses 
publications. En remplissant ces fonc- 
tions , qui équivalaient à celles d'un 
secrétaire perpétuel, moins les ap- 
pointements, il épousa vivement cette 
nouvelle institution , qu'il appelait sa 
seconde jille, sajille chérie, il dirigea 
la mise au jour de cinq volumes des 
Annales de cette société: 1830-1831, 
1836, 1837, 1838-39, 1839-40 (5 
vol. in- 8" avec quelques planches). Il 
y fournit lui - même un contingent 
considérable de rapports et de noti- 
ces. La Galerie française lui doit plu- 
sieurs biographies ; les articles les plus 
importants pour l'histoire de l'art, 
insérés dans Y Encyclopédie des Gens 
du monde, sont sortis de sa plume. Il 
publia, en 1819, un volume in-folio 
sur le Cloître des Chartreux, par Le- 
sueur , comprenant l'examen et la 
description des 22 tableaux repro- 

(2) On sait que l'architecte à qui l'on doit 
ces travaux, est M. Hittorf, l'un des auteurs 
de cet article. 



MIE 

duits par la lithographie , avec une 
Notice sur Lesueur et une Fie de saint 
Bruno. Ce hvre était dédié au due de 
Berri. En 1825, Miel fit paraître l'His- 
toire du sacre de Charles X , dans ses 
rapports avec les beaux-arts , l'histoire 
politique et la Charte constitutionnelle 
de la France, 1 vol. in-8°. Cet ou- 
vrage, qui offre un aperçu rétrospec- 
tif de l'état des arts à l'époque du 
sacre de Louis XVI, comparé à leur 
situation un demi-siècle après , a 
mérité de survivre à la circonstance, 
et il est dans la bibliothèque de tous 
les amis des arts. ISommé membre 
du jury d'examen pour l'admission 
des institutrices dans le département 
de la Seine, Miel remplit, pendant 
plus de trente ans, ces fonctions, qui 
lui donnèrent l'idée d'un Cours de 
perfectionnement pour l'éducation des 
femmes. Il en a publié le plan d'a- 
près les bases indiquées dans l'admi- 
rable traité de Fénelon sur l'Éduca- 
tion des filles. Il avait voué une es- 
pèce de culte à la mémoire de ce 
prélat. Témoin, en 1827, de l'inau- 
guration du monument qui lui fut 
élevé dans la cathédrale de Cambrai, 
il vit dans cette solennité le sujet 
d'une Ode a la ville de Cambrai , qui 
valut à son auteur la lyre d'argent, 
décernée en 1828 par la société d'É- 
mulation de cette ville, et, plus tard, 
le titre de citoyen de Cambrai. La 
même année , Miel avait obtenu la 
décoration de la Légion-d'Honneur ; 
mais, malgré toute la bienveillance de 
M. de Chabrol, il aurait échoué dans 
ses sollicitations pour obtenir ce prix 
mérité de ses services, si la recom- 
mandation de l'abbé Liautard, son 
ami, n'était venue dissiper les préven- 
tions attachées alors à un homme qui 
avait beaucoup loué David, et four- 
ni quelques articles à la Minerve. 
Comme administrateur, Miel avait 



MIE 



61 



traversé les circonstances les plus 
exUaordinaires : deux invasions du 
territoire français, les désastres d'une 
famine, la remise en question des 
principales bases de l'organisation 
fiscale, la révolution de juillet et ses 
émeutes, circonstances qui, faisant 
de l'imprévu im élément habituel, ne 
le trouvaient jamais dépourvu de res- 
sources. Il en fut de même du rem- 
boursement de la cotisation munici- 
pale à Paris, opération que l'agiotage 
couvait des yeux comme une riche 
aubaine , et qui serait devenue la 
proie de l'agiotage, sans la surveil- 
lance et la probité du chef de divi- 
sion , lequel fut désigné nominative- 
ment dans le compte-rendu comme le 
principal auteur du succès. On peut 
rappeler encore qu'en 1815, l'empe- 
reur Alexandre lui Ht don d'une bague 
en diamants, pour son zèle à alléger 
les maux de l'invasion. En 1828, M. de 
Chabrol, qui l'avait nommé membre 
de la commission du canal St-Martin, 
le chargea d'une histoire statistique 
de la ville de Paris. Miel rassembla, 
avec beaucoup d'ardeur , les élé- 
ments de ce grand travail; mais trop 
difficile pour lui-même, quand il s'a- 
gissait de faire vite , il se borna à 
élaborer soigneusement les matériaux 
de cet ouvrage, sans rien mettre d'en- 
semble, et le congé d'un an qui lui 
avait été accordé , se passa sans que 
le premier chapitre fut écrit. Les évé- 
nements de 1830 arrivèrent, et tant 
de travaux préparatoires se trouvè- 
rent en pure perte. En 1833, Miel 
reçut sa retraite sans l'avoir deman- 
dée, et, pendant les dix années qu'il 
avait encore à vivre, il s'occupa ex- 
clusivement d'une histoire de l'art 
français : peinture , sculpture, gra- 
vure , musique, etc. Ce fut au milieu 
de cette occupation que la mort vint 
le frapper le 28 octobre 1842, à la 



62 



MIE 



MIE 



suite d'une longue maladie de poi- 
trine, qui ne lui avait pas fait un seul 
instant abandonner ses travaux. Deux 
mois auparavant, il avait publié une 
notice très-intéressante sur Chéru- 
bini , dans le Moniteur universel 
des 24, 25 et 29 août. Quoiqu'il 
elt rassemblé une immense quan- 
tité de matériaux , cette même ma- 
nie de tout vouloir perfectionner, 
qui lui avait fait perdre le résultat 
de ses recherches statistiques sur la 
ville de Paris, l'empêcha de mettre 
la première main à la composition 
même du premier chapitre d'un ou- 
vrage pour lequel il avait réuni en 
notes, soigneusement rédigées mais 
sans suite , de quoi rempUr plusieurs 
volumes. C'est ce qui a fait comparer 
ce laborieux amateur à un archi- 
tecte qui ferait sculpter sur-le-champ 
les pierres, et même les ornements 
intérieurs de son édifice , avant 
d'en avoir creusé les fondements et 
posé les premières assises. On a de 
lui, outre les ouvrages que nous avons 
cités , une foule de notices insérées 
dans le recueil de la Société libre des 
Beaux-Arts. Les plus remarquables 
sont sur Gluck , Garât, les deux Gi- 
raud , Brès, Nourrit, le Poussiyi, etc. 
Il a fourni à la Biographie universelle, 
entre autres articles, Viotli. Ses arti- 
cles de ciitique musicale ne sont pas 
moins nombreux, et n'ont pas eu 
moins de succès que ses articles sur 
les arts du dessin. Ceux qu'il a réunis 
dans une brochure intitulée : De la 
symphonie et de Beethowen, ont con- 
tribué puissamment à répandre en 
France le nom et la gloire de ce com- 
positeur qui n'y était que peu connu. 
Miel a fait également apprécier à leur 
juste valeur les talents de deux célè- 
bres virtuoses, M"* Bigot dont il a 
donné la notice dans le Supplément 
de cette Biographie , et le violoniste 



Baillot. Membre de la société des 
concerts, ses opinions étaient accueil- 
lies comme autorité par les plus illus- 
tres artistes et compositeurs. Enfin , 
mu par un sentiment fraternel, il a 
publié une Notice sur Miel le jeune, 
un des morts de juillet, Paris, 1831, 
in-S" de 20 pages et in-8° de 32 pa- 
ges, avec un portrait et un fac-similé 
( voy. ci-après). D — r — b et H — ^F. 
MIEL (Edme- Marie), chirurgien 
dentiste, frère du précédent, né à 
Châtillon-sur-Seine, le 23 mai 1777, 
reçut comme son aîné une éducation 
qui dirigea son esprit vers les arts. 
Lors de la première réquisition, il fit 
partie du contingent fourni par le 
département de la Côte-d'Or à l'École 
de Mars , et y fut employé à l'ambu- 
lance. Attaché ensuite à l'hôpital de 
Dijon, il sut faire marcher de front la 
pratique chirurgicale avec l'étude ap- 
profondie du dessin et de la musique. 
Étant venu à Paris en 1802, il eut 
un modique emploi dans les bureaux 
de la Légion-d'Honneur. Son talent 
musical le fit admettre dans l'inti- 
mité du grand-chancelier de Lacé- 
pède , qui était un dilettante; et lors- 
qu'en 1806, Miel embrassa la profes- 
sion de dentiste , ce puissant protec- 
teur l'attacha en cette qualité aux 
maisons impériales d'Écouen , de 
Saint-Denis et de la rue Barbette. Le 
protégé , d'ailleurs , avait eu le bon- 
heur de s'associer au cabinet fort 
achalandé du dentiste Laveran, qui, 
pendant cinquante ans, avait joui de 
la confiance du pubhc. Miel, en lui 
succédant, joignit à son nom celui de 
ce vénérable patron. Lui-même de- 
\-int, en peu d'années, le dentiste le 
plus occupé de la capitale. La plupart 
des grands établissements, l'École Po- 
lytechnique, le collège de Henri IV, 
celui de Ste-Barbe, etc., lui donnèrent 
leur clientèle. Il consacra vingt années 



MIG 

à des observations consignées dans 
plusieurs mémoires, qu'il résuma dans 
un ouvrage intitulé : Recherches sur 
l'art de diriger la seconde dentition, 
ou Considérations théoriques et pra- 
tiques sur les rapports entre les deux 
dentitions dans l'homme , et sur le 
mode d'accroissement des mâchoires 
( Paris , 1826 , 1 vol. in-8°, avec plan- 
ches dessinées par l'auteur). Cuvier, 
ayant eu occasion de lire le manus- 
crit, l'annota par ces mots de sa main : 
" J'engage l'auteur à continuer ses 
« recherches , il est dans la bonne 
« voie. » Capitaine de la garde natio- 
nale réorganisée en 1813, Miel, lors 
de la première invasion en 1814, fut 
envoyé avec sa compagnie au parc de 
Monceaux, séparé de l'armée ennemie 
par un simple fossé. Louis XVIII, en 
lui conservant le titre de dentiste des 
établissements de la Légion-d'Hon- 
neur, lui en conféra la décoration. 
Lors du soulèvement de 1830, Miel 
reprit son uniforme de capitaine, et 
marcha à la tête de son ancienne 
compagnie, dans le dessein, disait-il, 
non de combattre, mais de rétablir 
l'ordre. Arrivé près du marché des 
Innocents, il voit la troupe de ligne 
qui se dispose à tirer; Miel, l'épée 
sous le bras , s'avance vers l'officier 
comme pour parlementer. Dans ce 
moment, des coups de fusil partent 
du côté des citoyens, la ligne riposte, 
et le malheureux Miel est atteint d'une 
balle au front. Une pension fut don- 
née à sa veuve par le gouvernement 
de juillet. A Châtillon-sur-Seine, sa 
ville natale, on a inauguré, dans la 
bibliothèque communale , son mé- 
daillon sculpté en marbre par le sta- 
tuaire David. D — r — f. 

MIGEOT (l'abbé Asto^e), né le 
6 juin 1730, à Chesne-le-Populeux 
( Ardennes ) , fut élevé par un de ses 
oncles, curé dans le voisinage, et en- 



MIG 



63 



voyé ensuite à Reims où, après avoir 
fait de bonnes études, il embrassa 
l'état ecclésiastique, et remplit pen- 
dant cinq ans les fonctions de vi- 
caire. Nommé, en 1758, professeur 
de philosophie à l'université de la 
même ville , il enseigna avec dis- 
tinction, et se montra l'un des plus 
zélés défenseurs des opinions de Ma- 
lebranche. Son cours embrassait non- 
seulement la métaphysique et l'éthi- 
que, mais aussi les mathématiques 
et la physique ; et on lui est redeva- 
ble d'avoir introduit dans l'université 
de Reims l'usage si raisonnable d'en- 
seigner ces deux sciences en français. 
D'Alembert ne dédaignait pas de le 
consulter, et il en reçut quelquefois 
assez promptement la solution des 
problèmes les plus difficiles. Mi^eot 
prit le gra'de de docteur en théologie 
en 1766; et, par une distinction assez 
rare, l'université lui conféra, deux 
ans après, les honneurs du rectorat. 
Ayant obtenu un canonicat en 1774, 
il renonça à l'enseignement peur se 
livrer tout entier à l'étude approfon- 
die des Pères de l'Eglise, surtout de 
saint Augustin. Sur ces entrefai'tes, la 
révolution éclata, etMigeot, obligé de 
fuir dans les premiers jours de sep- 
tembre 1792, chercha un refuge à 
Rruxelles, où il vécut pendant quel- 
ques mois dans les plus durc;s pri- 
vations. En 1794, il se rendit à Dus- 
seldorf avec plusieurs prêtres diu dio- 
cèse de Reims , qui avaient résolu 
de former une espèce de commu- 
nauté religieuse dont Migeot devait 
être le chef. Hertem , en "Westpha- 
lie, fut choisi pour leur résidence; 
mais, à peine arrivé , Migeot tomba 
malade, et mourut le 1" octobre 
1794. On a de lui : I. In Ecclesiœ 
perennitatem, ode, Reims, 1767, 
in-4''. II. In serenissimœ Delphinœ 
obitum, ode, Reims, 1767, in-4". 



64 



MIG 



III. In christianœ doctrinœ nobilitatem^ 
ode, Reims, 1769, in-i". IV. Sereniss. 
Delphino atque Delphinœ connubiale 
Carmen, Reims, 1770, in-4°. V. Fox 
Dei percutietïtis et sanands , ode, 
Reims, 1774 , in-4". VI. Philosophiœ 
elementa quinqiie distiucta partibus, 
Charleville, 1794, 2 vol. in-8°. Cet 
ouvrage fut publié, avec le consente- 
ment de l'auteur, par l'abbé Carré. 
Migeot a laissé manuscrits plusieurs 
autres travaux importants, et dont on 
trouve la liste dans la Biographie 
ardennaise. M — D j. 

MIGER (Simon-Charles), graveur 
et poète, naquit à Nemours le 19 fé- 
vrier 1736, et eut Cochin pour maî- 
tre. Son premier ouvrage fut la gra- 
vure de XErmite de Vien, Il fit ensuite 
la plupart des portraits qui ornent 
Y Histoire de la maison de Bourbon , 
tous leî "dessins de la Ménagerie du 
Muséum, quelques planches des 
Voyages de Cassas, le portrait de 
Gliick et celui du peintre Robert, 
d'après le tableau d'Isabey. Ce der- 
nier est un morceau très-remarquable. 
On doit encore à Miger la gravure 
intitulée le jeune Espagnol, dédiée à 
Cretet , alors ministre de l'Intérieur. 
Tous ces ouvrages se distinguent par 
une touche ferme et un dessin cor- 
rect. Miger mourut à Paris, le 28 fé- 
vrier 1820. Il était membre de l'an- 
cienne Académie de peinture, et avait 
cultivé en même temps la poésie et 
les arts. On a de lui : I. Pensées d'Ho- 
race, extraites de ses odes^satirex, épî- 
tres et de son Art poétique (latin-fran- 
çais), Paris, 1812, in-18. II. Une pièce 
de vers latins sur le retour des Bour- 
bons, 1814. m. Adresse à la France, 
en vers français, 1813. IV. Traduc- 
tion latine du récit de Théramène dans 
la tragédie de Phèdre. V. Description 
de la galerie du Luxembourg, en vers 
latins. Z. 



IVUG 

MIGER (Pierre -Augusïe-Marie), 
littérateur, né à Lyon en 1771, fit 
ses études au collège de cette ville, 
et fut destiné à l'état ecclésiastique ; 
mais la révolution étant survenue , il 
en embrassa la cause avec beaucoup 
d'ardeur. Nommé commissaire de 
police sous le règne de la terreur, il 
fut poursuivi après le 9 thermidor 
par le parti réactionnaire. Il se ré- 
fugia dans la capitale , fut employé 
dans les bureaux du comité de sû- 
reté générale, puis dans ceux de la 
police, sous le Directoire et le Con- 
sulat. Étant passé de là au ministère 
de l'intérieur, il fut mis à la retraite 
vers 1820. Miger tint alors un cabi- 
net de lecture à Paris; il concourut à 
difféi'entes entreprises littéraires , et 
travailla à la rédaction de divers jour- 
naux. Ce fut lui qui dressa, en so- 
ciété avec Beauchamp et Giraud, les 
Tables du Moniteur, depuis son ori- 
gine jusqu'à l'an VIII. N'ayant pu sou- 
tenir son étabhssement,il partit pour 
Evreux, dont la société littéraire l'a- 
vait nommé son secrétaire. Miger mou- 
rut dans cette ville le 2oct. 1837. On 
a de lui : I. Morale des Orientaux, 
ou Maximes et pensées diverses tirées 
des meilleurs ouvrages indiens , etc., 
Paris, 1793, in-8% et 1800, in-18. 

II. Poésies diverses,Varis, 1793, in-12. 

III. Les chants de Selma, poème imité 
d'Ossian, 1798, in-18. IV. Les veil- 
lées de Cayenne , traduites de l'ita- 
lien, 1798, in-8°. V. Lady Frail, ro- 
man traduit de l'anglais, Paris, 1800, 
in-8°. VI. Plaisirs et peines, ou les tra- 
vers d'une jolie femme, roman tra- 
duit de l'anglais , Paris, 1800, in-S". 

VII. Traductions ou imitations de 
quelques pièces d'Horace, 1801. 

VIII. La corbeille de fleurs et le panier 
de fruits , etc., Paris, 1806-1807, 2 
vol. 111-8" avec fig. Cet ouvrage , sans 
nom d'auteur, a été faussement at- 



MIG ^ 

tribué à M. JaufFret. IX. Manuel des 
piopriétaires ruraux et de tous les ha- 
bitants de la campagne, Paris, 1810, 
1811, in-8°, publié sous le nom de 
Sonnini, qui n'a fait que l'avant-pro- 
pos. X Manuel portatif des réformés 
et protestants de l'empire français , 
sans nom d'auteur, Paris, 1808, in-18. 
XI. La tresse de cheveux donnée. 
poème de Pignotti, traduit de l'ita- 
lien, Paris, 1809, in-8''. ^W.Tahleaux 
historiques descam-pagnesde Napoléon, 
en Italie, en Egypte et en Allemagne, 
sans nom d'auteur, Paris, 1810, in-fol. 
avec figures. XIII. Ports de France, 
dessinés par Vernet et Hue , avec un 
texte descriptif, Paris, 1812, in-4°, 
Hg. XIV^. Histoire de l'enfant pro- 
digue en douze tableaux, dessinée 
et gravée par Duplessis-Bertaux, avec 
un texte historique, 1817, in-4''. XV. 
Tableaux historiques de la Révolution 
française, etc., sans nom d auteur, 
Paris, 1818, 2 vol. in-fol. avec fi- 
gures. XVI. Souvenirs d'un barde , 
ou Poésies diverses , sans nom 
d'auteur, Paris, 1821 , in-18. XVII. 
Table des Annales de la Bévue ency- 
clopédique, etc., Paris, 1834, 2 vol. 
in-S". Miger a dresse aussi les tables 
1° des OEuvres de Voltaire , éditions 
de Déterville, de P»enouard, de De- 
langle et de BeucViot; 2" de ï Histoire 
de la décadence , etc. , de Gibbon ; 
3" du Voyage du chevalier Chardin; 
4" de l'Histoire universelle de Ségur. 
On doit encore à Miger: 1" une édi- 
tion , considérablement augmentée, 
de {'Eloge de l'ivresse , par Sallengre 
{voy. ce nom, XL, 184) , Paris, in- 
12, 1798.2° Le Génie de Virgile, ou- 
vrage posthume de Malfilàtre, 1810, 
4 vol. in-8°. M. FayoUe , ami de l'é- 
diteur, a coopéré, non-seulement aux 
notes des Bucoliques, des Géorgiques 
et de ÏÉnéide, mais encore il a rem- 
pli une partie des lacunes laissées 

LXXIV. 



MIG 



63 



dans la traduction, en y insérant plu- 
sieurs fragments en vers , traduits de 
Virgile. 3° Une édition des Poésies 
de Dorange , précédée d'une notice 
sur l'auteur, 1812, in-1 2. C'est par 
erreur qu'à l'article DonAiXGE, XI, 570, 
on a attribué cette édition à M. Denne- 
Baron. Enfin Miger a donné quelques 
ai'ticles à cette Biographie Universelle. 
M — Dj. 

MIGLIARA (Jeas), peintre, né 
à Alexandrie-de-la-Paille , en 1785, 
excella dans la représentation de l'in- 
térieur des édifices anciens. Nul n'a- 
vait peint d'une manière à la fois si 
fidèle et si majestueuse la cathédrale 
gothique de Milan. Il ne réussit pas 
moins dans l'intérieur du portique de 
l'église de Saint-Ambroise de la même 
ville. Ces deux tableaux furent achetés 
presque aussitôt par d'habiles con- 
naisseurs. On a vu à Paris, au salon 
de 1817, trois tableaux de ce peintre, 
que leurs possesseurs s'étaient empres- 
sés de faire connaître au public pari- 
sien, et qui représentaient : 1» une 
Vue du canal de Milan, prise dans la 
campagne, près d'un village; 2" l'In- 
térieur de la grande cour de l'Hôpital 
de Milan; 3" la Vue de la colonnade 
des Thermes de Maxime- Aurèle. Mi- 
gliara produisit, depuis , un grand 
nombre de tableaux qui ont figuré 
aux expositions de Turin, de Milan et 
de Paris, et dont plusieurs appar- 
tiennent maintenant aux musées de 
différentes villes d'Italie. Migliara 
mourut à Milan le 18 avril 1837. Il 
était peintre du roi de Sardaigne et 
chevalier de l'ordre du mérite civil 
institué, en 1831, par le roi Charles- 
Albert. G G Y. 

MIGLIETTA (Antoine) , méde- 
cin italien, naquit le 8 sept. 1763, à 
Carmiano, dans la terre d'Otrante. 
Après avoir fait son cours de collège 
à Lecce, il alla étudier la médecine 
5 



66 



MiG 



•'- 



MIG 



à Naples , sous Cotugno et Semen- 
tini {voy. ces noms, LXl, 453, et XLI, 
548). Il obtint ensuite une place de 
médecin à l'hôpital Saint -Jacques; 
mais un concours s'étant ouvert peu 
après pour une chaire à l'Université 
de Lecce, il saisit avec empressement 
cette occasion de rentrer dans une 
ville, où il avait passé sa première 
jeunesse et qui était voisine de son 
pays natal. L'ayant emporté sur 
tous ses compétiteurs, il justifia le 
choix qu'on avait fait de lui, par de 
savantes leçons sur la physiologie. 
Cependant le désir d'étendre ses 
connaissances le fit bientôt revenir 
à Naples, où il ouvrit un cours par- 
ticulier qui attira de nombreux au- 
diteurs, et qu'il résuma plus tard dans 
son Cours d'études médicales. On re- 
proche à Miglietta d'y avoir adopté, 
sans examen, les idées de Dumas de 
Monîpellier sur la physiologie ; mais 
la partie hygiénique est traitée avec 
talent , et fait regretter que la par- 
tie relative à la matière médicale 
n'ait pas été terminée. Il tradui- 
sit, peu de temps après , l'ouvrage 
de Fodéré sur la médecine légale , 
avec des notes et des modifications 
exigées par la législation du pays. 
Miglietta contribua puissamment à 
l'introduction de la vaccine qui, mal- 
gré les encouragements de Ferdi- 
nand P% rencontra d'abord à Naples 
la plus vive opposition. Nommé se- 
crétaire perpétuel du comité central 
de vaccine, il entreprit de convaincre 
par des faits,/ et publia, dans ce but, 
un écrit périodique intitulé d'abord .- 
Transunto medico, puis Fascicoli vac- 
cinici. Miglietta fut, en récompense 
de ses services, nommé proto-méde- 
cin du royaume et professeur d'his- 
toire médicale à l'Université de Na- 
ples. Il fonda, quelque temps après, 
le Giornale medico napoUtatio, dans 



lequel il inséra beaucoup d'articles. 
Ce médecin mourut à Naples, le 20 
août 1826. A— Y. 

MIGîXOT (Claltjihe-Frahçoise , 
vulgairement appelée Marie), était fille 
d'une herbière du Bachet, près de Mey- 
lan, à une lieue de Grenoble. A peine 
âgée de 1 6 ans, et admirablement belle, 
Claudine, appelée dans son village la 
Lhauda (synonyme de son prénom en 
patois dauphinais), fut l'objet des em- 
pressements du secrétaire de Pierre 
de Portes d'Amblérieux, trésorier de 
la province de Dauphiné. Au jour fixé 
pour leurs fiançailles, une cause futile 
ayant offensé le futur, le projet de 
mariage fut rompu; mais, quelques 
mois après, le secrétaire, s'humani- 
sant, demanda le consentement de 
d'Amblérieux qui, en l'accordant, per- 
mit de lui présenter la fiancée, et pro- 
mit de faire les frais de la noce. 
D'Amblérieux, vieux garçon, possé- 
dait à Saint-Mury, commune de Mey- 
lan, un domaine où il se rendit et 
vit Claudine Mignot. Il en fut, dès 
l'abord, si épris, qu'il songea aussitôt 
à éloigner son secrétaire ; il lui doima 
des commissions pressantes pour Gre- 
noble, chargea ses amis de l'y rete- 
nir pendant quelques jours, et, forcé 
de parler mariage pour s'assurer de 
cette conquête , il envoya le soir 
même demander à M. Scarron, évê- 
que de Grenoble, trois dispenses de 
publications de bans, épousa la Lhau- 
da et congédia son secrétaire avec de 
l'argent. Ce mariage, duquel naqui- 
rent deux filles, qui moururent en 
bas âge, brouilla d'Amblérieux avec 
sa famille. Ce fut une raison de plus 
pour lui, d'instituer sa femme son 
héritière universelle, par un testa- 
ment qui, après sa mort, fut attaqué 
par sa famille. La Mignot se rendit à 
Paris en 1653, pour solliciter un ar- 
rêt d'évocation ; elle réclama la pro- 



MIG 

tection du maréchal de l'Hospital, 
alors âgé de soixante-quinze ans, qui 
la vit, l'aima et l'épousa dans la mê- 
me semaine, 24 août 1653. Il était 
veuf, depuis le 8 juillet 16S1, de 
Charlotte Des Essarts qui avait été, 
vers 1590, maîtresse de Henri IV et 
en avait eu deux filles légitimées. 
François de l'Hospital n'avait été 
connu à la cour et dans les salons 
de l'hôtel de Rambouillet que sous 
le nom de Du Hallier, jusqu'en 1643. 
époque à laquelle ayant obtenu le 
bâton de maréchal de France, il a- 
vait repris son nom patronymique 
(voy. L'HÔPITAL, LXXl, 501). Il 
survécut de sept ans à son mariage 
avec sa Claudine, et en mourant il 
lui laissa autant de bien qu'il le put. 
Mais que lui laissa-t-il ? C'est une 
question assez difficile à résoudre et 
qui a été bien controversée. Madame 
Du Noyer, le seul écrivain qui ait fait 
mention de Claudine Miguot, assure, 
dans ses Lettres historiques et galan- 
tes, qu'elle avait été ruinée par son 
mari, et ajoute qu'elle avait encore, 
pour acquérir de la fortune, le secours 
de ses attraits qui lui valurent la con- 
quête de Jean-Casimir, ex-roi de Po- 
logne Cvoy. Casimir, V, t. VII, pag. 
2^78). Ce prince, après son abdica- 
tion, en 1668, s'était retiré à Paris où 
Louis XrV lui avait donné les abbayes 
(le Saint-Germain-des-Prés, de Saint- 
Saurin, d'Évreux, et de Saint-Martin 
de Nevers. Il eut occasion de connaî- 
tre la veuve du maréchal de l'Hos- 
pital ; charmé de ses agréments, il se 
donna à elle , et l'aima dès qu'il 
l'eut vue. Mais , quelle qu'ait pu 
être dès lors l'intimité de leurs rela- 
jions, nous tenons pour certain qu'il 
l'épousa , le 4 novembre 1672; nous 
pourrions dire in extremis, car il 
mourut six semaines après, le 1 6 dé- 
cembre. Quelques écrivains ont ré- 



MIG 



67 



voqué en doute ce mariage, parce 
qu'il n'est resté aucun acte qui l'ait 
constaté; c'était une de ces unions iné- 
gales, qui pourtant n'en sont pas 
moins légitimes, mariage de la main 
gauche et qu'en Allemagne on appelle 
morganatique ou morgénamique, (de 
morgen-gabe , présent du lendemain). 
Tel fut celui de Louis XIV avec ma- 
dame de Maintenon, qui est aujour- 
d'hui un fait incontesté, quoique pure- 
ment traditionnel , car il n'en existe 
aucune preuve authentique. Madame 
Du Noyer dit dans les lettres déjà 
citées : « J'étais chez mademoiselle 
' d'Aleirac avec elle, et je remarquai 
" qu'en parlant du roi Casimir elle 
" dit toujours le roi mon seigneur, 
" pour faire voir par là qu'il était 
' son époux; elle est bien aise que 
« personne ne l'ignore; mais il ne lui 
'< est pas permis de prendre la qua- 
" lité de reine, qu'elle ne pourrait 
« pas non plus soutenir. » Quoi qu'il 
«n soit, lors de ce mariage, la veuve 
du maréchal de l'Hospital jouissait 
encore d'une assez grande aisance. 
Madame Du Noyer dit encore « que 
« Casimir lui a fait tout le bien qu'il 
'1 a pu en mourant ; qu'elle n'est pour- 

• tant pas si riche qu'elle l'était à la 
" mort de son vieux trésorier, mais 
« aussi qu'elle est veuve d'un rot. » A 
ces détails elle ajoute ; « Dès qu'elle 
" fut l'épouse du trésorier, elle tra- 
- vailla à acquérir ce que sa nais- 
" sance et son éducation n'avaient pu 

• lui donner; elle eut toutes sortes 
" de maîtres, elle apprit toutes les 
" sciences, et elle employa à se for- 
" mer l'esprit tout le temps qu'elle 
« fut auprès de ce viemî mari. » Il 
devient désormais facile de s'expli- 
quer comment Claudine, à peine âgée 
de seize ans, douée du double char- 
me d'une rare beauté et d'un naturel 
tout aimable, ait pu faire oublier à 

5. 



68 MIG 

d'Amblérieux les haillons de son en- 
fance; comment, vingt ans plus tard, 
elle séduisit le maréchal de l'Hospital 
par les agréments de l'esprit, la su- 
périorité des connaissances acquises 
et la délicatesse des sentiments ; com- 
ment enfin, conservant encore quel- 
ques attraits, malgré ses cinquante 
ans, elle réussit, par les mêmes 
moyens , à captiver un troisième 
vieillard, ce Casimir sur lequel elle 
parvint à acquérir un si puissant 
ascendant. Madame Du Noyer dit 
bien qu'elle avait été ruinée par son 
second mari et que, quand elle le per- 
dit, elle n'avait plus rien à elle, sinon 
l'honneur d'être la veuve d'un maré- 
chal de France.... Mais avec cet hon- 
neur elle avait celui de mœurs que 
personne n'a attaquées, à l'aide des- 
quelles elle ne cessa pas d'être admise 
dans la haute société, et c'est sans 
doute à cet autre honneur qu'elle dut 
son troisième mariage : elle ne doit 
donc pas être rangée dans la classe 
des Marion de Lorme, des Ninon de 
l'Enclos et autres fameuses courtisa- 
nes de la même époque. Au surplus, 
la brillante fortune que lui avait lais- 
sée d'Amblérieux ne fut pas telle- 
ment dissipée par l'Hospital qu'il ne 
lui en restât une portion quelconque, 
puisque, douze ans après la mort du 
maréchal, à la fin de 1672, elle ha- 
bitait son hôtel rue des Fossés-Mont- 
martre, et étcdt reçue dans les cer- 
cles les plus distingués , où Casi- 
mir avait eu occasion de la voir ; 
cette aisance dut encore être aug- 
mentée du peu que ce roi déchu 
lui laissa. On lit dans un exemplaire 
des Mémoires de Dangcau, enrichi 
de notes manuscrites de Saint-Simon, 
qui se trouve à la bibliothèque des 
affaires étrangères : " Mardi 8 dé- 
« cembre 1711, à Versailles. La vieille 
n maréchale de l'Hospital est morte 



MIG 

« à Paris, aux Petites-Carmélites , ou 
« elle était retirée depuis assez long- 
« temps. " La note marginale de Saint- 
Simon porte : " Cette maréchale de 
" l'Hospital était Françoise Mignot, 
« veuve de Portes , trésorier et rece- 
" veur-général du Dauphiné, qui fut, 
« en 1653, seconde femme du maré- 
« chale de l'Hospital , gouverneur de 
u Paris et ministre d'État, si connu 
M sous le nom du sieur du Hallier, qui 
« tua le maréchal d'Ancre (1) ; elle en 
« fut veuve en 1660, et en 1672, le 
u 14 déc, en sa maison à Paris, rue des 
" Fossés-Montmartre, paroisse Saint- 
« Eustache, elle épousa en troisièmes 
« noces J.-Casimir, auparavant prince 
" de Pologne, jésuite, cardinal, roi de 
■' Pologne, qui avait abdiqué , s'était 
« retiré en France, et y était abbé de 
« Saint-Germain-des-Prés et d'autres 
« abbayes. Le mariage fut su et con- 
" nu, mais jamais déclaré et sans en- 
" fants. » On peut conclure de là que 
la maréchale de l'Hospital , devenue 
septuagénaire , se retira au couvent 
des Carméhtes de la rue du Bouloy ; 
qu'elle les suivit rue de Grenelle, non 
gratuitement, ainsi qu'on l'a préten- 
du , mais à titre de pensionnaire , 
comme le faisaient dès-lors et le firent 
depuis tant d'autres dames de haut 
parage. Elle devait être à sa mort, ar- 
rivée le 30 nov. 1711, plus que no- 
nagénaire, car nous reportons à 1633, 
au plus tard, son mariage avec d'Am- 
blérieux. Dans cette même année, 
Jean Millet {voy. ce nom, ci-après), 
poète dauphinais, publia un drame 
intitulé : Pastorale et tra^i-comédie de 
Janin, imprimé à Grenoble, in-4°. 



(1) 11 y a ici une erreur de Saint-Simon qui 
confond François de l'Hospital avec son frère 
aîné Nicolas de l'Hospital, duc de Vitry, véri- 
table auteux de l'assassinat, auquel il est vrai 
de dire qu'assista François, son frère puîné 
{voy. Vitry, XLIX, 326). 



BUG 



ivnL 



69 



par Richard Colson. Vulgairement 
connue sous le titre de la Lhauda , 
cette pièce obtint les Honneurs de 
quatre éditions, et eut quelques con- 
trefaçons, ce qui prouve qu'elle jouit 
d'une assez grande célébrité dans le 
pays- Son héroïne, la bergère Lhauda^ 
est âgée de seize ans ; et l'on pourrait 
croire, avec un certain degré de vrai- 
semblance, que cette Lhauda n'est 
autre que Claudine Mignot, dont le 
brillant mariage frappait alors tous 
les esprits ; et que l'amant délaissé, 
Janin, était le secrétaire du trésorier. 
C'est du moins ce qui résulte d'une 
note manuscrite trouvée par M. Cham- 
poUion-Figeac, et de ses recherches à 
la bibliothèque de Grenoble, dont il 
a bien voulu nous donner connais- 
sance. Il était dit dans cette note que 
Claudine Mignot avait les traits beaux 
et réguhers , un peu d'embonpoint , 
im air modeste et décent. Elle a été, 
sous le nom de Marie Mignot, le sujet 
d'une comédie , en trois époques, 
mêlée d'ariettes, de MM. Bayard et 
Paul Duport, donnée au théâtre du 
Vaudeville , en octobre 1829. On 
comprend que les auteurs ont dû 
sacrifier la vérité historique à l'inté- 
rêt de leur drame. Nous n'y relève- 
rons pas des anachronismes ; mais 
nous devons dire (jue la Mignot n'é- 
tait point, comme quelques gens l'ont 
cru, nièce du fameux pâtissier Mignot, 
aux dépens duquel s'est égayé Boi- 
leau , et auquel on a donné un rôle 
dans cette pièce. L — s — d. 

MIGOX ( André ) fut employé 
pendant vingt-neuf ans à la biblio- 
thèque de l'Hôtel-de-Ville à Paris, et 
mourut le 2 déc. 1823. Il a laissé 
trois manuscrits prêts à être imprimés, 
mais qui ne le seront probablement 
jamais : 1" une Description de l'Oise, 
4 vol. in-8''; 2" un Abrégé historique 
de l'origine de l'office divin des Hé- 



breux, des Chrétiens , depuis saint 
Pierre jusqu'à nos jours ; 3° des An- 
nales historiques de la milice bour- 
geoise de la ville de Paris, 2 vol. in- 
fol. Migon a publié, comme éditeur, 
un opuscule intitulé ■• Aux mânes de 
Louis Xyi et de Marie-Antoinette , 
Paris, 1816, in-8°. Z. 

aiILBERT ( Jacques -GÉRARD ) , 
peintre naturaliste, naquit à Paris le 
18 nov. 1766. Il cultiva la pein- 
ture dès l'âge le plus tendre, et don- 
na plusieurs fois des preuves de son 
amour pour les arts. A l'époque de la 
destruction des tombeaux de Saint- 
Denis, il risqua sa vie pour sauver 
ceux des connétables de Montmorency 
qui depuis ont été, par ses soins, dé- 
posés au Musée des monuments. 
Nommé, en 1795, professeur de des- 
sin à l'école des mines, Milbert fut 
■^leu après envoyé par le gouverne- 
ment dans les Pyrénées pour dessiner 
les sites pittoresques et tout ce qui 
était relatif à l'exploitation des mi- 
nes. Il devait faire partie en 1798 de 
la commission scientifique en Egypte, 
mais des circonstances indépendantes 
de sa volonté ne lui permirent pas 
de se joindre à l'expédition. L'année 
suivante il fut nommé, par le mi- 
nistre de l'intérieur, membre d'une 
commission chargée de visiter les Al- 
pes et de naviguer sur le Rhône, de- 
puis Genève jusqu'à Lyon. Il accompa- 
gna ensuite, avec la qualité de dessi- 
nateur en chef, l'expédition comman- 
dée par Baudin, et composée des deux 
corvettes le Géographe et le Natura- 
liste, qui mirent à la voile, en 1800, 
du Havre pour les Terres Australes. 
Le dérangement de sa santé l'ayant 
forcé de s'arrêter à l'ile-de-France, 
il profita d'un séjour de deux ans 
dans cette colonie, pour rassembler 
les matériaux d'un ouvrage qu il pu- 
blia, en 1812, sous le titre de Voyage 



70 



MIL 



pittoresque à t' Ile-de-France, au cap 
de Bonne-Espérance et à l'île de Té- 
nériffe, Paris, 1812, 2 vol. in-S". In- 
dépendamment d'un atlas rempli de 
vues et de paysages, cet ouvrage con- 
tient des détails statistiques, commer- 
ciaux, géologiques et physiques très- 
étendus. Le 1" septembre 1815, Mil- 
bert partit avec le consul-général de 
France pour les États-Unis , où il 
fut chargé par le ministre de France, 
M. Hyde de Neuville, d'une mission 
ayant pour objet des recherches 
d'histoire naturelle. Après y avoir 
consacré neuf années, il revint à Paris. 
L'importance de ses recherches, leur 
utilité pour l'agriculture et les sciences 
sont consignées dans le rapport fait au 
ministre de l'intérieur par les profes- 
seurs du Jardin-des-Plantes, auxquels 
Milbert avait envoyé quelques ani- 
maux fort rares. « C'est un des hom- 
mes à qui l'histoire naturelle devra le 
plus de reconnaissance », a dit Cuvier. 
Il publia ensuite X'Itinémire pittores- 
que du fleuve Hudson et des parties 
latérales de t Amérique du Nord , d'a- 
près les dessins originaux pris sur les 
lieux, Paris, 1827-29, 2 vol. in-4°, 
avec un atlas. Milbert mourut à Paris 
le 5 juin 1840. A— y. 

MILCEIVT ou Milscent ( C.-L.- 
M. ), journaliste , naquit à Saint-Do- 
mingue, vers 1740. Il était planteur 
du Cap lorsque la révolution française 
éclata. Etant venu alors à Paris , il y 
fonda un journal particulièrement 
consacré aux intérêts des hommes de 
couleur. Ce journal s'appelait le Creu- 
set d'Angers, en 1791; la Bévue du 
patriote, l'année suivante; et le Créole 
patriote, en 1793 et 94. Milcent était 
membre du club des Jacobins ; mais 
il en fut exclu , sur la proposition de 
Robespierre , pour avoir prêté sa 
plume aux Bnssotins et au bulletin 
des Amis de la Vérité. Le 18 mai 



MIL 

1794, il fut appelé comme témoin au 
tribunal révolutionnaire; mais sa dé- 
position ayant paru suspecte , il fut 
arrêté, séance tenante, par ordre du 
président, et enfermé à la Concier- 
gerie. Milcent fut condamné à mort , 
et exécuté le 26 mai 1794. Outre le 
journal dont nous avons parlé , il 
avait publié une brochure intitulée : 
Du Bégime colonial, Paris, 1792, 
in-8''. — MiLCEST ( Jean-Baptiste -Ga- 
briel - Marie) , httérateur, naquit à 
Paris , le 23 juin 1747. Il rédigea , 
pendant quelques années, les Affiches 
de Normandie , et fut nommé mem- 
bre de l'Académie de Rouen et de la 
Société patriotique bretonne. Il fut , 
du l"juin 1795 au 1" août 1796, 
secrétaire de l'administration de l'O- 
péra , et essaya de faire jouer des 
ti'agédies lyriques de sa composi- 
tion; mais les six pièces qu'il pré- 
senta successivement furent toutes 
rejetées. Milcent était membre du 
Musée de Paris, et mourut vers 1830. 
On a de lui : I. Azor et Ziméo , conte 
moral; suivi de Thiamis, conte in- 
dien, Paris, 1775, in -12. IL Lf 
Dix-huitième siècle vengé, épître en 
vers à M. D***, par M. M***, La Haye, 
et Paris, 1775, in-8°. III. Le Dix- 
huitième siècle vengé du Théâtre- 
Français, ou Observations sur la nou- 
velle salle, 1782, in-12. IV. Agnès 
Bernauer, pièce héroïque en 4 actes 
et en vers libres, Rouen et Paris, 

1784, in-S". V. Les Deux Frères, co- 
médie en 2 actes et en vers, Paris, 

1785, in-8°. VI. Les Deux Statues, 
comédie en un acte et en prose , 
Rouen, an II (1794), in-8'>. VIL 
Hécube , tragédie lyrique en 3 actes , 
Paris, 1800, in-8'', avec un portrait 
de Gluck. VIII. Praxitèle, ou la Cein- 
ture, opéra en un acte, Paris, an VIII 
(1800), in-8''. IX. Éléments de géo- 
graphie a l'usage des maisons d'édu- 



MIL 

cation, sans nom d'auteur, Paris, 
an IX (1801), in-12. X. Ode sur 
l'avènement de Napoléon au trône , 
suivie d'une Épitre à un jeune mili- 
taire, Paris, 1804, in-8°. XL Médée 
et Jason, tragédie lyrique en 3 actes 
et en vers libres, Paris, 1813, in- 
8°. Xn. Lord Davenant , drame, 
Paris, 1825. Milcent est auteur de 
plusieurs autres pièces qui n'ont pas 
été imprimées, et de quelques poésies 
lyriques insérées dans divers recueils. 

F LE. 

MILDEiXHALL (Jean), diplo- 
mate anglais, exerçait le négoce à 
Londres, lorsque la leine Elisabeth 
jeta les yeux sur lui pour l'envoyer 
auprès du Grand-Mogol, afin d'ouvrir 
le commerce des contrées lointaines 
de l'Orient aux habitants de l'Angle- 
terre. Une première tentative , faite 
en 1596, avec trois navires, aux 
frais de sir Robert Dudley {yoy. ce 
nom, XII, 137), avait complètement 
échoué. Le projet était alors de sa- 
vancer jusqu'aux côtes de la Chine. 
Les intéressés obtinrent de la reine 
une lettre adressée au puissant sou- 
verain de cet empire. Cette expédi- 
tion sur laquelle on avait fondé de 
très- grandes espérances, fut si mal- 
heureuse que l'on ne put même sa- 
voir, avec certitude, ce que les bâti- 
ments et les équipages étaient deve- 
nus : et Purchas réussit seulement à 
se procurer des renseignements in- 
complets sur leur sort, contenus dans 
une lettre du capitaine général de la 
Nueva-Andalouzia ; il la communi- 
que à ses lecteurs, en les avertissant 
de ne pas faire attention aux termes 
de brigands et de pirates employés 
par un Espagnol. Cette lettre apprend 
que trois vaisseaux anglais , destinés 
pour les Indes-Orientales, avaient 
pris trois navires portugais de Goa, 
richement chargés pour le compte du 



MIL 



71 



roi; et, que, finalement, le nombre 
des Anglais avait été réduit, par la 
maladie, à quatre. Ceux-ci, embarqués 
dans un seul canot rempli de tout ce 
qu'ils avaient pu y entasser de précieux, 
avaient abordé une petite île voisine 
de l'Espagne. Quand on s'en fut aper- 
çu, on dépêcha, vers l'île, des sol- 
dats qui s'emparèrent de ces gens et 
de leur butin. La fâcheuse issue de 
cette expédition éloigna, pendant 
quelques années, les Anglais de l'idée 
de parcourir les mers de l'Inde. Aus- 
si Elisabeth songea-t-elle à choisir une 
route différente; Mildenhall prit donc 
celle de la Méditerranée. Ayant dé- 
barqué à Alexandrette, il gagna Alep, 
traversa le Curdistan, l'Arménie et la 
Perse, passa par Candahar, Lalior, 
et fit son entrée dans Agra, en 1603. 
Dès le troisième jour après son arrivée, 
il obtint audience de Djihan-Guyr 
{voy. ce nom, XI , 449) , qui régnait 
alors sur l'empire mogol, et lui offrit 
en présent vingt- neuf beaux chevaux 
ainsi que des joyaux qui lui plu- 
rent beaucoup. Dans une seconde au- 
dience, l'empereur lui demanda quel 
était l'objet de son voyage : ■< Le re- 
« nom de ta grandeur et de ta bien- 
« veillance envers les chrétiens, ré- 
« pondit Mildenhall , s'est répandu 
« dans tout le monde jusqu'aux pays 
« de l'océan occidental les plus recu- 
« lés. La reine d'Angleterre désire 
« sincèrement ton amitié, et la per- 
K mission de commercer dans tes 
» états. Comme elle est en guerre avec 
« les Portugais, ne trouve pas niau- 
« vais que ses sujets s'emparent des 
o navires qui appartiennent à cette 
« nation. - Djihan Guy r ordonna que 
tout cela fut couché par écrit, et pro- 
mit une prompte réponse. Cependant 
curieux de savoir quels étaient ces 
nouveaux venus, il fit appeler deux 
jésuites qui, depuis onze ans, rési • 



72 



MIL 



daieiit à sa cour, et leur communiqua 
les demandes des Anglais. On devine 
que les explications données par les 
deux pères ne furent pas favora- 
bles à ceux-ci , qu'ils représentè- 
rent comme une nation de larrons , 
ajoutant que Mildenhall était venu 
comme espion, avec le projet d'en- 
lever au monarque de l'Inde quel- 
ques-unes de ses possessions les plus 
importantes le long de la côte. Depuis 
ce moment l'empereur et son conseil 
furent prévenus contre Mildenhall ; 
toutefois le pi-ince fut toujours très- 
poli envers lui , et promit de lui 
accorder toutes ses demandes, excep- 
té celle de courir sus aux Portugais. 
Comme Mildenhall y tenait obstiné- 
ment, l'empereur lui fit dii-e qu'il y 
songerait de nouveau. A peu piès de 
vingt en vingt jours l'ambassadeur 
présentait une nouvelle requête ; en- 
nuyé de ne recevoir que de belles pa- 
roles, il cessa d'aller à la cour. Djihan- 
Guyr l'envoya chercher, se plaignit 
de son absence, lui fit présent de ri- 
ches habits , et l'assura qu'il finirait 
par obtenir ce qu'il souhaitait. Six 
mois se passèrent ainsi. Chaque fois 
que l'Anglais essayait de gagner par 
des cadeaux quelque grand personna- 
ge, il se trouvait que les jésuites 
avaient pris les devants et donné 
plus que ses finances épuisées ne lui 
permettaient d'offrir. Enfin ils par- 
vinrent à débaucher son interprète. 
Alors il étudia le persan : au bout de 
six mois il put le parler passablement, 
se présenta devant l'empereur , lui 
exposa humblement tous ses chagrins 
et lui remontra qu'il ne convenait pas 
à un puissant monarque, comme lui, 
de faire éprouver un retard de plu- 
sieurs années à un étranger, unique- 
ment sur le rapport de deux jésuites. 
Djihan Guyr fixa une audience pu- 
blique dans laquelle chaque partie 



MIL 

plaiderait sa cause. Mildenhall dédui- 
sit ses griefs : il insista sur la déno- 
mination de larrons appliquée par les 
jésuites aux Anglais, et dit que leur 
caractère sacerdotal l'avait seul empê- 
ché d'infliger un châtiment corporel 
à ces religieux. Quant à l'assertion que 
les Anglais s'empareraient un jour 
des ports de l'Inde, il cita l'exemple 
de Constantinople où ils avaient un 
ambassadeur et faisaient un grand 
commerce, sans qu'une conséquence 
semblable en fût résultée. Enfin l'ar- 
gument sur lequel il appuya le plus 
fut celui-ci : << Quand la reine est 
>■ amie d'un souverain, elle a coutu- 
« me de lui envoyer, tous les trois 
« jours, un nouvel ambassadeur, qui 
" apporte toujours de riches présents ; 
«' les pratiques des jésuites en ont- 
X elles beaucoup procuré à sa majesté 
" depuis douze ans ? » Cet argument 
qui réduisit les bons pères au silence, 
divertit infiniment l'empereur, et le 
détermina. Le premier ministre reçut 
l'ordre de rédiger un écrit qui accor- 
dait aux Anglais tout ce que Milden- 
hall demanderait. En trente jours cet 
acte fut signé et scellé » à mon grand 
u contentement, dit le négociateur, 
« et aussi je l'espère, au profit de 
u ma patrie. » Bientôt il prit congé 
de l'empereur et se dirigea vers la 
Perse. Amvé à Casbin, il y écrivit la 
dépêche que Purchas a insérée dans 
le tome I" de son recueil; elle est da- 
tée du 3 octobre 1606. Les Anglais 
ne laissèrent pas échapper les avanta- 
ges que Mildenhall avait gagnés par 
son habileté et sa persévérance. Wil- 
liam Hawkins (XIX, 51 1) et sir Tho- 
mas Roé (XXXVIII, 389), successive- 
ment envoyés en ambassade auprès 
du Grand-Mogol cimentèrent l'ou- 
vrage commencé par leur prédéces- 
seur. Enfin la conduite de la nation 
britannique dans les Indes-Orientales, 



MIL 

depuis la dernière moitié du dix-hui- 
tième siècle, a montré que les deux 
jésuites, bien loin de faire une fausse 
prédiction à Djihan-Guyr, n'avaient 
présagé qu'une ti'ès-faible partie des 
événements qui sont arrivés. E — s. 
MILET de Mureau (le baron 
Locis-Marie-Antoixe Destouff) , gé- 
néral français, né à Toulouse, le 26 
juin 1751 , d'une famille noble, entra 
dans le corps royal du génie à làge 
de quinze ans. Nommé député sup- 
pléant aux Etats-généraux, en 1789, 
par sa ville natale , il remplaça La 
Poype-Vertrieux à l'Assemblée natio- 
nale, où il se fit remarquer par la 
modération de ses opinions et l'utilité 
de ses travaux. Employé souvent dans 
les comités, il présenta des rapports 
sur les monnaies , la navigation inté- 
rieure, l'état-major de l'armée, et les 
gardes nationales. Milet de Mureau 
commanda, en 1792, l'artillerie et le 
génie à l'armée des Alpes et à celle 
du Var , avec laquelle il pénétra en 
Italie. Sa naissance , ses opinions à 
l'Assemblée constituante, le rendirent 
suspect aux commissaires de la Con- 
vention. Ayant perdu son comman- 
dement, il revint à Paris, et fut 
chargé, par le gouvernement, de la 
rédaction du Voyage de La Pe'rouse, 
dont Louis XVI avait écrit les ins- 
tructions. Nommé général de brigade 
en 1796, il eut la direction des ser- 
vices de l'artillerie et du génie au 
ministère de la guerre. Il remplaça 
Schérer comme ministre de ce dé- 
partement en févTier 1799. La 
France était alors attaquée de tous 
côtés, l'Italie envahie, les frontières 
du Rhin menacées, l'intérieur agité 
et le trésor vide. Le général Milet de 
Mureau rendit un service important 
en fournissant à Masséna, malgré l'ex- 
trême pénurie d'hommes et d'argent , 
les moyens de réorganiser l'armée 



mL 



73 



d'Helvétie et de gagner la bataille de 
Zurich, qui mit un terme aux revers 
de cette campagne. Le difficulltés 
de toute nature, suscitées par le Con- 
seil des Cinq-Cents, déterminèrent 
Milet de Mureau à donner sa démis- 
sion le 2 juillet 1799. Ce jour-là 
même, il fut élevé au grade de gé- 
néral de division du génie. Le porte 
feuille de la guerre ayant été retiré 
au général Bernadotte , Milet le re- 
prit de nouveau, mais seulement par 
intérim. Après le 18 brumaire, Bo- 
naparte, qui croyait avoir à se plain- 
dre de lui , ne le conserva pas sur le 
cadre d'activité. Milet obtint cepen- 
dant, en 1802, la préfecture du dé- 
partement de la Corrèze, fonctions 
qu'il exerça pendant huit ans. Envoyé 
en Corse, en 1814, avec la qualité de 
commissaire du roi, il y fut reçu avec 
un enthousiasme dilficile à dt^crire.On 
sait qu'une partie des habitants de cette 
île avait proclamé Georges III roi de 
Corse. Cet acte de désespoir, unique- 
ment occasionné par les exigences 
des agents du gouvernement impé- 
rial , et par l'abus que le général Ber- 
thier avait fait du pouvoir attribué à 
son titre de gouverneur, n'était, en 
aucune manière , l'expression de la 
volonté des habitants. Attachés à la 
France par des liens indissolubles de 
gloire et d'intérêt , les Corses atten- 
daient avec anxiété le moment qui 
devait les réunir à la mère-patrie. Le 
général Milet de Mureau, étant dé- 
barqué dans l'île pendant que les ha- 
bitants étaient préoccupés de ces dis- 
positions favorables à la France, y 
fut accueilli en véritable libérateur ; 
et, dans ces circonstances difficiles , 
il ne resta pas au-dessous de la tâche 
qu'il avait à remplir. Les actes do 
son gouvernement , les mesures qu'il 
fut obligé de prendre , les choix aux- 
quels il dut s'arrêter sont empreints 



74 



MIL 



MIL 



du caractère de loyauté, de fermeté 
et de patriotisme qui ont signalé 
son voyage en Corse, et qui lui ont 
valu la reconnaissance des habitants. 
Admis à la retraite en 1816, il fut 
nommé membre du grand - conseil 
d'administration de l'hôtel des Inva- 
lides, et mourut en mai 1825. Milet 
était commandeur des ordres de la 
Légion-d'Honneur et de Saint-Louis. 
On a de lui, outre plusieurs rapports 
et discours à l'Assemblée nationale : 
I, Voyage de La Pérouse autour du 
monde, pendant les années 1785-88, 
Paris , an V (1797), 4 vol. in-4°, avec 
un atlas; 2'édit., Paris, 1798, 4 v. in-8° 
avec un atlas. Cet ouvrage fut entre- 
pris par suite d'un décret de l'Assem- 
blée constituante , et traduit dans 
presque toutes les langues. Le gou- 
vernement abandonna le produit de 
la vente à la veuve de La Pérouse. IL 
Les Dépositaires , comédie en un acte, 
mêlée de vaudevilles (sans nom d'au- 
teur), Paris, 1814, in-S". Cette pièce 
n'a pas été représentée. G — ry. 

MILFORT (Le Clerc , plus con- 
nu sous le nom de) , chef de guerre 
de la nation creeke, et général de bri- 
gade au service de la république 
française , naquit , vers le milieu du 
XVIII* siècle, à Tir-les-Moutiers, vil- 
lage près de Mézières. Son éducation 
avait été fort négligée , mais on 
ignore la cause réelle de la vie aven- 
tureuse qu'il embrassa. Il prétendit 
plus tard qu'ayant eu le malheur de 
tuer en duel un employé de la mai- 
son du roi, il s'était réfugié aux États- 
Unis, et avait passé de là chez les 
Creeks, peuplade sauvage, dont il 
captiva l'amitié en embrassant leurs 
mœurs et leur haine pour les colons 
américains. Après s'être distingué 
plusieurs fois à leur tête, dans les 
terribles guerres de frontières que les 
Creeks ne cessaient de faire à leurs 



voisins civilisés, Milfort fut nommé 
Tastanegy ou grand guerrier. Ayant 
appris, sur ces entrefaites, les chan- 
gements que la révolution avait opé- 
rés en France , il vint à Paris pour 
offrir ses services et ceux de sa na- 
tion adoptive dans la question rela- 
tive aux possessions du nord de l'A- 
mérique. Il fut bien accueilli par le 
Directoire ; mais la vente de la Loui- 
siane, faite aux États-Unis par la Con- 
sulat, en 1803, rendit inutile la mission 
du délégué creek. Cependant, comme 
l'une des parties contractantes crai- 
gnait qu'il n'employât contre elle son 
influence, Milfort reçut l'ordre de 
rester en France, et obtint en dédom- 
magement le titre de général de bri- 
gade. Il rentra alors dans sa patrie, 
où une épouse unique et civilisée 
remplaça le harem de creekes , qu'il 
avait laissé dans les déserts de l'Amé- 
rique. Il vivait heureux et tranquille, 
quand eut lieu la première invasion 
de la France en 1814. On sait que 
l'ennemi , méprisant nos places-for- 
tes, s'était précipité au centre. La 
seule manière de le combattre alors, 
était d'inquiéter ses derrières et de 
couper ses lignes de communication ; 
on leva donc des corps francs , et 
Milfort, que l'on croyait plus que 
tout autre propre à ce genre de 
guerre, en eut un à commander. 
Mais trop fidèle à ses anciennes ha- 
bitudes , il inquiétait beaucoup moins 
les opérations de l'ennemi que les 
bons et paisibles Ardennais, ce qui 
obligea de le licencier lui et ses nou- 
veaux sauvages en blouses. Après 
cette courte et malheureuse campa- 
gne , Milfort quitta Mézières et trans- 
porta ses pénates à Vouziers, où il 
ne s'occupa plus, pendant la seconde 
invasion, que de sa défense person- 
nelle. Il transforma sa maison en pe- 
tite forteresse , et voici comment. 



MIL 

Âyaut abandonné le rez-de-chaussée, 
il masqua l'escalier par un bûcher 
disposé en palissade , et concentra au 
premier étage tous ses moyens. Une 
batterie de trois fusils doubles, servie 
par M™' IV^ilfort et sa servante , de- 
vait foudroyer la porte d'entrée , 
tandis que le général défendrait la 
palissade. Toutes ces dispositions 
étaient prises, lorsque eut lieu la ba- 
taille de Reims , qui amena la disper- 
sion des troupes commandées par 
Bulow. Un détachement de ce corps, 
poursuivi par les Champenois armés, 
vint se réfugier , au commencement 
de la nuit, dans la cour de la maison 
de Milfort. Trouvant le rez-de-chaus- 
sée désert, et n'entendant aucun bruit, 
les hulans s'installent sans crainte et 
s'apprêtent à faire du feu. Mais au 
moment où l'un d'eux s'approche du 
bûcher, il reçoit un coup d'épée ; 
effrayé, il court rendre compte de 
son aventure à ses camarades, qui 
le traitent de visionnaire. Un autre , 
plus hardi, revient à la charge; il 
est frappé à son tour : alors la pani- 
que devient universelle, et tous se 
précipitent vers la porte. C'était là 
que Milfort les attendait : ses trois 
fusils partent à la fois et criblent de 
balles les fugitifs engagés dans l'étroit 
défilé. Malgré sa victoire, Milfort ju- 
gea prudent, le lendemain, de quit- 
ter sa maison et de se mettre en sûreté 
dans les murs de Méziùres. C'est là 
qu'il mourut, en 1817, laissant un 
enfant en bas âge, sans fortune. Sa 
veuve, impliquée dans une accusa- 
tion d'escroquerie, fut condamnée à 
plusieurs années de détention. On a 
de Milfort : Mémoires, ou Coup-d'œil 
rapide sur mes voyages dans la Loui- 
siane , et mon séjour dans la nation 
creek, Paris, 1802, in-S". Ces iWe- 
moires ne manquent pas d'intérêt ; 
mais il est évident qu'ils n'ont pas 



MIL 



7S 



été rédigés par Milfort, homme tout- 
à-fait illettré, et qui, pendant le 
cours de ses voyages , avait presque 
entièrement oublié sa langue mater- 
nelle. M— D j. 

MILHAUD (le comte Jean-Bap- 
tiste) , général français , né à Arpa- 
jon (Cantal) , le 18 novembre 1766, 
fut élève du génie de la marine en 
1788, et sous-lieutenant d'un régi- 
ment colonial en 1789. Ayant adopté 
avec beaucoup de chaleur les princi- 
pes de la révolution , il devint , en 
1791 , commandant de la garde na- 
tionale de son département, et fut élu, 
l'année suivante, membre de la Con- 
vention , où il vota la mort de Louis 
XVI en ces termes : « Je n'ose croire 
« que de la vie ou de la mort d'un 
« homme dépende le salut d'un État, 
a Les considérations politiques dis- 
« paraissent devant un peuple qui 
" veut la liberté ou la mort. Si on 
« nous fait la guerre, ce ne sera pas 
" pour venger Louis, mais pour ven- 
•< ger la royauté. Je le dis à regret, 
«< Louis ne peut expier ses forfaits 
<' que sur l'échafaud. Sans doute des 
« législateurs philanthropes ne souil- 
« lent point le Code d'une nation par 
« l'établissement de la peine de mort; 
« mais, pour un tyran , si elle n'exis- 
« tait pas, il faudrait l'inventer.... Je 
« déclare que quiconque ne pense 
« pas comme Caton n'est pas digne 
« d'être répubUcain. Je condamne 
« Louis à la mort ; je demande qu'il 
» la subisse dans les vingt - quatre 
•' heures. » Milhaud fut ensuite en- 
voyé à l'armée des Ardennesavec son 
collègue Deville , puis à celle du 
Rhin, et il travailla successivement , 
pendant la session , dans les comités 
des secours, de sûreté générale, des 
finances, et militaire. Dans sa mission 
sur le Rhin, il fit exécuter, avec une 
extrême rigueur, toutes les mesures 



76 



MIL 



révolutionnaires ordonnées par les 
comités. Le 21 novembre 1793, il 
fit, à la société des Jacobins, l'éloge 
de Pichegru, et, le 19 décembre, il 
y prononça un discours dans lequel 
il proposa de chasser, du sein de la 
république, tous les contre-révolu- 
tionnaires. « Il faut, dit-il, que la 
« France lance sur des vaisseaux la 
« tourbe impure des ennemis de l'hu- 
it manité, et que la foudre nationale 
» les engloutisse dans le gouffre des 
« mers. » Le 22, il fut envoyé à l'ar- 
mée des Pyrénées-Orientales, d'où il 
annonça à la Convention la régénéra- 
tion de cette armée, et le supplice 
de tous les traîtres qui avaient com- 
promis la sûreté de la frontière ; ce 
qui signifiait que beaucoup d'officiers 
et de généraux avaient été envoyés à 
la mort par ses ordres. Rentré dans 
le sein de la Convention nationale, il 
y prit part aux complots du parti dé- 
magogique, et son arrestation y fut 
proposée dans la journée du 12 ger- 
minal (1" avril 1795); mais il réus- 
sit à se justifier. Trop jeune encore 
après la session, pour rentrer dans le 
nouveau Corps législatif, il s'attacha 
au service militaire, et obtint un ré- 
giment de cavalerie. Au 18 brumaire, 
il fut un des officiers qui se dévouè- 
rent le plus ardemment au succès de 
cette journée. Il obtint, en 1800, le 
grade de général de brigade , et fut 
envoyé ensuite en Italie, comme char- 
gé de missions politiques auprès des 
cours de Naples et de Toscane. Il 
passa de là au commandement de 
Mantoue, et, en juillet 1803, à celui 
de Gènes. Lors de la reprise des hos- 
tilités, en 1805, il fut employé dans la 
grande-armée, fit au mois de novem- 
bre 600 prisonniers dans les envi- 
rons de Briinn , enleva 40 pièces de 
canon, et se distingua de nouveau au 
combat de Diernstein. Il servit, avec 



une égale distinction , dans la cam- 
pagne de 1806 contre la Prusse ; 
força, le 29 octobre, une colonne 
ennemie de six mille hommes à capi- 
tuler , et fut nommé général de divi- 
sion le 30 décembre suivant. A Fried- 
land, le 14 juin 1807, il exécuta une 
charge brillante contre la cavalerie 
prussienne, et s'empara de plusieurs 
pièces de canon. Employé en Espagne 
en 1808, il combattit en GaUce , en 
Navarre , en Estramadure; fut nom- 
mé grand-officier de la Légion-d'Hon- 
neur le 23 juin 1810, et battit la ca- 
valerie du général Blake à Rio-Al- 
manzara. Rappelé en France , il se 
rendit, dans le mois de juillet 1813, 
au camp de réserve à Wurtzbourg, 
pour y prendre le commandement 
de la cavalerie du 14' corps, sous 
les ordres du maréchal Augereau , et, 
plus tard, il contribua au succès de 
la retraite par des manœuvres habi- 
les. Commandant la cavalerie du 5' 
corps d'armée, il surprit et tailla en 
pièces , près de Colmar, le 24 décem- 
bre 1813, une colonne de cavalerie 
russe. Il se signala de nouveau à St- 
Diez , contre les Bavarois, le 14 jan- 
vier 1814; à Brienne, le 29; et à 
Nangis, le 17 février. La chute de 
Napoléon ayant terminé cette campa- 
gne, le général Milhaud envoya, le 8 
avril , du château de Breau , son ad- 
hésion aux actes du sénat et du gou- 
vernement provisoire. «Nous voulons 
« tous , dit-il, pour le bonheur de la 
« France, une constitution forte et 
u Hbérale, et dans notre souverain le 
« cœur de Henri IV. » Par une inad- 
vertance du ministre de la guerre 
Dupont, que Louis XVIII refusa de 
réparer , il fut créé chevalier de Saint- 
Louis, le 1'"^ juin même année, et 
nommé inspecteur-général de cava- 
lerie dans la 14' division; mais une 
nouvelle ordonnance du 4 février le 



MIL 

mit à la retraite, et retira les faveurs 
qui lui avaient été accordées. Il reprit 
du service après le 20 mars, accom- 
pagna Bonaparte en Belgique , et dé- 
cida par une charge impétueuse, à 
la tête des grenadiers à cheval de la 
garde , le succès du combat livré aux 
Prussiens entre Ligny et Saint-Amand. 
Ce fut pendant la déroute qui suivit 
ce combat que le général Bliicher, 
renversé de son cheval, faillit tomber 
au pouvoir des Français fvoj. Blu- 
CHER, LVIII, 389). Milhaud se retira 
sur la Loire avec son corps de cava- 
lerie; et, après la rentrée du roi, il 
fut un des premiers généraux de l'ar- 
mée à faire sa soumission. Compris 
dans la loi du 12 janvier 1816, con- 
tre les régicides , il obtint cependant 
de pouvoir résider dans une maison 
de campagne aux environs de Paris ; 
et ne sortit de France que l'année sui- 
vante. La révolution de 1830 lui 
ayant ouvert de nouveau les portes 
de la patiie , il se fixa à Aurillac , où 
il mourut le 8 janvier 1833, après 
une longue maladie. Ce fut, sans nul 
doute, un des meilleurs généraux de 
cette époque, et c'était, sous quel- 
ques rapports , un homme véritable- 
ment estimable , cl dont les torts 
appartiennent aux circonstances et à 
sa position beaucoup plus qu'à son 
caractère. M — d j. 

MJLLILS (PitRn£-BEn>\BD), amiral 
français , naquit à Bordeaux , le 
janvier 1773. Il s'embarqua à l'âge 
de quatorze ans, comme pilotin sur 
un bâtiment de commerce dont son 
père était armateur , et fit plusieurs 
voyages aux Antilles de 1787 à 1793. 
La guerre ayant éclaté cette année, 
entre la France et l'Angleterre, Milius 
entra dans la marine de l'État et ser- 
vit successivement comme chef de ti- 
monnerie, sur les frégates CAndro- 
maque et la Fraternité^ avec lesquelles 



MIL 



77 



il fit plusieurs croisières sur les côtes 
d'Espagne et aux Açores. Nommé 
aspirant de première classe en 1794, 
il passa sur la frégate la Précieuse, qui 
faisait partie de l'armée navale aux 
ordres de l'amiral Villaret-Joyeuse. 
Au combat que cette armée soutint 
le l"juin 1794, contre celle de l'ami- 
ral Hov^'e, Milius chargé d'aller dans 
un canot porter, sous le feu de l'en- 
nemi, une remorque à un vaisseau 
totalement démâté, remplit sa mis- 
sion avec tant d'intelligence et d'in- 
trépidité qu'il obtint en récompense 
le grade d'enseigne de vaisseau. A la 
fin de l'année 1794, il s'embarqua 
sur la Virginie, et assista aux bril- 
lants combats que cette frégate sou- 
tint contre les Anglais. En juin 1795, 
il se trouvait à la bataille de Croix, 
où il rendit les plus grands services. 
Promu au grade de Ueutenantde vais- 
seau le 21 mars 1796, il s'embarqua 
comme Ueutenant de pied chargé du 
détail sur la Révolution, et fit sur ce 
vaisseay l'infructueuse campagne 
d'Irlande. Il passa ensuite sur la fré- 
gate l'Immortalité, à bord de laquelle 
il participa aux trois combats qu'elle 
soutint sur les côtes d'Irlande; dans 
le dernier la frégate tomba au pou- 
voir des Anglais, et Milius fut retenu 
prisonnier. Revenu en France, après 
quelques mois de captivité, il s'em- 
barqua en 1799 sur le Dix-Aoât, et il 
fit sur ce vaisseau la bellç campagne 
de la Méditerranée, lorsque l'amiral 
Bruix ramena de Cadix à Brest l'ar- 
mée navale espagnole. En 1800, il 
s'embarqua en qualité de second à 
bord de la corvette le Naturaliste, 
qui, jointe à la gabarre le Géographe, 
devait faire un voyage de circumna- 
vigation, sous les ordres de Baudin. 
Arrivé à l'Ile-de-France, Milius fut 
nommé capitaine de frégate au mois 
d octobre 1801. Après un séjour de 



78 



MIL 



cinq semaines, l'expédition appareilla 
pour la Nouvelle-Hollande. Là Milius 
tomba malade, et eut le rcfpct de 
voir ses camarades partir sans lui. 
Il se rétablit au bout de quelques 
mois, et comme il savait que l'expé- 
dition relâcherait une seconde fois à 
l'Ile-de-France, il s'y rendit sur un 
bânraent américain et retrouva en ef- 
fet (sept. 1803) le Géographe. Le 
commandant Baudin étant mort le 16 
septembre 1803, Milius reçut du con- 
tre-amiral Linois, commandant les 
forces navales françaises dans les 
mers de l'Inde, l'ordre de prendre le 
commandement de ce bâtiment poui 
le ramener en Europe. Il appareilla 
de l'Ile-de-France le 15 décembre 
1803; après une relâche de trois se- 
maines au cap de Bonne-Espérance, 
partit le 24 janvier 1804 et arriva 
à Lorient le 25 mars. Au mois de 
décembre, Milius s'embarqua comme 
second, sur le vaisseau le Patriote; 
mais il n'y resta que peu de mois, et 
le 21 mars 1805, il le quitta pour 
prendre le commandement de la Bi- 
don. Cette frégate étant destinée à fai- 
re partie de l'armée navale combinée 
de France et d'Espagne, le capitaine 
Milius appareilla de Lorient dans les 
derniers jours d'avril et la rallia à la 
Martinique. Il fit avec cette armée le 
trajet des Antilles en Europe, et par- 
ticipa au combat qu'elle livra le 22 
juillet 1805, par la latitude du cap 
Finistère, à la flotte anglaise, com- 
mandée par sir Robert Calder. Pen- 
dant une relâche au Ferrol, l'amiral 
Villeneuve donna Tordre au capitaine 
Milius d'appareiller et d'aller à la re- 
cherche de l'escadre de Rochefort, 
commandée par le chef de division 
Allemand. Quelques jours après sa 
sortie (le 10 août 1805), la Didon 
eut connaissance d'une frégate an- 
glaise; elle fit porter dessus et s'en 



MIL 

approcha à une courte distance. C'é- 
tait le Phœnix, de quarante canons. 
L'action commença immédiatement : 
dès la première heure la Didon per- 
dit successivement son mât d'arti- 
mon, puis son grand mât. Milius en- 
gagea alors le beaupré de sa frégate 
dans les haubans d'artimon du Phœ' 
nix avec le dessein de l'aborder ; mais 
ni ses injonctions réitérées, ni les ef- 
forts de ses officiers ne purent déci- 
der l'équipage à sauter à bord de la 
frégate anglaise. La Didon resta ainsi 
engagée trois-quarts d'heure, pen- 
dant lesquels un feu nourri de ca- 
non et de mousqueterie se croisa sans 
interruption. Le combat commencé à 
neuf heures et demie du matin con- 
tinuait encore à midi. A ce moment 
le mât de misaine, le seul qui restât 
à la Didon, tomba sur le côté de tri- 
bord et engagea la batterie qui fai- 
sait feu sur le Phœnix. Dans cet élat 
le capitaine Milius, à qui il devenait 
impossible d'opposer une plus longue 
résistance, se vit forcé d'amener son 
pavillon. La Didon avait eu vingt-six 
hommes tués et quarante-cinq blessés 
grièvement ; au nombre des premiers 
étaient deux de ses principaux officiers. 
Le Phœnix eut quarante hommes 
hors de combat, dont douze tués. Mi- 
lius conduit en Angletei-re, ne revint 
qu'en juin 1806. Ne pouvant, comme 
prisonnier sur parole, être employé 
activement, il fut nommé sous-chef' 
des mouvements à Toulon. Il occu- 
pait encore ce poste lorsqu'au mois 
d'octobre 1811, sur la demande du 
prince Eugène, vice-roi d'Italie, il re- 
çut l'ordre de se rendre à Venise, 
pour y diriger le service des mouve- 
ments de ce port. Le zèle et l'activité 
qu'il déploya dans ces fonctions lui 
valurent, en décembre 1811, le grade 
de capitaine de vaisseau au service 
de la marine italienne. Après avoir 



MIL 

été pendant deux ans à Venise, di- 
recteur du port et chef militaire, il 
fut appelé au commandement du 
vaisseau de 74 le Royal-Italien. Il al- 
lait en prendre possession, lorsque 
survinrent les événements de 1814. 
A cette époque, des propositions lui 
furent faites pour rester au service 
de la marine autrichienne, mais il 
refusa et rentra en France. En août 
1814, il fut chargé de commander 
la division navale destinée à la reprise 
de possession des colonies de la Mar- 
tinique et de la Guadeloupe. Cette 
mission remplie, Milius rentra à la fin 
de janvier 1815, à Brest, où il reçut 
une lettre très-flatteuse du ministre 
de la marine. En 181o, l'empereur 
de Russie ayant demandé à Louis 
XVIII de faire transporter à Crons- 
tadt, par des bâtiments français, 400 
marins russes qui se trouvaient à Rot- 
terdam, Milius fut chargé de se ren- 
dre en Hollande, pour diriger les 
mouvements nécessaires à l'embar- 
quement de ces marins. A son retour 
il fut nomme directeur du port de 
Brest, puis en mars 1818, comman- 
dant de l'île Bourbon, qui atteignit 
sous son administration, le plus haut 
point de prospérité. Le choléra s'y 
étant déclaré , il fit preuve du plus 
grand dévouement, et reçut pour ré- 
compense le titre de baron. Cepen- 
dant sa santé s'était altérée ; il 
fut obligé de demander son rappel , 
et revint en Franco au mois de juil- 
let 1821. Son repos fut de courte 
durée, car une ordonnance du 1"^ 
septembre 1822 le nomma comman- 
dant et administrateur à Cayenne, 
où le gouvernement avait conçu le 
projet de former, à environ 15 lieues 
de l'embouchure de la rivière Mana, 
un établissement pour l'exploitation 
des bois de construction qui s'y trou- 
vaient en abondance. Après quelques 



MIL 



19 



années de séjour au milieu des forêts, 
Milius, menacé de graves infirmités, 
fut obligé de demander une seconde 
fois son rappel. A son départ de 
Cayenne, les habitants reconnaissants 
lui offrirent une épée d'honneur. Mi- 
lius commandait en 1827 le vaisseau 
le Scipion dans la station du Levant 
et il prit part à la bataille de Nava- 
rin livrée le 20 oct. Un mois après 
il fut élevé au grade de contre-ami- 
ral. En 1828, on le chargea d'inspec- 
ter les équipages de ligne et des trou- 
pes de la marine à Cherbourg, à 
Brest et à Lorient, mais bientôt les 
maladies le condamnèrent à un 
repos absolu. Atteint de paralysie, 
il se rendit à Bourbonne-les-Bains et 
y mourut le 11 août 1829. Le con- 
tre-amiral Milius était commandeur 
de la Légion-d'Honneur , chevalier 
de l'ordre du Bain et de Saint- Wla- 
dimir. On a de lui : 1» Relation d'un 
voyage fait en Chine, en l'an X (1802), 
par test de la Nouvelle-Zélande (An- 
nales maritimes de 1817, sciences et 
arts, pp. 673-700} et de 1818, pp. 
349-361). Cette relation est un com- 
plément du voyage du capitaine Bau- 
din aux Terres- Australes, de 1800 à 
1804. Elle est terminée par un voca- 
bulaire hollandais, français et caffre. 
2" Extrait du journal d'un passager à 
bord d'un bâtiment parti de France, 
au mois de mai 1818, pour se rendre 
à l'île Bourbon, contenant des remar- 
ques sur la navigation, sur plusieurs 
phénomènes observés à la mer, sur la 
pèche de la baleine ; des détails histo- 
riques et statistiques sur les îles du 
Cap-Vert et sur le cap de Bonne-Es- 
pérance; quelques notions nouvelles 
sur les Hottentots, les Caffres et les 
Bochesmans ; enjin des observations gé- 
nérales d'économie marilinfie, de néo- 
logie et d'histoire naturelle (Annales 
maritimes de 1819, sciences et arts, 



80 



MIL 



pp. 425-469). 3" Notice historique et 
statistique du port de Brest (Annales 
maritimes de 1821, pp. 378-395). 
Cette notice est loin de répondre à 
son titre. Les renseignements, trop 
succints, qu'elle renferme, la rédui- 
sent à une simple légende qui pour- 
rait être ajoutée, si elle était complé- 
tée, à un plan du port de Brest. Elle 
est suivie d'un état de la marine à 
Brest, en 1731, époque où il y avait 
dans ce port vingt-huit bâtiments de 
divers rangs, armés de 1,538 canons 
et montés par 10,485 hommes d'é- 
quipage. H — Q — N. 

HILIZIA (François), architecte 
italien, naquit, en 1725, à Oria, dans 
la terre d'Otrante, de parents nobles 
et riches. Il fut conduit, dès l'âge de 
neuf ans, à Padoue, afin d'y com- 
mencer ses études sous la direction 
d'un oncle qui exerçait la médecine 
dans cette ville. Milizia ne se distin- 
gua" d'abord que par son aversion 
pour l'étude; aussi, pendant les sept 
ans qu'il demeura à Padoue, ses pro- 
grès dans les lettres furent loin d'être 
rapides. Ennuyé à la fin des repro- 
ches que sa paresse lui attirait de la 
part de son oncle, il prit la fuite, et 
erra durant quelques mois à Bobbio, 
à Milan, à Pavie et enfin à Rome, où 
il fut rejoint par son père, qui le 
ramena à Naples. Après avoir ter- 
miné ses études dans cette ville, sous 
Genovesi et Orlandi, Milizia s'évada 
une seconde fois et se rendit à Li- 
vourne, avec l'intention de passer en 
France. Mais, l'état de sa bourse n'é- 
tant pas en harmonie avec ses beaux 
projets de voyages , force lui fut de 
rebrousser chemin et de rentrer au 
toit paternel. Là, un mariage calma 
son humeur vagabonde ; puis le goût 
des sciences se ré vêla en lui ; l'amour 
du travail vint après, et le temps per- 
du fut bientôt réparé. En 1761« il 



MIL 

alla s'établir à Rome, où il fut nom- 
mé surintendant des édifices que le 
roi de Sicile possède dans les Etats 
pontificaux. Mais il résigna bientôt 
ces fonctions incompatibles avec son 
esprit d'indépendance , et se livra à 
létude des arts. C'est à Rome qu'il 
composa tous ses ouvrages. Devenu 
l'ami intime du chevalier d'Azara et 
de Raphaël Mengs, qui se montraient 
philosophes parmi les artistes, il alla 
plus loin qu'eux et attaqua sans mé- 
nagement toutes les réputations éta- 
blies. Les écrits de Milizia respirent 
en général un ton d'aigreur et d'ani- 
mosité qui empêche de croire à l'im- 
partialité de ses jugements ; il laisse 
trop percer le plaisir qu'il éprouve à 
jeter à la face des artistes les critiques 
de leurs défauts. Il se fit ainsi beau- 
coup d'ennemis. Les persécutions qui 
s'en suivirent le dégoûtèrent des 
beaux-arts, auxquels il renonça tout- 
à-fait dans sa vieillesse pour s'occu- 
per de traductions d'ouvrages scienti- 
fiques étrangers. Milizia mourut à 
Rome, en 1798. On a de lui : I. rite 
dei piii celebri architetti antichi e mo- 
derni, Rome, 1768, in-8''. La seconde 
édition parut sous le titre de Memorie 
degli architetti antichi e nioderni , 
Parme, 1781, in-8''. C'est plutôt une 
histoire de l'art qu'une biographie 
des architectes. Pommereul {voy. ce 
nom, XXXV, 283) en a donné une 
traduction intitulée : Essai sur l'his- 
toire de l'architecture , précédé d'ob- 
servations sur le bon goût et les beaux- 
arts , La Haye, 1819, 3 vol. in-8°. 
Le même ouvrage a été traduit en an- 
glais par mistriss Cresy, 1826, 2 vol. 
in-8''. IL Trattato compléta formule e 
materiale del Teatro, Rome, 1772, 
in-8''. Milizia s'y prononça contre la 
construction des théâtres modernes, 
et contre la direction immorale don- 
née à ce genre de plaisir. Quelques 



MIL 

opinions singulières déplurent aux 
architectes et aux théologiens ; ceux- 
ci, plus puissants que les autres, fi- 
rent défendre l'ouvrage et saisir les 
exemplaires. Ce traité fut réimprimé 
à Venise, en 1794, in^". III. Princi- 
pi d'architettura civile , Finale, 1781; 
Bassano, *785 ; ibid., 1825, 3 vol. in-8». 
C'est le chef-d'œuvre de Milizia. Après 
avoir exposé l'origine et les vicissitu- 
des de l'art, il propose pour modèles 
les monuments de la Grèce, exhorte 
à étudier ce qui reste de ceux de l'Asie, 
et s'élève contre la routine introduite 
par Brunelieschi, Alberti et Scamozzi 
qui s'en tinrent aux monuments du 
Latium , tous empreints d'un com- 
mencement de décadence. IV. L'arte 
di vedere nelle belle arti del disegno, 
Venise, 1781; ibid., 1823, in-12. C'est 
une réponse aux critiques de l'ouvra- 
ge précédent. L'auteur y passe en revue 
les travaux les plus célèbres qu aient 
produits les arts du dessin, et porte les 
jugements les plus absolus et les plus 
sévères, sans épargner même Michel- 
Ange. La traduction qu'en a donnée 
Fommereul a eu deux éditions, Pa- 
ris, 1798, et 1799, in-S"; la seconde 
a pour titre : Réflexions sur la sculp- 
ture, la peinture, la gravure et l'ar- 
chitecture; suivies des institutions pro- 
pres à les faire fleurir en France, et 
d'un état des objets d'art dont les mu- 
sées ont été enrichis par la Belgique, 
la Hollande et l'Italie, depuis la guer- 
re. V. Roma délie belle arti del dise- 
gno, Bassano, 1787, in-8", ouvrage 
semblable à l'Ai-te di vedere, et écrit 
avec encore moins de modération; ce 
qui le fit piohiber à Rome. VI. La 
Storia deir astronomia di M. Bailly, 
ridotta in compendio , Bassano, 1791, 
in-8°. VII. Dizionario délie belle arti 
deldisegno, estratto in gran parte délia 
Enciclopedia metodica , Bassano, 
1797, 2 vol. in-8°. Vm. Délia incisio- 



MIL 



81 



ne nelle stampe, Bassano, 1797, in-S". 
IX. Memoria sulV economia publica, 
Rome, 1798, in-i"; 1800, in-8°; Mi- 
lan, 1803, in-S". X. Notizie sulla di 
lui vita e catalogo délie sue opère ; ré- 
digées par lui-même et publiées après 
sa mort, avec des notes de Barthéle- 
mi Gamba, Bassano, 1804, in-8°. XI. 
Letter-e al conte Francesco di San-Gio- 
vanni, Paris, 1827, in-8°. Les OEuvres 
de Milizia ont été -recueillies et im- 
primées à Bologne, en 1826 , 9 vol. 
in-8''. On en trouve un choix dans 
la Raccolta d'Opérette de Barthélemi 
Gamba, Venise, 1826, in-16. M. Ca- 
mille Ugoni , notre collaborateur, lui 
a consacré une notice dans la Storia 
delta letteratura italiana nella seconda 
rnctà del secolo XVIII, Brescia, 1822, 
3 vol. in-8''. A— Y. 

MILLELOT ( Jeas - Étiesne ) , 
docteur en droit, naquit en 1796, et 
fit ses études à Paris. Parent et élève 
de M. Dupin l'aîné, Millelot fit, sous 
sa direction , des progrès rapides et 
se montra jurisconsulte habile, avant 
d'avoir quitté les bancs de l'école. En 
1813, il s'enrôla dans les volontaires 
loyaux, et voua depuis lors un vif 
attachement à la dynastie des Bour- 
bons, ce qui ne l'empêcha pas de 
conserver l'estime et l'amitié de ceux 
qui ne partageaient pas ses opinions. 
Il fut un des principaux rédacteurs 
de la Thémis, ou Bibliothèque des ju- 
risconsultes. Ses articles se distinguent 
par un savoir profond, par l'élévation 
des idées et la pureté du style. Lors- 
que M. Dupin publia, en 1818, une 
nouvelle édition des Lettres sur la pro- 
fession d'avocat de Camus, Millelot 
en donna une analyse dans la Revue 
encyclopédique. On doit encoi'e à ce 
jeune avocat une excellente Notice 
sur Patru, insérée dans les Annales 
du Barreau français. Atteint d'une 
maladie de poitrine, Millelot mourut 
6 



82 



MU. 



MIL 



à l'aris en septembre 1822, victime 
de sa passion pour l'étude. On trouve 
son portrait dans la Collection dei 
portraits des avocats célèbres, publiée 
en 1823. A— Y. 

MILLET (Simon-Germais), né en 
1575, à Venizy, village de la Cham- 
pagne, embrassa la règle de Saint- 
Benoît , et fut d'abord connu sous le 
nom de doni Simon; mais il prit ce- 
lui de dom Germain , lorsqu'il entra 
dans la congrégation de Saint-Maur, 
en 1632. Ce religieux mourut à i'ab- 
baye de Saint-Dcnys le 28 janv. 1647. 
On a de lui : I, Les dialogues de S. Gré- 
goire, traduits du latin en français, et 
illustrés d'observations, avec un Traité 
de la translation du corps de S. Benoît 
en France, Paris, 1624 et 1644, in-8°. 
II. Le Trésor sacré, ou Inventaires des 
saintes reliques et autres précieux 
joyaux de l'église et du trésor de lab- 
baye de Saint-Denys en France; en- 
semble les tombeaux des rois et des 
reines, depuis Dagobert jusqu'à Henri- 
le-Grand, Paris, 1638, 1640, 1645, 
1646, in- 12. Ces dernières éditions 
ont été augmentées d'un Abrégé des 
choses remarquables arrivées depuis 
Dagobert jusqu'à Louis XIII. III. 
Findicata Ecclesiœ gallicanœ de suo 
Areopagita Dionysio gloria , Paris, 
1638, in-8''. L'auteur y combat les ar- 
guments du P. Sirmond , jésuite, et 
prétend démontrer que S. Denys l'A- 
réopagite et S. Denys , premier évê- 
que de Paris , ne sont qu'un même 
personnage. Cependant l'antiquité les 
avait toujours distingués; Hilduin, 
abbé de Saint-Denys au IX' siècle, 
est le premier qui les ait confondus 
l'un avec l'autre; mais cette opinion, 
long-temps accréditée, est abandonnée 
aujourd'hui , et regardée comme un 
anachronisme ( voy. S. Denys l'Aréo- 
pagite, XI, lU ). ly. Ad Disser- 
tationem nuper evulgatam de duo- 



bus Dionysiis Besponsio, in qua evi- 
dentissime demonstratur unum eteuv^- 
dem Dionysium Arcopagitam et pari- 
siensem episcopum, Paris, 1642, in-8". 
C'est une réponse à la Dissertatio de 
duobus Dionysiis du docteur Launoy, 
auquel répondirent encore deux au- 
tres bénédictins , dans le même sens 
que leur confrère {voy. Jacq. Doiblet, 
XI , 607 , et Kic. - Hug. Menard , 
XXVIII , 265). P~RT. 

MILLET (Jean), poète drama- 
tique, doit la réputation qu'il con- 
serve parmi les amateurs de notre 
ancienne littérature, moins au mérite 
de ses ouvrages, quoiqu'ils n'en soient 
pas tout à fait dépourvus, qu'à la 
naïveté du patois daupbinais dans 
lequel ils sont écrits. La Bibliothèque 
de Guy Allard ne contient aucune 
particularité sur la vie de Millet; et 
peut-être serait-on en droit de faire 
un reproche à Chalvet de n'avoir 
pas cherché, par de nouvelles inves- 
tigations , à réparer cette omission, 
en faisant connaître un poète qui 
tient le premier rang parmi ceux qui 
ont écrit dans l'idiome particulier 
au Dauphiné. Millet, né vers 1600 à 
Grenoble, vivait en 1665, date de la 
publication de sa dernière pièce. On 
a de lui : I. Pastorale et tragi-comédie 
de Janin, Grenoble, 1633, in-4». 
Cette pièce connue aussi sous le titre de 
Lhauda (Clauda), nom d'un des princi- 
paux personnages,a constamment joui 
d'un succès soutenu et dont elle est 
redevable à l'intérêt piquant du sujet. 
D'après la tradition du pays, l'auteur 
n'aurait fait que mettre en scène l'a- 
ventm-e , alors récente , d'une jeune 
paysanne qui, recherchée en mariage 
par le secrétaire d'un trésorier de Gre- 
noble, avait fini par épouser le tré- 
sorier lui-même. Suivant M. Cham- 
pollion-Figeac (1), Laudha serait la 
(1) Nouvelles recherches sur les patois , 



même que Claudine ou Marie Mi- 
gnot (2). Devenue veuve du trësorier 
ott, suivant d'autres, d'un conseiller 
au Parlement, elle épousa le second 
maréchal de l'Hôpital, et enfin, sur 
le retour de l'âge, elle sut inspirer 
une vive passion à Casimir V, roi de 
Pologne (w. MiGsoT, dans ce vol.). La 
Pastorale de Laudha, essai dramatique 
et chef-d'œuvre de Millet, a été ré- 
imprimée au moins quatre fois, Gre- 
noble, 1636, 1700, 1800, in-S"; et 
Lyon, 1738, in-12. II. La pastorale 
de Philin et Margoton, Grenoble, 
1635, in-4''. Cette édition, la seule 
que l'on connaisse, est si rare que 
1 auteur delà Bibliothèque du Théâtre 
français, attribuée au duc de La Val- 
lière, déclare (tom. II, 508) qu'il n'a 
jamais pu en voir un exemplaire. III. 
La bourgeoisie de Grenoble, comédie, 
ibid., 1665, in-S"*. Ces trois pièces 
sont en cinq actes et en vers. Dans 
toutes, l'auteur fait parler les pay- 
sans et les gens du peuple en patois, 
et les auties personnages en français. 
Mais il faut ajouter que Millet s'ex- 
prime beaucoup inieux dans l'idiome 
de sa province dont il avait fait une 
étude spéciale. On trouve dans la Bi- 
bliothèque du Théâtre français, que 
l'on vient de citer , l'analyse de la 
Lhauda et de la Bourgeoisie de Gre- 
noble^ avec des fragments de ces deux 
pièces, accompagnées d'une version 
française Cest par erreur qu'on y 
dit qu'elles sont écrites en vers 
provençaux ; et cette erreur est 
d'autant plus remarquable que le 
Provençal Marin passe pour l'un des 
rédacteurs de cette Bibliothèque {voy. 
Marin, XXVII, 162). Après avoir 

et en particulier sur ceux du département 
de f Isère , Paris, 1809, in-lî, de 199 pages. 
(2) Les diverses aventures vraies ou sup- 
posées de âfarie Mignot, ont fourni le sujet 
d'une pièce représentée , en 1829 , au théâtre 
du Vaudeville, avec un brillant SQCCis, 



MIL 



83 



rendu compte des comédies de Millet, 
M. ChampoUion-Figeac ajoute qu'on 
ne connaît rien de plus de lui, si ce 
n'est quelques chansons et un volume 
intitulé : Recueil de diverses pièces 
faites à lantien langage de Grenoble 
par les plus beaux esprits de ce temps- 
là, ibid., 1662, in-12 de 74 p. Ce 
petit volume contient le Banquet des 
Fées, où l'on trouve des détails pleins 
d'intérêt; la Fie des courtisans, et 
deux assez bonnes satires des travers 
de l'époque. Quant aux chatisons, M. 
Champollion-Figeac les a publiées d'a- 
près un manuscrit de la Bibliothèque 
Royale, dans son Appendix aux Re- 
cherches sur les patois, pag. 150-55. 
W— s. 
MILLET ( le baron Théodore) , 
général français , né en Picardie , 
le 15 septembre 1776, entra au 
service, le 16 juin 1793, dans la 40* 
demi-brigade , et fut, peu de temps 
après, nonmié lieutenant au choix. 
Officier intrépide et actif, il dut un 
avancement rapide à plusieurs ac- 
tions d'éclat et à d'honorables bles- 
sures. Il fit les premières campagnes 
d'Italie , et se trouva depuis aux 
batailles de Marengo et d'Austerlitz. 
Employé en Espagne, en 1808, il se 
distingua, le 8 août, au passage du 
Tage, prés de Talaveyra, et fut nom- 
mé colonel, le 17 décembre 1809, a- 
près s'être fait remarquer à la bataille 
d'Occana. A l'attaque du mont de 
Fuente- Santa, le 12 novembre 1810, 
le général Millet fut atteint de deux 
coups de feu à la tête , et , quoique 
affaibli par la perte de son sang, il 
ne voulut pas quitter son poste, com- 
manda lui-même une nouvelle char- 
ge et repoussa l'ennemi. De retoiu- en 
France, il prit part aux dernières cam- 
pagnes, et fut élevé au grade de géné- 
ral de brigade le 28 juin 1813. Le 
roi le créa chevalier de Saint-Louis, 
6. 



84 MIL 

le 20 août 1814, puis commandant 
de la Lëgion-d'Honneur. Après les 
événements du 20 mars 1815, Millet 
fut employé dans les gardes nationa- 
les actives de l'armée du Nord. Mis 
à la demi-solde après le licenciement 
de l'armée, il se retira au sein de sa 
famille, à Sourdevat (Manche), et 
s'occupa d'agriculture. Il y mourut le 
17 février 1819. M— d j. 

MILLETIÈRE (de la), calvi- 
niste mitigé , s'occupa quelque temps 
du projet chimérique de réunir les 
protestants avec les catholiques, et 
publia, en conséquence, en 1644, un 
ouvrage intitulé : le Pacifique vérita- 
ble sur le débat de l'usage légitime du 
sacrement de pénitence. Ce livre , 
quoique approuvé par trois docteurs, 
fut censuré par la Sorbonne, et il fut 
loin de produire les résultats que 
l'auteur en attendait. T — d. 

MILLIE (Jeas-Baptiste-Joseph) , 
littérateur, naquit à Beaune en 1773. 
Ses études, commencées à Dijon, fu- 
rent terminées au collège de Juilly, 
où il devint ensuite professeur d'hu- 
manités. Dans les premiers temps de 
la révolution, il obtint une place au 
ministère des finances, oii son zèle et 
ses talents ne tardèrent pas à le faire 
nommer chef de bureau. Lors de 
l'invasion du Portugal par les troupes 
françaises, Millié fut envoyé dans ce 
royaume afin d'y organiser l'admi- 
nistration des contributions indirec- 
tes. Il acquit une telle réputation 
d'habileté dans l'exercice de ces fonc- 
tions qu'après son retour en France, 
en 1814, il fut vivement sollicité par 
l'ambassadeur de Portugal d'accep- 
ter , au nom de son souverain , le 
portefeuille du ministère des finan- 
ces. Millié était trop modeste, il ai- 
mait trop son pays, pour céder aux 
brillantes offres d'un princ» étranger; 
il refusa et coptlnua d'être employé, 



MIL 

à Paris, au ministère des finances. 
Plus tard, il fut nommé, par M. de 
Villèle , sous-directeur de l'adminis- 
tration des contributions directes , 
emploi qu'il conserva jusqu'à sa mort, 
arrivée le 18 juillet 1826. Millié était 
chevalier de la Légion-d'Honncur. 
Pendant son séjour à Lisbonne, il a- 
vait fait une étude particulière de la 
langue portugaise dans ses écrivains 
les plus distingués. On lui doit la meil- 
leure traduction qui ait encore paru de 
la Lusiade de Camoëns, Paris, 1825, 
in-8°. Miel l'aîné a consacré, dans le 
Moniteur du 20 octobre et du 8 no- 
vembre 1825, deux longs articles à 
cette traduction, aussi remarquable 
par l'élégance et la fidélité que par 
les notes érudites qui l'accompagnent. 
Millié avait , peu de temps avant sa 
mort, annoncé, par un prospectus, la 
publication prochaine d'un livre in- 
titulé : Du Cadastre tel qu'il est établi 
par la loi du 31 juillet, ou de la con- 
tribution foncière considérée dans ses 
différents degrés de répartition ; mais 
cet ouvrage est resté manuscrit. 

A— Y. 

MILLOÎV (Charles), historien et 
poète, naquit à Liège, le 13 septem- 
bre 1754. Il fut d'abord sous-biblio- 
thécaire du prince de Condé, et ob- 
tint ensuite une chaire à l'École de 
droit de Paris. Nommé professeur de 
langues anciennes au lycée Napo- 
léon, il fut, quelque temps après,- 
chargé de faire à la Sorbonne le cours 
d'histoire de la philosophie ancienne, 
et il s'occupa en même temps de beau- 
coup de compilations et traductions 
pour des entreprises de librairie. Mil- 
Ion avait renoncé à l'enseignement 
depuis plusieurs années , lorsqu'il 
mourut à Paris, le 21 juillet 1839. 
On a de lui : I. In obitum. Ludovici 
XV Carmen, 1774, in4°. H. Vers sur 
l'avènement de Louis-Auguste au trô- 



MIL 



MIL 



85 



ne, 1774, in-8°. III. Épître en vers à 
Frédéric, roi de Prusse, 1775, in-8°. 
IV. L'Éventail, poème en 4 chants, 
1781, in-8"' ; nouvelle édition augmen- 
tées de poésies, 1798, in-12 {voyez 
Jean Gay, XVI, 617). Y. Histoire des 
voyages des papes depuis Innocent 
I" jusqu'à Pie FI, 1782, in-8°, avec 
des notes. VL Introduction à l'his- 
toire des troubles des Provinces-Unies 
depuis illl jusqu'en 1787, 1788, 
in-8°. VII. Tableau sommaire et phi- 
losophique du génie, du caractère, des 
mœurs, du gouvernement et de la po- 
litique des Bataves, traduit de l'an- 
glais, 1789, in-8°. VIII. Charlotte Bel- 
mont, Amsterdam, 1789, in 8". IX. 
Histoire des descentes qui ont eu lieu 
en Angleterre, Ecosse, Irlande et îles 
adjacentes, depuis Jules-César jusqu'à 
nos jours, 1798, in-8''. X. Les soirées 
de fVindsor, ou les loisirs d'une fa- 
mille anglaise, traduit de l'anglais, 
1798, 2 vol. in-12. XI. Foyage en Ir- 
lande par Twis, traduit de l'anglais, 
1798, in-8''. XII. Foyage en Irlande 
par Arthur Young, suivi de Recher- 
ches sur l'Irlande, par le traducteur, 
1799, 2 vol. in-12 ; 1801, 2 vol. in-8''. 
XIII. Histoire de la révolution et con- 
tre-révolution d'Angleterre, 1799, in- 
8% 1800, in-8°. XIV. Éléments de 
l'histoire de France par Millot, édi- 
tion continuée jusqu'à la mort de 
Louis XVI, 1803, 3 vol. in-8°; 1806, 
3 vol. ; 1814, 4 vol. in-12. XV. Élé- 
ments de l'histoire d'Angleterre par 
Millot, édition augmentée des règnes 
de Georges II et III, 1801, 3 vol. in- 
8°; 7« édition, 1810. XVI. La Poli- 
tique dAristote, 1803, 3 vol. in-8<'. 
(voy. Aristote, n, 464). La traduction 
de Millon, quoique supérieure à celle 
qui avait paru quelques années avant 
la sienne, est cependant très-impar- 
faite. Il avait aussi traduit la Ré- 
publique et les Lois de Platon, ainsi 



que HiéroD, Xénophon et les Lettres 
d'Aristhénète ; mais ces travaux sont 
restés manuscrits. — Millon (F.-J.), 
ancien juge au tribunal de commerce 
de Châlons-sur-Saône , a publié : I. 
Projet d'un emprunt national en con- 
trats négociables, 1814, in-4°, dédié 
à la Chambre des députés. II. Projet 
d'un plan de finances, Paris, 1824, 
in-8". m. Nouveau plan de finances, 
etc., Paris, 1829. in-8<'. M— d j. 

MILLOTET ( Marc - Antoine ), 
poète, exerça, de 1594 à 1633, la 
charge de procureur-général au par- 
lement de Dijon. Magistrat aussi in- 
tègre qu'éclairé, il fut, pendant les 
troubles de la Ligue, un des plus ar- 
dents défenseurs des prérogatives 
royales. Ayant résigné sa charge à 
son fils, il vint à Paris en 1635, et y 
mourut l'année suivante. Millotet 
avait cultivé les lettres avec un succès 
qu'attestaient ses nombreuses pièces 
de vers, en latin, en français et en 
italien. C'est lui qui composa le célè- 
bre distique : 

JEtna hœc Henrico vulcania tela ministrat, 
Tela giganteos debellatura furores, 
distique placé jadis sur la porte de l'Ar- 
senal (1) , et attribué tantôt à Passe- 
rat, tantôt à Bourbon-le-Jeune (voy. 
ce nom, V, 352). L'inscription latine, 
de vingt- trois vers, qu'on lisait au 
bas de l'ancienne statue équestre de 
Henri IV, sur le Pont-Neuf, était aus- 
si de Millotet. On trouve plusieurs 
autres pièces de ce poète, dans diffé- 
rentes éditions du temps. — Millotet 
(Marc-Antoine), son fils, lui succéda, 
en 1635, dans sa charge de procu- 
reur-général, et mourut à Châlons en 
1687, à l'âge de 89 ans. Il avait tra- 
vaillé à une Histoire de Bourgogne, 
restée manuscrite. D — b — s. 

(1) A la fin de 1792, cette inscription fut 
ainsi changée momentanément : 
Civibus hcecMavors vutcania tela ministrat, 
Tela tyrannorum debellatura furores. 



86 



MIL 



HflLLS (Charles), historien an- 
glais, naquit à Croom's-Hill, auprès de 
Grecnwich, le 29 juillet 1788. Il t'-tait 
le plus jeune de sa famille. Son père, 
habile médecin , lui fit donner une 
éducation classique dont il profita 
sans doute, mais à laquelle il ajouta 
beaucou[) par ses propres études. Il 
était doué d'une grande mémoire , 
d'une impressionabilité très- vive; il 
aimait infiniment la lecture : d'où il 
résulta que, jeune encore, il avait 
beaucoup dépassé le cercle restreint 
des connaissances universitaires. Ses 
parents le destinaient au barreau; et 
dès l'âge de seize ans , il fiit placé , 
en qualité de clerc , chez MM'^ Wil- 
liams et Brookes, procureurs à Lin- 
coln's-Inn. C'est pendant ce séjour à 
Londres, que Mills sentit sa vocation 
littéraire se déclarer. Il ne négligea 
pas absolument le droit, cependant; 
et il resta quatre ans chez ses pa- 
trons, dont le plus âgé était un ancien 
ami de sa famille. Mais, ce qui nous 
semble véritablement remarquable 
dans la révolution qui eut lieu alors 
chez Mills, c'est la série des change- 
ments par lesquels sembla passer son 
esprit. Il s'éprit d'abord des études 
théologiques , et , sous cette impres- 
sion, il lut un grand nombre des ou- 
vrages modèles que l'Angleterre pos- 
sède sur ce sujet, tant ceux qu'on 
classe parmi les œuvres oratoires, que 
ceux qui appartiennent à la contro- 
verse ou qui tiennent le miUeu entre 
ces deux genres. Il se forma même 
dans cette spécialité un noyau de bi- 
bliothèque, tel que l'on en trouverait 
rarement chez un jeune homme qui, 
même alors, ne songeait point à la 
carrière ecclésiastique, il dut à cette 
excellente disposition d'esprit l'avan- 
tage de se préserver des travers 
auxquels la jeunesse est entraînée 
par le séjour des capitales. Il était 



MIL 

loin pouitant de vivre de la vie 
ascétique, ou d'afficher un rigoris- 
me que l'on eût pu railler. Vers 
la fin de la seconde année, son atten- 
tion, que jusque-là la théologie seule 
avait détournée de l'étude exclusive du 
droit, se tourna du côté des débats 
des deux Chambres .- c'était passer de 
l'éloquence de la chaire à celle de la 
tribune, et de ce qu on nomme genre 
démonstratif au genre délibératif. De 
là sans doute, au bout d'un deuxième 
laps de temps, le goût que toul-à-coup 
il prit pour le théâtre. Il s'appliqua 
de même, avec beaucoup d'ardeur et 
de suite, à cette nouvelle branche des 
études littéraùes, lut tous les grands 
maîtres de la scène anglaise, et ne 
négligea point ceux des critiques dont 
les ouviages font autorité en cette 
matière. On ne peut douter que , dès 
cet âge, les études de Mills sur l'art 
dramatique n'aient été profondes et 
fort variées ; car, peu d'années après, 
il discourait sur cette partie de la lit- 
térature avec un éclat et une sohdite 
qui décelaient assez d'anciennes mé- 
ditations. Tout en se formant ainsi 
par une lecture assidue, il composait 
divers morceaux, les uns relatifs à ce 
qu'il lisait (ceux-ci n'ont pas été im- 
primés) , les autres, qui furent publiés 
sous le voile de l'anonyme dans divers 
recueils. C'est ainsi qu'il atteignit sa 
vingtième année et l'an 1809, auquel 
devait finir son apprentissage comme 
légiste. Il venait alors de perdre son 
père avec lequel il avait, en 1808, 
fait un voyage aux lacs du nord. La 
petite fortune dont il héritait était 
tiop peu de chose pour lui permettre 
de se hvrer à des goûts dont il igno- 
rait s'il pourrait tirer de quoi vivre 
honorablement. Il résolut donc de 
continuer la pratique du barreau, et 
il passa encore un an chez un autre 
procureur , après quoi il essaya 



MIL 

d'exercer pour son compte; mais il 
ne réussit point, parce qu'il eût fallu 
acheter une étude ; et il passa deux 
ans , n'ayant que quelques minces 
affaires à conduire. Gravement ma- 
lade au bout de ce temps (1813) , et 
en danger de mourir d'hémorragie , 
il dut aller chercher la santé sur le 
continent (1814) : il eut le bonheur 
de l'y trouver; et, après avoir séjour- 
né l'hiver dans le midi de la France 
et en Italie , il repassa la Manche , 
sinon radicalement guéri, au moins 
beaucoup mieux portant (1815). Ses 
efforts pour obtenir du gouverne- 
ment une place dans le parquet ou 
même un poste quelconque ayant 
été infructueux , il fallut revenir 
au barreau indépendant , et il tenta 
de devenir , moyennant argent , as- 
socié dans une étude établie. Mais 
à l'instant où il allait tiaiter, le pro- 
cureur en titre apprit que son futur 
partenaire n'avait que deux ans de 
pratique libre, et, qui pis est, que le 
jeune homme prétendait mener de 
front la littérature et les affaires; 
il retira la parole donnée, et il fut 
impossible de renouer le marché. 
Heureusement, Mills, qui depuis sa 
sortie de chez ses premiers patrons 
avait étudié la littérature orientale , 
venait d'achever son Histoire du Ma- 
hométisme ; et quoique ce ne fût 
encore qu'un premier jet , celle - ci 
avait trouvé un approbateur dans 
le célèbre sir John Malcolm , qui fit 
venir chez lui l'auteur, et lui donna, 
outre des encouragements flatteurs , 
d'une part, l'autorisation de se servir 
de sa bibliothèque pour perfection- 
ner son travail ; de Tautre, des recom- 
mandations pour la maison qui publia 
son travail. Mills se vit ainsi en mesure 
de se livrer à ses prédilections, sans 
avoir continuellement à s'inquiéter 
des moyens de vivre, et à diviser ses 



MIL 



87 



forces pour suffire à deux tâches 
dont chacune suffit pour absorber ce 
qu'un homme peut avoir de talent 
et d'activité. La première édition de 
\ Histoire du Mahométisme parut en 
1817, et le sort de Mills fut ainsi fixé 
irrévocablement. Il n'avait pas encore 
fini d'en relire les épreuves, que déjà 
il s'occupait d'un autre ouvrage dont, 
évidemment, l'idée lui avait été sug- 
gérée , et dont bien des matériaux 
lui avaient été fournis par le pre- 
mier travail : nous voulons parler de 
l'Histoire des Croisades. Un tel sujet ne 
pouvait manquer de plaire singuliè- 
rement en Angleterre, où, chose sin- 
gulière, les croisades ont toujours été 
plus populaires et mieux jugées qu'en 
France depuis le XVIP siècle. Peut- 
être un lointain reflet du rôle brillant 
qu'on se plaît à y attribuer au roi Ri- 
chard, y est-il pour quelque chose ; 
peut-être la moderne campagne d'E- 
gypte, peut-être le poème de Southey, 
venaient-ils d'y ajouter au moment 
où Mills résolut de traiter ce sujet. 
Quoi qu'il en puisse être , cet ou- 
vrage , qui parut en 1819, fut ac- 
cueilli avec de plus grands applaudis- 
sements encore et plus de succès que 
Y Histoire du Mahométisme, et six mois 
plus tard on en fit une seconde édition. 
Ensuite vinrent, mais après une lon- 
gue interruption nécessitée par l'état 
déplorable de sa santé, les Voyages de 
Ducas (1823), puis \ Histoire de la 
Chevalerie (1825). Chacune de ces 
publications ajouta considérablement 
à la renommée de Mills , qui , indu- 
bitablement, aurait bientôt pris rang 
parmi les premières célébrités de la 
Grande-Bretagne ; mais chacune ajou- 
tait à ses souffrances et à sa faiblesse 
physique. Dès son adolescence, on 
avait remarqué en lui une disposition 
à la phtbisie, et à treize ans il avait 
failli périr d'une affection de poitrine. 



88 



MIL 



Ses veilles prolongées el opiniâtre.s, 
notaninient de 1809 à 1812, lorsqu'il 
s'évertuait à concilier les devoirs de 
la profession de légiste avec son dé- 
sir de s'initier à la littérature et aux 
langues, avaient augmenté ces funes- 
tes dispositions. Nous avons vu à quel 
péril il avait échappé en 1813, et à 
quelle cause il faut attribuer son inac- 
tion en 1820, si toutefois on peut 
nommer inaction un intervalle si peu 
long entre deux grands ouvrages. 
L'irritation perpétuelle à laquelle il 
fut comme en proie, pendant la com- 
position de son Histoire de la Cheva- 
lerie (car chaque fois qu il écrivait ou 
préparait ce qu'il allait écrire, c'était 
comme une fièvie, comme un paro- 
xysme violent) aggrava considérable- 
ment son état. L'art médical n'y put 
rien; et, après quatorze mois de lutte 
et de remèdes, bien qu'il eût suspen- 
du tout travail sérieux et qu'il eût été 
chercher, dans le comté de Southauq)- 
ton, un ciel plus doux que celui de 
Londres, Mills mourut le 9 octobie 
1825; il n'avait que trente-huit ans. 
Cette fin prématurée éveilla d amers 
regrets. Mills les méritait sous tous 
les rapports. C'était un aimable et 
beau caractère , un talent facile , 
brillant et vigoureux. Avant son His- 
toire de la Chevalerie, il avait en- 
ti'epris une grande Histoire romaine 
qui devait aller depuis la fondation de 
Rome jusqu'au commencement de 
l'empire, et se rejoindre ainsi à celle 
de Gibbon. Déjà, dit-on, il l'avait 
menée jusqu'à la dictature de Sylla 
quand l'annonce d'un ouvrage rival 
sur le même sujet l'y fit renoncer. 
S'il faut dire ce que nous en pensons, 
nous aurions besoin de quelques dé- 
tails de plus pour être convaincus de 
la réalité du fait; et, d'autre part, de 
quelque facilité de style, de quelque 
érudition préliminaire qu'on puisse 



MIL 

être pourvu, il nous semble impossi- 
ble qu'on puisse, en un an, écrire une 
grande histoire des 670 premières 
années de Rome , qui ne soit une 
compilation ou trcs-surannée ou très- 
légère. Revenons aux ouvrages publiés 
de Mills : \. ^Histoire du Mahomé- 
lisme, Londres, 1817, in-8", contient 
beaucoup de pages brillantes, vives, 
remaïquables par la verve et l'en- 
train du style; mais il est facile de 
voir que c'est l'ouvrage d'un jeune 
homme , et d'un débutant ; deux 
vices graves le déparent : 1" Mills, à 
cette époque, n'eût pas été capable de 
formuler un jugement sien sur le 
mahométisme ; 2° lors de la rédaction 
jnimitive, il ne savait pas assez l'O- 
rient et l'islarn, et quelques secours 
qu il ait eus à sa disposition chez sir 
John Malcolm , il a plus juxtaposé 
que fondu, il a plus omis et laissé de 
côté que juxtaposé : aussi y a-t-il dans 
son livre beaucoup de vague, peu de 
faits. II. L'Histoire des Croisades, Lon- 
dres, 1819; 2"= édition, 1820, 2 vol. 
in-8''; trad. en français par M. Tiby, 
1 825-3o, vaut déjà beaucoup mieux. 
Mills sait d'avance ce qu'il entreprend 
de conter : la critique ne lui manque 
pas; il groupe et sépare habilement; 
il expose avec clarté, il choisit bien et 
les faits vrais et les traits capitaux, il 
proportionne les diverses parties du 
récit: si le style a du coloris, de l'a- 
bondance , s'il est visible même que 
l'auteur se préoccupe beaucoup de la 
forme littéraire et vise presque à la 
poésie, on le lui pardonne, parce que 
cette forme et cette couleur s'harmo- 
nient avec son style, parce qu'elles 
sont associées à une grande vigueur. 
Il est fâcheux que l'ouvrage soit trop 
court. Mais ce n'est pas là un repro- 
che qu'il soit donné à tous de méri- 
ter. On ne saurait s'empêcher, en par- 
lant de Mills , de penser à l'Histoire 



MIL 

des Croisades par Michaud ; celle-ci , 
sans doute, contient plus défaits; 
c'est un ouvrage plus complet et 
dans lequel il est évident que Mills a 
beaucoup puisé. III. Les Voyages 
de Théodore Ducas lors de la renais- 
sance des Lettres et des arts en Ita- 
lie , 1823 , 2 vol. in-8° , sont un 
de ces ouvrages dont le cadre est 
emprunté au Voyage d'Anacharsis •■ le 
sujet est la description de l'Italie, mais 
surtout un exposé de ce qu'avait été 
déjà la littérature italienne au XVI""= 
siècle. Théodore Ducas est censé 
un de ces jeunes Grecs dont les pères 
sont >enus en Italie après la prise de 
Constantinople par les Turcs : l'ins- 
tant choisi est l'intervalle de 1520 à 
1560. Le but primitif de Mills avait 
été de donner la biographie des trois 
grands poètes italiens avant le Tasse 
(Dante, Pétrarque, Arioste), mais son 
libraire lui ayant fait comprendre 
qu'il fallait autre chose que ces sim- 
ples biographies pour attirer le pu- 
blic, il imagina le vovage du jeune 
Grec en Italie. Sa prétention était d'y 
fondre l'érudition de Barthélémy, la 
grâce de Fénelon , la touche vraie et 
simple de Swift ; il y a réussi en par- 
tie, on ne saurait le nier; et, sous le 
rapport de la sincérité , de la réalité 
d'impression, comme sous celui du 
gracieux, il l'emporte certainement 
sur Barthélémy, et se rapproche des 
deux autres; mais il faut avouer aussi 
qu'il ne possède pas cette grâce par- 
faite qui provient de ce que non-seu- 
lement on sait, mais de ce l'on maî- 
trise complètement ce qu'on va dire. 
Au total, les voyages de Ducas méri- 
tent une place dans la bibliothèque 
de tous les gens de goût et de tous 
ceux qui veulent connaître l'Italie aux 
XIV"% XV»' et XVI'""^ siècles. IV. 
L'Histoire de la Chevalerie, 1825 ; 2f 
éd., 1826, qui se he étroitement à 



MIL 



89 



celle des Croisades, présente les mê- 
mes qualités, mais à un plus haut 
degré et jointes à plus de maturité. 
Mills a procédé à l'investigation des 
faits avec la sagesse et la froideur 
mathématiques du savant le plus 
aride : une fois qu'il les a constitués, 
qu'il les possède, il se passionne pour 
ou contre eux , il les expose avec le 
plus vif entraînement, il en forme les 
tableaux les plus saisissants, les plus 
vigoureux de ton, les plus chauds de 
couleur. Des divers articles donnés 
par Mills à des recueils, très-peu por- 
tent son nom et peuvent désormais 
échapper à l'oubU. INous signalons, 
dans sa première époque , une Es - 
(juisse historique de l'élévation et du 
déclin de la puissance papale, une 
violente Diatribe contre la Musique 
et un Éloge de l'art de boxer (1809). 

P OT. 

MILXEU (IsAAc), savant anglais, 
de la société royale de Londres , na- 
quit, le 1" janvier 1751, à Leeds , 
dans le comté d'York , d'une famille 
pauvre et obscure. Il perdit de bonne 
heure son père, qui exerçait le métier 
de tisserand. Pour soutenir leur mère, 
Isaac Milner et son frère aîné étaient 
obligés de travailler jour et nuit; ce- 
pendant ils trouvaient moyen de con- 
sacrer quelques heures à leur instruc- 
tion, en méditant le petit nombre de 
livres qu'ils pouvaient se procurer. 
Cette conduite attira l'attention de 
leurs voisin^j^ui firent une souscrip- 
tion en leur faveur , et donnèrent 
ainsi les moyens à Milner aîné d'en- 
trer dans une école où ses progrès 
furent tels qu'après avoir fini ses étu- 
des , il obtint une cure à HuU, et la 
place de directeur de f école de cette 
ville. Il appela alors auprès de lui 
son frère Isaac pour l'aider ; ce der- 
nier entra ensuite au collège de la 
Reine, se fit distinguer dans les ma- 



90 



MIL 



théniatiques, la théologie et les lan- 
gues savantes, et obtint, en 1783, une 
chaire à l'université de Cambridge, 
avec la place de professeur de phy- 
sique expérimentale. Pendant son sé- 
jour à l'université , il se lia intime- 
ment avec Wilberforce, qui lui pro- 
cura la connaissance de Pitt; en 1787, 
ils firent tous trois un voyage sur le 
continent. A cette époque, Isaac 
Milner fut nommé président du col- 
lège de la Reine, et doyen de Car- 
lisle. Il obtint , en 1792, le titre de 
vice-chancelier de l'université , et en 
1798, celui de professeur de mathé- 
matiques, place qu'il exerça avec au- 
tant d'exactitude que d'habileté. Isaac 
Milner prêchait aussi avec succès. Il 
fut l'éditeur de \ Histoire de l église 
chrétienne , par son frère , et de ses 
Sermons. Il inséra des articles remar- 
quables dans les Transactions philo- 
sophiques , et dans les Mémoires de 
la société royale de Londres. Isaac 
Milner mourut le 1" mars 1820, à 
Kensingtongate, près de Londres, chez 
son ami Wilberforce , après avoir 
souffert une grande partie de sa vie, 
d'une maladie nerveuse , due à l'in- 
tensité et à la persévérance de ses 
travaux. Il avait publié : I. Observa- 
tions sur l'histoire de l'Eglise chré- 
tienne du docteur Haweis, 1800, in-S". 
II. Essais sur quelques productions 
du révérend Herbert Marsh., en ré- 
ponse aux objections contre la société 
de la Bible, 1813, in-8»^ G— y. 

MILNER (Jean), évêque de Cas- 
tabala, in partibus injidelium, et vi- 
caire apostolique du district du mi- 
lieu en Angleterre, naquit à Londres, 
le 4 octobre 1752, et fut élevé au 
collège catholique anglais de Saint- 
Omer. Ayant reçu les ordres sacrés, 
il fut envoyé en mission, et chargé 
de diiiger la congrégation catholique 
de Winchester. C'est dans celte place 



MIL 

qu'il commença à se faire connaître 
par ses écrits et par son zèle pour la 
cause du catholicisme en Angleterre. 
Lors des efforts que firent les catho- 
liques, en 1788, pour obtenir du Par- 
lement la révocation des anciennes 
lois, il s'opposa au plan de leur co- 
mité, qui s'était formé à Londres, ne 
signa point la protestation commune 
de 1790, et se tint uni aux évêques. 
Le 24 février 1791, il publia l'État 
des faits relatifs à la contestation ac- 
tuelle ; et, le 7 mars suivant, Consi- 
dérations sur le serment. Ce dernier 
écrit était adressé au comité de la 
Chambre des Communes ; il exposait 
les scrupules des catholiques sur le 
serment, tel qu'il avait été proposé 
d'abord. Le Parlement eut égard à 
ces observations, et l'on supprima 
les clauses qui pouvaient inquiéter 
les consciences. Ce succès valut à 
Milner la reconnaissance des catholi- 
ques, et le mit en grande considéra- 
tion parmi eux. Il continua de servir 
leur cause avec beaucoup de zèle. En 
décembre 1792, il assista au synode 
que trois vicaires apostoliques tinrent 
à Londres avec six de leurs théolo- 
giens, et dans lequel on censura l'é- 
crit de sir John Trockmorton sur la 
nomination des évêques. On y signa- 
la aussi la traduction de la Bible, de 
Geddes, comme un ouvrage hardi et 
dangereux. Milner écrivit lui-même 
contre Trockmorton. Des travaux 
d'un autre genre, sur l'histoire et 
les antiquités de Winchester, lui 
firent honneur dans le monde htté- 
raire. Le docteur Grégoire Stapple- 
ton, vicaire apostolique du district 
du milieu, étant mort à Saint-Omer, 
en 1802, en venant réclamer auprès 
du gouvernement français les biens 
des collèges catholiques anglais, Mil- 
ner fut désigné pour lui succéder. Il 
fut sacré le 20 mai 1803, sous le titre 



MIL 

devêque de Castabala, les évêques 
catholiques en Angleterre n'ayant 
qu'un titre in partibus injîdelium. Le 
premier écrit qu'il donna, en cette 
qualité, est sa Lettie pastorale du 27 
décembre 1805, adressée à son cler- 
gé. En 1807 et 1808, il fit deux 
voyages en Irlande, ce qui lui a don- 
ne' occasion de publier une suite de Let- 
tres sur les catholiques et les antiquités 
d'Irlande ; c'est un de ses meilleurs ou- 
vrages. Il se trouva engagé, veis le mê- 
me temps, dans deux controverses, qui 
lui suscitèrent de nombreux adversai- 
res : la première avec l'abbé Blanchard, 
prêtre français, réfugié en Angleter- 
re, et auteur de beaucoup d'écrits 
contre le Concordat de 1801. Milner 
ayant, dans une Lettre pastorale du 
l*'' juin 1808, ordonné de faire dans 
son district des prières publiques 
pour le pape, crut devoir profiter de 
cette occasion pour repousser les at- 
taques lancées contre le pontife par 
les ennemis du Concordat. Blanchard 
y répondit par la Défense du clergé 
français résidant à Londres, datée du 
27 juin 1808, et l'abbé Gasche, par 
une lettre du 30 juin à Milner. Ce der- 
nier publia , le 10 août , une Lettre 
pastorale, où il citait plusieurs pas- 
sages des écrits de ces deux ecclésias- 
tiques, etles condamnait comme faux, 
scandaleux, injurieux au souverain 
pontife, insinuant le schisme, y ten- 
dant et même étant schismatii^ues. Au 
mois d'octobre, l'abbé Blanchard fit 
paraître Y^ébus sans exemple de l'au- 
torité ecclésiastique, où il dénonçait 
Milner à tous les évêques. Le 7 mars 
1809, le prélat donna une suite à sa 
Lettre pastorale du 10 août, et, le 22 
juillet, un supplément, où il rappor- 
tait la censure portée, le 3 juillet, con- 
tre son adversaire, par vingt-neuf 
évêques d'Irlande. Cette controverse 
n'était pas encore finie quand il s'en 



MIL 



91 



éleva une autre plus vive encore et 
plus longue. Quelques-uns des pro- 
tecteurs de la cause catholique dans 
le Parlement avaient résolu d'atta- 
cher leur protection à certaines con- 
ditions, dont la principale était que 
le roi aurait un veto sur la nomination 
des évêques catholiques. Milner et 
les évêques d'Irlande n'avaient pas 
paru d'abord très - opposés à don- 
ner à la couronne un droit de néga- 
tive mitigé ; mais ayant cru s'aperce- 
voir ensuite que le ministère ne cher- 
chait qu'à asservir l'épiscopat et à 
préparer ainsi sourdement la ruine 
de la religion, ils se prononcèrent 
contre le veto. On connaît les réso- 
lutions émises en différents temps 
sur ce sujet par tous les évêques d'Ir- 
lande. Milner s'unit avec eux dans 
cette affaire, et il fut leur agent en 
Angleterre, il s'éleva contre quelques 
résolutions prises sur la même ques- 
tion par le comité des catholiques an- 
glais, et s'attira l'animadversion des 
chefs de ce comité. Les autres vicai- 
res apostoliques d'Angleterre ne pa- 
rurent même pas approuver ses dé- 
marches et on l'accusa de trop d'ar- 
deur et de vivacité. En 1814, le pré- 
lat fit le voyage de Rome pour con- 
sulter le Saint-Siège sur quelques 
points , et spécialement sur le veto. 
Ses travaux ayant gravement altéré 
sa santé, Milner demanda et obtint 
un coadjuteur, qu'il sacra lui-même, 
le 1" mai 1823. Il mourut le 19 avril 
de l'année suivante, à Wolverhampton 
dansle comté de Stafford,où il faisait 
sa résidence. Ses derniers moments 
furent marqués par les actes d'une so- 
lide et tendre piété. Milner avait pu- 
blié : I. Certaines considérations à l'é- 
gard des catholiques romains, 1791, 
in-8''. II. Droit divin de tépiscopat, 
1791, in-8''. III. Recherches histori- 
ques et critiques sur (existence et le 



92 



MIL 



MIL 



caractère de Saint-Georges, patron de 
l'Angleterre, 1792, in-8°. IV. La dé- 
mocratie ecclésiastique dévoilée^ 1792, 
in-S". V, Oraison funèbre prononcée à 
l'occasion de l'assassitiat de Louis XVI, 
1793, in-8°. VI. Réplique au rapport 
publié par le club cisalpin, sur sa pro- 
testation, 1795, in-8° VII. Histoire et 
examen des antiquités de Winchester, 

1799, in-i". VlII. Lettres à un prében- 
dier, ou Réponse à des Réjlexions sur 
le papisme, par le docteur Sturges, 

1800, in-i". IX. Explication de la 
conduite du pape Pie VII à l'égard 
des évêques et des affaires ecclésiasti- 
ques de France, 1801, in-8". X. Le 
cas de conscience, réponse à M. Brè- 
ves, sur le serment du couronnement, 
1802, in-8°. XI. Examen des princi- 
paux arguments contre la pétition des 
catholiques, 1805, in-8°. XII. Recher- 
ches sur certaines opiniotis vulgaires, 
relatives aux habitants catholiques et 
aux antiquités de l'Irlande, 1808, 
in-8°. XIII. Traité sur l'architecture 
des églises d'Angleterre, 1811, in-8°. 
XIV. Remontrances à la Chambre des 
Communes, sur le rapport des comités, 
1816, in-8°. XV. Fin de la contro- 
verse religieuse, 1818. Cet ouvrage, 
le meilleur de Milner, forme la suite 
des Lettres à un prébendier, et a été 
traduit en français, sous ce titre : 
Excellence de la religion catholique, 
ou Correspondance entre une société 
de protestants et un théologien de l'é- 
glise catholique romaine, Paris, 1823, 
2 vol. in-8°. XVI. Apologie de la fin 
de la controverse contre ses adversai- 
res, 10-8°. XVII. Court sommaire de 
l histoire et des doctrines de l'Écriture. 
XVIII. Mémoire supplémentaire des 
catholiques anglais. C'est un supplé- 
ment aux Mémoires historiques sur 
les catholiques anglais, publiés par 
Butler, en 1819, 2 vol. in-8". Mil- 
ner donna plusieurs notices aux Mé- 



moires de la Société des antiquaires 
de Londres, dont il était membre. 
D — z — s et P — c — T. 
MILON (Pierhe), né au Blanc , 
en 1553, d'une famille encore exis- 
tante en Poitou, se livra à l'étude de 
la médecine et devint doyen de la fa- 
culté de Poitiers et premier méde- 
cin de Henri IV et de Louis XIII. C'est 
lui qui fit connaître les vertu» médi- 
cinales des sources ferrugineuses de 
la Rocheposay et, à ce sujet, il publia 
une brochure imprimée à Poitiers sous 
ce titre : Description des fontaines mé- 
dicinales de la Rocheposay en Tou- 
raine , reconnues et remises en leur 
ancienne vertu par M. Milon , premier 
médecin du roi, au mois d'août 1618, 
ensemble le régime ordonné par ledit 
sieur Milon. L'ouvrage de Milon, qui 
passa pour un des premiers médecins 
de son temps , avait été imprimé à 
Paris , dès l'année précédente. 

F— T— E. 

MILORADOVITSCH (le 

comte Michel), général russe, naquit, 
en 1770, à Saint-Pétersbourg , d'une 
famille originaire de Servie. Un de 
ses ancêtres, homme influent et ri- 
che avait réuni vingt raille hommes 
pour servir d'auxiliaires à Pierre I"^, 
alors en guerre avec les Turcs, et qui, 
pour récompense, l'invita à venir s'é- 
tablir dans ses États et le gratifia de 
vastes domaines dans la Petite-Russie. 
Entré au service, à l'âge de 10 ans, 
dars le régiment des gardes d'Ismaï- 
lowski , le jeune Michel passa par 
tous les grades et combattit, en 1789, 
contre les Turcs, puis, en 1792, con- 
tre les Polonais. Il était général-major 
et chef du régiment d'Obcherone, lors- 
que Souwarow alla commander les 
armées coalisées contre la France, en 
1799. Les avant-postes russes étaient 
établis sur l'Adda, quand la crue su- 
bite des eaux vint interrompre les 



MIL 

communications. Alors Milorado- 
vitsch, qui commandait l'avant-garde, 
ayant passé l'Adige, près de Vérone, 
fit monter sa troupe sur des chariots, 
et la conduisit en poste à Souwarow, 
qui admira la prodigieuse rapidité de 
ce mouvement. La victoire de Lccoe, 
remportée, le 26 avril, par les Rus- 
ses, fut eucore due à Miloradovitsch 
qui , saisissant un drapeau, se jeta 
tête baissée dans les rangs ennemis en 
criant à ses soldats : » Voyez comme 
« votre général sait mourir. " Il eut 
dans ce combat trois chevaux tués 
sous lui. Dans la marche rétrograde 
qui termina cette campagne, Milora- 
dovitsch rendit d'importants services, 
et surtout à Altdorf, dont ii empêcha 
l'ennemi de s'emparer. Revenu en 
Russie, il fut décoré de l'ordre de 
Saint-Alexandre, et quand la guerre 
s'alluma de nouveau, en 1805, il fut 
presque le seul général russe qui ob- 
tint quelque avantage sur les Fi ançais. 
Après les combats d'Amsteten et de 
Crems , où il se conduisit avec autant 
de bravoure que d'habileté, il fut nom- 
mé lieutenant-général. Il comman- 
dait, en cette qualité, à la bataille 
d'Austerlitz , où il fut contraint de 
se retirer par suite de la défaite du 
général Pribitchinski, qui occupait le 
centre. En 1808, dans la guerre con- 
tre les Turcs, lorsque le grand-visir 
et le célèbre Moustapha Bairakdar 
s'approchaient de Bucharest avec une 
armée formidable, Miloradovitsch, 
par une manœuvre savante, tourna 
leur armée, et sauva la ville. Il re- 
çut à cette occasion, de l'empereur 
Alexandre, une épée d'or, portant 
cette inscription : Au sauveur de Bu- 
charest. il obtint ensuite de grands 
avantages contre les Turcs, auxquels 
il enleva les forteresses de Giurge , 
de Slobadsejah , et qu'il battit com- 
plètement à Rijovate. Cette victoire 



MIL 



93 



lui valut le grade de général d'in- 
fanterie. A la paix, il fut nommé 
commandant d'un corps cantonné à 
Mohilev sur le Dnieper et, quelques 
mois après, gouverneur de cette ville. 
Il y passa les années 1810 et 1811, 
signalant son administration par son 
désintéressement et son intégrité. 
Lors de l'invasion française, en 1812, 
il fut envoyé à Kalouga, pour y for- 
mer une armée de réserve, et il con- 
duisit, le 26 août, 15,000 hommes à la 
bataillede laMoskowa, où après avoir 
commandé à l'aile droite et au centre, 
il remplaça,dans le commandement du 
second corps d'armée, le prince Bagra- 
tion qui venait d'être tué. Le 29 du mê- 
me mois, il prit le commandement de 
larrière-garde , et soutint le même 
jour un combat acharné, dans lequel 
l'avantage ne resta pas aux Français 
et rendit leur poursuite beaucoup 
moins active. Lorsque le 14 septem- 
bre, l'avant-garde française, sous les 
ordres de Murât, atteignit l'entrée des 
faubourgs de Moscou , Milorado- 
vitsch fit dire au roi de Naples qu'il 
mettrait le feu à la ville, si on ne lui 
laissait pas le temps de l'évacuer. Par 
cette menace, il obtint un délai qui 
permit à beaucoup d'habitants d'em- 
emporter une partie de leurs riches- 
ses. Quand les Russes reprirent l'of- 
fensive, Miloradovitsch fut mis à la 
tète de l'avant-garde , et il eut , le 4 
octobre, près Winkowe, un engage- 
ment, dans lequel les troupes du gé- 
néral Sébastiani eussent été écrasées 
sans l'arrivée du prince Poniatowski. 
Le 11 octobre, il reçut à son quartier- 
général la visite de Murât, envoyé par 
Napoléon pour lui proposer un ac- 
commodement. L'entrevue eut lieu 
en présence de plusieurs généraux 
russes ; elle est curieuse par la natu- 
re des exphcations qu'elle amena, et 
par l'ironie piquante des réponses 



94 



MIL 



de Miloradovitsch. Toute tentative 
d accoraniodement étant devenue inu- 
tile, les opérations se poursuivirent 
de part et d'autre ; Miloradovitsch at- 
- teignit, par des marches forcées , les 
Français, aux environs de Viazma et 
leur fit éprouver des pertes consi- 
dérables; puis il tourna Smolensk, 
pour devancer l'ennemi qu'il ren- 
contra à Krasnoé. Dans les jour- 
nées du 3 et du 6 novembre, il rem- 
porta plusieurs avantages sur les 
troupes commandées par le prince 
Eugène, par Davoust et par Ney. Pen- 
dant toute cette retraite, Milorado- 
vitsch harcela les Français sans relâ- 
che, et il y déploya autant d'ardeur, 
que le général en chef Koutousofï 
montra de lenteur et de circonspec- 
tion. Chai-gé, au commencement de 
1813, de prendre possession de Var- 
sovie , il remplit heureusement sa 
mission, et reprit ensuite le comman- 
dement de l'avant-garde de l'armée 
russe, qui, forte de 30,000 hommes, 
se porta sur Kalitsch et sur les fron- 
tières de la Silésie. Miloradovitsch 
poussa en avant sur l'Oder, et en- 
toura la forteresse de Glogau avec 
une partie de ses troupes. Du 26 avril 
au 2 mai, il se tint en observation 
à Zeitz, avec un corps de 12,000 
hommes, et n'eut aucune part à la 
bataille de Lutzen. A la suite de cette 
journée, les armées alliées ayant fait 
un mouvement rétrogi-ade, Milorado- 
vitsch, qui était destiné à être tou- 
jours oppose le premier à l'ennemi, 
passa à l'arrière-garde et se distin- 
gua par la ténacité avec laquelle il 
disputa le terrain. Cependant il fut 
battu, le 12 mai, par la division 
Charpentier, en voulant maintenir 
les positions de Fischbach , Cap- 
pellenberg et Bischofswerder, situées 
à gauche de Bautzen. Le lende- 
main il occupa cette ville et ses en- 



MIL 

virons. Attaqué le 20, il soutint la 
lutte avec avantage, et alla, au com- 
mencement de la nuit, se placer en 
ligne de bataille à côté du général 
Yorck. Le 30 août, il concourut avec 
les généraux Kleist et Colloredo à la 
défaite de Vandamme, qui resta pri- 
sonnier ainsi que son corps d'armée. 
Le jour de la bataille de Leipzig, il 
commandait les réserves russes et 
prussiennes sous les ordres du grand- 
duc Constantin. Lorsque les armées 
alliées envahirent la France au com- 
mencement de 1814, Miloradovitsch 
prit une part glorieuse aux combats 
de Brienne, d'Arcis , de La Fère- 
Champenoise et devant Paris. A la 
paix, il fut nommé gouverneur de 
Kiew, puis de Saint-Pétersbourg en 
1820. Après la mort de l'empereur 
Alexandre , il se forma dans cette 
ville une conspiration {voj, Bestu- 
CHEF, LVIII, 194) ayant pour but de 
mettre sur le trône le grand-duc 
Constantin, qui, cependant, avait re- 
noncé à ses droits en faveur de son 
frère Nicolas. Averti que les princi- 
paux meneurs tenaient des réunion» 
secrètes, Miloradovitsch ne fit qu'en 
rire, en disant : • Bah ! ce ne sont que 
« des bavards occupés à lire de mau- 
« vais vers. » Cependant l'orage 
éclata, et les insurgés se présentèrent 
en armes sur la place disaac, le 26 
déc. 1825. Miloradovitsch, confiant 
dans sa popularité, s'approcha d'eux 
pour les ramener ; mais au même ins- 
tant il tomba mortellement blessé 
d'un coup de feu, par un nommé 
Kakhowski. Les plus grands hon- 
neurs furent rendus à ses restes, et 
l'empereur lui-même assista à ses funé- 
railles. " Le général Miloradovitsch, 
» dit M. de Ségur dans son Histoire 
« de Napoléon et de la grande armée, 
« était appelé le Murât russe. Guer- 
« rier infatigable, avantageux, impé- 



MlM 

« tueux, d'une stature remarquable 
« comme ce roi-soldat, il s'était com- 
« me lui rendu favori de la fortune. 
» Jamais on ne l'avait vu blessé, 

• quoiqu'une foule d'officiers et de 
« soldats eussent été tués autour de 

• lui et plusieurs chevaux sous lui. 
« Il méprisait les principes de la 
« guerre, mettait même de l'art à ne 
« pas suivre les régies de cet art, 
« prétendant surprendre l'ennemi par 
M des coups inattendus; car, très- 
" prompt à se décider, il dédaignait 
« la prévoyance, prenant conseil des 
" lieux, des circonstances et ne se 

« conduisant que par inspirations su- 
u bites. Du reste, général sur le 
« champ de bataille seulement, sans 
« prévovance d'administration d'au- 
« cun genre, ou privée ou publique, 
« dissipateur cité, et, ce qui est rare, 
« probe et prodigue. » L'empereur 
Alexandre avait été obligé cinq ou 
six fois de payer les dettes de Milo- 
radovitsch, qui le lui rendit en bons 
et loyaux services. M — dj. 

MIMAUT (Jean-Fbasçois), di- 
plomate et littérateur, né à Méru, dé- 
partement de l'Oise, le 24 avril 1775, 
entra à 18 ans, comme soldat (1793) 
dans les rangs de l'armée française, où 
il servit jusqu'à la fin de 1794 (1). La 

(1) D'après la notice insérée au Moniteur, 
Miniaut était (ils d'un médecin distingué, qui 
l'envoya de bonne heure au collège de Beau- 
vais. Ses progrès y furent si rapides , que le 
proviseur fut obligé de l'éloigner, comme un 
élève qui, par son aptitude et ses dispositions 
précoces, enlevant continuellement les pre- 
mières places , détruisait , chez ses condisci- 
ples, l'aiguillon de l'émulation. Mimaut vint 
alors terminer son éducation à Paris, au col- 
lège des Grassins. Il obtint, en 1793, le prix 
d'honneur au concours général. M. Riveau, 
qui s'était chargé, dans ce jour solennel, de 
donner aux vainqueurs la couronne, ayant 
été nommé, quelques années après, ambas- 
sadeur auprès de la république cisalpine, se 
souvint du jeune lauréatqui l'avait vivement 
Intéressé, et l'emmena avec lui en qualité de 
secrétaire particulier, Mimaut arriva à Milan 



MIM. 



93 



bonne éducation que ses parents lui 
avaient donnée, et dont il avait pro- 
fité, ne tarda pas à le faire distinguer 
de ses chefs , et le ministre de la 
guerre l'appela dans ses bureaux. Il 
y resta sept ans, et publia, pendant 
cet intervalle de temps, plusieurs ou- 
vrages dont nous donnerons plus 
tard la liste, et qui ne lui ont pas sur- 
vécu. Mimaut remplissait les fonctions 
de sous-chef, lorsqu'en 1802 il devint 
secrétaire-général du ministère des 
relations extérieures du royaume d'I- 
talie , fonctions qu'il exerça jusqu'à 
la chute de Napoléon, avec lequel 
disparut le royaume éphémère qu'il 
avait créé. Le 12 septembre 1814 , 
Mimaut fut nommé consul de France 
à Cagliari, en Sardaigne; et, à la fin 
de 1817, il passa en la même qualité 
à Carthagéne d'Espagne, poste dont 
il cessa d'être titulaire le 31 décembre 
1824. Il obtint, en 1825, un congé 
pour se rendre à Paris. Ce fut pen- 
dant son séjour dans cette capitale, 
qu'il y publia l'Histoire de Sardaigne, 
ouvrage dans lequel les événements 
sont racontés avec ordre et clarté, 
dont le style est généralement bon , 
et qui annonce un écrivain aussi con- 
sciencieux que bien informé. Au mois 
de mars 1826, Mimaut fut nomme 
consul à Varsovie; mais l'empereur 
de Russie , qui déjà avait refusé de 
délivrer un exequatur à M. Cochelet, 
fit éprouver le même refus à son 

en 1799 , le jour même où les revers des 
Français en rendaient l'évacuation indispen- 
sable. L'ambassadeur de France, le directoire 
exécutif et les principaux fonctionnaires de 
la république cisalpine se retirèrent devant 
les armées combinées des Russes et des Au- 
trichiens , d'abord sur Turin , et de là sur 
Chambéry, que le gouvernement français 
leur assigna pour résidence. Mimaut eut pour 
compagnon de voyage M. Bignon, secrétaire 
d'ambassade, auquel il fut depuis constam- 
ment attaché par les liens d'une tendre 
amitié. 



96 



BÊUn 



successeur, et Mimaut fut alors en- 
voyé à Venise. Au mois de novem- 
bre 1828, il reçut dans cette ville 
une dépêche du ministre des affaires 
étrangères, lui annonçant qu'il l'a- 
vait chargé de gérer temporairement 
le consulat-général en Egypte , pen- 
dant l'absence du titulaire, M. Dro- 
vetti, obligé de rentrer en France 
pour y rétablir sa santé. Ce ne fut 
pourtant qu'au mois de mars de 
l'année suivante que Mimaut arriva 
en Egypte. Il géra temporairement le 
consulat-général jusqu'au mois d'oc- 
tobre 1830, qu'il remplaça définiti- 
vement Drovelti. Il resta en Egypte 
jusqu'à la fin de 1836 , et fut momen- 
tanément remplacé par M. Ferdinand 
de Lesseps, qui s'est distingué depuis 
comme consul à Barcelone. Déjà M. 
de Lesseps avait géré ce consulat, 
lorsque le titulaire, Mimaut , se ren- 
dit en 1835 dans la Haute-Egypte. 
Ayant obtenu un congé , Mimaut 
s'empressa d'emporter en France une 
riche collection d'antiquités égyp- 
tiennes; mais, à peine arrivé à Paris, 
il succomba à une attaque d'apoplexie 
le 31 janvier 1837. Mimaut était 
officier de la Légion - d'Honneur et 
chevalier de la Couronne de Fer. :ll a 
laissé un fils qui est aujourd'hui consul 
à Rotterdam, et une fille mariée au vi- 
comte de Pontécoulant. On a de lui : L 
Ouverture de la campagne d'Italie, 
1796, in-8°. H. Notice historique sur 
[état actuel, le commerce ^ les mœurs 
et les productions des îles de Malte 
et de Goze, Paris, 1798, in-8°. IIL Le 
nouveau Faublas, ou les Aventures 
de Florbelle , pour servir de suite 
au Faublas de Louvet, Paris, 1799 , 
4 vol. in-18. IV. Les veillées du Tasse, 
traduction de l'italien, d'après le ma- 
nuscrit inédit publié par Compa- 
gnoni , 1800, in-12. V. Les Épou- 
seurs, ou le Médecin des fous, comédie 



ms 

en un acte et en vers , Paris , 1800, 
in-8''. VI. Mémoires sur la nature des 
maladies endémiques à Carthagène et 
dans le midi de l'Espagne, et particu- 
lièrement sur celle de la fièvre jaune, 
Paris, 1819, in-8o. VU. Histoire de 
Sardaigne , ou la Sardaigne ancienne 
et moderne , considérée dans ses lois, 
sa topographie , ses productions et ses 
mœurs, Paris, 1825, 2 vol. in-S", avec 
cartes , figures et planches. VIIL 
L'Auteur malgré lui, comédie en trois 
actes et en vers, Paris, 1825 , in-S", 
représentée au Théâtre - Français , 
publiée sous le pseudonyme deSaint- 
Remi. Mimaut a été l'un des collabo- 
rateurs de la Bibliothèque des ro- 
mans. On trouve une notice sur ce 
consul en tête du catalogue de la 
vente de sa Collection égyptienne. 
D— z — s. 
MINA (Don FnASCisco Espoz-y-), 
célèbre Espagnol, d'abord chef de 
partisans , puis général de l'armée 
constitutionnelle, naquit, en 1781, à 
Idozin, village de la Kavarre , où sa 
famille possédait un modeste patri- 
moine qu'elle cultivait elle-même. 
Il n'eut point d'autre maître que son 
père; et, pour toute science, il apprit 
à lire et à écrire. Il se livra de bonne 
heure aux travaux des champs qui 
semblaient avoir pour lui beaucoup 
d'attrait. L'insurrection de 1808 con- 
tre les Français éveilla soudainement 
ses facultés endormies. L'exemple de 
ses amis, de quelques-uns de ses pa- 
rents, qui avaient pris les armes et 
s'étaient mêlés aux bandes de gué- 
rillas formées par la Roraana ; celte 
eflFervescence de haine qui avait écla- 
té en Navarre, d'autant plus vive que 
l'occupation l'avait plus long-temps 
comprimée , l'entraînèrent dans le 
mouvement insurrectionnel. Il fit 
quelque séjour dans le bataillon de 
Doyle (février et mars 1809), et 



MIN 



Mm 



97 



passa ensuite dans une bande de par- 
tisans commandée par son neveu , 
Xavier Mina, jeune homme d'une té- 
mérité qui n'avait d'égale que son 
inexpérience (voy. l'article suivant). 
Bientôt Xavier tomba aux mains des 
ennemis ; sept hommes seulement 
restaient de ses guérillas dispersées; 
don Francisco en prit le commande- 
ment. Telle fut l'origine de sa for- 
tune militaire. Il ne tarda pas à 
donner des preuves d'habileté et 
de coiu-age , et sa réputation de 
sagesse et de bravoure répandue 
parmi les bandes disséminées qui 
manquaient de chefs , fit accourir 
en foule sous son drapeau les gué- 
rilleros de toute la Navarre. Dès ce 
jour, il déploya une infatigable acti- 
vité : son centre d'action était la Na- 
varre, mais par des marches rapides, 
qui échappaient à l'ennemi, il agis- 
sait à peu de jours d'intervalle, par 
des attaques inattendues, sur les 
points les plus divers, dans la direc- 
tion de la route de Bayonne à Madrid. 
Son principal but état d'arrêter les 
convois dirigés de Madiid sur la 
France. Il ne coopérait point avec 
les armées régulières, autrement que 
pour empêcher ou retarder la jonc- 
tion de quelques corps ennemis, et 
alors même il agissait par sa propre 
inspiration, et d'après ses combinai- 
sons particulières. La junte de gouver- 
nement, qui essayait de centraliser 
l'insurrection et d'en saisir la direction 
première, n'essaya point de le sou- 
mettre à ses plans, et elle fit bien. Six 
mois à peine s'étaient écoulés depuis 
que Mina s'était constitué chef de 
guérilleros, et déjà il s'était rendu 
redoutable dans tout le nord de l'Es- 
pagne. Le général Reille, ne pouvant 
le surprendre et le voyant sans cesse 
acquérir de nouvelles forces, ras- 
sembla contre lui une armée d'en- 



viron trente mille hommes. Don Fran- 
cisco, traqué dans les rochers, n'é- 
chappa à ime ruine complète qu'en 
dispei-sant ses troupes à la faveur des 
montagnes et des chemins peu connus 
des Français. Il en poussa une partie 
sur l'Aragon, l'autre sur la Cas tille; il 
comptait que , ce danger passé , sa 
voix les rappelant , ils se hâteraient 
d'accourir. Les circonstances ne le 
permirent point ; trois mille cepen- 
dant se rendirent à l'appel ; il les 
réorganisa et les divisa en plusieurs 
bataillons, dont l'un fut placé sous 
les ordres de son fidèle ami Cruchaga. 
La régence de Cadix accorda, à don 
Francisco, le grade de colonel et de 
commandant-général des guérilleros 
de la Navarre. Une blessure assez 
grave le retint quelque temps en 
dehors des fonctions du commande- 
ment ; mais, au mois d'octobre, il 
se remit à parcourir laCastille et l'A- 
ragon, et au mois de décembre, il 
reparut en Navarre. Le gouvernement 
espagnol, sans armée régulière, sans 
généraux, fort de l'appui et de la 
sympathie de l'Angleterre, et non de 
sa propre énergie, ne vivait, n'agis- 
sait réellement que par ses guéril- 
leros. La plus grande force de l'Es- 
pagne était dans ces bandes meur- 
trières; et parmi ces bandes, celles 
de Mina étaient , dès - lors , les 
plus redoutables. Il commença l'an- 
née 1811 par un succès important. 
Masséna avait fait partir pour la 
frontière de France un convoi nom- 
breux de prisonniers anglais et es- 
pagnols , escortés par douze cents 
hommes de cavalerie et d'infanterie. 
Mina fut informé que cette marche 
s'opérait par Arlaban, passage diffi- 
cile et ftivorable à une attaque sou- 
daine ; il accourut, surprit le convoi 
dans le défilé, et engagea une action 
sanglante. Le nombre des morts et 
7 



98 



MIN 



des piisonniers français s'éleva à plu» 
(le huit cents. Mina, ainsi que dans 
toutes les occasions oii il eut à com- 
battre, s'y distingua, à la lois comme 
soldat et comme chef, il convertit en 
argent une partie du butin pour le 
service de sa caisse militaire, et dis- 
tribua le reste à ses soldats. Cette 
activité, si funeste aux Français, 
dotnia lieu à la création d'une ar- 
mée française du ÎSord, chargée de 
surveiller particulièrement la Na- 
varre , les provinces basques , le 
lovaume de Léon, la Vieille-Castille 
et les Asturics. Le brave Espagnol 
n'en fut point intimidé. Maître de 
dix mille hommes environ, il divisa 
ses guérilleros, les fit agir simultané- 
ment sur différents points, et força 
les généraux français à étendre leurs 
lignes sur un territoire immense. Ce 
n'était qu'à ce prix qu'il pouvait es- 
pérer de nuire sans être accablé. L« 
général Reille mit à prix sa tête et 
celle de son Ircutenant Cruchaga. Des 
aventuriers politiques essayèrent de 
le convertir à la cause de Joseph 5 
mais les négociations entreprises 
dans ce but furent dirigées avec peu 
d'habileté et de dignité. Il écouta 
d'abord les hommes chargés de con- 
duire cette intrigue, les encouragea à 
persévérer, et sut leur inspirer une 
confiance à la faveur de laquelle il 
put réparer ses forces, ef méditer 
de nouveaux moyens d'action. Ce- 
pendant il s'abandonna lui-même à 
une sécurité qui faillit lui être fu- 
neste. Les négociateurs qui étaient 
entrés en pourparlers avec lui, vou- 
laient, assure-t-on, l'amener dans un 
piège ; mais il en fut informé, les 
fit arrêter et les retint prisonniers. A 
la suite de cette affaire, Mina se jeta 
dans l'Aragon. Il fut heureux à Cin- 
covillas, Ega, Ayerbe, à Placenzia 
de Gallego ; et, dans ces différentes 



MIN 

rencontres, il fit beaucoup de pri- 
sonniers. Il força également la garni- 
son du port de Motrico et mil ses pri- 
sonniers à bord du vaisseau /7r js, qui 
les transporta en Angleterre. Après 
cette campagne glorieuse, il rentra en 
Navarre, et y publia un décret terri- 
ble, relatif aux prisonniers de guerre. 
Dans un long préambule, il essayait, 
avec toute l'emphase espagnole, d'en 
justifier l'esprit : «■ Ni les sentiment» 
« d'humanité, disait-il, ni les lois ad- 
<< mises entre les militaires de na- 
« lions civiUsées, ni la conduite géné- 
« reuse des volontaires de Navarre, 
" n'ont contenu l'esprit sanguinaire 
« et destructeur des généraux fran- 
« çais et des autorités intruses.... On 
« ne fait pas vin pas sans entendre les 
« cris de douleur qu'arrache la ty- 
« rannie. La Navarre est le pays de 
" la désolation et de l'amertume; on 
« y verse de continuelles larmes sur 
« la perte de ses meilleurs amis ; des 
« parents voient leurs fils attachés à 
« une potence, pour les punir de 

• leur héroïsme à défendre la patrie. 
« Des fils voient leurs parents con- 
« sumer leurs jours en prison, ou 
« finir sur un échafaud, sans autre 
« crime que celui d'avoir donné le 
« jour à de braves défenseurs du 
« pays. Je n'ai cessé d'adresser aux 

• généraux français les lettres offi- 
« cielles les plus énei-giques, et le» 
« plus propres à les contenir et à les 
« faire rentrer dans l'ordre; je n'ai 
« négligé aucun moyen de restreindre 
« la guerre dans ses justes limites; 
« je me suis justifié de mes procé- 
« dé?..... Pour comble d'iniquité, de 

• la part des Français, et de perfidie 

• de la part de quelques mauvais 

• Espagnols, j'ai vu douze particulier» 
« fusillés à Estella, seize à Pampelune, 
« quatre officiers et trente-huit vo- 
« lontaires, passés par les armes en 



MIN 

« deux jours ! » Il déclarait donc 
guerre à mort et sans quartier, aux 
chefs et aux soldats, y compris l'em- 
pereur des Français, et proclamait que, 
désormais, quatre officiers français 
seraient mis à mort pour un officier 
espagnol, et pour chaque soldat vingt 
soldats français. Il tint parole, et ne 
tempéra sa cruauté, que lorsqu'on 
cessa dans l'armée française de fu^l- 
1er les prisonniers. Il employait pour 
les espions qui tombaient entre ses 
mains, un châtiment aussi infamant 
que cruel ; il ne leur rendait la liberté 
qu'après leur avoir fait imprimer sur 
le front, au fer rouge, les mots de 
vive Mina ! Cependant l'iufatigable 
guérillero continuait ses excursions 
heureuses. Le 11 janvier 1812, de 
concert avec don Gabriel Mendizabal 
et don Francisco Longa, il livra un 
combat au général Abbé sur la rive 
droite de la rivière l'Aragon, près 
Sanguesa; mit en fuite le gouver- 
neur de Pampelune, et s'empara de 
deux canons et de près de quatre 
cent$ hommes. Ce succès fut suivi, à 
trois mois d'intervalle, de son plus 
brillant fait d'armes. Mina était dans 
le haut Aragon lorsqu'il apprit qu'un 
convoi était parti de Madrid pour la 
France , escorté de deux mille hom- 
mes , et conduisait à la frontière un 
grand nombre de prisonniers anglais 
et espagnols. Le secrétaire du roi 
Joseph, Deslandes , chargé de dé- 
pêches pour le cabinet des Tuile- 
ries, suivait ce convoi. Mina, avec 
son activité ordinaire , fait en un 
jour un trajet de quinze lieues, à tra- 
vers les montagnes, et se présente le 
9 avril dans les rochers voisins d'Ar- 
laban et de Sahnas. Il avait eu le 
temps de faire parvenir à toutes les 
guérillas répandues dans les environs, 
l'ordre d'accourir pour se joindre à 
lui. Les Français étaient loin de soup- 



MIN 



99 



çonn£r sa présence : défaits l'année 
précédente dans les mêmes lieux, ils 
avaient élevé un fort qui en protégeait 
le passage; de là, une sécurité et une 
imprévoyance qui allaient leur être 
funestes. Mina fit former à ses troupes 
un cercle assez vaste pour pouvoir 
envelopper le convoi ; il donna au 
commandant don Francisco Asu- 
ra le soin d'attaquer lavant-garde, et 
partagea avec lintrépide Cruchaga 
le commandement du reste de ses 
guérilleros. Ils laissèrent passer, sans 
les inquiéter, quelques sous-officiers 
qui marchaient isolés pour préparer 
les logements ; mais, sitôt que le corps 
du convoi se fut engagé dans les dé- 
filés, le signal donné, Mina et sa troupe 
se précipitèrent sur lui. Six cents Fran- 
çais furent tués, cinq cents restèrent 
prisonniers. L'arrière-garde put seule 
échapper, grâce au feu du fort d'Ar- 
laban. Deslandes fut frappé à mort 
en défendant sa femme, qui n'échap • 
pa que par miracle à ce massacre. 
La cruauté de Mina fut pleinement 
assouvie : toutefois, cinq enfants qui 
avaient survécu à leurs parents , fu- 
rent envoyés à Vittoria avec cette 
lettre du chef des guérillas : « Ces 
" petits anges, victimes innocentes 
" dès leurs premiers pas dans la vie, 
« ont excité , dans ma division , tous 
« les sentiments de pitié et d'affection 
<' qu'imposent la religion, l'humanité, 
» un âge si tendre, un sort si malheu- 
•I reux... La candeur des enfants a le 
« plus grand empire sur mon âme, et 
« c'est le seul ascendant que recon- 
« naisse le cœur guerrier de Cru- 
« chaga. » Un riche butin et les dé- 
pêches de Deslandes restèrent au pou- 
voir de Mina; toutes les voitures furent 
brûlées, l'argent et les diamants par- 
tagés et envoyés à la Banque d'An- 
gleterre. Quant aux dépêches, Mina 
y puisa^des renseignements précieux 






7- 



100 



MIN 



sur l'affaiblissement et l'impuissance 
des Français en Espagne (1). Il se hâta 
d'en faire part aux autorités politi- 
ques espagnoles. La résistance des 
Navarrais n'en fut que plus acharnée. 
Mina passa dans l'Aragon , où il fail- 
I it perdre la vie. La maison qu'il ha- 
bitait fut à l'improviste entourée de 
soldats ; il avait été trahi par un des 
siens ; il n'eut pas même le temps de 
saisir ses armes ; mais , rencontrant 
sous sa main une barre de fer, il fit 
face aux assaillants et se défendit cou- 
rageusement. Ses cris attirèrent quel' 
ques hommes de sa bande, et, grâce 
à leurs efforts, il échappa à une mort 
certaine. A quelque temps de là, il 
reçut à la cuisse une blessure assez 
grave, qui le tint jusqu'au mois d'août 
éloigné du commandement. Il termi- 
na cette année par une suite de com- 
bats moins brillants que ceux qui pré- 
cèdent, mais cependant presque tou^ 
j ours heureux. Le 28 janvier, il défit 

(1) Parmi les lettres de Joseph, deux étaient 
adressées à sa femme. Il lui disait : « Si l'em- 
pereur fait la guerre en Russie, et qu'il me 
croie utile ici , je reste avec le commande- 
ment général et l'administration générale ; 
s'il fait la guerre sans me laisser le comman- 
dement des troupes et l'administration du 
pays , je désire retourner en France. Si la 
guerre avec la Russie n'a point lieu, que 
l'empereur me donne ou me refuse le com- 
mandement, je reste, pourvu qu'on n'exige 
rien de moi qui puisse faire croire que je 
consens au démembrement de la monarchie; 
pourvu encore qu'on me laisse assez de trou- 
pes et de territoire, et qu'on m'envoie le mil- 
lion mensuel qui m'a été promis. . • Un dé- 
cret de réunion des provinces de l'Ebre, qui 
m'arriverait à l'improviste, me ferait mettre 
en route le lendemain. Si l'empereur diffère 
ses projets jusqu'à la paix, qu'il me donne 
les moyens d'exister pendant la guerre. » — 
Une troisième lettre devait être remise à l'em- 
pereur, dans le cas oii le décret de réunion 
aurait été publié. Joseph demandait à son 
frère de lui permettre de déposer, entre ses 
mains, les droits qu'il avait [daigné lui trans- 
mettre à la couronne d'Espagne, attendu qu'en 
les acceptant , il n'avait eu en vue que le 
Iwnheur de cette monarchie , et qu'il n'était 
pas maître de le réaliser. 



MIN 

le général Abbé à Maudibil; au mois 
de février suivant, il mit le siège de- 
vant Trafalla que défendaient quatre 
cents Français. Abbé s'avançait au 
secours de cette garnison; Mina mar- 
cha à sa rencontre avec une partie de 
ses hommes, le repoussa et revint 
devant Trafalla. Au moment où il 
allait livrer l'assaut, la garnison se 
rendit. Il obtint un avantage sem- 
blable à Jos, malgré l'arrivée du gé- 
néral Paris, accouru de Saragosse. Il 
eut la sagesse d'ordonner la destruc- 
tion de toutes les positions fortifiées 
dont il s'était emparé, ôtant ainsi à 
l'ennemi un des plus puissants 
moyens de domination en pays con- 
quis. Le 31 mars Mina mit en dé- 
route une colonne française dans les 
environs de Lerin, et fit trois cents 
prisonniers. Mécontent de la manière 
dont la guerre était conduite dans le 
nord, Napoléon avait donné à Clausel 
le commandement suprême de cette 
partie si agitée de la Péninsule. Sans 
cesse harcelé par les soudaines et san- 
glantes excursions de Mina, le géné- 
ral en chef concerta à cette époque, 
avec le général Abbé , un plan qui 
consistait à battre le pays activement 
et sans relâche, en partant de points 
différents, et à enfermer les guérille- 
ros de Navarre dans un cercle de 
troupes. A peine ce plan avait-il reçu 
un commencement d'exécution , que 
Mina, trompant Clausel par une con- 
tre-marche hardie, au lieu d'être en- 
fei-mé par lui, tomba sur ses flancs, 
et enleva im détachement placé à 
Mendigorria pour protéger ces mou- 
vements de l'armée française. Mina 
se déroba ainsi, par son activité, à des 
forces supérieures et à une tactique 
habilement conçue et énergiquement 
pratiquée. Il alla ensuite s'abriter 
sous le feu des alliés, qui marchaient 
dans la direction de Vittoria. Dans 



MIN 

l'engagement décisif qui se préparait 
sur ce théâtre, Mina s'attacha à in- 
quiéter Clausel de manière à l'empê- 
cher d'opérer sa jonction avec l'ar- 
mée française. Déjà, lors de la bataille 
de Salamanque, il avait su tenir en 
échec vingt-six mille hommes qui 
cherchaient à rejoindre l'armée de 
Marmont. Il suivit le même sys- 
tème. Les alliés avaient concentré 
toutes leurs forces , excepté quel- 
ques guérillas et la sixième division 
anglaise, restée à Médina del Po- 
mar. Les Français ne parvinrent 
point à se réunir avant la bataille. 
Maucune escortait un convoi qui se 
rendait en France ; Foy avait une 
autre destination : Mina occupait 
Clausel, et il parvint à l'isoler et à 
l'éloigner de Vittoria. Ce ne fut que 
le lendemain de la bataille que ce gé- 
néral apprit le désastre de l'armée 
française ; il s'approchait de Vittoria, 
suivant les ordres qu'il avait reçus ; 
l'arrivée de la sixième division an- 
glaise lui fit rebrousser chemin. Wel- 
lington accourut lui-même ; mais , 
après plusieurs marches peu impor- 
tantes, il se reposa sur Mina du soin 
de poursuivre ce succès. Le chef des 
guérillas déploya en cette circonstance 
toutes les ruses de son esprit , et il 
réussit à faire croire à Clausel que 
toute l'armée alliée était prête à l'é- 
craser; si bien qu'il détruisit lui-même 
une partie de son artillerie et de ses 
bagages, et se retira à Jacca , laissant 
le reste à Saragosse sous la garde du 
général Paris. Mina était posté au vil- 
lage de las Casetas lorsqu'un colonel, 
envoyé par Duran qui se trouvait à 
Richa, vint lui proposer d'attaquer 
Saragosse de concert. Souvent en dé- 
saccord avec Duran, et, d'ailleurs, 
approuvant difficilement les projets 
qu'il n'avait point conçus. Mina , hé- 
sita d'abord, mais finit par promettre 



MIN 



101 



sa coopération, se réservant d'être 
juge de l'opportunité du siège. Avant 
que Duran fût arrivé devant Sara- 
gosse, il repoussa plusieurs sorties 
des Français , et leur tua beaucoup 
de monde. Duran persistait néan- 
moins à vouloir tenter une attaque 
contre la ville , lorsqu'on apprit le 
départ du général Paris ; alors il se 
hâta d'occuper Saragosse, et Mina se 
mit à la poursuite des Français. A 
trois reprises différentes, il les attei- 
gnit, les culbuta, et Paris, contraint 
d'abandonner son artillerie et ses 
chariots, laissant la route que lui tra- 
çaient ses instructions , parvint diffi- 
cilement à gagner la frontière. La 
citadelle de Saragosse, la Aljajera, 
était restée occupée par une garnison 
française, et Duran en avait commencé 
le siège, lorsque Mina, revenant de la 
poursuite du général Paris , se pré- 
senta dans Saragosse sur la rive 
gauche de l'Ebre. Mais , obéissant à 
des motifs peu dignes de lui, il resta 
dans les faubourgs sans passer le 
fleuve, sous prétexte que le pays si- 
tué sur l'autre rive, était placé sous 
le commandement de Duran. Le gou- 
vernement intervint pour prévenir les 
funestes effets que pouvaient avoir 
ces rivahtés. il donna à don Fran- 
cisco le commandement général de 
l'Aragon, et joignit même à cette faveur 
le droit de tirer, du corps de Duran , 
les forces qui lui seraient nécessai- 
res. Ce dernier dut prendie le che- 
min de la Catalogne, et Mina, débar- 
rassé de son rival, passa l'Ebre et 
commença avec vigueur le siège de la 
Aljafera. La garnison se rendit le 2 
août, et laissa cinq cents prisonniers 
aux mains des vainqueurs. Après cet 
exploit, Mina reçut, de Wellington, 
l'ordre de venir prêter son aide à 
l'armée alliée qui opérait particuliè- 
rement sur Saint-Sébastien et Pampe- 



102 



MlN 



lune; il accourut et donna aux Anglais 
nn appui efficace jusqu'à l'évacuation 
définitive du territoire espagnol par 
les derniers restes de l'armée fran- 
çaise. Tels sont les services que Mina 
rendit à l'Espagne , et les maux qu'il 
causa aux Français durant la guerre 
d'indépendance. Quelquefois défait , 
plus souvent vainqueur , un grand 
nombre de ses actes échappent à Ihis- 
toire; car il agit toujours avec de 
faibles moyens. On prétend toutefois 
qu'il tua quarante mille hommes à la 
France, sans en avoir perdu plus de 
six mille, et il l'a dit lui-même dans 
le Précis de sa vie. Jamais on n'avait 
fait avec plus d'habileté la guerre de 
partisans. Le gouvernement central, 
autant sans doute par impuissance de 
le contenir que par prévoyance, l'a- 
vait laissé maître de tous ses mouve- 
ments. Il exerçait dans le Nord une 
autorité souveraine, que les Fran- 
çais reconnaissaient en l'appelant roi 
de Navarre. Il avait pris sous sa pro- 
tection immédiate les pouvoirs civils 
de Pampelune, et les avait, durant 
l'occupation, transportés dans son 
camp. C'est là que les populations 
d'Alava, du Guipuscoa, du Haut-A- 
ragon, de la Biscaye venaient se faire 
rendre la justice. Par suite de son in- 
dépendance et de la pénurie du tré- 
sor espagnol, il fut obligé de pour- 
voir lui-même à l'alimentation de sa 
caisse militaire, et il n'y parvint que 
par le pillage des convois français et 
par le produit des douanes levées sm" 
la frontière. Peut-êti-e aussi le cabi- 
net anglais conti'ibua-t-il à soutenir 
un chef qui se montrait si utile 
à la cause des alliés. Le gouverne- 
ment de Ferdinand VII lui témoig^ia 
d abord de la reconnaissance, il le 
confirma dans ses grades et déclara 
que sa division serait considérée 
corarae faisant partie de l'armée ré- 



MIN 

gulière. Le roi lui-même manifesta le 
désir de le voir à Madrid. Mina se 
rendit à ce vœu en juillet 1814; mais 
il ne dissimula point sa prédilection 
pour la constitution de 1812, et il 
osa désapprouver la réaction absolu- 
tiste. La franchise de son langage dé- 
plut et sa conduite inspira des crain- 
tes. On chercha des moyens de l'éloi- 
gner; on fit semer le bruit que sa di- 
vision cessait de faire partie de l'ar- 
mée régulière, et serait à l'avenir trai- 
tée sur le pied des corps francs. Aussi- 
tôt la désertion se répandit parmi ses 
troupes. Alois Mina reçut l'ordre de 
partir pour ramener les déserteurs 
sous les drapeaux et exercer sur eux 
une justice sévère. Sa présence en 
Navarre suffit pour rétablir la disci- 
pline : tous les déserteurs, dont le 
nombre s'élevait à plus de deux mille, 
rejoignirent letti' division. Mais ce 
fut alors qu'il se jeta ouvertement 
dans le parti libéral. Sûr de ses sol- 
dats, il organisa une conspiration, 
dont le but immédiat était de s'em- 
parer de Pampelune , et d'y pro- 
clanier la constitution. Le moment 
était fixé pour la prise d'armes; ce 
fut la nuit du 25 au 26 septembre. 
On tenta sur Pampelune une attaque 
qui échoua complètement. Mina n'eut 
plus alors d'autre moyen de se sous- 
traire aux poursuites du gouverne- 
ment que de fuir. Il passa en France 
le 4 octobre , laissant à l'Espagne 
l'exemple d'une sédition militaire , 
exemple funeste qui introduisait l'es- 
prit de discussion et de révolte dans 
l'armée. Il vint alors à Paris. L'am- 
bassadeur de Ferdinand VII crut 
pouvoir, au nom de son souverain, 
demander contre le réfugié l'applica- 
tion du principe d'extradition. I,e gé- 
néral espagnol fut arrêté et détenu 
une journée à la prison de la préfec- < 
ture de poUce. Mais Louis XVIII, re- 



MIN 

gardant comme une insulte les pré- 
tentions de l'ambassadeur d'Espa^pae, 
lui fit signifier l'ordre de quitter 
la France. En même temps, il assi- 
gna à Mina une pension annuelle 
qui fut exactement payée. Mina refu- 
sa d'écouter les propositions très- 
séduisantes qui lui furent faites, au 
nom de Napoléon, durant les Cent- 
Jours, et il se réfugia en Suisse pour 
se soustraire aux conséquences de 
son refus. Après la chute définitive 
de l'empire, il revint en France et 
mit à profit ses loisirs pour acquérir 
les connaissances les plus urgentes 
dans la pratique du commandement 
et des affaires politiques. L'agitation 
qui régnait en Espagne entretenait 
chez lui l'espoir de reparaître sur la 
scène , et des relations d'amitié et de 
parti le tenaient au courant des évé- 
nements. Sitôt qu'il eut appris la pro- 
clamation de la constitution de 1812, 
il quitta secrètement la France. Le 25 
février 1820 il était en Navarre, sur 
le théâtre de ses anciens exploits, par- 
mi des populations chez lesquelles 
vivait encore le prestige de son nom. 
Il y trouva un corps de partisans qui 
n'attendait qu'un chef pour agir, et il 
en prit le commandement, avec le 
titre de général en chef de l'armée 
nationale et cojistitutiontielle. Il s'em- 
para de la fonderie de canons d'Aiz- 
zabal à quatre lieues de Saint-Jean- 
Pied-de-Port, et se disposa à chasser 
de la Navarre le vice-roi Espeleta. 
Partout les populations se soulevèrent 
sur son passage, au nom de ta cons - 
titution; et ce mouvement se pro- 
pagea dans la Catalogne et l'Aragon. 
Mina parvint à détruire l'autorité 
d'Espeleta , à le remplacer , et il 
fut reconnu capitaine-général de la 
Navarre sitôt que le roi eut adhé- 
ré à la constitution. Au commence- 
ment de 1821, il fut transféré, avec 



MIN 



103 



les mêmes pouvoirs, en Galice. Alors 
les amis de la révolution formaient 
le conseil du roi et commandaient 
l'armée. Le changement soudain qui 
eut lieu, au mois de mars suivant, 
dans le cabinet , s'opéra également 
dans le commandement militaire. Mi- 
na, comme Riégo, fut destitué, et Si- 
guenza lui fut assigné pour lieu d'exil. 
Cette décision du roi provoqua des 
troubles en Galice. La garnison de la 
Corogne se souleva en faveur du ca- 
pitaine-général , tandis que, sur un 
auti'e point de la province on se pro- 
nonçait énergiquement contre lui. 
Lui-même, fort de ses sympathies 
dans l'armée, avait d'abord choisi le 
parti de la résistance. Mais , voyant 
les haines violentes qui le menaçaient, 
il se résigna à l'obéissance, se démit 
du commandement et partit pour 
Siguenza. Ces destitutions excitèrent 
dans les Cortès de violentes discus- 
sions , qui faillirent causer immé- 
diatement la chute du ministère, et 
le frappèrent dès lors d'impuissance. 
Un des premiers actes du cabinet for- 
mé par les exaltados à la suite des 
événements de juillet 1822, fut le 
rappel du général Mina, motivé sur 
ses services, ses connaissances mili- 
taires et son zèle pour la cause de 
la libei-té. On le nomma en même 
temps général en chef du septième 
district militaire (la Catalogne), avec 
mission d'y combattre les armées de 
la Foi. Le parti constitutionnel venait 
d'éprouver dans ce pays des échecs 
assez graves. Mina allait le relever, 
le fortifier, lui faire de nouveaux 
prosélytes. Arrivé à Lérida, il pu- 
blia plusieurs proclamations , dans 
lesquelles il invitait les communes 
à se défendre et les soldats de la 
Foi à rentrer dans leurs foyers, sous 
la promesse d'une amnistie pleine et 
entière. Les habitants de Barcelone 



104 



MIN 



reprirent courage , s'abandonnèrent 
au plus vif enthousiasme et commen- 
cèrent une réaction violente contre 
tout ce qui était royaliste. Mina ne 
tarda pas à entrer en campagne : il 
mit le siège devant Castelfoliit, posi- 
tion fortifiée et défendue par une gar- 
nison de 600 hommes. Après quelques 
jours d'une résistance énergique , les 
assiégés s'évadèrent ou se rendirent. 
Le général vainqueur ternit l'éclat de 
ce succès par une de ces mesures de 
cruauté trop fréquentes dans l'Espagne 
de cette époque. Tous les prisonniers 
furent passés au fil de l'épée, les en- 
fants et les femmes furent seuls épar- 
gnés. Le fort fut ensuite démoli et la 
ville pillée, saccagée, livrée aux flam- 
mes. Pour couroimer cette œuvre 
sanglante, Mina fit publier, dans toute 
la. Catalogne, une proclamation par 
laquelle il menaçait d'un sort pareil 
toutes les villes et villages qui se ren- 
draient à une bande armée de fac- 
tieux en moindre nombre que le tiers 
de leurs habitants. Résolu de pour- 
suivx'e à outrance les royalistes, il 
déploya dans cette guerre toute l'ac- 
tivité qu'il avait naguère montrée pour 
leur cause. Il les poussa de ville en 
ville, les battit à Belagtier, à Urgel, 
à Puycerda, pénétra avec eux dans 
la république d'Andorre, et ne cessa 
point de les traquer jusqu'à ce qu'ils 
eussent franchi la frontière de France, 
c'est alors que ses soldats essayèrent 
de fraterniser avec les avant-postes 
des troupes fiançaises qui étaient en 
observation au pied des Pyrénées; 
mais ils ne trouvèrent point la sym- 
pathie qu'ils avaient espérée sur la 
promesse des réfugiés français. Tou- 
tefois Mina eut lieu de se consoler de 
ce mécompte, en voyant l'enthou- 
siasme qui, en Catalogne, accueillit 
ses succès et entraîna les populations 
à prendre les armes. Le club Landa- 



MIN 

bnnen le regarda comme un des plus 
puissants soutiens de la liberté espa- 
gnole, et le gouvernement l'éleva au 
grade de lieutenant-général. Il s'en 
fallait bien cependant qu'il eût sou- 
mis toute la Catalogne aux idées 
constitutionnelles. Les campagnes , 
toujours lentes dans de pareils mou- 
vements , échappaient à ses efforts , 
et alimentaient les bandes de gué- 
rillas, qui défendaient alors le roi Fer- 
dinand comme elles avaient défendu 
naguère l'indépendance nationale. Le 
général en chef de la Catalogne em- 
ploya quelques mois encore à sou- 
mettre des places importantes, telles 
que le fort d'Urgel, dont la prise lui 
valut la nomination de chevalier 
grand-croix de l'ordre national et 
militaire de St-Ferdinand. Mais l'in- 
tervention armée de la France lui pré- 
parait une tâche autrement difficile, 
celle de résister à des troupes régu- 
lières, les unes aguerries, toutes impa- 
tientes de combattre. A l'entrée des 
Français en Catalogne, il se replia 
entre Castelfoliit , Ressalu , et con- 
centra ses forces sur la Fluvia. Il é- 
tait vivement pressé par l'ennemi 
prêt à franchir cette rivière. La na- 
ture vint à propos à son aide : la crue 
des eaux empêcha le passage des 
Français et favorisa sa retraite. Les 
divisions Donadieu et d'Eroles étaient 
sans cesse sur ses flancs, et semblaient 
prêtes à l'écraser; mais pendant qu'on 
prophétisait sa ruine prochaine, il 
battait les Espagnols, échappait aux 
Français et trompait leurs calculs 
par des mouvements imprévus. Fidèle 
au système de guerre de détail et 
d'escarmouches qu'il avait autrefois 
pratiqué avec tant d'habileté, son 
but était d'éviter toute rencontre dé- 
cisive. D'ailleurs sa foi dans la consti- 
tution de 1812 ne faiblissait pas 
comme celle des autres chefs de i'ar- 



MIN ? 

mée; il n'admettait pas même qu'on 
pût la modifier. Tandis qu'on le 
croyait en marche pour Barcelone , 
il se jeta sur Vicque. Repoussé, il se 
dirigea vers la Seu-d'Urgel, jetant 
partout la désolation et exerçant de 
cruelles vengeances. Après avoir é- 
chappé aux poursuites les plus acti- 
ves, il arrive enfin à la Seu-d'Urgel, 
renouvelle la garnison, y laisse ses 
bagages, et forme le projet audacieux 
d'envahir la Cerdagne française. Le 
26 juin, il avait été ramené à travers 
mille périls sur Barcelone, d'où il ne 
cessa d'inquiéter l'armée française et 
royaliste qu'après la soumission de 
toute l'Espagne, et en face de l'im- 
possibilité évidente de la résistance 
(novembre 1823). Alors, après une 
capitulation honorable, il chercha un 
refuge en Angleterre, où des hom- 
mes puissants lui firent le plus 
bienveillant accueil. On n'avait point 
oublié , dans ce pays , les services 
rendus par Mina aux alliés contre 
Napoléon, et l'on aimait également à 
honorer en lui l'un des chefs de la 
dernière guerre contre l'intervention 
française, il reprit alors les études 
paisibles qu'il avait commencées en 
France, sans cesser toutefois d'avoir 
les yeux tournés vers l'Espagne, et 
d'applaudir aux tentatives que ce 
pays faisait pour le rétablissement 
de la constitution. Il fut l'un des fon- 
dateurs et l'un des membres les plus 
influents de la société des réfugiés 
espagnols de Londres. La révolution 
de juillet 1830 réveilla ses espéran- 
ces, comme celles des libéraux de tous 
les pays. Il accourut bientôt à Paris, 
et crut pouvoir faire tourner au 
profit de l'Espagne les passions ré- 
volutionnaires. Il comptait même 
sur l'appui du gouvernement fran- 
çais et sur les sympathies de l'An- 
gleterre. Des armements s'opérèrent 



MIN 



105 



pubhquement dans les ports anglais 
pour seconder l'invasion que prépa- 
raient Mina et Valdés ; mais on cessa 
bientôt de les tolérer, sur les représen- 
tations du roi Ferdinand. En même 
temps, pour faire les frais de cette 
invasion, on essaya à Paris de négocier 
un emprunt qui ne fut point favorisé 
par le ministère français. Malgré ces 
déceptions. Mina et Valdès ne perdi- 
lent pas courage. Le premier atten- 
dait beaucoup du temps; le second, 
plus impétueux, franchit la frontière 
(13 octobre 1830) aux cris répétés de 
Vive la Constitution! Deux autres 
officiers le suivirent ; mais ces tentati- 
ves, n'ayant point trouvé d'appui dans 
la population, furent toutes malheu- 
reuses. Cependant Mina qui, par cons- 
cience de sa faiblesse, avait hésité à 
passer la frontière , s'échappa de 
Bayonne et se précipita en Espagne, 
sinon pour vaincre, du moins pour 
sauver ses frères d'armes, il avait au 
départ 5 ou 600 hommes, qui se 
grossirent dans la route de quelques 
réfugiés et des débris des troupes 
dispeisées de Valdès. Le 21 octobre, 
il se présenta en vue de Vcra, qui était 
défendue par une garnison d'environ 
deux cents hommes ; il les somma de 
se rendre. Quelques-uns s'évadèrent, 
les auti'es se joignirent aux insurgés. 
Mina voulait opérer sa jonction avec 
Valdès. Il apprit bientôt que celui-ci 
était poursuivi par un corps de tirail- 
leurs espagnols qui essayaient de lui 
couper la route de France, et qu'il 
n'y avait de salut, pour les restes 
déplorables de l'insurrection , que 
dans une prompte retraite. Dans celte 
malheureuse expédition. Mina fit des 
prodiges de courage, et il revint épuisé 
et presque mourant sur le tenùtoire 
français. L'intervention du corps d'ob- 
servation établi sur la frontière 
le sauva , lui et ses compagnons 



106 



MIN 



d'armes , des entreprises des roya- 
listes, qui les poursuivirent jusqu'en 
France. La conduite du cabinet des 
Tuileries dans cette affaire a été, alors 
et depuis, vivement critiquée. On a 
dit que la France devait favoriser 
l'insurrection espagnole tentée par 
Mina, et l'on a fait de cette question 
une question de dignité nationale. 
Mais, sans rappeler les principes qui 
doivent régler les rapports des peu- 
ples entre eux, et pour n'invoquer que 
le simple bon sens, la France pou- 
vait-elle appuyer une tentative dont 
les chances de succès diminuaient 
chaque jour et qui ne se recomman- 
dait que par sa témérité? Quelle que 
fût la douleur d'une nouvelle décep- 
tion, d'un nouvel exil, Mina lui-même 
ne méconnaissait pas ce qu'il y avait 
de juste et de sage dans la conduite 
du gouvernement français. Après cet 
échec , il se fixa dans le midi de la 
France, toujours prêt à reprendre les 
armes, et toujours redoutable au gou- 
vernement espagnol. Plusieurs amnis- 
ties furent prononcées et ne l'atteigni- 
rent point. La première s'étendait à 
tous les condamnés politiques, excepté 
aux députés qui avaient prononcé la 
déchéance du roi à Séville et aux gé- 
néraux qui avaient commandé les ar- 
mées constitutionnelles. Un autre dé- 
cret d'amnistie rappela les députés 
qui avaient voté la déchéance, et 
l'exception qui fut faite pour les 
généraux constitutionnels, sembla n'a- 
voir pour motif que le seul nom de 
Mina. Cependant à la fin de 1834 
le gouvernement , peu satisfait des 
succès de Roclil , résolut de le rem- 
placer; et le choix d'un successeur 
tomba sur Mina. Mais affaibli par ses 
blessures , ses malheurs, l'agitation 
de toute sa v\e, il n'avait plus l'ac- 
tivité nécessaire pour une aussi dif- 
ficile mission. D'ailleurs, les moyens 



MIN 

qui l'avaient fait vaincre autrefois 
en Navarre étaient tournés contre 
lui. Il avait triomphé avec l'aide des 
habitants des campagnes , il leur 
avait appris la guerre de partisans ; 
maintenant il avait à les combattre , 
forts de l'expérience acquise sous 
ses ordres. Enfin il rencontrait pour 
adversaire le meilleur capitaine de 
cette époque , Zumalacarreguy. Mi- 
na apprit sa nomination à Cambo, 
près de Bayonne, où il prenait les 
eaux. Sa santé ne lui permit d'être à 
la tête de l'armée que le 4 novembre. 
En prenant possession du comman- 
dement, il adressa à ses soldats une 
proclamation dans laquelle il annon- 
çait que, se conformatit aux senti- 
ments de la reine régente et obéis- 
sant d'ailleurs à une impulsion natu- 
relle, il offrirait la paix aux insurgés; 
mais que, s'ils la dédaignaient et s'ils 
forçaient l'armée à tirer l'épée, ils se- 
raient poursuivis sans pitié, et que lui 
et les siens seraient aussi terribles 
dans la vengeance du plus petit mal 
qui leur serait fait, qu'indulgents en- 
vers ceux qui dès aujourd'hui se re- 
pentiraient et se réconcilieraient avec 
elle. Une autre proclamation, adressée 
aux Navarrais, menaça de la peine 
de mort tous ceux qui seraient 
trouvés, sans motif plausible, hors 
de la grande route entre le cou- 
cher et le lever du soleil. Après 
avoir ainsi manifesté l'esprit qni 
devait présider à sa conduite, Mi- 
na entra en campagne et remporta 
sur Zumalacarreguy quelques avan- 
tages, mais sans pour cela hâter le 
dénouement de cette guerre. Au mois 
d'avril 1835, prévenant les vœux 
du ministère , il donna sa démis- 
sion , motivée sur les besoins de 
sa santé et l'insuffisance des moyens 
mis à sa disposition. Valdès le rem- 
plaça. Mais le cabinet formé au mois 



MIN 

de septembre, parMendizabal, s'em- 
pressa de le rappeler au commande- 
ment, et lui confia la Catalogne. Ces 
changements avaient apaisé l'émoi 
des juntes provinciales; celle de Bar- 
celone se démit à l'arrivée de Mina. 
Celui-ci ne se fit remarquer , dans 
cette nouvelle et grave mission , 
que par une proclamation aussi 
peu sensée qu'elle était sanguinaire 
( 29 novembre ). C'est un monu- 
ment de folie et de barbarie; mais 
pour l'histoire de Mina et de cette 
cruelle guerre, c'est un document que 
l'on doit connaître. Il condamnait à 
être passés par les armes ceux qui 
prêteraient secours aux factieux d'une 
manière quelconque, au moyen d'ar- 
mes, de munitions, de vivres, etc., ou 
qui seraient trouvés porteurs de ces 
objets; ceux qui provoqueraient les 
citoyens à la rébellion, ou qui égare- 
raient par quelque menée que ce fût 
l'opinion des populations; ceux qui 
auraient correspondu directement 
avec les/acfjeu.r ou qui leur auraient 
transmis des correspondances; tous 
baillis, alcades, curés ou chefs de 
famille habitant les hôtelleries ou les 
maisons isolées dans lesquelles se 
seraient réfugiés des/actieuA,-, à moins 
qu'ils ne pussent prouver qu'ils avaient 
cédé à des forces supérieures, ou 
qu'ils avaient, avec toute la célérité 
convenable, prévenu les comman- 
dants des troupes de la reine. Les 
pères, les tuteurs, les maîtres et chefs 
de famille de ces lieux, étaient res- 
ponsables, de leurs personnes et de 
leurs biens, des maux infligés par les 
rebelles aux loyaux citoyens, c'est- 
à-dire aux partisans de la reine. 
Ce déplorable décret fut un des 
derniers actes politiques de Mina ; 
sa santé chancelante paralysa tous 
ses efforts. Épuisé par une carrière 
si laborieuse , il mourut , le 24 



MIN 



107 



décembre 1836, à Barcelone. Nous 
avons essayé de montrer sa vie sous 
toutes ses faces ; chef de partisans ou 
général de l'armée constitutionnelle, 
il n'eut point de science militaire , 
mais il eut de la spontanéité et de 
l'audace; et l'emploi qu'il en sut faire 
le plaça au premier rang des géné- 
raux contemporains. Il n'eut point de 
connaissances poUtiques ; mais il pui- 
sa dans son caractère, ami de l'indé- 
pendance, un sentiment exalté de la 
liberté qui inspira tous ses actes. Il 
donna, à plusieurs reprises, des mar- 
ques d'une cruauté imprudente autant 
que coupable. Moins aveugle dans son 
dévouement, il eût été plus utile à 
la cause qu'il avait embrassée ; sans 
doute l'esprit et le malheur des temps 
eurent leur part de responsabilité 
dans ces sanglantes exécutions ; mais 
c'est un devoir d'en reporter l'autre 
part sur l'homme qui n'eut, en cela, 
ni assez d'habileté, ni assez de géné- 
rosité pour s'élever au-dessus des 
exemples vulgaires. Au reste, ses dé- 
fauts comme ses qualités. Mina les 
tenait de la nature ou de la posi- 
tion dans laquelle s'écoula sa vie ; 
car il ne demanda rien à l'étude que 
dans la maturité de l'âge; c'est-à- 
dire à une époque où la difficulté 
d'oublier est déjà aussi grande que 
la difficulté d'apprendre. Combien 
l'Espagne moderne , si pauvre en 
hommes de guerre et en hommes 
d'Etat , ne doit - elle pas regretter 
qu'une forte éducation militaire et 
politique ne soit venue seconder le 
développement des puissantes facultés 
de Mina , et lui donner les lumières 
nécessaires à la conduite des grandes 
entreprises, où il ne se montra qu'au- 
dacieux et inconséquent. Pendant son 
séjour à Londres, Mina écrivit un Pré- 
cis de sa vie, qui a été traduit, de l'es- 
pagnol en français, par M. Davesics 



108 



MIN 



de Pontés , avec le texte on regard , 
Paris, 1825, in-S". D— z. 

MIXA (don Xavier), neveu du 
précédent , et , comme lui , chef de 
guérillas, naquit en 1789 à Idozin, 
et commença ses études à Logrono. 
Ses parents le destinaient à l'état ec- 
clésiastique. Malgré sa jeunesse ou 
peut-être en raison même de sa jeu- 
nesse, les événements de 1808 pro- 
duisirent en lui une vive et profonde 
émotion. Il revint dans le même temps 
au sein de sa famille pour y rétablir 
sa santé altérée. Les tristes effets de 
la vengeance ennemie furent les pre- 
miers objets qui s'offrirent à sa vue. 
Les Français avaient à exercer des 
représailles, pour un sergent qui ve- 
nait d être massacré dans les envi- 
rons ; plusieurs maisons d'Idozin fu- 
rent pillées, et des poursuites furent 
même dirigées contre le père de don 
Xavier. Le jeune étudiant les dé- 
tourna, en se livrant lui-même aux 
Français qui lui rendirent bientôt la 
liberté. Mais il fit vœu , en la retrou- 
vant, de la consacrer tout entière à 
sa vengeance et à la cause nationale, 
et il apporta dans l'accomplissement 
de son vœu toute la fureur du res- 
sentiment et tout fenthousiasme du 
pati'iotisrae. Il rassembla douze jeunes 
hommes qui acceptèrent volontiers 
sa supériorité, et il se mit à parcourir 
le pays avec eux. Leur nombre s'ac- 
crut rapidement, et ils ne tardèrent 
pas à être en mesure d'agir avec ef- 
ficacité. Don Xavier s'étudia dès-lors 
à faire aux Français cette guerre de 
détails dont les exemples étaient déjà 
fréquents, mais qui n'avait point en- 
core été pratiquée avec succès. A la 
fin de 1809, il était parvenu à attirer 
l'attention des troupes françaises de 
la Navarre et de l'Aragon. Au com- 
mencement de janvier 1810, il força 
le gouverneur de la Navarre à entrer 



MIN 

en arrangement avec lui pour l'é- 
change des prisonniers. Suchet voulut 
en finir avec un ennemi si entrepre- 
nant et si nuisible ; il mit le général 
Harispe à sa poursuite. Don Xavier 
ne pouvait résister aux attaques éner- 
giques dirigées contre lui. Il dispersa 
ses troupes, en leur assignant l'épo- 
que et le lieu d'une réunion et d'une 
nouvelle prise d'armes. Il se déroba 
lui-même à l'ennemi, par une fuite 
audacieuse à travers les lignes de 
marche d'Harispe. A peu de temps 
de cette défaite , il ne craignit pas 
de se tiouver près d'Olite sur le 
passage de Suchet; mêlé à un grou- 
pe de spectateurs , sous un costume 
de paysan , il put voir , à quel- 
ques pas de lui , dcfder les troupes 
françaises. Mais son audace roma- 
nesque et juvénile ne devait pas tou- 
jours lui réussir. Il avait rallié ses 
bandes et recommençait à parcourir 
le pays lorsqu'il tomba aux mains d'un 
poste français (31 mars). On l'envoya 
immédiatement à Vincennes, où il 
fut enfermé jusqu'à la chute de l'em- 
pire. A cette époque, il rentra en Es- 
pagne avec toute l'ardeur et toutes 
les illusions du libéralisme ; il 
suivit les mêmes errements que 
don Francisco Espoz-y-Mina , et par- 
tagea ses ressentiments et ses espé- 
rances ; s'étant séparé , comme son 
oncle , du gouvernement du roi, il 
conspira avec lui pour la constitu-r 
tion. Après l'infructueuse tentative de 
Pampelune, don Xavier, compromis 
aussi bien que son oncle, le suivit en 
exil; mais il quitta bientôt la France 
pour passer au Mexique, où il de- 
vint l'un des chefs de la guerre de 
l'iudépendance. Plusieurs succès le 
rendirent redoutable aux royaUstes. 
Il servait avec ardeur les intérêts de 
l'insurrection, lorsqu'il fut surpris, 
avec vingt-cinq des siens, dans un dé- 



Mm 



MIN 



109 



filé. Le vice-ro» fit annoncer ce fait 
avec toute l'emphase d'une grande 
victoire. Traduit devant une com- 
mission militaire , don Xavier Mina 
fin condamné à mort et exécuté 
le 13 novembre 1817. — Il avait une 
âme ardente, un esprit facile et plein 
de ressources , mais sans expérience 
et sans règ[e. Au reste , les circons- 
tances et les moyens d'action lui ont 
presque toujours manqué. D — z. 

MIIVADOUS (Jean-Thomas), mé- 
decin italien , naquit à Rovigo , vers 
1540 , de Jean-Baptiste Miçadous, 
qui avait lui-même exercé la méde- 
cine à Ferrare et avait publié un 
opuscule intitulé : De abusu missionis 
sanguinis in maligna febre, etiam ap- 
parentibns periculis, Venise, 1597, 
in-i". Jean-Thomas, après avoir fait 
ses études à Padoue, partit pour l'O- 
rient et fut pendant sept ans attaché, 
en qualité de médecin , aux consulats 
vénitiens , soit à Constantinople, soit 
en Syrie. Pendant son séjour dans ces 
contrées, il recueillit des matériaux 
pour l'histoire de la guerre entre les 
Persans et les Turcs, depuis 1576 
jusqu'en 1588, qu'il publia en italien 
quelques années plus tard. A son 
retour, il devint médecin de Guil- 
laume de Gonzague, duc de Mantoue, 
et, en 1596 , professeur de médecine 
à l'Université de Padoue. Appelé en 
Toscane en 1615 , par le grand- 
duc CosmeII,qui désirait le consulter, 
Minadous mourut à Florence peu de 
temps après son arrivée. Ses princi- 
paux ouvrages sont : I Philodicus, 
sive de ptisana ejusque cremore pleu- 
reùcis propinando , Mantoue , 1564, 
in-4°; Venise, 1587 et 1591, in-4<>. 
II. De ratione emittendi sanguinem in 
febribus, Venise, 1587, in-4°. III. De 
morbo cirrhoruni, seu de helotide quœ 
Polonis gozdzick, consultatio, Padoue, 
1590, 10-4". IV. Medicarum disputa- 



tionum liber, Trévise, 1590 et 1610, 
in-4°. V. Apologia contra Joannem 
Lavenclavium , Venise , 1596, in-4''. 
VI. Pro Avicenna , oratio , Padoue , 
1598, in-4°. Yll. Disputationes duœ : 
1" De causa periodicationum in fe- 
bribus ; 2° De febre ex sanguinis pu- 
tredine, Padoue, 1599, in-4''. VIII, 
De humani corporis turpitudinibus 
cognoscendis et curandis libii très, Pa- 
doue, 1600 , in-fol. IX. De Arthritide 
liber unus, Padoue, 1602 , in-4''; et 
Venise, 1603, in-4''. X. De variolis et 
morbillis liber unicus, Padoue, 1603, 
in-4'*. XI. De febre maligna libri duo, 
Padoue et Venise, 1604 , in-4''. XII. 
Pro quadam sua sententia Disputatio, 
Padoue , 1604 , in^". — Minadous 
(Aurèle), frère du précédent , et mé- 
decin comme lui , est auteur d'un 
Tractatus de virukntia venerea , in 
tfuo omnium aliorum hac de re sen- 
tentiœ confirmantur, mali nalura ex- 
plicatur, caussœ et differentiœ, alia- 
(jue cum dogmatica curatione propo- 
nuntur, Venise, 1596, in-4''. Z. 

MIXDERER (Raimond), mé- 
decin , né à Augsbourg , vivait au 
commencement du XVIP siècle. 
Après avoir été attaché au service 
sanitaire des armées, il devint pre- 
mier médecin de l'empereur et de 
l'électeur de Bavière, Telle était sa 
réputation parmi les contempo- 
rains, que l'on donna son nom à 
l'acétate d'ammoniaque , qui , encore 
aujourd'hui, s'appelle esprit de Min- 
dererus. Ce médecin avait publié : I. 
De pestilentia , liber unus , Vienne, 
1608 et 1619, in-8». II. Aloedarium 
maracostinum , Vienne, 1616 , in-S"; 
1622 et 1626,in-12. III. De chatcan- 
to , seu vitriolo disquisitio iatro-chy- 
mica. Vienne, 1617, in4''. IV. Thre- 
nodia medica , seu planetus medicinœ 
lugentis, Vienne, 1619, in-8''. V. Me- 
dicina militaris, sive liber castrensis 



liO 



MIN 



euporista et facile parabilia medica- 
menla contincns, Vienne, 1620; Nu- 
remberg, 1668, in-S" et 1679, in-12. 
Cet ouvrage a été traduit en anglais, 
Londres, 1674, in-8". Z. 

MIXEE(Jclie:<), cvêque constitu- 
tionnel, naquit à iSantes, où son père 
exerçait la chirurgie. Placé de bonne 
heure dans les écoles du clergé, et des- 
tiné à l'état ecclésiastique, il alla en- 
suite faire ses éludes au séminaire de 
Paris, où il reçut les ordres , et de- 
vint curé d'une des paroisses de Saint- 
Denis. Il occupait cette cure quand 
la révolution éclata. En ayant em- 
brassé les principes avec ardeur, il 
prêta le serment imposé par la cons- 
titution civile du clergé, et fut nom- 
mé curé de la nouvelle paroisse 
de Saint-Thomas-d'Aquin, établie 
dans l'éghse du neviciat des Domini- 
cains, au faubourg Saint-Germain. M. 
de la Laurencie, évêque de Nantes, 
s'étant refusé à prêter le serment, ou 
procéda à son remplacement , au 
mois de mars 1791. On était alors 
aux jours du carnaval, et ce fut une 
chose tristement curieuse de voir les 
journaux de la ville confondre, dans 
un même alinéa, le récit des fêtes 
bruyantes qui le signalent, et l'annonce 
de l'élection épiscopale. Le 15 mars, 
les électeurs , réunis sous la prési- 
dence du député Coustard, qui avait 
mis le nom de Minée en avant, choi- 
sirent ce dernier à la majorité de 
193 voix sur 294 votants, et la pro- 
clamation faite le lendemain , tint lieu 
au nouvel évéque de bulles ponti- 
ficales. Dans uu discours ampou- 
lé, que Coustard prononça à cette 
occasion du haut de la chaire, il 
exalta le courage de Minée qui, dans 
une émeute, avait, au péril de ses 
jours, arraché à une mort certaine le 
maire de Saint-Denis, accusé d'acca- 
parement. Minée ne s'était pas borné 



MIN 

à le couvrir de son corps; il avait 
recueilli chez lui la famille de ce ma- 
gistrat. Comment ce courage, cette 
héroïque charité, faillirent- ils plus 
tard et firent-ils place à la plus déplo- 
rable pusillanimité?... Minée, informé 
de sa nomination et invité à pren- 
dre, sans délai, possession de son 
siège, répondit, le 18 mars, que, pour 
lui, le vœu du corps électoral était la 
voix de la Providence. Sacré à Paris, 
le 10 avril 1791, il se hâta de déférer 
à l'invitation de Coustard et de se 
rendre à Kantes, où il arriva le 15 
du même mois. Il reconnut sur le 
champ que son élection, œuvre pure- 
ment politique, était loin d'obtenir 
un assentiment unanime. Il ne put 
dissimuler les gJarmes que lui inspi- 
rait la répulsion dont il se voyait 
l'objet, et, d'accord avec l'adminis- 
tration départementale, il ajourna, 
jusqu'au 1^' mai, son installation. 
Enhardis par ces indices de faiblesse, 
les adversaires de Minée publièrent 
contre lui divers écrits, imprimés 
clandestinement au couvent des Récol- 
lets de la communauté deSainte-Claire. 
L'un des plus violents, saisi au nom- 
bre de 26 exemplaires au sortir des 
presses, était une Lettre de MM. les 
recteurs de divers cantons du diocèse 
de Nantes, en Bretagne, au sieur Ju- 
lien Minée, cure des Trois-Patrons, à 
Saint-Denis, élu le 16 7nars dernier, 
de la manière la plus scandaleuse, 
évéque constitutionnel et anti-canoni- 
que de la Loire-Inférieure. Invité à 
repousser ces attaques, Minée publia , 
sous la date du jour même de son 
installation, une espèce de pamphlet 
qui parut sous ce titre : Lettre pasto- 
rale de M. iévêque du département de 
la Loire-Inférieure, Nantes, in-4'', de 
28 p. Cette lettre, où Minée s'attacha 
particulièrement à exposer ses prin- 
cipes politiques, est farcie d'une foule 



MIN 

de citations empruntées aux livres 
saints, avec plus d'exactitude naaté- 
rielle que d'application fondée. Elle 
est terminée par des notes destinées, 
dans l'esprit de l'auteur, à prou- 
ver que, au temps de la primitive 
église, les évêques étaient élus direc- 
tement par le peuple, et à justifier 
les passages du texte dirigés contre 
les envahissements des papes, les ri- 
chesses du haut clergé, etc. Ces in- 
vectives, dans lesquelles Minée sem- 
ble se complaire, contre la papauté 
et le clergé, le font sans cesse con- 
clure du particulier au général, et 
confondre la peccabilitc des envoyés 
de Dieu ,considéi'és comme hommes, 
avec leur infaillibilité en tant qu'or- 
ganes de la transmission des vérités 
révélées. Et pourtant il reconnaissait 
la suprématie canonique du pape, 
auquel il convient lui-même (note 6) 
d'avoir écrit, le jour de sa consécra- 
tion, pour l'en prévenir et entretenir 
avec lui, conformément à la loi reli' 
gieuse, la communion et l'unité. Le 
factum de Minée, aujourd'hui très- 
rare, est la meilleure preuve de la 
faiblesse de cet homme, qui ne sut 
jamais que se traîner à la remorque 
des partis et en subir le joug. Sa lettre 
pastorale, loin de calmer l'agitation, 
ne fit que l'accroître, et provoqua, de 
la part des campagnes , une sorte de 
déclaration de guerre contre les cu- 
rés constitutionnels. Les effets en fu- 
rent tels que, dans les cinq premiers 
mois qui suivirent l'installation de 
l'évêque, la garde nationale de Nan- 
tes fut obligée de maaicher quinze 
fois pour le protéger. Minée crut 
qu'un acte d'autorité intimiderait les 
opposants ; et ce fut dans ce but qu'es- 
corté de ses deux grands -vicaires, 
dont l'un, ex-moine de Vertou, avait 
mené, sous l'ancien régime, une vie 
scandaleuse, et l'auti'e était sou|>- 



MIN 



111 



conné de n'avoir pas compris la sain- 
teté du confessional, il se présenta 
au couvent des Coiiets, avec l'espoir 
de triompher facilement des reli- 
gieuses qui l'habitaient. N'ayant pu 
réussir à s'en faire ouvrir les portes, 
il eut l'imprudence de rendi-e public 
le procès-verbal qu'il di-essa de ce 
refus de le reconnaître comme évê- 
que. Furieux de ce désappointement, 
les prêtres constitutionnels et leurs 
partisans provoquèrent l'administra- 
tion départementale à envoyer un de 
ses membres pour sommer les dames 
des Coiiets de prêter serment d'obéis- 
sance à Minée. L'administrateur ne 
fut pas plus heureux que l'évêque. 
Les menaces d'un châtiment honteux 
ayant alors été proférées, les religieu- 
ses s'en alarmèrent et réclamèrent la 
protection du directoire du départe- 
ment, qui envoya, pour les protéger, 
douze hommes de troupes de ligne et 
vingt gardes nationaux. Cette sauve- 
garde, soit impuissance, soit conni- 
vence, ne fut d'aucun secours pour 
celles qu'elle devait défendre. Le 
monastère fut envahi par une nuée 
de harpies , guidées par des fem- 
mes appartenant airx classes les 
plus élevées de la société nantaise. 
Ces mégères , bannissant toute pu- 
deur , se ruèrent , avec une fu- 
reur qui tenait du délire, sur leurs 
malheureuses victimes, et donnant 
l'exemple à leurs sales acolytes, elles 
effectuèrent elles-mêmes les mauvais 
traitements annoncés. Pendant que 
les Fouetteuses des Coiiets (c'est le 
nom dont furent stygmatisées les Tri- 
coteuses nantsises) se livraient à ces 
excès, elles avaient de dignes émules 
dans d'autres femmes de Nantes, qui 
arrachaient, de leur pieux asile, les 
religieuses hospitalières de Saint- 
Charles, au Sanitat, mettaient leur* 
vêtements en lambeaux, et leur pro- 



112 



MIN 



diguaient tous les outrages, aux cris 
tic yive Minée ! Quant à ce dernier, 
au lieu de s'interposer et d'arrêter les 
excès commis en son nom, il assistait 
paisiblement à une séance du départe- 
ment etne trouvait aucuneparole j)our 
appuyer la demande que fit une de- 
putation de la partie calme des ha- 
bitants, qui suppliait l'administra- 
tion d'aviser à rc que la tranquillité 
des couvents ne fût plus troublée. Un 
mois plus tard , au jour de la Fête- 
Dieu, dans le moment oii Minée se 
préparait à donner la bénédiction , 
Dumouriez qui, depuis peu de jours, 
avait pris, à Nantes, le commandement 
de la 12" division militaire, s'élança 
sur les marches de l'autel, et dans une 
attitude théâtrale, annonça le départ 
du roi, et demanda aux soldats le 
sei-ment de fidélité à la nation. Tous 
le prêtèrent d un seul cri, et Minée, 
prenant part à une scène où les deux 
principaux acteurs n'avaient pas plus 
de foi l'un que l'autre, « accepta, ait 
nom du Dieu vivant^ ce serment sa- 
cré qu'il scella de l'auguste bénédic- 
tion. » Le langage de Minée , plus 
que ses actes , lui avait valu une 
sorte de popularité. Elle lui procura 
l'honneur d'êti'e appelé à présider, 
le 25 août 1791, l'assemblée des 
électeurs, réunis au couvent des Ja- 
cobins pour procéder aux élections 
départementales. Un débat assez gra- 
ve s'étant élevé et ayant continué 
pendant trois jours, entre les élec- 
teurs de la ville et ceux de la campa- 
gne, Minée, fidèle à son système de se 
ranger toujours du côté du plus fort, 
embrassa le parti des électeurs de la 
ville. Mais sa voix, dépourvue de l'au- 
torité réservée aux hommes qui se 
fout estimer, fut impuissante à réta- 
blir l'ordre ; il abandonna alors la 
présidence , et sa désertion le fit lais- 
ser de côté pendant quelque temps ; 



MIN 

mais, lorsque la république fut 
proclamée, il sentit le besoin d'ex- 
pier sa faute en renchérissant en- 
core sur la violence de son lan- 
gage antérieur. Ne se rappelant son 
passé que pour le maudire, et peu 
soucieux de calmer l'exaspération 
populaire, il la fomenta par ses im- 
précations furibondes, à l'occasion 
d'un service funèbre célébré à la fin 
de septembre 1792. .Son discours, di- 
gne des démagogues les plus forcenés, 
est une longue déclamation contre la 
royauté et les prêtres, qu'il repré- 
senta comme gorgés de richesses, en 
récompense de leurs adulations et de 
leur zèle à favoriser le despotisme et 
l'abrutissement du peuple. En cares- 
sant ainsi l'opinion dominante. Mi- 
née ressaisit un peu de faveur, et , 
malgré l'incompatibilité de ses fonc- 
tions avec celles de maii'e , quel- 
ques voix l'appelèrent , le 10 dé- 
cembre 1792, à ces dernières. Le mo- 
ment n'était pourtant pas encore 
venu où il devait obtenir des témoi- 
gnages plus expressifs de la sympa- 
thie qu'avait réveillée son ardent ci- 
visme. Une nouvelle occasion de 
consolider sa précaire popularité se 
présenta, le 3 mars 1793, jour où 
une cérémonie funèbre eut lieu ù 
Nantes, en l'honneur de Lepelletier de 
Saint-Fargeau. A la suite de plusieurs 
discours prononcés autour de l'ar- 
bre de la liberté, Minée fit entendre sa 
voix. « Les Égyptiens, s'écria-t-il , 
» condamnaientles cadavres des rois ; 
« Lepelletier a fait infiniment davanta- 
» ge : il a jugé à mort la royauté elle- 
« même, et le triomphe éclatant que 
■• lui décernent, ainsi que nous, tou- 
« tes les sections du peuple français, 
" est une ratification de l'irrévocable 
« décret qu'il a prononcé contre 
« elle. » Ces paroles excitèrent un 
grand enthousiasme et furent suivies 



MIN 



MIN 



113 



des cris de Five la république! mort 
à la royauté! Cette dernière impré- 
cation s'adressait, par allusion, aux 



jeunes gens qui , 



refusant de se 



joindre à l'armée , s'étaient jetés dans 
la Vendée, et qu'une délibération 
du conseil départemental avait in- 
vités, la veille, à se rendre sous leurs 
drapeaux. Tant que Minée crut au 
triomphe de la Gironde, il s'en mon- 
tra partisan; mais, aussitôt qu'elle 
eut succombé, il s'affilia au club de 
Vincent-la-Montagne, dont les corps 
administratifs de Nantes avaient , dès 
le 5 juin 1793, signalé la funeste in- 
fluence, et il en devint un des mem- 
bres les plus actifs. C'est là que le 
trouva Carrier lorsqu'il arriva à Nan- 
tes, au mois d'octobre 1793. Le pre- 
mier acte du féroce représentant 
fut de provoquer le remplacement 
de la municipalité et de l'adminis- 
tration départementale, dont Minée 
fut nommé président. Il ne fallut au 
Verres nantais qu'un instant pour 
s'assurer que, si Minée n'était pas 
un homme d'action , il trouverait en 
lui, et cela lui suffisait, un auxi- 
liaire docile, toujours prêt à le se- 
conder, sinon du bras, du moins de 
la voix. Il le jugeait bien : Minée se fit 
un devoir scrupuleux d'appuyei-, de 
ses paroles, les actes qui ont dévoué 
le nom de ce monstre à une répro- 
bation ineffaçable. Ainsi, lorsque Car- 
rier s'éleva, le 17 novembre 1793, au 
club Vincent-la-Montagne, contre les 
superstitions , les crijues du sacerdoce , 
Minée s'empressa de le remplacer à 
la tribune, et de répéter ce qu'il avait 
déjà dit dans une séance publique du 
département, » que la raison, la phi- 
losophie lui faisaient un devoir de 
briser les lietis qui H attachaient à une 
caste à qui la république devait tous 
ses malheurs; qu'il se présentait de- 
vant ses concitoyens avec assurance^ et 

LXXIV. 



sans craitidre le reproche de les avoir 
infectés de mystiques rêveries, de 
fanatiques maximes , de préceptes cé- 
nobitiques , de stupide idolâtrie, etc., 
etc. Le titre d'évêque n'était depuis 
long-temps, et n'avaitjamais été pour 
lui qu'un anachronisme ; son apos- 
tasie publique mit donc un ter- 
me à sa longue hypocrisie. Peu de 
jours après, le club Vincent-la-Mon- 
tagne, ayant osé se plaindre de ce 
que les chiens dévoraient les cada- 
vres des victimes gisant dans les rues, 
Carrier prononça la dissolution d'une 
assemblée désormais trop timorée, et 
vint se plaindre aux trois corps ad- 
ministratifs réunis d'avoir été calom- 
nié!... La terreur qu'il inspirait était 
telle que tous se turent. Minée fit 
plus ; le baiser de réconciliation qu'il 
donna à Carrier fut le signe de son 
abjecte soumission. Lors de la fête de 
la Raison, inaugurée par le noiement 
d'une centaine de prêtres réfractai- 
res, l'ex-évêque républicain, non 
content d'y prêcher l'athéisme et de 
prêter le serment de n'avoir d'autre 
mère que la Patrie, d'autres dieux que 
l'Égalité et la Liberté, divinisa Marat, 
7}om célèbre, auquel les généreux 
Sans-Culottes devaient se rallier com- 
me à celui d'un fondateur, d'un chef, 
d'un patron vénérable, etc., etc. Ces 
paroles se prononçaient autour d'un 
bûcher sur lequel on brûlait les in- 
signes du sacerdoce. Et qui avait 
présidé à cet holocauste ? Minée qui, 
pénétrant dans les caveaux funéraires 
de la cathédrale, avait profané ce 
sanctuaire en y dépouillant les restes 
des évéques nantais ; Minée qui, je- 
tant lui-même l'anathème sur ces 
restes , objets d'une antique véné- 
ration, avait laissé déchirer jus- 
qu'au corps de l'évêque de la Musan- 
chère, embaumé par les mains de 
son père, qui lui-même avait été in- 
8 



114 



MIN 



humé sous les dalles de cette église... 
Minée n'osa arrêter les cannibales qui 
se disputèrent les morceaux du cer- 
cueil et les lambeaux du corps de son 
père !... Serait-on surpris, après cela, 
de la servile complaisance de Minée en- 
vers Carrier! Une fois pourtant, mais 
pendant peu d'instants seulement, 
il eut une velléité de secouer le joug. 
C'était au mois de décembre 1793. 
Quelques prisonniers avaient formé 
un projet d'évasion. Dénoncés par 
un détenu pour vol, qui se trouvait 
dans la même prison , six d'entre 
eux furent condamnés à la peine ca- 
pitale, le 4 décembre. Pour l'exem- 
ple, nous dit, dans un de ses mé- 
moires, Phelippes-Tronjolly, président 
du tribunal révolutionnaire, il fut 
arrêté qu'ils seraient exécutés le soir 
même, à la lueur des flambeaux. Le 
comité révolutionnaire, trouvant que 
le crime d'avoir cherché à recouvrer 
la liberté méritait un plus grand nom- 
bre de victimes, prescrivit au comman- 
dant temporaire de Kantes de se saisir 
immédiatement des détenus que ren- 
fermaient toutes les prisons et de les 
fusiller tous indistinctement et en 
même temps que les six autres con- 
damnés. A la réception de cet ordre, 
le commandant Boivin, indigné, s'é- 
crie qu'il n'est pas un bourreau, et il 
refuse de l'exécuter. Mandé au dépar- 
tement, il fait connaître son refus 
aux membres de cette administration 
qui le serrent dans leurs bras et lui 
remettent un ordre de surseoir jus- 
qu'à ce qu'il en ait été délibéré par 
les corps constitués réunis. Carrier, 
furieux et étonné tout à la fois que 
son pouvoir ait été un instant mé- 
connu, se hâte de rassembler les 
corps administratifs, et veut les obli- 
ger à mettre en délibération la ques- 
tion de la fusillade en masse. Minée, 
qui présidait l'assemblée, pensant 



MIN 

qu'elle aurait persisté dans la déter- 
mination annoncée par quelques- 
uns de ses membres, adopta d'abord 
l'avis de Phelippes-Tronjolly, lequel 
8'opposa, et à l'exécution sans juge- 
ment, et au sursis de celle qui de- 
vait être le résultat de la condamna- 
tion prononcée. Les formes légales 
étaient pour Carrier ime superféta- 
tion dont il voulait se débarrasser; 
néanmoins, ce jour-là, il lui fallut 
céder, et les six condamnés furent 
seuls exécutés. Mais Carrier ne tarda 
pas à reconquérir son pouvoir, et, le 
lendemain, la docihté avec laquelle 
Minée recevait, du comité révolu- 
tionnaire, une liste de trois cents dé- 
tenus destinés à périr sans jugement, 
témoignait du repentir de sa lueur 
d'opposition. Lors du procès de Car- 
rier, il se fit son accusateur, et pré- 
tendit que la tyrannie de ce monstre 
avait seule provoqué tous les crimes 
de Nantes. Interrogé si la terreur 
était glande dans cette ville, il ré- 
pondit : K Si la terreur était grande!... 
« Elle l'était au point, et elle pesait 
« si fort sur tous les fonctionnaires, 
« qu'ils n'osaient constater sur les re- 
" gistres les actes de Carrier, ni les 

« relations qu'ils avaient avec lui 

u Carrier avait mis une telle terreur à 
« Nantes , qu'aucun citoyen n'osait 
I' respirer. " Dans une seconde dé- 
position, il déclara que ses commu- 
nications avec Carrier avaient tou- 
jours été fort orageuses, et il for- 
mula contre lui, entre auti-es accusa- 
tions, celle d'avoir fait fusiller, sans 
jugement, quatre-vingts cavaliers, 
qui s'étaient volontairement rendus, 
au mépris de sa promesse de ne 
point sévir contie eux. Puis, comme 
s'il eût voulu, en atténuant l'effet de 
ces accusations capitales , détourner 
les récriminations de Carrier, il ajou- 
ta f 7u'{7 était facile de le ramener 



MIN 

à la raiso», quand il était jeu/.» Après 
la condamnation de Carrier, n'osant 
plus retourner à Nantes où ses tur- 
pitudes avaient soulevé tant de hai- 
nes, il s'établit à Paris, et y embras- 
sa, suivant M. Tresvaux, la modeste 
profession d'épicier. Il paraît qu'il ne 
l'exerçait plus au moment de sa 
mort; car, son acte de décès, inscrit, 
à la date du 26 février 1898> sur les 
registres du 12^ aiTondissement , lui 
donne la qualification de proprié- 
taire. On ignore s il expia , par un 
retour sincère au catholicisme , ses 
déplorables erreurs. P. L — t. 

^nXO di Fiesole, du nom de sa 
ville natale, vit le jour au commence- 
ment du XIV* siècle. Son père exer- 
çait le métier de tailleur de pierres, et 
le mit en cette qualité auprès du cé- 
lèbre sculpteur Desiderio da Setti- 
gnano, qui le prit bientôt en affection, 
et lui enseigna tous les secrets de son 
art. Malheureusement pour l'élève, le 
maître mourut avant de l'avoir en- 
tièrement perfectionné , et le jeune 
Mino. sentant tout ce qui lui man- 
quait encore, se rendit à Rome pour 
achever ses études. Il coopéra aux 
travaux de l'église de Saint-Pierre, 
travaux qui furent détruits lorsque 
l'on reconstruisit ce temple. Un autel 
de marbre qu'il exécuta dans l'é- 
glise de Sainte-Marie -Majeure, où est 
renfermé le corps de Saint-Jérôme, 
le fit connaître d'une manière telle- 
ment avantageuse que le pape Paul II 
lui commanda plusieurs ouvrages 
dont il voulait orner le palais de 
Saint-Marc de Venise, sa ville natale. 
Après la mort de ce pontife , il fit 
son mausolée, qui fut mis d'abord 
dans un des angles de la vieille église 
de Saint-Pierre , mais qui , depuis , a 
été replacé auprès de la chapelle du 
pape Innocent. Cet ouvrage passait, 
dans son temps , pour un des plus 



MIN 



113 



beaux de ce genre que l'on connût. 
Il fit ensuite, dans l'église de la Mi- 
nerve, le tombeau de François Tor- 
nabuoni , qu'il décora d'une belle 
statue en marbre de grandeur naturel- 
le. Après avoir exécuté encore d'autres 
ùavaux, qui lui procurèrent une for- 
tune indépendante, il retourna dans 
sa patrie où il se maria. Appelé à Flo- 
rence par les religieuses de Saint-Am- 
broise, il fit pour leur couvent un re- 
liquaire dont elles furent tellement 
satisfaites, qu'elles accordèrent à l'ar- 
tiste tout ce qu'il en demanda. Mais 
son chef-d'œuvre est le tombeau du 
comte Hugues , fils du marquis Hu- 
bert de Magdebourg , l'un des bien- 
faiteurs de l'abbaye des Bénédictins, 
qu'il entreprit à la prière de ces 
religieux. La statue du comte est re- 
présentée couchée sur le tombeau ; 
auprès de lui sont plusieurs enfants 
portant ses armes. Toutes ces sculp- 
tures sont d'un bon goût et d'une 
exécution savante. On y reconnaît 
un disciple imbu des principes de 
Desiderio da Settignano , dont il fut 
limitateiu' quelquefois un peu ser- 
vile. En effet, on remarque dans tous 
les ouvrages de Mino un artiste qui s'est 
fait un système et qui néglige parfois 
l'élude de la nature, sans laquelle ce- 
pendant on ne peut atteindre à la per- 
fection dans les arts ; car, quelque ex- 
cellents que soient les modèles qu'on 
se propose d'imiter, il est rare que 
Ion parvienne à rendre leurs beautés, 
et ce sont trop souvent les défauts 
qu'on copie. P — s. 

MIATiT (Gabriel de), savant litté- 
rateur, dont on a quelques ouvrages 
recherchés des curieux , était fils de 
Jacques de Minut, premier président 
du Parlement de Toulouse (1). On 

(1) Jacques de Minus ou de' Mifiuti, séna- 
teur à Milan , fut nommé, par François 1" , 
président au parlement de Bordeaux , et en 

8. 



116 



MIN 



peut conjecturer qu'il naquit en cette 
ville vers 1524. Doué des plus heu- 
reuses dispositions , il étudia toutes 
les sciences cultivées de son temps, 
et se rendit très-habile dans la juris- 
prudence, les lettres, la philosophie, 
la médecine et la théologie. A la 
mort de son père, il lui succéda dans 
le titre de baron de Castera , nom 
sous lequel il est désigné, quelquefois, 
par ses contemporains (2) ; et plus 
tard il fut promu à la charge de sé- 
néchal de Rouergue. Ses talents lui 
méritèrent l'amitié des hommes les 
plus illustres, entre autres de Jules 
Scahger, quilui a dédié ses Dialogues 
sur les deux livres des Plantes , at- 
tribués à Aristote , et de du Bartas, 
qui lui adressa son poème d'ï7m»iie. 
Minut est l'un des interlocuteurs des 
Dialogues de Scaliger, dont il lui avait 
fourni l'idée. Les deux autres sont 
Jean Baialio et Auger Ferrier (voy. ce 
nom, XIV, 439). Il paraît que Minut 
fut forcé de prendre une part active 
dans les guerres civiles qui désolèrent 
le Rouergue. Lui-même nous apprend 
qu'il avait changé la toge contie le 
sayon (toçjam cum sago jnilitari com- 
jnutavi). Déplorant les maux qui pe- 
saient sur la France , il s'était retiré 
dans sa terre de Castera, et il y com- 
posa un excellent Traité sur les 
moyens de rétablir la paLx publi- 



1524 , premier président au parlement de 
Toulouse. Il mourut en 1536, laissant la ré- 
putation d'un magistrat éclairé. C'est parime 
grave erreur que La I aille, Annales toulou- 
saines , II , 205, fait Jacques de Minut frère 
de Gabriel ; quoique la méprise soit évidente, 
elle n'en a pas moins passé jusqu'ici presque 
inaperçue , et on la retrouve même dans la 
Biographie toulousaine. 

{2) Témoin du Bartas , qui termine ainsi 
Son poème à'Uranie ; 

Or mon cher Castera, dont le disert langage 
D'un tartare cruel serenerait le front , 
Je te donne ces vers , qui peut-être rendront 
De notre aiuitié sainte étemel témoignage. 



MUS 

que (3). Il venait d'y mettre la der- 
nière main lorsqu'il mourut dans les 
premiers mois de l'année 1587, à 
l'âge d'environ 60 ans. Sa devise était 
;joco a poco. Dans le Scaligeriana , 
Minut est mis à côté de Julien de Guer- 
sens {voy. ce nom , LX VI , 223) pour 
la mémoire, l'esprit et l'érudition. On 
a de lui : I. De la beauté, discours di- 
vers; avec la Paulegraphie , ou des- 
cription des beautés d'une dame tholo- 
saine, nommée la belle Paule, Lyon, 
1587, in-S". Cet ouvrage, très-rare, 
est rempli de recherches singulières et 
trés-amusantes (voy. Paule Viocier , 
XLVIII, 487). Le style en est très- 
agréable, et Minut mérite d'être 
placé parmi les meilleurs écrivains de 
son temps (4). II. Morbi Gallos in- 
festantis medicina : hoc est malorum 
quce intestinum crudeleque Gallorum 
bellum inflam,munt remedium, ibid., 
1587, in-8°. Cet ouvrage est dédié au 
pape Sixte V, par Charlotte de Minut, 
abbesse du couvent de Sainte-Claire, 
de Toulouse, qui l'avait trouvé parmi 
les papiers de son frère. L'auteur a bien 
soin d'avertir, dans la préface , que 
le morbus gallicus dont il indique le 
remède est la fureur des guerres ci- 
viles ; mais Arthur, qui ne l'avait sans 
doute pas vu , n'a pas laissé de le 
classer parmi les ouvrages dont il 
donne la liste chronologique à la tête 
de son traité de morbis venereis. Ce 
livre est excessivement rare. L'exem- 
plaire de la BibUothèque royale , le 

(3) In agro minutiano paterna vura bo- 
bus exercens meis, an, 1586. C'est ainsi 
qu'est datée la préface du traité de morbo 
gallico. Par VAger minutianus, on doit sans 
doute entendre Castera. 

(U) L'épltre dédicatoire de Charlotte de 
Minut à la reine Catherine de Médicis , com- 
mence ainsi : a Ayant trouvé entre autres 
compositions d'un mien frère. . . décédé de- 
puis peu de jours. » C'est ce qui nous a dé- 
terminé à placer la mort de Minut au commen- 
ment 4e l'année 1587. 



MIN 

seul que nous ayions pu nous procurer, 
est incomplet, et finit à la page 128. 
III. Dialogue, ou soulagement et cou- 
solation de tous Oj^i^es: interlocuteurs 
Gabriel Patiant et Biaise , chirurgien, 
Toulouse, sans date, in-4°, cité par 
Duverdier. Dans sa Bibliothèque fran- 
çaise, La Croix du Maine nous ap- 
prend que Minut avait composé des 
vers français ainsi qu'un Livre de mu- 
sique, non encore imprimé ; et qu'il se 
proposait de mettre en lumière Y His- 
toire de Fiance , par Julien Tabouet, 
son ami {voy. ce nom , XLIV, 355) , 
précédée de la vie de l'auteur. 
W— s. 
MINZOCCHI di San-Bernardo, 
(Fhançois), dit le vieux, peintre italien, 
naquit à Forli vers l'an 1513. Com- 
temporain des Lenghi , il fut pour sa 
ville natale ce que furent ces der- 
niers pour Ravenne.Il étudia la pein- 
ture d'après les ouvrages dont le 
Palmeggiani avait orné la ville de 
Forli; et il existe encore de lui quel- 
ques tableaux de ce premier temps 
dont le dessin est un peu maigre ; tel 
est le <7ruc//Çjc que l'on voit aux Obser- 
vantins. Mais, ayant pris de nouvelles 
leçons de Genga et surtout du For- 
denone, il changea tout-à-fait de ma- 
nière. Il adopta un style correct, gra- 
cieux, plein de vivacité , et d'une ex- 
pression telle que l'on semble voir la 
nature elle-même. Parmi les ouvrages 
qu'il a exécutés avec le plus de soin, 
sont les peintures latérales de la cha- 
pelle deSaint-François-de-Paule, dans 
labasiliquede Loretle, l'une représen- 
te le sacrifice de Melchise'dech, l'autre 
le Miracle de la manne. Les prophètes 
et les principaux personnages con- 
servent une dignité, une noblesse qui 
rappellent tout-à-fait l'école de Por- 
denone, tandis que le peuple y a tou- 
te la naïveté , toutes les manières 
du vulgaire; Teniers et les peintres 



MIO 



117 



flamands les plus naturels pour- 
raient lui envier ce genre de ta- 
lent. On admire également, dans ces 
tableaux, la perfection et la vie avec 
lesquelles sont peints les animaux et 
tous les accessoires. Ce qui mérite 
seulement des reproches, c'est que 
l'artiste ait cru devoir exciter le rire 
dans la représentation d'un sujet 
sacré. Un de ses ouvrages les plus 
remarquables est Dieu le père au mi- 
lieu d'un chœur d'anges , qu'il a peint 
à fresque dans l'église de Sainte-Marie 
délia Grotta , à Forli, figures gran- 
dioses et qui plafonnent supérieure • 
ment ; beaux mouvements, bien va- 
riés et bien contrastés; parfaite intel- 
ligence des raccourcis , couleur vi- 
goureuse et brillante , tout dans ce 
tableau dénote un artiste supérieur. 
Sa ville natale possède un grand 
nombre de ses peintures , tant dans 
l'église de Saint-Dominique qu'au 
Dôme et dans des galeries particu- 
lières. Ses fresques y jouissent d'une 
si grande estime que, lorsqu'il a fallu 
démolir les chapelles où elles se 
trouvaient, on les a taillées et replacées 
ailleurs, il mourut en 1574. — Pierre- 
Paul et Sébastien MiNZOCCUi di San- 
Giovanni, ses fils, cultivèrent la pein- 
ture et reçurent de lui des leçons. 
Pierre-Paul fut un peintre assez faible, 
dont il existe quelques figures chez 
les capucins de ForU. Sébastien avait 
du naturel , peu de recherche , peu 
de relief , et une invention assez 
commune. On voit de lui, dans l'église 
de Saint-Augustin, un tableau qu'il a 
peint en 1573, composé dans le goût 
antique, et d'un style , qui , comme 
toutes ses autres productions, est en 
arrière de son siècle. P — s. 

MIOLLIS ( Sektus-Alexamdre- 
François), général français, naquit 
à Aix en Provence , le 18 septembre 
1759, d'une famille noble, et fut, dés 



118 



MIO 



l'enfance, voué à la carrière des ar- 
mes, il entra, à l'âge de 19 ans, com- 
me sous-lieutenant dans le régiment 
de Soissonnais, et fit presque aussitôt, 
sous les ordres de Rochambeau, les 
campagnes d'Amérique, où il fut blessé 
d'un éclat de bombe au siège d'York- 
Town.De retour en France, à la paix de 
1783, il continua de servir dans le mê- 
me corps. Il y était parvenu au grade 
de capitaine, lorsque la révolution 
commença. Malgré l'opposition de sa 
famille, et surtout de son père, qui 
était conseiller au Pailement d'Aix, il 
s'en montra partisan, et fut à peu- 
près le seul des officiers de son régi- 
ment qui n'émigra pas. Le comman- 
dement du troisième bataillon des vo- 
lontaires nationaux du département 
des Boucbes-du-Rhùne lui ayant été 
proposé, il n'hésita point à l'accep- 
ter. En 1793, il se trouvait à Aritibes 
à la tête de cette troupe, et il y ré- 
piima, par sa fermeté, les premiers 
troubles révolutionnaires. Les dénon- 
ciations dont sa conduite et sa qua- 
lité de noble furent l'objet ne l'empê- 
chèrent pas d'être employé , d'abord 
au siège de Toulon, puis à l'armée des 
Alpes , où il fit preuve de bravoure 
et d'intelligence dans plusieurs occa- 
sions. Il eut part à tous les exploits 
qui signalèrent les premières campa- 
gnes des Français en Italie, et parti- 
culièrement à la bataille de Loano et 
à la défense d'un des faubourgs de 
Mantoue. Sommé de se rendre par 
le général Provéra, il répondit par 
la plus vigoureuse résistance , et 
fit lui-même prisonnier le général au- 
trichien , qui capitula avec toute sa 
division. Le général en chef Bonapai'- 
te lui écrivit à ce sujet : « Les ser- 
a vices que vous avez rendus, tant à 
« la première sortie de Wurmser 
>' qu'au combat de Saint-George et à 
<• la bataille de la Favorite, vous don- 



MIO 

>< nent un titre précieux à la recon- 
" naissance de l'armée. Le combat de 
« Saint-George, que vous avez soute- 
•• nu avec 500 hommes contie la di- 
<■ vision du général Provera , sera 
« mémorable dans l'histoire... » Miol- 
lis était, à cette époque , général de 
brigade. Les talents et le courage qu il 
avait déployés au siège de Mantoue, 
lui valurent le commandement de 
cette place. Ce fut alors qu'il fit éle- 
ver un obéhsque à la mémoire de 
Virgile , sur les lieux mêmes où ce 
poète était né. Après le traité de 
Campo-Formio , il resta en Italie, 
commanda l'expédition dé Toscane , 
en 1799, et entra à Livourne, où il 
prit plusieurs mesures rigoureuses, 
dont les principales furent l'expul- 
sion des émigrés français, le désar- 
mement des troupes toscanes, l'em- 
bargo sur tous les vaisseaux et l'arres- 
tation des consuls anglais et russes. 
Devenu général de division en 1799, 
il fut employé à Gênes, sous les or- 
di'es de Masséna; et ce fut lui que 
ce général chargea de rendre la place 
après la capitulation. Nommé ensuite 
gouverneur de Belle-Ile-en-Mer , il 
ne tarda pas à être rappelé en Italie, 
et fut de nouveau choisi pour com- 
mander dans Mantoue. Il rendit en- 
core dans cette ville un nouvel hom- 
mage aux lettres, en faisant transférer, 
avec la plus grande pompe, les cen- 
dres de l'Arioste à l'Université de 
Ferrare, et consacra par une colonne 
le heu de naissance de ce grand poè- 
te. Il rétablit en même temps l'obé- 
lisque de Virgile , déjà renversé par 
les ravages de la guerre. Vérone lui 
dut aussi la restauration de son cir- 
que , un des plus beaux monu- 
ments de l'architecture romaine. En 
1805, il obtint le commandement 
de toutes les forces françaises dans 
l'Italie septentrionale, et fut chargé. 



MIO 

peu après, d'aller prendre possession 
de Venise , puis des États de l'Église 
dont Napoléon s'empara alors avec 
non moins d'indignité qu'il avait fait 
à la même époque de ceux du roi 
d'Espagne. C'était sous le prétexte 
d'une invasion en Portugal que les 
troupes françaises s'étaient intro- 
duites dans le royaume de Char- 
les IV; ce fut sous le prétexte de se 
rendre à Naples que Miollis , au 
commencement de 1809 , condui- 
sit à Rome un corps de seize mille 
Français. Il s'acquitta de cette mis- 
sion avec tout le zèle et le dévoue- 
ment que pouvait exiger Bonaparte. 
On sait que, par un décret où se 
révèle toute l'ambition et l'orgueil 
de celui-ci , se prétendant le succes- 
seur de Charlemagne , il revendiqua 
sérieusement des biens qui n'avaient 
été donnés au pontife romain, disait- 
il, que conditionnellement par son 
auguste prédécesseur. Ce fut le 2 fé- 
vrier que la troupe de Miollis parut 
devant Rome et qu'elle y pénétra par 
la violence, n'ayant pu obtenir que 
les portes lui en fussent ouvertes vo- 
lontairement. Elle s'empara du châ- 
teau Saint- Ange , de tous les postes 
militaires, et poussa l'insolence jus- 
qu'à tourner son artillerie contre le 
palais Quirinal , résidence du Saint- 
Père. On saisit en même temps, au 
bureau des postes, toute espèce de 
correspondance, même celle du gou- 
vernement. Toutes les caisses furent 
séquestrées; toutes les troupes du 
pape dispersées, licenciées et forcées 
de s'enrôler dans l'armée française. 
Beaucoup de cardinaux et de pré- 
lats furent contraints de s'éloigner. 
Et quand tout fut ainsi consommé, 
Miollis chargea l'ambassadeur de 
France Alquier, qui avait tout prépa- 
ré, de demander pour lui une audience 
au Saint-Père. On conçoit qu'il eût 



MIO 



119 



été difficile au Pontife de s'y refuser. 
Comme si aucune autre violence 
n'eût été exercée, Miollis s'en tint à 
nier sa participation au fait des ca- 
nons braqués devant la demeure pon- 
tificale ; et c'est à cela que se borna, 
pour le moment , ce vain simulacre 
d'égards pour le Pontife. Plus tard, 
on ne garda point de mesures, et il 
fut positivement enjoint à S. S. de re- 
noncer aux biens temporels du Saint- 
Siège. « Je ne dois ni ne puis faire 
« une pareille concession , répondit 
« le Saint-Père ; j'ai fait serment à 
« Dieu de maintenir, dans leur inté- 
« grité, les possessions de l'église; 
« je ne violerai point mon serment. » 
Alors il lui fut signifié qu'il eût à 
s'éloigner de Rome; et, dès le lende- 
main, à trois heures du matin, on le 
jeta dans une voiture qui prit la rou- 
te de Florence, accompagnée d'une 
troupe de gendarmes. Bonaparte a dit, 
dans ses conversations de Sainte-Hé- 
lène, que ce fut contre ses intentions 
que Miollis fit ainsi partir le Pontife, 
et qu'il se hâta d'arrêter sa marche, 
dès qu'il en fut informé. Cependant 
il est bien sûr qu'après quelques mois 
de séjour en Toscane, le Saint-Père 
ne fut pas ramené dans sa capitale, 
mais au contraire conduit prisonnier 
à Fontainebleau, et qu'il ne dut plus 
tard sa délivrance qu'à la chute de 
son oppresseur en 1814. Quant au 
général Miollis, il resta pendant tout 
ce temps le maître de Rome et de tout 
l'État de l'Église, avec le tiùc de gou- 
verneur, et parut jouir d'une grande 
faveur auprès de Napoléon, qui, jus- 
que-là cependant , ne l'avait pas fort 
bien traité , par la raison sans doute 
qu'il ne pouvait oublier son vote né- 
patif sur la question du consulat à 
vie en 1803, vote qui avait été expri- 
mé hautement parle général, en pré- 
sence de toute la garnison de Man- 



120 



MIO 



Joue qu il commandait. Cette opposi- 
tion avait été suivie d'une prompte 
disgrâce, que les besoins de la guerre 
toujours croissants avaient ensuite 
lait cesser. Forcé de l'employer, Bo- 
naparte l'avait mis à la t«;tc d'une di- 
vision; mais il ne lui donna pas le 
bâton de marécbal , auquel Miollis 
avait des droits incontestables. Le zèle 
qu'il montra ensuite à Rome et l'ab- 
négation , le respect qu'il mit à exé- 
cuter tous les ordres du maître , le 
firent rentrer dans toute la laveiu" im- 
périale. Il reçut le titre de comte, ce- 
lui de grand-officier de la Légion- 
d'Honueur et il joua, pendant six ans, 
un rôle trés-iraportant dans cette 
capitale, où quelques missions fâcheu- 
se.s durent cependant troubler sa 
félicité ; car on ne peut croire que ce 
fût sans répugnance et sans hésita- 
tion, qu'il ordonna des mesures plus 
que sévères contre la famille royale 
d'Espagne, et surtout contre la reine 
d'Etrurie, qu'il fitimpitoyablement dé- 
pouiller de tout ce qu'elle possédait 
en argent et en bijoux , sans que Ion 
puisse comprendre les motifs de pa- 
reilles vexations , car ce n'était point 
dans l'intention de s'approprier ces 
objets, quelque précieux qu'ils fus- 
sent. Sous ce rapport du moins, on 
ne peut lui faire aucun reproche. S'il 
rapporta de Rome des sommes consi- 
dérables, ce fut par suite de l'écono- 
mie ou même de l'avarice qu'il mit 
à thésauriser ses énormes traitements. 
Il s'y fit cependant une réputation 
de protecteur des lettres et de bon 
administrateur (1), et fut reçu mem- 

(1) J'ai entendu le général Miollis raconter, 
dans une séance décadaire de la Société Phi- 
lotechnique dont il était membre , que, pen- 
dant son gouvernement de Rome , les envi- 
rons de cette ville furent envahis par une si 
terrible armée de sauterelles , apportée par 
un vent d'Afrique , qu'il dirigea, conue cet 
ennemi d'un» espèce nouvelle , deux régi- 



MIO 

bre do la société des Aicades. il 
ne revint en France qu'en 1814. 
comblé d'honneurs et de richesses. 
S'étant rendu à Paris, il y fut présen- 
té à Louis XVIII, qui l'accueillit fort 
bien, le nomma chevaher de Saint- 
Louis, et lui donna un commande- 
ment en Provence, sous Masséna, où 
il se trouvait au mois de mars 181 j>, 
lors du débarquement de Bonaparte. 
Ayant alors reçu, de son chef, l'ordre 
de marcher à sa rencontre avec deux 
régiments d'infanterie et quelques 
compagnies de garde nationale , il 
partit de Marseille le 4 de ce mois, se 
dirigeant vers Sisteron, que dès ce mo- 
ment Napoléon avait dépassé. Arrivé 
dans cette ville, il y apprit du géné- 
ral RostoUan, placé entre Gap et Gre- 
noble, que toutes les troupes que 
l'on avait envoyées contre lui s'étaient 
rangées sous son drapeau. Craignant 
le même sort pour les siennes, il les 
plaça dans des cantonnements écartés, 
à Forcalquier etàManosque, où elles 
restèrent jusqu'à la nouvelle des suc- 
cès définitifs de Bonaparte. Alors 
Miollis retourna à Marseille et il y 
reçut bientôt, ainsi que Masséna, l'or- 
dre de se rendre sur-le-champ à Paris, 
où Napoléon faccueilbt et le cajola 
d'autant plus qu'il le craignait réelle- 
ment. Il lui proposa le commande- 
ment d'un corps d'armée qu'il ne put 
lui faire accepter, puis il le nomma 
gouverneur de Metz, emploi que Miol- 
lis conserva jusqu'au second retour 
des Bourbons. Alors ce général se re- 
tira dans ses propriétés de la Proven- 
ce qui étaient considérables, et il y 

ments de dragons, lesquels cernèrent, sur 
plusieurs points, les phalanges dévastatrices; 
que la cavalerie s'avança rétrécissant le cer- 
cle , et qu'alors plusieurs centaines de sacs, 
qu'on avait apportés sur un grand nombre 
de voitures, furent remplis de ces insectes 
voraces par les habitants des campagnes, qui 
allèrent les vider et les décharger dans le 
Tibre. ^-ve. 



MIO 

vt^cut paisiblement , n'ayant plus à 
s occuper que de la culture des lettres 
qu'il avait toujours aimées, et de la 
société de ses parents et nombreux 
amis. Il mourut à Aix, le 18 juin 
1828, et fut enterré avec beaucoup 
de solennité. Il a laissé des mémoires, 
qui sont restés manuscrits et qui ne 
seront probablement jamais imprimés; 
ce qui est une perte pour l'histoire. 
— r Son frère (Charles-Fkakçois-Mel- 
cHioR-BiENVEsu), né à Aix le 19 juin 
1753, fut curé de Brignolles, puis 
évêque de Digne, et démissionnaire 
en 1838. — Un autre frère qui avait 
servi dans le régiment d'Angoumois 
et qui, après plusieurs campagnes à 
l'armée des Pyrénées, était devenu 
adjudant-général , puis commandant 
du département du Var , mourut à 
Aix le 15 janvier 1827. — Enfin un 
quatrième frère fut préfet du Finistère, 
et baron de l'empire. M — d-j. 

MIOACZYNSKI. Foy. Mivck- 
ZINSKI, XXVIII, 516. 

MIOiVNET ( Théodore - Edme ) , 
numismate, naquit à Paris, le 2 sep- 
tembre 1770. Après avoir fait ses 
études au collège du cardinal Le- 
moine, il passa à l'Ecole de droit , et 
fut reçu avocat au Parlement, le 20 
août 1789. Atteint par la loi du 23 
août 1793, il partit pour l'armée 
comme réquisitionnairfc, mais il fut 
rappelé en juillet de l'année suivante, 
par le Comité de salut public, qui 
l'employa dans les bureaux de l'ins- 
truction publique. Mionnet avait mon- 
tré, dans sa première jeunesse , un 
goût dominant pour la numismatique, 
qu'il étudia d'abord dans le riche ca- 
binet d'Ennery (voy, ce nom, XIII, 
159). Ses heureuses dispositions lui 
valurent la bienveillance , les encou- 
ragements et les conseils du célèbre 
Barthélémy (voy. III, 442), qui, en 
avril 1795, le fit entrer surnuméraire 



MIO 



121 



au Cabinet des Médailles de la Biblio- 
thèque de la rue Richelieu, par arrête 
du comité de l'instruction publique. 
Quelques mois plus tard, il fut nom- 
mé second employé de ce départe- 
ment , par suite de la nouvelle orga- 
nisation qui, après la mort du savant 
abbé, y avait placé comme conserva- 
teurs son neveu Barthélemy-Courçay 
et Millin. Il consacra dès-lors sa vie 
entière à la numismatique, et s'occu- 
pa sans relâche de la nouvelle classi- 
fication des médailles, d'après le sys- 
tème d'Eckhel, c est-à-dire dans l'or- 
dre chronologique de chaque pays , 
sans avoir égard ni au métal ni au 
module. En 1800, Mionnet imagina 
de former une collection d'empreintes 
de médailles, pour en faciliter l'étude 
aux artistes et utiliser ainsi la révolu- 
tion opérée dans les arts par l'école 
de David, par les monuments con- 
quis en Italie, par la création du Mu- 
séum et par le cours d'archéologie de 
Millin. Il publia le premier catalogue 
de sa collection d'empreintes, prélude 
du grand ouvrage qu'il commença en 
1806, et auquel il travailla, plus de 
trente ans , avec une rare persévé- 
rance. Premier employé des médailles 
en mai 1800, chevalier de la Légion- 
d'Honneur en 1814, Mionnet fut, en 
1818, un des trois candidats pour 
une place de conservateur, vacante 
par la mort de Millin, et qui fut donnée 
à M. Raoul-Rochette. Devenu conser- 
vateur-adjoint en 1829 , et membre 
de l'Académie des inscriptions et bel- 
les-lettres en 1830, il avait droit de 
compter qu'il succéderait à Gossellin, 
qui, en 1800, avait remplacé Barthé- 
lemy-Courçay, et non point fauteur 
c\'Anacha7sis, comme on l'a dit par 
erreur à l'article Gossellin (voy. ce 
nom , LXV, 535). Mais les espérances 
et les droits de Mionnet furent encore 
déçus par suite de l'annihilation totale. 



122 



MIO 



en 1832, du décret organisateur de 
la bibliothèque royale, plusieurs fois 
transgressé depuis 1825. Deux con- 
servateurs des médailles et antiques, 
MM. Letronne et Lenormant, furent 
successivement nommés, et Mionnet 
n'obtint aucun avancement. Il en fut 
faiblement dédommagé par de nom- 
breux titres littéraires. Un voyage en 
Italie, en 1809, avait formé son goût 
par la vue et l'élude des chefs-d'œuvre 
et des beaux cabinets. Le soin de sa 
santé chancelante l'y ramena une se- 
conde fois, en 1818, et il y fut accueilli 
par plusieurs sociétés savantes, Cor- 
tone, Rome (archéologie), Livourne, 
les Géorgophiles et la Colombine de 
Florence, Volterre, Arezzo, et par 
l'Académie de Marseille. En 1837, il 
devint membre associé de l'Académie 
des sciences de Saint-Pétersbourg et 
de celle des inscriptions et belles- 
lettres de Stockholm , et, en 1838, 
associé étranger de la société numis- 
matique de Londres. Mionnet avait 
rapporté d'Italie plusieurs pièces rares 
et curieuses, entre autres le beau mé- 
daillon tétradrachme, en argent, de 
la ville de Populonium , dans l'île 
d'Elbe, qui était encore inédit. Exempt 
d'ambition, simple, affable, obligeant, 
ne connaissant que les douceurs de 
l'étude et de l'amitié, il ne manquait 
à Mionnet qu'une imagination plus 
brillante, un style plus fleuri. Mais 
peut-être ces qualités auraient-elles 
nui à l'exactitude, à la méthode et à 
l'utilité de ses ouvrages, qui ont porté 
son nom dans tous les pays où a pé- 
nétré le goût des médailles dont ils 
ont fixé la valeur par de justes ap- 
préciations. Le recueil de ses tra- 
vaux est une sorte d'encyclopé- 
die spéciale. Pour leur donner une 
forme académique, il préparait des 
lettres numismatiques , lorsqu'une 
ffrave maladie le força d'abandon- 



MIO 

ner le Cabinet des Médailles pour ne 
plus quitter sa chambre et son lit, 
et il mourut au milieu de ses livres, 
le 7 mai 1842. M. Lenormant pro- 
nonça sur sa tombe un discours où 
il rendit justice au savoir et aux qua- 
lités personnelles du défunt. On a de 
Mionnet : I. Catalogue d'une collection 
d'empreintes en soufre de médailles 
grecques et romaines, au nombre de 
vingt mille, Paris, 1800, in-8°. II. 
Description des médailles antiques 
grecques et romaines, avec leur degré 
de rareté et leur estimation , Paris, 
1806-1839. Cet ouvrage, le plus 
complet qui existe dans ce genre, et 
le vade-mecum des voyageurs anti- 
quaires, forme aujourd'hui 18 vol. 
in-8°, y compris un Atlas numisma- 
tique de planches et un supplément 
important : Poids des médailles d'or 
et d'argent du Cabinet royal de France. 
A la description des richesses du Ca- 
binet de Paris, l'auteur a joint les 
pièces les plus remarquables décrites 
dans les meilleurs ouvrages de nu- 
mismatique. Le sien a empêché la 
destruction de beaucoup de médailles 
et en a facilité les acquisitions et les 
échanges. III. De la rareté et du prix 
des médailles rotnaines, recueil conte- 
nant les types rares et inédits des 
médailles d'or, d'argent et de bronze, 
frappées pendant la durée de la répu- 
bUque et de l'empire romain; Paris, 
1813, in-8°; 2" édit. , corrigée et aug- 
mentée, 1827, 2 vol. in-80, avec 39 pi. 
Mionnet avait une connaissance appro- 
fondie des médailles , et ses décisions 
étaient des oracles; mais ayant concen- 
tré sur la numismatique toutes ses fa- 
cultés il n'avait dans les autres bran- 
ches de la science et de la littérature 
que des connaissances bornées. M. Du- 
mersan a donné sur Mionnet une No- 
tice dans la Biographie numismati- 
que, mai 1842. A — t. 



MIO 

MIOT (Asdré-Frasçois) , comte 
de Mélito, naquit à Versailles, le 9 
février 1761. Entré fort jeune dans 
l'administration militaire , il fut suc- 
cessivemeut chef de bureau et de 
division au ministère de la guerre. 
En 1793, il fut nommé secrétaire- 
général au département des affaires 
étrangères, dont il eut le portefeuille 
après la i-évolution du 9 thermidor, 
sous le titre de commissaire des re- 
lations extérieures. En 1795, il fut 
envoyé à Florence, par le Directoire 
exécutif, comme ministre plénipo- 
tentiaire auprès du grand-duc de 
Toscane, qui venait de conclure un 
traité de paix avec la France. L'oc- 
cupation de l'Italie, par farmée fran- 
çaise sous les oi dres de Bonaparte , 
donnait à cette mission une haute 
importance, et Miot eut de fréquentes 
occasions d'y déployer ses talents et 
son habileté. Lorsque ce général , 
maître de Livourne, se préparait à 
lancer une expédition sur la Corse, 
Miot, apprenant que pour la déjouer, 
les Anglais voulaient s'emparer de 
Porto-Ferraio , pressa vivement le 
grand-duc de remplacer le gouver- 
neur de cette ville, qu'il soupçonnait 
d'intelligence avec les Anglais. Il le 
requit en même temps de faire entrer 
dans cette place deux cents Français. 
Le prince ayant rejeté cette seconde 
demande, Miot s'en plaignit vive- 
ment à Bonaparte dans une lettre où 
il l'engageait « à ne point s'en tenir 
• à de vaines menaces envers les Ita- 
« liens, chez qui limagination gros- 
« sit toujours le danger, mais qui 
o passent subitement de la terreur à 
u l'insolence , quand ils n'éprou- 
« vent pas le châtiment qu'on leur 
« a fait craindre. Leur caractère , 
« ajouta-t-il, attribue toujours à l'im- 
« puissance de leur ennemi les ré- 
« solutions dictées par sa générosi- 



MIO 



123 



«< té. » Cependant Bonaparte n'ayant 
pas cru devoir sévir contre le grand- 
duc, les prévisions de l'envoyé fran- 
çais se réalisèrent, car peu de temps 
après les Anglais se rendirent maî- 
tres des îles d'Elbe et de Capraja. 
Miot contribua aux traités qui furent 
conclus entre la France et les cours 
de Naples et de Rome. Envoyé dans 
cette dernière ville, en qualité de mi- 
nistre extraordinaire, il reçut, en 
1796, des mains du pape, la ratifica- 
tion du traité d'armistice qui avait 
été précédemment signé par le prin- 
ce de Belmonte. Après avoir accré- 
dité, auprès de S'a Sainteté, les com- 
missaires français chargés de rece- 
voir les objets d'art cédés à la France, 
Miot retourna à Florence, où il reçut 
ordre de partir pour la Corse , qui 
venait de se révolter. Il parvint à ra- 
mener la tranquillité en peu de temps 
et sans recourir à des mesures de li- 
gueur. Le succès de cette mission lui 
valut d'être nommé, le 23 oct. 1796, 
ambassadeur de France à la coui' de 
Sardaigne. Tant qu'il résida à Turin, 
l'asile que Madame et la comtesse d'Ar- 
tois y avaient trouvé fut respecté, et 
il éluda, à cet égard, les ordres qu'il 
reçut du Directoire, qui, mécontent 
de sa conduite, le rappela à Paris, au 
commencement de 1798. Miot fit alors 
partie du conseil particulier, formé 
par François de Neufchâteau, ministre 
de l'intérieur; mais il se vit bientôt 
obligé de suivre à La Haye le nouvel 
ambassadeur de France près du Di- 
rectoire batave. Il paraît que Miot était 
tout à fait tombé en disgrâce, et qu'il 
avait profité de son voyage en Hollan- 
de pour éviter les persécutions dont il 
était menacé. Après les événements du 
18 brumaire an VIII, qui renversè- 
rent le Directoire, Miot fut rappelé â 
Paris par le premier consul, nommé 
secrétaire-général près le ministre de 



12i 



MIO 



la guerre, puis entra au Tiibunat, et 
enfin au Conseil-d'État , où il fui 
chargé de rayer de la liste des énai- 
grés ceux qu'on y avait inscrits par 
passion ou par précipitation. Six 
mois après, il partit pour la Corse, 
en qualité d'administrateur général. 
Il exerça ces fonctions jusqu'en no- 
vembre 1802. Rappelé à cette épo- 
que, par suite des accusations qui 
s'étaient élevées contre lui, il retint 
en France et se justifia pleinement, 
dans une enti-evue qu'il eut, à Saint- 
Cloud, avec le premier consul. Il ren- 
tra au Conseil-d'État, et se distingua 
dans la discussion des codes. Bona- 
parte, étant devenu empereur, char- 
gea Miot de porter à son frère Jo- 
seph , qui restait paisible à Morte- 
fontaine, ces catégoriques paroles : 
<• Allez lui dire qu'il ne s'agit plus 
« de tirer des lapins; je ne connais 
« désormais pour frères, pour pa- 
« rents, pour amis, que ceux qui 
« sont dévoués à Napoléon. » Miot 
fut, en 1806, attaché à la personne 
de Joseph Bonaparte, qu'il suivit à 
Naples, en qualité de ministre de 
l'intérieur, puis à Madrid en qualité 
d'intendant-général de sa maison. 
Après la bataille de Vittoria, il rentra 
en France et reprit ses fonctions 
au Conseil-d'État. La restauratioa 
l'ayant rendu à la vie privée, il ne 
s'occupa plus que de travaux litté- 
raires. Il fut, en 1832, élu académi- 
cien libre, en remplacement deDugas- 
Montbel. Miot mourut à Paris , le 
6 janvier 1841. On a de lui : I. Tra- 
duction de l'Histoire d'Hérodote, sui- 
vie de la Vie d'Homère, Paris, 1822, 
3 vol. in-8°, avec une carte. Cette 
traduction passe pour la meilleure 
qui ait paru jusqu'à ce jom-. II. Une 
traduction de Diodore de Sicile, con- 
tenant tous les fragments récemment 
découverts, 6 vol. in-S". G— g — v. 



MIR 

MIliA.BE AU (Jea>-AstoinE de 
Ricjueti, marquis de), né le 29 sep- 
tembre 1666, était le chef d'une fa- 
mille provençale issue des Arrighetti, 
gibelins exilés de Florence en 1267 
au nombre de neuf, et alliée à toutes 
les maisons les plus nobles de la Pro- 
vence et du Languedoc, telles que 
les Fos, les Pontevès, les Glandevès, 
les Castellane, les Rochemore. Cette 
race militaire transplantée en France 
s'y recommanda par des fondations 
d'hôpitaux et de couvents, par des 
services publics. Elle avait donné 
un juge-mage (officier militaù'e), a- 
vant l'origine du Parlement. Établie 
vers la fin du XV' siècle à Marseille, 
cette ville qui se gouverna si long- 
temps elle-même, la famille de Mi- 
rabeau s'intéressa utilement dans le 
commerce maritime, comme toute la 
noblesse du pays. Nostradamus la 
cite dans son Histoire de la Provence. 
Le marquis Jean-Antoine, mousque- 
taire à l'âge de 18 ans, au siège de 
Luxembourg, s'était montré de bonne 
heure avec éclat à la cour et à l'ar- 
mée. C'était un homme d'une rare 
beauté, de la taille la plus élevée. 
Remarquable par sa dignité person- 
nelle, il l'eût été par son originalité, 
si la race des Mirabeau n'avait pas 
été de père en fils toujours excep- 
tionnelle. L'élévation de son carac- 
tère, la singularité de son esprit, la 
brusquerie de ses réparties, l'avaient 
mis fort à la mode dans les camps 
et à Versailles. Il avait fourni le su- 
jet de beaucoup d'anecdotes , mais 
ces anecdotes s'étaient presque toutes 
trompées de nom en allant à la posté- 
rité, et il serait aujourd'hui à peu près 
oublié si le tribun fameux, son petit- 
fils, ne s'était fait son biographe, en 
1774, dans les loisirs d'une captivité 
au Château d'If. Ces mémoires do- 
mestiques, miraculeusement échap- 



MIR 

pés à tous les orages de la vie de 
l'auteur et aux tourmentes de la ré- 
volution, n'ont paru que soixante ans 
après. Ils remplissent une partie du 
premier volume des Mémoires hio- 
graphitjues, littéraires et politiques de 
Mirabeau, publiés en 1834, par son 
fils adoptif, M. Lucas de Montigny. 
Un célèbre écrivain les a comparés à 
une autre Fie d'Agricola, heureuse- 
ment retrouvée. C'est moins encore 
une biographie animée, pittoresque, 
qu'un tableau original de la vie de la 
noblesse dans les camps et dans les 
châteaux, sous Louis XIV. << Il est des 
'• hommes faits pour obéir; il en est 
" de faits pour commander, et cela 
u ne se ressemble pas. » Telle était 
la maxime du marquis de Mirabeau ; 
et, comme il se sentait du petit nom- 
bre des hommes à qui la nature a dé- 
féré le commandement, il avait ap- 
porté dans les habitudes militaires 
une hberté très-tranchante, qui ne 
l'empêcha cependant pas d'obtenir 
à trente ans la permission de traiter 
d'un régiment d'infanterie. Adoré et 
respecté des soldats qu'il traitait 
comme ses enfants, redouté des offi- 
ciers qu'il tenait à grande distance, 
il revint d'Italie criblé de blessures, 
et signalé par de nombreux coups de 
mains, car il ne ménageait ni lui ni 
son monde. Vendôme l'appelait son 
bras droit. Il s'exposait tellement que 
le maréchal de La Fare racontait, 
sans beaucoup d'exagération qu'après 
une affaire brillante et terrible , il 
avait vu tout le régiment de Mirabeau 
et les drapeaux rentrer à Crémone 
en une seule charrette. A Cassano, 
journée où tout ce qui n'était pas tué 
était blessé, le marquis de Mirabeau, 
laissé pour mort, repris, rejeté parmi 
les morts,fut généreusement traité par 
le prince Eugène. Guéri entre autres 
blessures, par une opération phéno- 



MIR 



12S 



ménale, d'un coup de mousquet qui 
lui avait coupé les nerfs et la veine 
jugulaire, il revint en Provence sur 
un brancard porté à bras d'hommes, 
ne retrouvant qu'un patrimoine dé- 
labré par ses campagnes, et cepen- 
dant il demanda et obtint que la pen- 
sion offerte à ses services et à ses 
blessures, fût partagée entre six offi- 
ciers de fortune blessés à cette jour- 
née de Cassano, qu'il appela désor- 
mais : Le jour où je fus tué. C'était 
alors le point d'honneur de dissiper 
son bien au service du roi. Le mar- 
quis de Mirabeau eut, pour sa part, 
tout le reste de sa vie, le bras 
droit en écharpe, et un collier d'ar- 
gent pour soutenir sa tête ; ce qui 
ne l'empêcha pas de servir encore 
dans le Dauphiné en 1709, et d'aller 
à pied à l'armée de Flandre avec 
un corps détaché, toujours paternel 
pour le soldat, toujours inflexible 
pour les gens de cour. Dans la cam- 
pagne de 1712, il commandait à la 
même armée la brigade d'Alsace. Ce 
furent ses derniers services. Rentré 
dans la vie privée, il rétablit sa for- 
tune, et se livra constamment avec 
autorité aux affaires de sa province, 
infatigable à rendre service, retiré 
mais non solitaire, paternel pour les 
villageois comme il l'avait été pour 
les soldats, mais inflexible pour les 
gens de rapine, dont le règne devait 
venir un siècle plus tard. C'était un 
homme imposant, et pourtant sa so- 
ciété était recherchée de tous. Son fils 
aîné, l'ami des hommes, a écrit de 
lui : " Je n'ai jamais eu l'honneur de 
" toucher la chair de cet homme res- 
" pectable, de ce père essentieUe- 
» ment bon, mais dont la dignité 
" contenait la bonté qui se faisait 
i< toujours sentir, sans se montrer ja- 
" mais en dehors. » Le marquis Jean- 
Antoine de Mirabeau, resté sans ré- 



126 



MIR 



tompense, sans grade, sans emploi, 
sans pension , mourut le 27 mai 
1737, 32 ans après le jour où il avait 
été tué. B — V — E. 

MIRABEAU (J£an-Antoi>e-Jo- 
seph-Ciurles-Elzéau (le fiiqueti, che- 
valier, puis bailli de), frère puîné de 
Yami des hommes, naquit à Perthuis 
en Provence, le 8 octobre 1717, et fut 
reçu chevalier de Malte, presque au 
berceau. Entré dans le corps des ga- 
lères, à douze ans, il parcourut d'une 
manière brillante la carrière de la 
marine et parvint, à 34 ans, en 1751, 
au grade de capitaine de vaisseau. 
L'année suivante, il fut appelé au 
gouvernement de la Guadeloupe. 
Rentré en France, pour cause de san- 
té, il servit au siège de Mahon, et 
remplit, quelques années, les fonc- 
tions d'inspecteur-général des gardes- 
côtes de Saintonge , de Bretagne , de 
Normandie et de Picardie. A la mort 
du maréchal de Belle-Isle, son appui 
le plus sûr, le bailli de Mirabeau se 
retira à Malte où il accepta le géné- 
ralat des galères, et se dévoua aux 
affaires de son ordre. Malgré son nom, 
son mérite et ses hauts emplois, cet 
homme éminent, désigne par l'opi- 
nion de son corps pour le ministère 
de la marine à la retraite de M. de 
Moras , et présenté pour la dignité 
souveraine de son ordre, en 1770 et 
en 1773, à la mort des grands-maîtres 
Pinto et Ximénès, était entièrement 
tombé dans l'oubli. Il y serait resté, 
étouffé entre la mémoire de son frère 
et la renommée de son neveu, si la 
race de fer des Riqueti n'avait dû 
aux soins pieux de l'habile et cons- 
ciencieux auteur des Mémoires de Mi- 
rabeau, M. Lucas de Montigny, une 
véritable résurrection. Dans le tableau 
domestique si curieux, qui forme les 
premiers chapitres de cette histoire , 
le bailli de Mirabeau apparaît sou- 



MIR 

vent comme un bon génie de famille, 
comme un de ces types aujourd'hui 
perdus de la vieille fidélité, des vieux 
principes, et de l'honneur du nom. 
Quelques fragments publiés de se» 
lettres révèlent une âme fortement 
trempée et une originalité de style 
d'autant plus inimitative, qu'il n'écri- 
vait pas seulement pour écrire, et 
qu'il dédaignait de toute sa hauteur 
les règles de l'art. Un choix de sa 
correspondance inédite heureusement 
conservée aurait un très-grand prix. 
Dans un siècle où les gens de cour 
tinrent beaucoup trop de place, le 
bailli de Mirabeau fut un des plus 
mauvais courtisans ; jetant à croix ou 
pile, comme il le disait lui-même, la 
foitune et le succès: cité à Versailles 
pour quelques brusques réparties, ce 
fut lui qui , porté au ministère par 
l'abbé de Bernis, et présenté à M"" 
de Pompadour, répondit vivement à 
une observation de la marquise sur la 
mauvaise tête des Mirabeau : « Les 
» bonnes et froides têtes ont fait tant 
>' de sottises, et perdu tant d'états, 
« qu'il ne serait peut-être pas fort 
■' imprudent d'essayer des mauvaises; 
" assurément, du moins, elles ne fe- 
• raient pas pis. » C était, d'ailleurs, 
hors ces accès de franchise et quel- 
ques boutades, sans lesquelles il n'eût 
pas été de sa race, un homme d'un 
esprit droit et indulgent, pénétré du 
sentiment des devoirs dont noblesse 
oblige ■■, et, dans les malheureuses divi- 
sions de sa maison , il n intervint Ja- 
mais qu'en conciliateur quelquefois 
heureux. Pourvu, fort tard, en 1766, 
de la commanderie de Sainte-Eulalie 
en Rouergue, il en consacra presque 
tous les revenus à soutenir l'état de 
maison de son frère, pour la dignité 
de son nom, vivant de peu, et dépen- 
sant en bonnes œuvres presque tout 
ce qu'il se réservait. On ne corapren- 



MIR 

drait guère aujourd'hui ces mœurs et 
ces devoirs de la vieille noblesse ; 
mais aussi le bailli de Mirabeau était, 
dans la bonne acception <lu terme, 
un des derniers demeurants d'un au- 
tre âge. Il professait avec la plus pi- 
quante exagération un profond dé- 
dain pour les hommes de robe , de 
finance et de bureau : « Voir succé- 
« der des drôles armés de plumes à 
" des hommes armés de fer ! » disait- 
il douloureusement; et il ajoutait, bien 
avant l'invention de la langue roman- 
tique : " La France qui avait les vices 
» de la force, n'a plus que ceux de la 
« faiblesse et de l'astuce ; le troupeau 
» qui était autrefois dévoré par les 
« loups , l'est aujourd'hui par les 
« poux. » On conçoit qu'un pareil 
homme ait accueilli sans illusion une 
révolution qui commençait par hvrer 
le pays aux paroles et aux plumes 
faciles. Une des époques les plus re- 
marquables de la vie publique du 
bailli de Mirabeau, c'est son gouver- 
nement de la Guadeloupe. La France 
a produit une admirable race de grands 
colonisateurs trop mal connus de nos 
jours; il fut l'un des plus habiles. Ho- 
noré de tous , sachant bien qu'il Té- 
tait et qu'il le méritait , connaissant 
et méprisant les moyens de s'enrichir, 
protecteur du pauvre et du faible, 
ennemi implacable des sangsues publi- 
ques, intraitable de probité, comme 
le disait le marquis, son frère, il se 
rendait dans une lettre à cet aîné de 
sa maison ce franc et touchant té- 
moignage : " Je prie Dieu de me trai- 
« ter comme je traite les auties. » 
Le bailU de Mirabeau avait deviné le 
génie de son neveu, u Ou c'est, écri- 
« vait-il, en 1770, le plus adroit et le 
« plus habile persiffleur de l'univers, 
» ou ce sera le plus grand sujet de 
« l'Europe pour être général de terra 
« ou de mer, ou ministre, ou chan- 



MIR 



127 



« celier, ou pape, tout ce qu'il vou- 
« dra..., si Dieu lui prête vie. Je ne 
" sais s'il diffère des plus grands 
• hommes autrement que par la po- 
« sition. » Mais il y avait peu de 
communauté d'idées entre l'oncle et 
le neveu, sur les moyens de réforme 
sociale. Pendant les orages de la ré- 
volution l'asile naturel du bailli de 
Mirabeau était au chef-lieu de son 
ordre. Il avait survécu à son frère, 
aux deux fils de son frère. Blessé ti'ois 
fois, en 1744, au combat de la Cio- 
tat ; en 1746, d'un coup de canon, et 
en 1756, au siège de Mahon ; il souf- 
frit cinquante ans de sa première 
blessure, que son acte de décès ins- 
crit aux archives de Malte, le 18 
avril 1794, indique pour cause de sa 
mort. B — V — e. 

MIRIËL ( Jean - Joseph - Yves- 
Lotis), médecin , né à Broons (Côtes- 
du-Kord), mort à Brest, en 1829, à 
l'âge de 49 ans , servit d'abord dans 
la marine. Parvenu au grade de chi- 
rurgien de deuxième classe, à la suite 
des concours les plus brillants, il fut 
successivement nommé par le Conseil 
de santé du port de Brest , secrétaire 
de ce Conseil, prévôt d'anatomie et 
de chirurgie. Pendant les six années 
qu'il exerça ces diverses fonctions 
avec une distinction qui lui valut des 
éloges unanimes, il ouvrit, confor- 
mément aux désirs de Duret , son 
beau-père, chirurgien en chef de la 
marine, un registre consacré, sous le 
titre de grand-livre, à la mention dé- 
taillée des cas de chirurgie les plus 
rares et les plus intéressants qui se 
présentent dans les hôpitaux du port 
de Brest. Plusieurs de ses observa- 
tions , extraites de ce grand -livre, et 
relatives à la luxation , en arrière de 
l'extrémité supérieure du. radius , ont 
été insérées dans le Bulletin des 
sciences médicales ( cahier d'octobre 



128 



MIR 



1809). Ce fut vers la même époque 
qu'il démontra publiquement, sur le 
cadavre, la possibilité de lier l'artère 
iliaque dans le cas d'anévrisme de la 
fémorale, opération qui , deux ans 
plus tard, fut , pour la première fois, 
pratiquée sur le vivant par M. le doc- 
teur Delaporte, de Brest. Une polé- 
mique des plus vives s'engagea entre 
ces deux médecins sur la priorité 
du procédé opératoire. Miriel qui 
prouva, dans cette discussion, qu'il 
joignait de saines études littéraires à 
de grandes connaissances scienti- 
fiques, publia deux mémoires dans 
lesquels, s'appuyant sur des témoi- 
gnages irrécusables, il démontra non- 
seulement que la priorité de l'opéra- 
tion lui appartenait, mais encore qu'il 
avait déjà fait cinq expériences du 
procédé avant qu'on eût pu avoir 
connaissance à Brest de l'opération 
de Cooper , analogue , en quelques 
points, à celle qu'il avait lui-même 
pratiquée. L'ardeur que les deux 
champions de cette lutte avaient dé- 
ployée dans la discussion , amena 
entre eux une assez longue mésintel- 
ligence ; mais , hommes supérieurs , 
tous deux reconnurent plus tard que 
des débats scientifiques ne devaient 
pas élever une barrière éternelle entre 
deux personnes faites pour s'estimer 
réciproqpement ; aussi se réconci- 
lièrent-ils de la manière la plus hono- 
rable. Reçu docteur - médecin , en 
1810, après avoir soutenu une thèse 
SUT V impôt tance du diagnostic et sui- 
tes difficultés qu'il offre dans certains 
cas, Miriel se préparait à concourir 
pour le grade de chirurgien de pre- 
mière classe lorsque l'inUngue le fit 
exclure de la liste des concurrents. 
Alors il quitta le service de la marine 
pour se vouer exclusivement à l'exer- 
cice de la médecine civile à Brest, où, 
bientôt, ses connaissances étendues le 



MIR 

placèrent au premier rang. Huit fois, 
dans des cas d'imperforation d'anus, il 
fit, avec le plus grand succès , l'opé- 
ration de l'anus artificiel, opération 
dont Duret avait long-temps fourni 
le premier et unique exemple, et qui, 
depuis , a été l'écueil de beaucoup 
de praticiens distingués. Miriel , 
qui avait inséré une foule d'articles 
intéressants dans les journaux de mé- 
decine de l'époque , se disposait à 
rassembler un grand nombre de faits 
curieux qu'il avait rencontrés dans 
sa pratique , notamment sur Vanus 
contre nature, les abcès au foie, le té- 
tanos traumatique, la hernie, les am- 
putations, la ligature des artères dans 
le cas d'anévrisme, des veines dans le 
cas de varices, etc. , etc. , quand une 
maladie des plus graves vint l'enlever 
au milieu de sa carrière. Son fils aîné, 
docteur-médecin à Brest , a recueilli 
quelques observations faites par son 
père sur des imperforations d'anus , 
et les a consignées dans la thèse qu'il 
a subie en 1835 , devant la Faculté 
de Paris, sur les vices congéniaux de 
conformation de l'extrémité inférieure 
du tube digestif et sur les moyens d'y 
remédier. Miriel a laissé, indépen- 
damment de ses nombreux articles de 
journaux et d'une grande quantité de 
manuscrits : 1° Eéfilexions théoriques 
et pratiques sur l'anévrisme inguinal, 
Brest, 1812 , in-4° ; 2° Réplique à 
M. Delaporte , second chirurgien en 
chef de la marine à Brest, faisant 
suite aux Réflexions théoriques et pra- 
tiques sur l'anévrisme inguinal, Brest, 
1812, in-i"; S" Notice nécrologique sur 
M. Duret, Brest , 1825 , in-4''. Dans 
cette notice, hommage de piété filiale, 
Miriel fait ressortir les rares talents 
et les immenses services qu'avait 
rendus à la marine et aux sciences 
médicales le savant chirurgien qui , 
peu de temps avant sa mort, arrivée 



MIS 

le 27 juillet 1825, avait été, à son 
insu, honoré des suffrages de l'Aca- 
démie royale de médecine. 

P. L— T. 

iURUI (LoBis), riche marchand 
de tableaux à Rome, a rendu un im- 
portant service aux arts. Il entreprit 
en 1772 de rendre au jour les pein- 
tui'es des Thermes de Titus, dont les 
salles avaient été recomblées depuis 
la découverte qui en avait été faite à 
la fin du quinzième siècle. Il les fit 
déblayer à ses fiais et prendre les 
dessins de toutes les peintures que le 
temps n'avait pas détruites. En 1776, 
il publia, en un vol. in-fol., le résul- 
tat de ses travaux, sous ce titre : Le 
antiche camere délie Terme di Tito e 
le lore pitturc restitute al publico; et, 
bientôt après, parut le recueil de ces 
peintures, gravées par Carlone, en un 
vol. grand in-folio oblong, avec le 
titre : Vestigia délie Terme di Tito et 
loro interne pitturc. Z. 

MISSIESSY (le comte Édocard- 
Thomas Burgues de), amiral français, 
né à Toulon, le 23 avril 1756 , d'une 
famille qui avait déjà fourni à la 
marine plusieurs officiers distingués, 
était à peine âgé de dix ans lorsqu'il 
s'embarqua comme volontaire sur le 
vaisseau ÏJltier, commandé par son 
père. Nommé garde de la marine le 
26 novembre 1770, et enseigne de 
vaisseau en avril 1777, il s'embarqua 
l'année suivante sur le Vaillant, et 
prit part à plusieurs combats livrés 
pour l'indépendance de l'Amérique. 
A son retour en France, il fut créé 
chevalier de Saint-Louis. En novem- 
bre 1791, il prit le commandement 
de la Modeste., et se rendit en toute 
hâte à Alger, pour y remplir une mis- 
sion secrète auprès du dey. Ayant 
réussi complètement dans sa négocia- 
tion, il reçut, pour récompense, le 
portrait en pied de Louis XVI. S'étant 

LXXIV. 



MIS 



129 



montré favorable à la révolution de 
1789, il hit, à la promotion du 1" 
janv. 1792, nommé capitaine de vais- 
seau ; et il eut le commandement du 
Centaure, Ce vaisseau faisait partie de 
l'escadre de la Méditerranée , aux or- 
di-es du contre-amiral Truguet , et il 
était son chef de file dans l'ordre de 
bataille. Pendant le cours de cette 
campagne, Missiessy fut détaché de 
l'escadie avec trois vaisseaux et une 
fi'égate, pour croiser sur les côtes 
d'Italie. Le 1" janvier 1793 , il fiit 
élevé au grade de contre - amiral ; 
mais , soupçonné d'être d'iutelhgencc 
avec les royalistes parmi lesquels fi- 
guraient plusieurs membres de sa 
famille, il fut, au mois de mai, incar- 
céré au fort Lamalgue avec plusieurs 
notables habitants de Toulon. Cette 
ville s'étant trouvée momentanément 
replacée sous l'autorité royale, Mis- 
siessy profita de cette circonstance 
pour passer en Italie, où il resta jus- 
qu'en 1795. A son retour, il fut arrê- 
té, mis en jugement et acquitté. Il fut 
alors appelé à Paris, attaché au dépôt 
des cartes et plans de la marine, et 
adjoint à Borda pour mettre en usage 
dans les ports et arsenaux le nouveau 
système des poids et mesures. On le 
chargea , en outre, de rédiger des si- 
gnaux de côtes ; et , quelques mois 
après , il fut nommé directeur-adjoint 
de l'école de construction navale. En 
1801, il fut employé comme chef 
d'état-major-général de l'armée com- 
binée, réunie à CadLx sous le com- 
mandement de l'amiral Truguet. Rap- 
pelé à la fin de 1802, on lui conféra 
le titre de préfet maritime , avec la 
direction des travaux relatifs à la 
construction des bâtiments destinés à 
la descente en Angleterre. Au mois de 
juillet 1803, il fut nommé préfet ma- 
ritime au Havre, et prit, trois mois 
après, le commandement d'une divi- 



130 



MIS 



sion de l'armée navale de Brest, aux 
ordres de l'amiral Truguet. Lorsque 
Napoléon sembla vouloir, en 1805, 
opérer l'invasion des îles Britanni- 
ques, il confia à Missiessy le com- 
mandement d'une escadre, qui par- 
tit de Rochefort, le 11 janvier, pour 
les Antilles, où cette escadre devait 
se réunir à la flotte sortie de Toulon 
vers la même époque, sous les ordres 
du vice-amiral Villeneuve (v. ce nom 
XLIX, 40). Après avoir été retenu 
pendant plusieurs jours dans le golfe 
de Gascogne par des vents contraires, 
Missiessy continua sa route, ravitailla 
la Martinique et la Guadeloupe, s'em- 
para de la Dominique, des îles de 
Nièves et de Saint-Christophe. Ces 
opérations teiminées, il crut avoir 
rempli le bu de son expédition, et se 
prépara à retourner en Europe. Sur sa 
route, il déhvra Santo-Domingo, qui 
était assiégé par une multitude de 
nègres et bloqué, du côté de la mer, 
par quelques bâtiments de guerre 
anglais; il débarqua dans cette île 
un bataillon de renfort avec des mu- 
nitions , et revint en France après 
avoir éludé deux escadres anglaises 
envoyées à sa poursuite. « Napo- 
« léon, disent les Mémoires du duc 
« de Rovigo, fut vivement contrarié 
" de la rentrée à Rochefort de l'es- 
" cadre commandée par Missiessy. 
« Cet amiral était de deux ou trois 
« mois en avance, et ramenait sur 
« nos côtes la flotte anglaise, qui 
« était à sa poursuite depuis son dé- 
" part. Il avait ainsi manqué le but 
" de sa croisière, car on n'avait pas 
« eu d'autre projet, en faisant sortir 
" les vaisseaux que nous avions à 
" Toulon, à Cadix et à Rochefort, 
" que de disperser sur les mers les 
« escadres anglaises, et de les éloi- 
'< gner des côtes que nous voulions 
'< occuper. « Missiessy allégua, pour 



MIS 

sa justification, qu'il avait reçu des 
dépêches qui lui ordonnaient de re- 
venir en France , parce que l'amiral 
Villeneuve, contraint par une tem- 
pête de rentrer à Toulon, ne pouvait 
arriver aux Antilles dans l'espace de 
temps convenu. Quoi qu'il en soit , 
on l'accusa d'avoir, par sa précipita- 
tion , fait manquer une expédition 
importante ; mais il prétendit , au 
contraii-e, avoir accompli une mis- 
sion fort utile à l'État, et deman- 
da en récompense le grade de vice- 
amiral , auquel, du reste , il avait 
droit par son ancienneté ; cet avance- 
ment ne lui ayant pas été accordé, il 
donna sa démission. Ce ne fut qu'en 
1808 qu'il consentit à prendre le 
commandement de l'escadre de l'Es- 
caut, sous la promesse que lui fit le 
ministre Decrès d'une prochaine pro- 
motion : Missiessy fut, en effet, nommé 
vice-amiral au commencement de 
1809. Dans ces nouvelles fonctions, 
il déploya le plus grand zèle et une 
activité infatigable ; il introduisit de 
sages réformes et s'appliqua surtout 
à maintenir la plus sévère discipline. 
Lorsque les Anglais débarquèrent à 
la fin de juillet 1809 dans l'île de 
Walcheren, il partagea avec Fouché 
{voy. ce nom, LXIV, 328) la gloire 
d'avoir gaianti contre un coup de 
main la ville d'Anvers, dont la prise 
aurait eu les plus funestes consé- 
quences. En récompense des services 
qu'il rendit dans cette occasion, l'em- 
pereur lui conféra le titre de comte, 
et le nomma commandant en chef 
des Côtes-du-Nord. Mais ce fut sur- 
tout lors du bombardement d'Anvers 
par les Anglais, les 2, 4 et 5 février 
1814, que la conduite de Missiessy 
mérita les plus giands éloges. Revenu 
à Paris après l'évacuation de la Bel- 
gique, il fit partie des deux commis- 
sions auxquelles on confia l'organisa- 



MIS 

tion de la marine. A la nouvelle du 
débarquement de Napoléon sur les 
côtes de Provence en 1815, il fut 
chargé par Louis XVIII de former 
un corps d'officiers de la marine et 
du génie en non-activité et de le 
commander , mais la rapidité de la 
marche de Napoléon empêcha l'exé- 
cution de ces mesures. Pendant les 
Cent-Jours, Missiessy se tint à l'é- 
cart, soit qu'il fût sincèrement atta- 
ché à la cause des Bourbons, soit 
qu'il eût deviné 1 espèce de défiance 
qu'il avait toujours inspirée à l'empe- 
reur, qui, si l'on en croit le Mémorial 
de Sainte-Hélène^ dit à Las-Cases en 
1816, que « cet amiral était un hom- 
me peu sûr; que sa famille avait livré 
Toulon. » Après le second retour de 
Louis XVIII, Missiessy fut nommé 
préfet maritime, puis commandant 
de la marine à Toulon. Au mois d'a- 
vril 1831 , il fut placé dans le cadre 
de réserve des vice-amiraux, et admis 
à la retraite l'année suivante. L'amiral 
Missiessy mourut le 4 mars 1837. Il 
était grand'-croix de Saint-Louis, de 
la Légion-d'Honneur et chevalier du 
Saint-Esprit. On a de lui ; I. Sigruiux 
des armées navales, Paris, 1786, in- 
i°. II. Arrimage des vaisseaux, Paris, 
1789, 10-4". III. Traité théorirjue et 
pratique du gréement des vaisseaux 
avec le développement des condi- 
tions de la mâture et de la voilure , 
ouvrage présenté au Conseil des 
Cinq-Cents, par le député Marec qui 
en fit l'éloge, et imprimé aux frais 
du gouvernement , Paris , an IV 
(1796), in-4«. IV. L'Installation des 
vaisseauxy Paris, an VI(1797), in-i". V. 
Moyens de procurer aux vaisseaux de 
différents rangs des qualités pareilles, 
et une égale activité dans les manœu- 
vres, etc., Paris, 1803, in-8''. VL Tac- 
tique et signaux de jour, de nuit et de 
brume, etc., 1827- H— Q — n. 



MIS 



131 



MISSIRIEX (Guy Autret, sieur 
de), historien de la province de Breta- 
gne, au XVIP siècle, vivait dans son 
manoir de Lézergué près Quimper, 
» où, sans charge et sans occupation, 
«■ disait-il, il possédoit en repos la 
« plupart de son loisir et de sa sohtu- 
» de sans solitude, où sa vie se pas- 
« sait dans un calme continuel, et où, 
« entre toutes les estudes, il avoit 
" heureusement faict eslection de 
" celle de l'histoire, comme la plus 
« convenable àses inclinations, etc. » 
il paraît néanmoins qu avant de goû- 
ter ce repos, il avait servi son pays ; 
car, il dit dans une exhortation à la 
guerre d'Espagne, de 1637 (préface 
de ses annotations sur les privilèges 
des nobles de Bretagne), « qu'il sou- 
" haiteroit redevenir, de soldat, ora- 
' leur, pour persuader efficacement 
" à ses compatiiotes de s'armer pour 
" le roi dans cette circonstance. « Et 
plus loin, il ajoute: « Que s'il con- 
« seilloit la guerre, c'est qu'il estoit 
« tout prêt d'y marcher et de faire 
• voir qu il manioit aussi bien l'es- 
" pée que la plume. » De sa retraite, 
il entretenait des correspondances ac- 
tives avec beaucoup d'hommes ins- 
truits de sa province et de Paris. Il 
mourut à Lézergué en 1660. Il a 
laissé ri" Annotations^ où l'on traicte 
sommairement des privilèges des no- 
bles de Bretagne, touchant iarrière- 
ban et de la nécessité de la guerre 
rontre l'Espagne, Nantes, 1637, in-4''. 
Ces annotations contiennent des re- 
marques utiles et des réflexions soli- 
des. 2° Projet d'une histoire généalo- 
gique des rois, ducs, comtes et princes 
de Bretagne, Nantes, 1642, in-4''. 
L'histoire projetée par Missirien, et à 
laquelle il travailla pendant quinze 
ans, ti'a pas vu le jour. 3^ Fies, ges- 
tes, morts et miracles des saints de la 
Bretagne armorique, par le P. Al- 

9. 



132 



MIT 



bert Legrand...^ revu, corrigé et aug- 
menté de plusieurs vies des saints de 
Bretagne en cette seconde édition, par 
messire Guy Autret, chevalier, sieur 
de Missirien et de Lezergué, Rennes, 
1659, in-4°; 3' édition, Rennes, 1680, 
in-4''. Missirien , indépendamment 
des corrections qu'il fit à l'ouvrage du 
P. Albert Legrand {voy. ce nom, 
LXXI, 200), y ajouta des notes et 
deux légendes nouvelles. P. L — t. 

MITGUELL (Joseph), auteur 
anglais, né vers 1684, était fils d'un 
tailleur de pierres. Il s'attacha telle- 
ment à sir Robert Walpole, qui de 
son côté le traita très-généreusement, 
qu'on l'appelait communément le 
poète de ce ministre. Par suite de son 
inconduite et de son imprévoyance, 
Mitchell n'eut jamais qu'une exis- 
tence précaire. Ayant un jour confié 
le mauvais état de ses finances au 
poète Aaron Hill, l'ami de tous les 
malheureux, celui-ci fort gêné alors 
lui-même, lui abandonna la proprié- 
té d'une de ses tragédies, VExtrava- 
gance fatale. Cette pièce parut sous 
le nom de Mitchell, mais il eut en- 
suite assez de délicatesse pour la dé- 
savouer et la rendre au véritable au- 
teur, en se contentant du produit 
considérable qui en accompagna le 
succès. Mitchell mourut en 1738. 
On a de lui des poésies, 2 vol. in-8°, 
1729, et la Belle Montagnarde, opé- 
ra, 1731, in-8". Ces ouvrages ne s'é- 
lèvent pas au-dessus du médiocre. 
S— D. 
MITCHELL (sir André), amiial 
anglais, naquit, en 1757, dans le mi- 
di de l'Ecosse , d'une famille noble. 
Après avoir terminé son éducation à 
Edimbourg, il entra dans la marine, 
et placé sur le gaillard d'arrière du 
Bippon, commandé par l'amiral Ver- 
non, avec lequel il fit le voyage de 
l'Inde en 1776, il se comporta si 



MIT 

bien dans cette campagne, qu'il fut 
l'exemple peut-être unique d'un jeune 
homme se rendant en Asie comme 
midshipman, et revenant en Europe 
avec le grade de capitaine. La France 
s'étant déclarée en faveur des insurgés 
d'Amérique, l'Inde devint aussi le 
théâtre de la guerre; Mitchell, après 
avoir servi quelque temps sur le 
même bord, fut promu, en 1778, au 
commandement du Coventry, de 28 
canons. Avec ce petit bâtiment, il eut 
peu d'occasions de se faire remar- 
quer; ce ne fut qu'en 1782, qu'ayant 
été chargé de croiser sur les côtes de 
Ceyian, il montra un grand courage 
et beaucoup d'habileté dans un com- 
bat contre la Bellone, frégate fran- 
çaise de 40 canons. A la suite de cette 
action, il fut nommé capitaine du 
Sultan, de 74, avec lequel il se trouva 
dans plusieurs affaires générales. En 
mars 1783 , il reçut le commande- 
ment d'une petite escadre destinée à 
intercepter les croiseurs français , et, 
au mois de juin suivant, se distingua 
à la bataille de Goudelour, qui se 
donna entre les flottes des amiraux 
Hughes et SufFren, et qui resta indé- 
cise. A la cessation des hostilités, sir 
André retourna en Europe avec un 
convoi : il avait amassé une grande 
fortune , produit des riches prises 
qu'il avait faites ; mais à son arrivée 
à Londres , il la trouva dissipée par 
celui qu'il avait chargé de l'adminis- 
trer. Il resta sans emploi pendant la 
paix; mais aussitôt que la guerre fut 
déclarée entre la France et l'Angle- 
terre, au commencement de l'année 
1793 , il reçut le commandement de 
Y Asie, de 64 canons, puis de l'Impre- 
nable, de 90, sous les ordres de l'a- 
miral Howe. En 1795, il fut promu 
au grade de contre-amiral, mais n'eut 
aucune occasion de se faire remar- 
quer jusqu'en 1799, où il arbora son 



MIT 

pavillon de vice-amiral à bord de la 
Zétande, de 64 canons, et bientôt 
après, sur Ylsis, de 50. Le gouverne- 
ment anglais voulait alors frapper un 
coup décisif sm' le continent; il fit en 
conséquence réunir un grand nombre 
de transports ; un corps considérable 
de troupes fut envoyé vers la côte, et 
une escadre fut mise sous les ordres 
de Mitchell. L'armée de terre avait 
le duc d'York pour général. Piche- 
gru venait de s'emparer de la Hollan- 
de : c'est vers ce pays que tous les 
eflPorts des Anglais furent dirigés. Sir 
André, après avoir opéré la descente 
des troupes, s'avança dans le Zuyder- 
zée, somma l'amiral hollandais Storey 
ou Story de se rendre en arborant le 
pavillon de la maison d'Orange, et 
contribua à la défection de la flotte 
hollandaise, malgré l'opposition de 
Storey qui se déclara prisonnier de 
guerre et voulut être traité comme tel. 
Les Anglais eurent d'abord l'avantage 
sur terre ; mais l'arrivée du général 
Brune avec un corps considérable de 
troupes françaises, changea bientôt la 
situation des affaires , et l'armée an- 
glaise se vit forcée d'évacuer la Hol- 
lande. Mitchell fut nommé, à son re- 
tour en Angleterre, chevalier de l'or- 
dre du Bain et amiral de l'escadre 
Rouge. Il servit , en 1800, dans la 
flotte du Canal, à bor4 du fVindsor- 
Cas t le, de 98 canons, ^jiis les ordres 
des amiraux Bridport et Cornwallis. 
Il croisa, l'année suivante, sur les côtes 
d'Irlande avec une division de 15 
vaisseaux de ligne, et fut enfin nom- 
mé , en 1802, commandant en chef 
dans l'Amérique du Nord, où il se 
rendit à bord du Léandre^ de 50 ca- 
nons ; sa station était à Halifax. Il eut 
ordre de suivre la flotte française ex- 
pédiée à Saint-Domingue , mais il ne 
put l'entamer. Une insurrection assez 
violente s'étant manifestée, en 1803, 



MIT 



133 



à bord de quelques vaisseaux de son 
escadre, il vint à bout de la compri- 
mer par sa fermeté, et fit pendre aux 
vergues quelques - uns des plus mu- 
tins. Il fut remplacé, en 1818, dans 
la station d'Halifax ; et dès cette 
époque il vécut dans la retraite. Mit- 
chell est mort depuis quelques années. 
— Son fils aîné avait été fait prison- 
nier de guerre par les Français, le 16 
février 1805 , sur la frégate la (7/eo- 
pâtre, qu'il commandait et qui fut 
obligée de se rendre à la frégate fran- 
çaise la Ville de Milan , après un 
combat sanglant. D — z — s. 

MITCHILL (Samuel-L.), méde- 
cin américain, très-prononcé dans le 
parti démocratique, naquit en 1763, 
à Long-Island , état de New- York. 
Lorsque la Grande-Bretagne eut re- 
connu le gouvernement américain, 
Mitchill alla faire ses études à l'Uni- 
versité d'Edimbourg. Il voyagea en- 
suite pendant plusieurs années en 
France et en Angleterre pour termi- 
ner son éducation. Il était de retour 
dans sa patrie en 1786. Il ne tarda 
pas à s'y faire distinguer par ses con- 
naissances en histoire naturelle et en 
économie politique, et fut choisi par 
le ville de New- York pour la repré- 
senter au Congrès. Mitchill s'est sur- 
tout occupé de la production , de la 
composition et de l'opération du flui- 
de pestilentiel, ou de l'histoire de ces 
gaz ou vapeurs qui infectent l'at- 
mosphère et excitent des maladies 
fébriles. La doctrine de Septon, of- 
ferte par lui et ses élèves au monde 
savant, forme une époque remarqua- 
ble dans l'histoire de la science mo- 
derne. Il contribua puissamment à 
l'expédition de Lewis et Clarke, pour 
franchir les Montagnes Rocheuses, et 
à l'établissement des communications 
entre l'Hudson et les grands lacs. Il 
encouragea aussi Robert Fulton, 



134 



MIT 



dans ses expériences sur les bateaux 
à vapeur. Mitchill mounit le 7 sept. 
1831. Étant sénateur au Congrès des 
États-Unis, il avait publié plusieuis 
Mémoires, parmi lesquels on distin- 
{juc celui qui concerne ses Excursions 
géologiques et 7n i né ra logiques sur les 
bords de l'Hudson, 1796, in-S". Z. 

MITFOllD (Guillaume), histo- 
rien anglais, frère de lord Redesdale, 
naquit à Londres, le 10 février (an- 
cien stvle) 1744; et, après avoir fait 
ses études classiques à l'école de 
Surrey, passa au collège de la Reine, 
à Oxford, mais sans y prendre de de- 
grés. Il commença l'étude du droit 
à Middie-Temple ; puis, s'étant dé- 
goûté du barreau avant même d'avoir 
été reçu, tandis que son frère faisait 
de rapides progrès dans cette carrière, 
il embrassa la profession militaire, et 
fut successivement capitaine (1769- 
79), lieutenant -colonel (1779-1802) 
et enfin colonel, mais seulement pen- 
dant un an et deux mois, au bout 
desquels il fut mis à la retraite. 
C'est à la milice et non pas à l'armée 
qu'appartenait Milford. Aussi, malgré 
ce long laps de temps durant lequel il 
porta l'cpaulette, ne fit-il pas la guer- 
re. Cependant il ne laissait pas de la 
comprendre et il s'acquit de la répu- 
tation, sous ce rapport, par l'ouvrage 
spécial qu'il composa sur les forces 
militaires de la Grande Bretagne, dans 
le temps où il siégeait à laCbambredes 
Communes, pour la ville de Newport ; 
et, depuis il fut presque constamment 
réélu pendant trcnte-tiois ans (1° de 
1785 à 1790, par iS'e^\-port , en rem- 
placement de Coghill; 2° de 1796 à 
1806, par Beeralston, trois fois; 3° de 
1812 à 1816, par New-Romney). Son 
élection à Beeralston eut principale- 
ment pour auteur le duc de Northum- 
berland, dont il se trouvait assez pro- 
che parent par sa mère (née Revely), 



MIT 

et qui, pendant les deux sessions an- 
térieures à 1796, avait donné pour 
représentant à ce bourg le frère de 
notre historien. Sans beaucoup par- 
ler à la Chambre, Mitford jouissait 
d'une considération marquée; et, lors- 
qu'il prenait la parole pour des ob- 
jets relatifs à l'administration mili- 
taire, on l'écoutait comme une au- 
torité. On remarqua surtout le dis- 
cours par lequel, en 1798, il com- 
battit le projet de Dundas , qui aug- 
mentait l'état-raajor de la milice. Mit- 
ford, en entrant dans ce corps, y avait 
trouvé, pour lieutenant-colonel, le 
célèbre historien Gibbon, auquel il 
succéda en 1779. Cette circonstance 
fut sans doute pour quelque chose 
dans le penchant qui le porta depuis 
vers les matières historiques. Mit- 
ford était fort à l'aise, son père lui 
ayant laissé une belle fortune dans le 
comté de Southampton (1761). Elle 
s'augmenta considérablement en 1802 
par une succession provenant de la 
famille de sa mère. Les biens de celle- 
ci étaient dans le comté d'York ; 
cependant il continua de résider à 
Exbury, qu'il avait hérité de son 
père, et dont la situation sur la côte, 
vis-à-vis de Yarmouth (dans l'île de 
Wight), est délicieuse. C'est là qu'il 
mourut, âgé de quatre-vingt-trois 
ans juste, 14^0 février 1827. On a 
de lui : I. Imrtoire de la Grèce, Lon- 
dres, 1784-1810, 4 vol. in-4». C'est 
son principal ouvrage. Il mit beaucoup 
de temps à l'écrire. Sans être fort au- 
dessus d'une compilation, il se recom- 
mande par d'intéressantes recher- 
ches, fait bien comprendre l'existence 
des Grecs et surtout les opérations 
militaires. II. Essai sur l'harmonie du 
langage, et principalement sur l'har- 
monie de l'idiome britannique, Lon- 
dres, 1774, in-S" (anonyme); 2' édit., 
1804. C'est un excellent ouvrage en 



MIT 

son genre, et Isidore Roches, qui l'ad- 
mirait vivement , exprimait souvent 
le regret de ne pas en être l'auteur. 
m. Traité des forces militaires de la 
Grande-Bretagne, et notamment de 
la milice de ce royaume, in-S". Nous 
avons vu que cet écrit valut à Mit- 
ford de la renommée comme tacti- 
cien. IV. Considérations sur l'opi- 
nion émise que les îles britan- 
niques ne produisent pas suffisam- 
ment de grains pour ta consommation, 
etc., 1791. Cette opinion avait été 
énoncée par les membres de la com- 
mission des grains, dans une repré- 
sentation au roi sur les lois rela- 
tives aux céréales. Contrairement à 
ceux-ci, Mitford pensait, entre autres 
détails, que l'Irlande, non-seulement 
peut, mais peut sans peine fournir à 
la consommation en grains de ses 
habitants. Cette face de la question 
mérite certes d'être mentionnée. Peut- 
être Mitford avait-il encore raison 
alors dans son optimisme; mais on 
sent que l'énorme augmentation de 
la population de l'Irlande n'a pu faire 
autrement que de changer les choses 
depuis ce temps. P — ot. 

MITFORD (JEà>j-FREEMA>), ba- 
ron de Redesdale, orateur et homme 
d'État, frère du précédent, était plus 
jeune de quatre ans : il naquit le 18 
août 1748. De l'école de Winchester 
où il fit ses premières études, il passa 
au nouveau collège à Oxford ; puis , 
résolu à entier dans la carrière des 
lois , comme son père , il suivit les 
cours au Temple; et, plus persévérant 
que son aîné, il devint au bout du 
temps voulu membre du barreau. S'é- 
tant attaché à la Cour de chancellerie, 
il acquit bientôt une certaine répu- 
tation pour tout ce qui regardait les 
affaires d'équité ; et même , s'il faut 
s'en rapporter à ses admirateurs, il 
n'y avait en Angleterre nul légiste 



MIT 



13S 



qui l'égalât dans cette spécialité. 
Aussifut-il choisi, dès 1784, pour con- 
duire en partie les débats de la Cour 
de chancellerie, ce qui n'ajouta pas 
peu au renom qu'il avait déjà su se 
faire , en lui donnant , en quelque 
sorte , la consécration officielle. Il en 
profita bientôt pour entrer au Parle- 
ment , cil d'ailleurs la protection a- 
vouée du duc de Korthumberland, 
parent des Mitford , ainsi qu'on l'a 
dit plus haut, lui assurait une entrée 
facile. Nommé, en 1788, membre de 
la Chambre des communes, pour 
Beeralston, il fut ensuite réélu deux 
fois par ce bourg (1789 et 1790) , 
qui, après la fin de cette dernière lé- 
gislature (1795), transporta ses suf- 
frages sur son aîné , de l'aveu des 
deux frères et du duc. Il continua 
de siéger à la Chambre, pour East- 
Love, jusqu'à ce que le ijiinistère, 
en le créant baron de Redesdale, l'en- 
voyât siéger à la Chambre des pairs 
(1802). Mitford , pendant ces qua- 
torze années, avait voté avec le mi- 
nistère sur toutes les grandes ques- 
tions, et avait secondé toutes les me- 
sures politiques du cabinet. Ce n'é- 
tait point servihté, c'était la suite de 
ses principes , de son torysme rai- 
sonné, froid et inébranlable , et de la 
ténacité qui formait la base de son 
caractère. Ainsi , par exemple , on le 
vit, pendant les diverses phases du 
procès Ilastings ( lequel , au reste , 
était d'autant plus de son ressort que 
c'était une affaire d'équité), faire tous 
ses efforts pour empêcher la procé- 
cédure soit d'être conduite dans un 
esprit hostile au célèbre gouverneur 
des Indes ( voy. Hastisgs , LXVl , 
463 ) , soit de compromettre des 
secrets d'état ; et, en 1790, lors de 
l'installation d'une nouvelle législa- 
ture, il soutint , en principe , qu'un 
empêchement moiu'ait avec la Cham- 



136 



MIT 



bre qui 1 avait fait , et que , conse- 
fpicmment, les élus de 1790 ne pou- 
vaient reprendre une accusation pé- 
rimée. En 1791 , il parla contre la 
célèbre proposition de Fox , qui ten- 
dait à investir le jury du droit de 
prononcer, en matière de presse, avec 
la même latitude que sur toute autre 
matière criminelle. La même année 
aussi, il vit admettre par la Chambre 
et convertir en loi une proposition 
qu'il avait faite en 1789 , et dont le 
but était d'affranchir les catholiques 
de certaines incapacités et peines qui 
lui semblaient sans utilité : ce projet 
n'avait été repoussé qu'à cause de 
quelques objections pratiques dont la 
cause cessa de subsister dans l'inter- 
valle. Il ne faudrait pas s'imaginer, 
d'après ce fait isolé, que Mitford fût le 
moins du monde favorable à l'éman- 
cipation absolue des catholiques : au 
contraire , rien n'était plus loin de sa 
pensée, et il était impopulaire au plus 
haut degré parmi les partisans de 
l'éghse romaine. Aussi fut- on un peu 
étonné de le voir nommer, en 1802, 
chancelier pour l'Irlande, à peu près 
en même temps que baron de Redes- 
dale. Cette haute position avait été 
précédée de beaucoup d'autres grâces 
du cabinet. Il avait été nommé , en 
1789, juge des grandes sessions pour 
les comtés de Cardigan , Pembroke 
et Carmathen; en 1793, avocat-géné- 
ral , en remplacement de sir John 
Scott (lord Eldon), et , en 1799, pro- 
cureur-général , aussi à la place de 
lord Eldon qui devenait premier pré- 
sident de la Cour des Comnion Pleas. 
Peu de temps après, la Chambre la- 
vait choisi pour président (1801), 
élection qui fut l'ouvrage de Pitt et 
des torys. C'était au moment où ve- 
nait dêtre prononcée l'union de 
l'Irlande à l'Angleterre, et pour con- 
solider cette grande mesure, pour a- 



MIT 

chever d'éteindre les germes de trouble 
et de révolte si nombreux dans cette 
île infortunée, Pitt voulait des hommes 
qui eussent comme lui une fermeté 
inébranlable, une sévérité stricte, et 
la science des faits. C'est comme réu- 
nissant ces qualités qu'il comprit Re- 
desdale parmi les membres de l'ad- 
ministration supérieure spéciale de 
l'Irlande. Ainsi qu'on l'a dit, ce choix 
surprit; il fut très-impopulaire. Une 
correspondance de Mitford et de lord 
Fingal, publiée vers le même temps, 
anima encore plus les esprits contre 
Redesdale. Il n'eût saus doute jamais 
triomphé de ces impressions ; d'ail- 
leurs il n'en eut pas le temps. Il n'a- 
vait guère passé qu'un an en Irlande, 
agissant avec beaucoup de mesure 
et de régularité, mais nécessairement 
très-sévère et très-défiant dans un 
pays qui cache si peu son aversion 
pour l'Angleterre, quand le ministère 
Pitt fut renversé. Le nouveau cabinet 
ne se contenta pas de remplacer Re- 
desdale : l'installation de Ponsonby, 
son successeur, fut accompagnée de 
circonstances injurieuses à celui qui 
se retirait. On comprend que Redes- 
dale, pendant les années qui suivirent 
et jusqu'à la mort de Fox, fut de l'op- 
position. Ce fut la seule époque de sa 
vie où il ne marcha pas avec le pou- 
voir, car ce fut la seule où il ne vit 
pas les torys à la tête des affaires; et 
il mourut dans l'année où commença 
la série des ministères vvhigs. Il devait 
encore s'écouler bien du temps d'ici-là. 
Mais un mouvement marqué des es 
prits poussait l'opinion du côté de 
ces mesures libérales, qui, justes en 
elles-mêmes, avaient pour fin de ren- 
dre moins solide le vieil édifice de 
la constitution anglaise. Redesdale en 
combattit toutes les manifestations 
dans la Chambre des pairs. La péti- 
tion des catholiques aux deux Cham- 



ivnT 

bres, en 1805, appuyée par lord 
Grenville, trouva en lui un vigoureux 
antagoniste; il déclara les modifica- 
tions demandées par les pétitionnaires 
incompatibles avec la paix publique, 
la sûreté des protestants et l'union 
de l'Irlande avec la Grande-Bretagne. 
En 1807, il s'éleva contre l'abolition 
de la traite des noirs et en général 
contre la tendance moderne à baser 
des dispositions législatives sur des 
principes abstraits et absolus, et il 
renouvela cette proposition en 1826. 
En 1812, quand la prolongation de 
l'impôt sur le revenu fit jeter les 
hauts cris aux propriétaires, il sou- 
tint la convenance et l'utilité de cette 
taxe et exprima des regrets de la voir 
abolie. Il se déclara de même , en 
1817, contre le bill des droits sur la 
drèche et les pensions, à propos de 
l'article qui, en ne parlant que des 
sacrifices volontaires faits par les 
personnes pourvues d offices ou rece- 
vant pension, leur imposait en réalité 
une taxe onéreuse, et il démontra 
sans réplique combien il était im- 
prudent et injuste de laisser ainsi la 
Viaine publique frapper des hommes 
dont on enviait la position, ordinai- 
rement méritée par de longs travaux 
et que leur résignation , leurs dons 
volontaires n empêcheraient pas d'ê- 
tre en butte aux mêmes préjugés, aux 
mêmes rancunes. Lorsque le célèbre 
procès de la reine (1820) vint servir 
de pâture aux paitis, il se prononça 
formellement contre les prétentions 
de cette princesse; et il est un de ceux 
auxquels on attribue l'amère ré- 
ponse faite par un pair tory à un 
rassemblement qui voulait le forcer 
à crier Five la reine '. Vive la prin- 
cesse Caroline ! « Puissent tous ceux 
qui me dictent ce cri, avoir une 
femme pareille à la princesse ! » Quand 
l'agitation de l'Irlande , en 1822 , 



MIT 



137 



provoqua de la part du cabinet un 
bill ayant pour but des mesures 
sévères et la suspension de ïhabeas 
corpus dans cette île, il appuya de 
toutes ses forces la proposition. Très- 
ennemi de la liberté du commerce 
des grains, il se prononça plus d'une 
fois (1825, 1827, 1828) contre ce 
système, qu'il jugeait incompatible 
avec la sécurité du royaume et avec 
la prospérité de la nation. En 1827 
notamment, il proposa sur ce sujet 
une série de résolutions, parmi les- 
quelles nous lemarquerons celle qui 
ne permettait l'entrée du grain étran- 
ger que moyennant un droit varia- 
ble , lequel irait grossissant plus 
que proportionnellement , si le prix 
moyen ou prix régulateur tombait 
au-dessous de 60 shillings par quar- 
ter, et diminuerait au contraire de 
plus en plus rapidement à mesure 
que le prix régulateur (60 shil.) se- 
rait de plus en plus dépassé. Cette 
motion au reste n'eut point de suite. 
Il déploya la même énergie en 1828 
contre le rappel de la loi du test; et 
à ceux qui tentaient d'alarmer la re- 
ligion de la Chambre, en disant que 
cette loi était cause chaque année 
d'une infinité de parjures, il répondit 
que les parjures étaient la faute 
non pas de la loi, mais de ceux qui, 
pour des avantages temporels, trahis- 
saient leur conscience et mentaient à 
Dieu. La dernière affaire grave sur 
laquelle il prononça un discours 
étendu, fut le bill pour les petits bil- 
lets des banques d'Ecosse. Il défendit 
le système des restrictions mises à 
la faculté d'émettre de petits billets; 
et, pour prouver la justesse de ses ap- 
préhensions sur ce point, il fit l'his- 
toire financière du pays vers 1797, 
époque à laquelle commence le sys- 
tème des restrictions. Cet ensemble 
de dates parlementaires nous montre 



138 MIT 

dans Redcsdale un des caractères les 
plus complets, les plus tout d'u- 
ne pièce qu'il soit possible d'imagi- 
ner. Comme administrateur, comme 
magistrat, il fut le même, et l'on put 
s'en apercevoir surtout pendant Tan- 
née 1794, où il eut à conduire deux 
fameux procès, l'un contre Hardy, 
l'autre contre Ilorne Tooke; il y fit 
preuve de talent, d'éloquence même; 
mais le trait dominant de sa physio- 
nomie dans toutes ces luttes juridi- 
ques, c'était une sévérité inflexible, et 
à qui, ni sophismes d'avocat, ni belles 
paroles de rhéteur, ni protestations 
hypocrites d'attachement à la monar- 
chie et à la constitution ne pouvaient 
donner le change. Aussi ses ennemis 
politiques le trouvaient-ils impitoyable 
et cruel. LordRedesdale mourut le 16 
janvier 1830, à Batsford-Park près de 
Moreton (Glocester). Il n'a laissé que 
deux ou trois brochures de médiocre 
importance, plus un Traité de la pro- 
cédure de la Cour de la Chancellerie, 
qui eut 3 éditions (1782, 1787, 
1804), et qui est classique sur cette 
matière. P — ot. 

MITTIÉ (Stamslas), né à Paris 
en 1737, était petit-neveu de Massil- 
lon et parent de Jean Mittié {yoy. ce 
nom, XXIX, 182), médecin de Sta- 
nislas roi de Pologne. Il fut d'abord 
contrôleur des domaines du roi et 
de la généralité de Paris, puis rece- 
veur-général des domaines. Il mou- 
rut dans cette ville en 1816. On a de 
lui : I. Plan d'administration pour les 
charités publiques, Paris, 1789, in-i". 
n. Plans adressés à l Assemblée natio- 
nale, Paris, 1790, in-8°. III. Observa- 
tions adressées aux Consuls et au Con- 
seil d'État, sur la législation fiscale 
des domaines nationaux, suivies du 
projet de lois réglementaires, pour la 
réorganisation de cette régie, Paris, 
1800, in-8°. rs\ Projet d'embellisse- 



MOD 

ments et de monuments publics de 
Paris, suivis des moyens d'exécution, 
et du programme d'une fête pour célé- 
brer l'anniversaire de Mars, Paris, 
1804, in- 12. V. Plan d'administration 
générale des secours et des travaux 
publics, Paris, 1809, in-8°. VI. Let- 
tre à S. M. le roi de France et de Na- 
varre, sur les moyens d'éteindre radi- 
calement le fléau redoutable de la 
mendicité, Paris, 1815, in-8°. Z. 

MOAB ^ dont le nom signifie, en 
hébreu, fils de mon père, naquit de 
l'inceste de Loth avec sa fille aîn^e. 
C'est de lui que sortirent les Moabi- 
tcs, qui s'opposèrent à l'entrée des Hé- 
breux dans la Terre promise. Vain- 
cus ensuite par David, ils devinrent 
tributaires des Juifs ; plus tard ils se- 
couèrent le joug, mais ils furent de 
nouveau soumis par Josaphat. T — d. 

MODÈIVE (Jean de Puimond, sei- 
gneur de), est désigné comme le pre- 
mier qui ait porté ce titre (1). Les 

(1) La maison de Raimond florissait, dès le 
milieu du oniième siècle, parmi l'ancienne 
chevalerie du Languedoc, de la Provence, du 
Dauphifié et du comté d'Avignon ; elle est 
très-probablement originaire de la premiè- 
re de ces provinces. Mais richement pos- 
sessionnée dans le diocèse de Carpentras , 
au milieu du treizième siècle , elle s'est, 
depuis cette époque , constamment main- 
tenue , par ses services et ses alliances , 
au rang des familles les plus illustres et les 
plus considérables du Comut. C'est à celte 
maison qu'appartenaient : 1° Guillaume de 
Raimond, évêque de Magueloneen 1190, mort 
le 27 janvier i 195, et dont les historiens ecclé- 
siastiques parlent comme d'un homme aussi 
recoramandable par ses vertus que par sa nais- 
sance. Il éiait petit-fllsde Guillaume de Rai- 
mond, chevalier, qui se croisa pour la Terre- 
Sainte en 1096, à la suite de Raimond de Saint- 
Gilles, comte de Toulouse; et, en mémoire de 
cette expédition, transmit à ses descendants 
la croix de gueules chargées de cinq coquil- 
lages d'argent . 2" Hugues de Raimond , 
juge royal de Beaucaire , maître des re- 
quêtes de l'hôtel de Louis XI, et qui fut, 
en cette qualité, l'un des commissaires nom- 
més par le roi, en 1&76, pour se transporter 
à Montpellier, à l'assemblée des États de Lan- 
guedoc, et y demander un subside dont ce 



MOD 



MOD 



139 



fastes de la ville d'Avignon le citent 
avec éloge. — Jacques de Raimond de 
Mormoiron, baron de Modè>'e, com- 
mandait une compagnie de rarmëe 
catholique, dans le combat qui fut 
livré aux religionnaires près d'Avi- 
gnon, le 3 août 1562. Il était le fils 
aîné de François de Raimond de 
Mormoiron, qui mourut en 1566, et 
lui donna le château et la juridiction 
de Modène, ainsi que tout ce qu'il 
possédait à Mormoiron, avec charge 
de substitution en faveur de ses en- 
fants mâles et légitimes. — Marie de 
Raimond-Modèse épousa, en 1608, 
Jean-Baptiste d'Ornano, maréchal de 
France, qui mourut sans postérité, au 
château de Vincennes, le 2 septem- 
bre 1626. Une de ses sœurs devint 
femme d'un autre d'Ornano, pre- 
mier écuyer de Gaston d'Orléans, 
et frère puîné du maréchal. — Fran- 
çois de Raimond de Hlormoiron , 
deuxième du nom, baron de Modène, 
grand -prévôt de France, fut dé- 
puté en 1603 par les états du comté 
Venaissin vers Henri IV, pour se 
plaindre de ce qu'après la chute 
d'une partie du pont d'Avignon, les 
officiers du Languedoc avaient inter- 
dit le commerce entre les habitants 
de cette province et les sujets du 
Pape. Le baron de Modène obtint sa- 
tisfaction, et les relations commer- 
ciales furent rétablies. Louis XIII le 
nomma son ambassadeur extraordi- 
naire à Madrid et à Tuiin, pour ter- 
miner une guerre survenue entre 
le roi d'Espagne et le duc de Savoie. 
Le cardinal de Richelieu, successeur, 
au ministère, du connétable de Luy- 
nes, dont Modène était proche pa- 
rent, fit, soit par jalousie, soit pour 

prince avait besoin pour le recouvrement 
des deux Bourgognes, de la Flandre, de l'Ar- 
tois, et des autres états réversibles à la cou- 
ronne par la mort, sans enfants, de Charles- 
Ic-Téméraire, qui les tenait en apanage. 



des motifs politiques, partager à ce- 
lui-ci la disgrâce du maréchal d'Or- 
nano, son neveu. Il fut mis, en 1626, 
à la Bastille, d'où il ne sortit qu'a- 
près la mort du maréchal, arrivée en 
1630. Il finit sa carrièl'e à Avignon, 
en 1632. ^ L— P— E. 

* MODÈKE (Esprit de Raimond 
DE MoRMomoN, comte de), fils du pré- 
cédent et de Catherine d'Alleman, na- 
quit à Sarrians le 19 novembre 1608. 
A cet article déjà inséré dans la Bio- 
cjraphie Universelle, tom. XXIX, p. 
196-99, il convient de faire les ad- 
ditions et corrections suivantes. Le 
comte de Modène avait signalé ses 
premières armes dans une bataille 
gagnée, à une lieue de Sedan, le 6 
juillet 1641, par les princes de la Paix 
siu" l'armée du maréchal de Châtil- 
lon, pour le roi (voy. les Mémoires de 
Montrésor, tom. II, p. 306). Il y com- 
mandait une compagnie de cavalerie 
de son nom. Dans cette bataille, où 
le comte de Soissons fut tué, la com- 
pagnie de Modène souffrit beaucoup; 
lui-même y fut blessé d'un coup de 
pistolet. Un arrêt de mort rendu par 
contumace au Parlement, le 6 sep- 
tembre 1641, et qui eut son eff"et 
Kentôt après, fait voir que le comte 
de Modène s'était engagé à payer 
une somme de 26,670 hvres au 
profit de deux hommes qui avaient 
promis de rendre au duc de Guise 
et airx autres princes confédérés des 
services importants. Dans le même 
article on cite les Mémoires de Guise, 
imprimés en 1668 et réimprimés en 
1681, pour étabhr que Modène prit 
la qualité de mestre-de-camp générai 
des armées du peuple napolitain. Il ne 
la prit pas, mais elle lui fut donnée 
par l'armée, et provoqua la jalousie 
du duc de Guise contre son lieute- 
nant, son ami, son parent même, qui 
venait de se rendre maître d'Averse 



140 



MOD 



et possédait la confiance, l'estime de 
la noblesse comme du peuple de Na- 
ples. Il le fit arrêter, ce qui excita le 
mécontentement public; mais Modène 
ne devint prisonnier des Espagnols 
<{ue lorsqu'ils s'emparèrent de Na- 
ples. Guise, à son lit de mort, voulut 
le voir, et leur réconciliation ayant 
été cormue à Paris, y produisit une 
assez grande sensation. Le comte de 
Modéne mourut le 1" décembre 
1672. , L— p— E. 

MODÈNE (Charles de Raimo>d 
UE MoRMOiRO>, baron, puis marquis 
de), frère du précédent, né en 1614 
et mort en 1680, a continué la des- 
cendance. — Henri de Raimomd-Mo- 
DÈNE, un de ses fils, chef d'escadre 
des armées navales en 1720 et mort 
sans postérité en 1727, rendit, pen- 
dant la peste de Marseille, des servi- 
ces éminents à la Provence. — Un 
autre Charles de Raimond-Modèse, 
chevalier de Malte et comme le pré- 
cédent officier de marine, étant eu 
1761, commandant du vaisseau du 
roi l'Achille, soutint, à quarante lieues 
des côtes de France, un combat de 
neuf heures, contre toute une escadre 
anglaise, et parvint, par l'habileté de 
ses manœuvres, à lui échapper. Il 
prit part, en 1762, à un autre bril- 
lant fait d'armes, où il eut un bras 
emporté. Il mourut le 6 janvier 1772, 
sans avoir été marié. — Jean-Fran- 
çois de Raimond de Moitnoiron de 
MoDÈ>E, chevalier de Malte, fils de 
Charles de Raymond mort en 1680, 
fut auteur de la branche des comtes 
de Modène qui existe encore, et dont 
un membre a été attaché à Monsieur, 
comte de Provence, depuis Louis 
XVIIL Né en 1652, il contracta ma- 
riage en Grèce, dans l'année 1690, 
avec Catherine Coronello, noble gé- 
noise du nom et parente des Coro- 
nello Crispo, branche cadette d'un 



MOD 

empereur d'Orient de ce nom. Il 
commandait alors un vaisseau de 
l'ordre de Malte et croisait dans les 
parages de Naxos lorsqu'il conçut le 
projet de cette union. Il mourut en 
1705. — François-Charles de Raimond, 
comte de Modène, petit-fils du précé- 
dent et fils de Chrysante, naquit à 
Kaxos en 1734. Il était neveu de l'é- 
véque d'Amiens, M. d'Orléans de la 
Mothe ( voy. ce nom , XI , 589 ). Ce 
prélat voyant la branche aînée de Rai- 
mond-Modène près de s'éteindre en la 
personne d'Antoine- Pernard-Joseph 
de Raymond , marquis de Modène, 
prit la résolution de faire venir en 
France le jeune Modène dont il 
est ici question , et qui était le 
fils aîné de Chrysante de Raymond 
et d'Antoinette Sommaripa , noble 
vénitienne, descendant en ligne di- 
recte de François de Raimond, ba- 
ron de Modène , grand-prévôt de 
France. Il était par conséquent ap- 
pelé, après le décès d'Antoine-Rer- 
nard, à la succession de la terre sei- 
gneuriale de Modène. François-Char- 
les entra dès l'âge de dix-sept ans 
dans la carrière diplomatique. Il ac- 
compagna le cardinal de Remis dans 
ses ambassades de Madrid et de 
Vienne. Il fut nommé ministre près 
le Cercle de Rasse-Saxe en 1762, 
mission qui avait alors de l'impor- 
tance pour les vues commerciales de 
la France. Il s'agissait de renouveler 
un traité entre le roi et les villes an- 
séatiques, et le moment en paraissait 
venu, lorsque le comte de Modène, 
au lieu d'y être employé, fut choisi, 
en 1768, pour remplacer le baron 
de Rreteuil, comme ministre plénipo- 
tentiaire à la cour de Suède. A son 
retour en France en 1771, il fut 
nommé gentilhomme d'honneur du 
comte de Provence, dont on formait 
alors la maison, et quitta la carrière 



MOD 

des ambassades. Peu d'années après, 
il fut investi du gouvernement du 
palais du Luxembourg à Paris, et re- 
çut, en 1783, le grand-cordon des 
ordres royaux militaires et hospita- 
liers réunis de Saint-Lazare de Jéru- 
salem et de Notre-Dame du Mont- 
Carmel, dont Monsieur était grand- 
maître et chef général (1). Les quali- 
tés distinguées du comte de Modène 
lui méritèrent de plus en plus l'affec- 
tion et la confiance du prince auquel 
il était attaché , et qu'il suivit à sa 
sortie de France en juin 1791. Ne 
pouvant pas ensuite le suivre dans 
ses nombreux voyages, il conserva 
avec lui une correspondance active. 
Après avoir habité successivement 
différentes villes d'Allemagne , le 
comte de Modène s'était fixé à Ba- 
reuth en Franconie. Il y mourut 
le 23 janvier 1799. Les expres- 
sions du compliment de condoléance 
adressé à son fils aîné par Louis 
XVIII , alors résidant à Miltau , at- 
testent les regrets que le roi don- 
nait à cette perte. On a beaucoup 
parlé d'une prédiction que le comte 
de Modène avait, long-temps avant la 
révolution de 1789, faite à ce futur 
monarque. Monsieur, sachant que 
son gentilhomme d'honneur avait oc- 
cupé ses loisirs par la lecture de 
plusieurs ouvrages sur l'astrologie, 
et tiré quelquefois, même avec un 
certain succès, l'horoscope de divers 
personnages, voulut connaître le sien. 
M. de Modène, forcé de céder, an- 
Ci) Cette distinction, qui indiquait de gran- 
des preuves faites d'une origine illustre, ré- 
pond suffisamment aux invectives contre la 
naissance du comte François - Charles de 
Modène , et contre la faveur dont il avait 
joui auprès de son prince, invectives qui se 
trouvent dans des mémoires imprimés en 
1826, et qui sont attribués au prince de Mont- 
barrey [voy. ce nom, XXIX, ft65). Les familles 
de Montesquiou et de Noailles y sont égale- 
ment maltraitées. 



MOD 



141 



nonça au prince qu'un jour il serait 
roi de France, mais qu'il ne serait 
jamais sacré. — ■ Modïcne ( Charles- 
Louis-François-Gabriely comte de), 
fils aîné du précédent, naquit le 17 
octobre 1774. Il entra au service à 
l'âge de 15 ans et demi, dans le ré- 
giment des carabiniers de Monsieur, 
et obtint la survivance de la place de 
gentilhomme d'honneur de ce prince, 
ainsi que de celle de gouverneur du 
palais du Luxembourg, occupées par 
son père. A l'époque de la première 
révolution, il émigra avec les offi- 
ciers de son corps, servit avec eux 
pendant la campagne de 1792, et 
fit celle de 1793 dans le corps de 
Condé. C'est à la fin de cette même 
année, qu'il fut incorporé dans l'ar- 
mée russe sous le règne de Cathe- 
rine II. Il devint bientôt aide-de- 
camp du maréchal Solticoff, dont il 
épousa la nièce en 1798, et quitta le 
service miUtaire pour s'attacher à la 
cour impériale ; il y fut successive- 
ment chambellan, premier écuyer et 
grand-veneur. Le comte de Modène, 
par son esprit éclairé, la sagesse de 
ses conseils et la solidité de ses prin- 
cipes, mérita non-seulement l'estime 
de tous ceux qui le connaissaient, 
mais aussi la confiance des empereurs 
de Russie, Alexandre et Nicolas, 
ainsi que de plusieurs souverains, 
dont il reçut les plus honorables suf- 
frages et les témoignages les plus 
flatteurs. Il mourut à Saint-Péters- 
bourg le 23 mai 1833, ne laissant 
que des filles. Sa famille est continuée 
en la personne du comte Hippolyte- 
Charles de Modène, son frère puîné, 
lequel a un fils. L — p — e. 

* MODÈNE (Pierre , chevalier 
de), mentionné dans cette Biographie 
Universelle, tom. XXIX, p. 199, était 
né en 1709 et mourut en 1762. Les 
neuf lignes qui terminent l'article ne 



142 



MOD 



le concernent pasj elle» se rappor- 
tent à son neveu Charles- Gabriel de 
Raimond de Filleneuve, dit le mar- 
ijuis de MoDÈNE, comte de Pommerais, 
capitaine au régiment Dauphin, in- 
fanterie , en 1744; premier consul 
de Tarascon en 1773. Le marquis de 
Modène prit part à la guerre faite en 
Italie, avec deux de ses frères, che- 
valiers de Malte, Jacques et François. 
Ce fut alors que le duc souverain de 
Modène, de la maison d'Esté, généra- 
lissime des armées du roi de France, 
ayant demandé ce que c'était que le 
marquis et les chevaliers de Modène, 
qu'il entendait souvent nommer, un 
des trois hères lui répondit : « Votre 
■< altesse est Modène d'Est; et nous, 
« nous sommes Modène d'Ouest. » Il 
mourut le 20 janvier 1785, sans lais- 
ser de postérité. Outre le quatrain 
épigrammatique, dont il est question 
dans l'article cité de la Biographie 
Universelle, le chevalier de INIodène 
avait composé beaucoup d'autres piè- 
ces de vers, dont quelques-unes de 
longue haleine. L — p — e. 

MODÈNE (ducs de> Voy. Este, 
XIII, 372. 

MODESTEVUS ( Heresmls ) , 
jurisconsulte romain, qui vivait au- 
coinmencement du IIP siècle, avait 
été disciple d'Ulpien. Après avoir été 
conseiller d'Alexandre Sévère, et pré- 
cepteur du fils de Maximin, il fut, en 
228 , consul avec ProbuSj. Modesti- 
nus avait composé : \^ Responsorum 
libri XIX; 2° Pandectarum libri XII; 
3" Differentiarum libri IX; 4°£.vcusa- 
tionum libri VI ; 5° De pœnis libri 
IV; 6" Divers traités en un seul livre ; 
-De prii'scriptionibus ; De inofficioso 
testamento; De testamentis, etc., etc. 
Modestinus est un des neuf juriscon- 
sultes, aux opinions desquels l'em- 
pereur Théodose-le-Jeune donna force 
de loi. Z. 



MOD 
MODESTUS ou MODESTO 

( PiEnnE-FRANçois), poète latin , sur 
lequel on n'a que des renseigne- 
ments incomplets, était né vers la 
lin du X\' siècle, à Rimini, ville 
épiscopale de la Komagne ; il avait , 
suivant Giraldi (Dial. de poetis , 1, 
546), beaucouj) d'érudition et de fa- 
cilité. Rempli, comme la plupart des 
savants de cette époque, d'une véné- 
ration superstitieuse pour l'antiquité, 
il changea son nom de Pierre en 
celui de Publius qu'il prend à la tête 
de ses ouvrages. On conjecture qu il 
était du nombre des disciples de 
Pomponius-Lsetus {vo-y. ce nom, 
XXXV, 330), qui suivirent leur 
maître dans son exil à Venise. Ce 
fui en remercîment de l'accueil qu'il 
y avait reçu, que Modestus choisit 
cette noble cité pour le sujet d'un 
poème auquel il consacra plusieurs 
années. Il y travaillait encore lors- 
que le sénat de Venise, en 1517, sol- 
licita pour lui, du pape Léon X, vta 
bénéfice de trois cents ducats de re- 
venu. Son poème parut enfin à Ri- 
mini, 1521, in-fol., fig. en bois : Vene- 
tiados libri XII et alia poemata (1). 
Ce volume est très-rare. Quelques bi- 
bliographes, entre autres, M. Peignot 
(Dict. des livres condamnés, I, 322), 
disent que cet ouvrage fut supprimé 
parce qu'il contient différents traits 
qui déplurent à des familles patri- 
ciennes , et que c'est la cause de son 
excessive rareté. M. Renouard CBibL 
d'un amateur, II , 231) révoque en 
doute cette anecdote; mais la raison 
dont il s'appuie n'est rien moins que 
satisfaisante : de ce que Modestus 
obtint, en 1517, un bénéfice à la de- 



(1) L'édition de 1501, citée dans le Dnionar. 
Bassanese, et, ce qui est plus étonnant, par 
Tiraboschi, dans la Storia délia letterat. 
itatian., ne doit son existence qu'à une faute 
typographique. 



MOD 

mande du sénat de Venise, on ne 
peut pas conclure que le même sénat, 
trois ans plus tard, n'ait pas ordonné 
la suppression de son poème. Com- 
bien de livres, imprimés avec appro- 
bation, ont été ensuite censurés par 
la Sorbonne ou condamnés par les 
arrêts du Parlement ! A la suite de 
la Vénétiade de Modestus, on trouve 
ordinairement une partie séparée, in- 
titulée : Âd Claudiam reginam, Sylva- 
rum liber unus, seu de Francisci, Gal- 
lûrum régis, adversus Helvetios ad Me- 
diolanum victoria, Rimini, 1521, in- 
fol. Cet opuscule n'est pas moins rare 
que le poème. La Biblioth. histor. de 
la France, II, 213, et Panzer, Annal, 
typograph., IX, 377, en citent une 
édit. in-S", sous la même date, qui 
n'a jamais existé. On connaît encore 
de lui un recueil intitulé : Christiana 
pietas, de opijiciis sesqui liber, iirbis 
Ariniini elogium; et Lucerna ad Ant. 
Massam Gallerium, civem romanum, 
Rimini, sans date, in-4''. Le Catalogue 
de Joseph Smith, 315, confond notre 
Modestus avec un auteur du même 
nom, qui vivait sous l'empereur Ta- 
cite (vers 276), et dont on trouve un 
opuscule dans les Veteres rei mili- 
taris scriptores. W — s. 

MODIO (Jeas-Raptiste), méde- 
cin et littérateur, était né à San- 
Severino, dans la Calabre. Le désir 
d'accroître ses connaissances l'amena 
jeune à Rome, ou il acquit bientôt 
la réputation d'un savant philologue. 
Il embrassa l'un des premiers la règle 
de saint Philippe IN'éri (voy. ce nom, 
XXXI, 68), et montra dans des 
conférences publiques un talent très- 
remarquable pour instruire ses au- 
diteurs et captiver leur attention. 
Gallonius, dans la vie du saint fon- 
dateur, dit que deux fois Modio lui 
dut le rétabUssement de sa santé. 
On n'a pu découvrir la date de sa 



MOE 



143 



mort; mais elle doit être arrivée 
peu après 1560. On a de lui : l. // 
conviio ovvero del peso délie moglie^ 
dove raqionando si conchiude , che 
non puà la donna dishonesta far ver- 
gog'na a l'huomo, Rome, 1554; Milan, 
1558, in-S", de 40 feuil. Ces deux 
éditions sont également rares. La se- 
conde est augmentée d'une nou- 
velle de Cornazzano ; Origine del 
proverbio che si suol dire : Anzi corna. 
Dans la dédicace au cardinal del 
Monte, l'auteur dit qu'avant d'entre- 
prendre quelques ouvrages impor- 
tants, comme il en a l'intention, il a 
composé cette bagatelle pour s'es- 
sayer à corriger la rudesse de sa lan- 
gue maternelle. II. // Tevere, ovvero 
délia natura di tutte le acque, Rome, 
1556, in-8°, rare. On lui doit encore 
une édition très-estimée des poésies 
lyriques du B. Jacopone da Todi : / 
cantici con alcuni discorsi e la vita, 
Rome, 1558, in-4° (voy. Jacopone, 
XXI, 332). Il a laissé des notes sur 
divers ouvrages de Macrobe : les Sa- 
turnales et le Songe de Scipion. Voy. 
la Bibl. calabrese de Zavaroni, 89. 
W— s. 
MOERIKHOFER (Jean-Mel- 
chior) naquit à Frauenfeld, ville de la 
Thurgovie, en 1706, devint graveur 
et médailleur presque sans instruction, 
et fut honoré de l'amitié de Hedlin- 
ger. Il fut employé dans les dernières 
années de sa vie à la monnaie de 
Berne , dont il grava les poinçons. 
Parmi les médailles qu'il a données, 
on distingue celles de Haller, Vol- 
taire, Frédéric II et Georges II. Cet 
artiste mourut à Berne en 1761. 
McERiKHOFER (Jeau-Gaspard), neveu du 
précédent , naquit à Frauenfeld en 
1733, etreçut l'instruction desononcle 
à Berne. Il se rendit, en 1759, à Paris, 
et s'y fit connaître par des médailles 
fort bien exécutées , sur le rétablisse- 



14i 



MOB 



ment de l'université de Perpignan , 
sur le roi de Portugal; et, après la 
mort de son oncle, il revint à Berne 
pour remplir sa place. Ses tiavaux 
furent recherchés ; on distingiie sur- 
tout les médailles de Catherine II, 
Stanislas II, le comte de Caylus, etc. 
Par amour pour sa patrie , il refusa 
des places qui lui furent offertes, sous 
des conditions avantageuses, par dif- 
férentes cours. U — I, 

MOERIS 5 roi d'Egypte , l'un 
des Pharaons, s'est rendu célèbre par 
le fameux lac qui porte son nom, un 
des plus beaux projets que l'esprit ait 
enfantés , et qu'il eut la gloire d'exé- 
cuter. Ce lac avait près de 80 lieues de 
circonférence, il n'en a plus aujour- 
d'hui que 50, à cause des change- 
ments que le pays a éprouvés par 
les révolutions qui s'y sont succédé. 
On l'appelle Birket-el-Karoun. Il était 
destiné à recevoir l'excédant des eaux 
du Nil, dans les grandes inondations, 
qui séjournaient trop long-temps sur 
les terres beaucoup plus basses qu'el- 
les ne le sont de nos jours , et cau- 
saient la stérilité. Elles y étaient con- 
duites par un canal de 40 lieues de 
long et 300 pieds de large , qui sub- 
siste encore aujourd'hui, et s'y éle- 
vaient à la hauteur de l'inondation , 
qui était de 30 pieds au-dessus du 
niveau ordinaire du fleuve, et y étaient 
retenues par des digues et des monta- 
gnes. Mœris fit creuser deux autres 
canaux, avec des écluses du lac au 
fleuve pour reverser les eaux dans 
le Kil et fertiliser les campagnes dans 
les années où les inondations étaient 
médiocres. Enfin un quatrième canal 
seivait à les faire perdre dans les 
sables de la Lybie, lorsque leur trop 
grande abondance aurait pu rompre 
les barrières et ravager les campa- 
gnes. Les Égyptiens abhorraient les 
Pharaons qui les forcèrent à creuser 



MOE 

des montagnes pour se faire de su- 
perbes tombeaux, mais ils bénissaient 
la mémoire de Mœris. T — d. 

MOERIS (Mceris-Atticista), lexi- 
cographe, devait être , sinon contem- 
porain, du moins postérieur de peu 
d'années au grammairien Phrynicus 
{voy. ce nom, XXXIV, 242). Il avait, 
suivant H. Cannegieter , le sm-nom 
d'JElius , si commun d'Adrien à Per- 
tinax, c'est-à-dire dans la partie du 
11" siècle où l'on conjecture qu'il a 
vécu. Photius est le plus ancien 
auteur qui fasse mention de Mœris 
[Bibliolh., CL VII); il ne lui a consacré 
que quelques lignes , mais elles sont 
honorables. Le lexique de Mœris 
{Lexicum atticum), qui ne renfermait 
que les mots omis par ses devanciers, 
était assez court. Des interpolateurs 
maladroits l'ont allongé de lambeaux 
tirés de l'Apparat de Phrynicus et du 
Dictionnaire de Timée. Martin Brun- 
ner, professeur de langue gi'ecque à 
l'Académie d'ljpsal,prépara le premier 
une édition de Mœris ; mais il mourut 
avant d'avoir pu la faire paraître , et 
Jean Colomb tenta vainement de sau- 
ver son travail en le demandant à ses 
héritiers. Une sorte de fatalité sembla 
poursuivre tous ceux qui s'occupèrent 
de la publication de Mœris. Ludolph 
Kuster mourut aussi lorsqu'il com- 
mençait à rassembler dans ce but 
des matériaux (voy. Fabricius, Bibl. 
grœca, IV, 520). Son Lexique parut 
enfin par les soins de J. Hudson , 
Oxford, 1712, in-8". Trois ans après, 
le père de Montfaucon en donna des 
extraits dans le Catal. Bibl. Coislinia- 
nœ, 485-88, d'après un manuscrit 
meilleur que celui dont Hudson s'é- 
tait servi. En 1734, J. Schlaeger pu- 
blia le prospectus d'une nouvelle 
édition de Mœris ; mais il se vit for- 
cé d'y renoncer, ayant perdu , dans 
un voyage de Helmstadt à Gotha, la 



MOG 

plus grande partie de ses notes , avec 
une copie de son auteur^ de la main 
du père de Montfaucon, accompagnée 
d'un commentaire de ce savant. Vers 
le même temps, Ch.-Andr. Ducker, 
en Hollande, et l'abbé Sallier, à Paris, 
projetèrent une édition des anciens 
grammairiens grecs, dont Mœris de- 
vait faire partie; mais d'autres occu- 
pations les obligèrent tous les deux 
d'abandonner ce dessein, dont l'exé- 
cutionleur aiurait coûté plus de temps 
qu'ils ne pouvaient lui en donner. 
Plusieurs années après , J. Pierson , 
habile helléniste , ayant recouvré le 
travail de Sallier sur Mœris , s'oc- 
cupa aussitôt d'une nouvelle édi- 
tion de son Lexique, il le revit avec 
soin sur les manuscrits, y joignit des 
notes et le fit paraître à Leyde, 1759, 
in-8°. Cette édition, restée jusqu'ici 
la meilleure, contient, outre les no- 
tes de Sallier et de Pierson , celles de 
Hudson et d'Etienne Bergler. Elle est 
ornée d'une préface où l on a puisé 
plusieurs détails pour la rédaction de 
cet article, et accompagnée dePhihe- 
re/Tii, opuscule inédit d'Hérodien(t;oy. 
ce nom, XX, 277). W— s. 

MOGALLI (Côme), graveur, 
naquit à Florence en 1667 , et ap- 
prit le dessin de Jean-Baptiste Fog- 
gini, son compatriote , sculpteur ha- 
bile. On ignore de qui il reçut les 
principes de la gravure. L'ouvrage 
qui a fondé sa réputation est le re- 
cueil d'estampes d'après les tableaux 
de la galerie de Florence , qu'il a pu- 
blié conjointement avec Antoine Lo- 
renzini et autres graveurs , sous le 
titre de Musœum florentinum. Les 
planches de ce recueil , dues à son 
burin, sont au nombre de quinze. On 
peut en voir le détail dans le Manuel 
des amateurs. Mogalli a travaillé 
aussi d'après Santé di Tito, Suster- 
man, F. Perucci , etc. Il mourut à 
Lxxiv. 



MOH 



145 



Florence vers 1730 , laissant un fils 
et une fille qui cultivèrent également 
la gravure. — Mogalli (Nicolas), fils 
da précédent , naquit en 1723. il 
apprit le dessin de François Conti, et 
la gravure de J.-D. Picchianti. Vers 
l'année 1750, il se rendit à Rome où 
son talent lui mérita l'estime et l'a- 
mitié du célèbre Winckehnann, pour 
lequel il entreprit im grand nombre 
d'ouvrages, et qui, à sa mort, le mit 
sur son testament. C'est lui, qui, sous 
la direction de Casanova , grava les 
planches de l'édition dei Monumenti 
antichi inediti, spiegati ed illustrati 
da Giov. fVinckelmann , publiée à 
Rome en 1767. Il eut également part 
aux gravures du cabinet de Portici. 
Sa soeur, Thérèse, avait appris le des- 
sin de Vercruys, et elle avait eu aussi 
Picchianti pour maître. Elle travailla, 
conjointement avec son frère, à lu 
gravure de plusieurs des tableaux 
de la galerie de Florence. P — s. 

MOHAMMED (Abou - Sorodr ) , 
écrivain arabe , était originaire de la 
ville d'Asker, et comptait parmi ses 
ancêtres Aboubekr dit al Siddiki pre- 
mier khalife; ce qui lui fit donner le 
surnom de al Siddiki. Il nous reste 
de lui : I. Une description de l Egypte, 
abrégée surtout de l'ouvrage de Ma- 
crizi; elle est intitulée: Kethf alazhar 
min al khithath wa alatsar (Récolte 
de fleurs dans les sciences topogra- 
phiques et historiques), et divisée en 34 
chapitres. L'exemplaire de la bibhothè- 
que royale n'en contient que les neuf 
premiers ; ce ftagment donne une idée 
avantageuse de l'ouvrage. On y re- 
marque des détails qu'on trouverait 
difficilement ailleurs. II. Un traité des 
mérites du mois de ramadhan {Fed- 
hail shehri radmadhan), divisé en 
deux parties : la première roule sur 
les fêtes et les grâces qui y sont atta- 
chées ; la seconde consiste en un re- 
lu 



146 



MOH 



cueil de 41 traditions sur les prati- 
ques du culte, m. Un précis histori- 
que depuis la création du monde 
jusqu'en 1032 (1622 de J.-C). L'ou- 
vrage est disposé par dynasties ; mais 
son excessive concision le rend d'un 
faible intérêt ; il est intitulé : Oyoun 
al akhbar iva nozhat alabsar (Sources 
de l'histoire et amusement de l'es- 
prit). R — D. 

MOHEDAIVO (A>tolne), peintre 
d'histoire, né en 1561, à Antequera, 
fut un des plus habiles artistes qu'ait 
produitsl'Andalousie. Son père secon- 
da les heureuses dispositions qu'il 
annonçait, en l'envoyant à Cordoue, 
suivre les leçons du célèbre Paul de 
Cespèdes qui s'y était établi, et y a- 
vait fondé, en 1577, une école de 
peinture dans laquelle le jeune Mobe- 
dano fut le premier admis. Celui-ci 
ne tarda pas à s'y faire distinguer, en- 
tre tous ses condisciples, par la science 
de son dessin et la pureté de ses 
profils. Mais le travail de la peinture 
à l'huile était trop lent pour la fou- 
gue de son génie ; il se livra presque 
exclusivement à la fresque et obtint, 
en ce genre, la prééminence sur tous 
les peintres de son temps. La facilité 
de son exécution ne nuisait pas, ce- 
pendant, à l'exactitude de son dessin. 
Avant de commencer un ouvrage, il 
le méditait longuement , faisait ses 
études d'après nature et modelait en- 
suite sa composition. C'est par cette 
méthode, qu'il tenait de son maître, 
que Mohedano apprit à donner à 
ses tableaux les effets les plus heureux, 
à y développer les contrastes les plus 
savants, et à répandre sur tout l'en- 
semble cette lumière vive et naturelle 
qui donne tant d'éclat à ses ouvrages. 
Ses fresques, dans l'église et le cou- 
vent de Saint -François de Séville et 
dans la cathédrale de Cordoue, font 
le plus grand honneur à son talent. 



MOH 

Il fut aussi chargé de peindre , pour 
l'archevêque de Séville, quelques ta- 
bleaux qui furent long-temps attribués 
à Louis de Vargas, l'un de ses plus 
habiles élèves. Les tableaux à l'huile 
qu'on doit à son pinceau, sont moins 
estimés que ses fresques, il avait 
établi une école d'oii sont sortis plu- 
sieurs artistes célèbres. Au talent 
du peintre il joignait la culture des 
lettres. On connaît de lui plusieurs 
sonnets, recueillis dans la collection 
des poésies espagnoles que Pierre 
Espinosa, son ami, publia à Vallado- 
lid, en 1605 , sous le titre de Flores 
de poetas illustres de Espana. Sur la 
fin de ses jours, Mohedano se retira 
à Lucerna, où il mourut en 1625. 
F— s. 
MOHLER (Jean- Adam), théolo- 
gien allemand, né le 6 mai 1796, à 
Igersheim, près Mergentheim, dans 
le royaume de Wurtemberg, fit ses 
premières études à Tubingen, dans 
l'institution catholique de cette ville. 
Prêtre au mois de septembre 1819, il 
exerça d'abord le saint ministère 
dans une campagne. Il fut rappelé 
l'année suivante à Tubingen, pour en- 
seigner les belles-lettres dans la mai- 
son où il avait été élevé, jusqu'en 
1823. C'est pendant cet intervalle, 
qu'il fit, des anciens auteurs classi- 
ques, cette étude approfondie qui, 
appliquée plus tard à la théologie, 
devait lui acquérir une si grande cé- 
lébrité. Résolu de se consacrer entiè- 
rement à ce genre d'érudition, le 
jeune professeur allait adresser à ses 
supérieurs un mémoire pour ob- 
tenir une chaire dans la faculté 
des lettres, lorsque l'université catho- 
lique de Tubingen vint au devant de 
ses vœux en lui offrant une chaire de 
professeur privé, qu'il accepta avec 
empressement. Il commença sa car- 
rière littéraire , en 1825, par la pu- 



MOH 

blication d'un ouvrage intitulé : L'U- 
nité dans l'église^ ou le Principe du 
catholicisme, ouvrage qui , sous plus 
d'un point de vue , laissait quelque 
chose à désirer, mais qui pouvait, dès- 
lors, donner une idée de la hauteur 
à laquelle Mohler devait s'élever un 
jour dans les sciences théologiques. 
L'année suivante, l'université de Tu- 
bingen le nomma professeur extraor- 
dinaire d'histoire ecclésiastique et 
de droit canon. En 1827, il pu- 
blia un nouvel ouvrage intitulé : A- 
thanase-le-Grand et son siècle. Si la 
profondeur de la science ne brillait 
pas encore de tout son éclat dans 
cette œuvre, elle attestait du moins 
l'ardeur de son zèle pour le bien de 
l'église. A la même époque, le jeune 
auteur commença à donner, sur la dif- 
férence entre les doctrines catholi- 
ques et les doctrines protestantes, des 
leçons qui furent accueillies par ses 
élèves avec un vif intérêt et publiées, 
en 1831, sous le titre de Symbolique, 
ou Exposition des doctrines contraires 
des catholiques et des protestants, d'a- 
près leurs confessions de foi publi- 
ques. Cet ouvrage fixa l'attention des 
théologiens : quelques-uns, le consi- 
dérant sous un faux point de vue, s'é- 
crièrent que l'auteur voulait fonder 
un catholicisme nouveau. Mais ces 
accusations malveillantes tombèrent 
bientôt devant l'acclamation univer- 
selle qui accueilUt la Symbolique. Les 
léimpressions qui s'en firent chaque 
année , et les nombreux écrits qui 
furent publiés pour la réfuter, attes- 
tèrent que les questions qu'elle avait 
soulevées remuaient profondément 
les esprits : le professeur Bauer , en 
répandant dans Tubingen une réfu- 
tation de la Symbolique , ne fit que 
donner à Mohler l'occasion d'un 
nonveau triomphe; illui répondit dans 
un ouvrage publié en 1834, et réim- 



MOH 



147 



primé Tannée suivante sons le titre 
de Nouvelles recherches sur la contra- 
riété des doctrines entre les catholiques 
et les protestants pour la défense de ma 
Symbolique, contre la critique de M. le 
docteur Bauer, professeur à Tubinuen. 
Le roi de Prusse, voulant attirer dans 
ses états un homme dont la réputation 
était devenue européenne, lui fit offrir, 
en 1832, une chaire à l'université de 
Bonn. Hermès et ses prosélytes s'alar- 
mèrent ; un professeur si sincèrement 
attaché au dogme de l'église catholi- 
que eût été au milieu d'eux un doc- 
teur incommode, un témoin dange- 
reux; il fallait l'éloigner à tout prix, 
et ils y parvinrent en élevant des 
doutes injurieux sur son orthodoxie. 
Mais ces soupçons sans consistance 
se dissipèrent d'eux-mêmes, et la cour 
de Prusse , pressée par Schmedding, 
conseiller intime du roi et rapporteur 
du ministère des cultes, offrit de nou- 
veau à Mohler une chaire à son choix 
dans les universités de Bonn, de Muns- 
ter, de Breslau. Fidèles aux anciennes 
appréhensions de leur maître, les dis- 
ciples d'Hermès nouèrent de nouvel- 
les intrigues; et, usant à propos du 
crédit du comte de Spiegel, ils réussi- 
rent une seconde fois à rendre inutile 
la bienveillance du gouvernement 
prussien. Vers cette même époque, 
une chaire de théologie se trouvant 
vacante à l'université de Munich , le 
roi de Bavière proposa Mohler , qui 
accepta et se rendit à Munich au com- 
mencement du printemps de 1835. 
Il enseigna d'abord l'exégèse, et, dans 
les années subséquentes , jusqu'en 
1838, il embrassa dans ses leçons 
l'histoire ecclésiastique et la doctrine 
des saints pères. Mais , attaqué du 
choléra en 1837, il se vit forcé de sus- 
pendre son cours. A peine relevait-il 
de maladie , qu'il eut la grippe ; de- 
puis, sa santé fut toujours délabrée. 
10. 



148 



MOH 



Pendant l'été de 1837, il fit un voya- 
ge à Mérau, dans le Tyrol , pour se 
rétablir; mais, à son retour, il retomba 
malade. La nouvelle de l'arrestation 
de l'archevêque de Cologne l'afFecta 
péniblement, et le disposa peu, sans 
doute, à accepter une chaire qui lui 
fut proposée par M. Bruggemann, de 
la part du gouvernement prussien, 
dans l'université de Bonn, avec un ca- 
nonicat à la cathédrale de Cologne. 
Mohler refusa des titres et une char- 
ge qui auraient doublé son revenu, 
et donna un démenti solennel à ceux 
qui le soupçonnaient de favoriser 
l'hermésianisme, parce qu'il n'avait 
point élevé la voix contre ce système 
dangereux. Cependant le roi de Ba- 
vière, voulant donner au célèbre pro- 
fesseur un témoignage éclatant de 
son estime, lui fit dire qu'il désirait 
le voir à sa cour, et comme il apprit 
que Mohler se trouvait dans l'impos- 
sibilité d'entreprendre aucun voyage, 
il lui envoya la croix et le titre de 
chevalier de Saint-Michel. Mohler 
rouvrit ses cours le 8 février 1838; 
mais, trois semaines après, ses forces 
défaillantes l'obligèrent de renoncer 
de nouveau à paraître dans sa chaire. 
La déportation de l'archevêque de 
Cologne fixait alors l'attention de toute 
l'Europe. Mohler crut devoir élever 
la voix en faveur de l'illustre exilé, 
dont il plaida la cause dans deux ar- 
ticles insérés , l'un dans la Gazette 
universelle, et l'autre dans la Gazette 
poUtifjue de Munich. Il renonça, peu 
après, à sa chaire de Munich. A cette 
nouvelle, le roi de Bavière le nom- 
ma, de son propre mouvement, doyen 
du chapitre de la cathédrale de 
"Wurtzbourg. Mohler ne devait point 
jouir de sa nouvelle dignité : sa ma- 
ladie prit tout-à-coup, au mois d'a- 
vril, un caractère alarmant. Résigné 
à la volonté divine > il vit sa der- 



MOH 

nièreheure avec calme. Il reçut avec 
ferveur les sacrements de l'église, et 
expira le 12 avril 1838. Mohler était 
d'une complexion délicate. Ami de la 
solitude, il allait souvent en gpùter 
les douceurs dans une cellule du cou- 
vent des Bénédictins. Plein d'indul- 
gence pour les autres, il ne compo- 
sait jamais avec l'injustice. A l'huma- 
nité, à la bienveillance qui lui gagnait 
les cœurs, même de ceux qui ne pra- 
tiquaient pas la même religion que 
lui, il joignait une science profonde 
et variée; à ses études théologiques 
et historiques il alhait l'accomplisse- 
ment de tous ses devoirs comme prê- 
tre. Il veillait avec tendresse sur la 
conduite des jeunes gens qui étu- 
diaient sous lui , et les excitait à la 
piété par ses exemples encore plus 
que par ses paroles. Outre les ouvra- 
ges dont nous avons fait mention, 
Mohler publia d'excellents mémoires 
dans le Journal théologique de Tu- 
bingen, et dans le Catholique de Spire. 
Ses leçons publiques sur l'histoire ec- 
clésiastique étaient méditées profon- 
dément et puisées dans les meilleu- 
res sources. Il avait composé un 
commentaii-e sur l'Épître de saint 
Paul aux Romains ; il voulait le faire 
passer par l'épreuve de la leçon pu- 
blique avant de le faire imprimer ; 
mais sa mort prématurée ne lui per- 
mit pas d'accomplir ce dessein. Il en. 
faut dire autant d'une Histoire du 
monachisme en Occident , qui était 
déjà fort avancée. P — c — t. 

MOHIXEKE (Théophile-Curétien- 
Fkédéric), né le 6 janvier 1781, à 
Grimmen, dans la Nouvelle-Pomé- 
ranie citérieure, fut destiné, dès son 
enfance, aux fonctions de ministre 
protestant. Il fréquenta d'abord le 
Gymnase de Stralsund,puis l'Univer- 
sité de Greifswalde , et enfin celle 
d'Iéna,où il obtint, en 1802, le grade 



MOH 

de licencié en théologfie. De 1803 à 
4810, il fut précepteur dan^a fa- 
mille du comte de Bruchtershau- 
sen, qui, à cette époque, résidait 
dans l'île de Rugen; en 1811, il de- 
vint professeur à l'école de Greifs- 
walde, et en 1813, recteur de cet 
établissement, qu'il réorganisa en- 
tièrement. En 1818, la paroisse de 
Saint-Jacques de Stralsund lélut pas- 
teur, et en même temps le roi de 
Prusse, qui dans ce moment même 
s'occupait à réformer les adminis- 
trations publiques de la province de 
Poméranie, qui lui avait été cédée, 
en 1815, par la Suède, nomma Moh- 
nike assesseur au consistoire central 
luthérien, et membre de la commis- 
sion de l'instruction publique de la 
même province, fonctions que plus 
tard il cumula avec celles de mem- 
bre du comité chargé d'examiner les 
élèves qui quittent les gymnases po- 
méraniens et l'Université de Greifs- 
walde. Une maladie grave dont il fut 
atteint, en 1825, interrompit ses tra- 
vaux pendant deux années , et, en 1 827, 
le roi lui accorda, à titre de gratifica- 
tion, une somme qui le mit à même 
de faire un voyage pour rétablir 
parfaitement sa santé. Il visita la Si- 
lésie prussienne , la Bohême , la Ba- 
vière, la Franconie et la Saxe. De re- 
tour en Poméranie , il fit connais- 
sance avec M. Lundblad, savant sué- 
dois, qui, à cette époque, était consul- 
général de Suède et de Norvège en 
Prusse, et qui, plus tard, a résidé 
assez long-temps à Paris, où il a 
publié divers écrits historiques, ainsi 
qu'une traduction française de plu- 
sieurs romans et poèmes suédois et 
danois. M. Lundblad, avec qui Moh- 
nike se lia d'amitié, lui fit connaître les 
chefs-d'œuvre des littératures Scandi- 
naves; et, sous sa direction, il apprit 
d'abord le suédois, puis le danois et 



MOH 



149 



l'islandais. En 1830 et 1831, il par- 
courut la Suède et le Danemark, où 
il examina les bibliothèques, et se 
mit en relation avec les historiens et 
les littérateurs les plus distingués de 
ce pays , tels que Rafn , Geyer , 
Oehlenschlaeger , Tegner , etc. De 
retour à Stralsund, Mohnike partagea 
son temps entre l'accomplissement 
des différentes fonctions dont il était 
investi, et ses travaux historiques et 
littéraires, jusqu'à sa mort, qui ar- 
riva le 6 juillet 1841, à la suite d'un 
violent accès de goutte. Mohnike a 
publié un grand nombre d'ouvrages , 
dont voici les principaux : I. Histoire 
de la littérature des Grecs et des Ro- 
mains, vol. 1", Greifswalde, 1813, 
in-8°. Ce travail, dont le début est 
très -remarquable et fit une grande 
sensation , est malheureusement resté 
inachevé. II. La Jeunesse d'Ulric de 
Hatten , avec l'histoire et la descrip- 
tion de l'original de l'écrit t/es Griefs, 
ibid, , 1816, in-8''. Ce livre con- 
tien des renseignements intéressants 
sur l'état de la littérature du XVI" 
siècle. III. Histoire de la Professio 
fidei tridentinae, ibid., 1823, in-8''. 
IV. Recherches hymnologiques, Stral- 
sund, 1831 et 1832, in-8», ouvrage 
qui a pour objet de compléter l'his- 
toire du chant dans l'église, et qui 
donne, en passant, des détails pré- 
cieux et jusqu'alors inédits sur la 
réforme religieuse en Poméranie. V. 
La célébration de l'anniversaire sécu- 
laire de l'adoption de la confession 
d'Augsbourg, en 1630, 1730 e( 1830, 
dans la Nouvelle- Poméranie cité- 
rieure, Stralsund, 1832, in-8°. VI. Le 
couronnement de Chrétien III, roi 
de Danemark^ et de son épouse Do- 
rothée, en société avec le docteur 
Jean Bugenhagen, Stralsund, 1832 , 
in-8''. VII. Origine, naissance et vie 
entière de Barthélemi Sastrow,Greï(sr 



ISO 



MOI 



walde, 1833, 3 vol. in-8». Cet dciit 
jette une grande lumière sur i'histoi- 
le du XVP siècle. VIII. Une édition 
des Chroniqueurs de Stralsund, d'après 
les manuscrits originaux en collabo- 
ration de M. le docteur Zober ; Stral- 
sund, 4 vol. in-8". IX. Une édition du 
Faerejinga Saga (c'est-à-dire : Saga 
des îles de Feroe) , texte original is- 
landais, avec traduction danoise et 
allemande, en société avec M. Rafn , 
Stralsund, 1835, in-8°. X. Une édi- 
tion critique des Epistolœ obscuro- 
ruvi virorum , avec recherches pour 
découvrir l'auteur ou les auteurs, 
Berlin, 1838, in-8''. On a aussi de 
Mohnike un grand nombre de tra- 
ductions du danois, du norvégien et du 
suédois, entre autres celle des œu- 
vres du célèbre poète suédois, Isaïe 
Tegner, évêque du diocèse de Wexioe, 
qui alla faire une visite à Mohnike à 
Stralsund, exprès pour le remercier 
de la fidélité et de l'élégance avec les- 
quelles ses poésies avaient été rendues 
en allemand dans cette traduction. 
Mohnike prit aussi une part active à 
la rédaction de divers écrits périodi- 
ques, et particuHérement aux trois 
suivants : Études baltiques ; Etudes 
théologiques, publiées par Ullmann 
et Umbreit ; Journal de théologie his- 
torique, édité par lUgen. M — a. 

MOINE ( PlERRE-CAMItLE Le), Sa- 

vant paléographe, né à Paris, le 21 
décembre 1723, s'adonna dès sa plus 
tendre jeunesse à l'étude des diplômes 
et des chartes, sous la direction de 
dom Gérou, bénédictin de la congré- 
gation de Saint-Maur. Les connaissan- 
ces qu'il acquit en ce genre lui va- 
lurent la place d'archiviste de l'égli- 
se de Saint-Martin de Tours. Il con- 
tracta ensuite avec le chapitre de 
Toul et celui de la métropole de 
Lyon des engagements qui le fixè- 
rent successivement dans chacune 



MOI 

de ces villes, jusqu'en 1769, époque 
à laq^lle il revint habiter Paris. Il 
profita des nombreux matériaux 
qu'il avait amassés pendant rexercice 
de ces divers emplois, pour mettre 
au jour un ouvrage très-utile et en- 
core recherché aujourd'hui sous le 
titre de Diplomatique pratique, ou 
Traité de l'arrangement des archives 
et trésors des chartes, Metz, 1765, in- 
4**. On ne peut s'empêcher de recon- 
naître que le Traité de diplomatique, 
publié par les Bénédictins, n'ait été 
d'un grand secours à l'auteur; mais 
il ne s'est pas astreint à suivre la mê- 
me marche. Loin de là, il a su montrer 
sous une face nouvelle divers objets 
traités par ses devanciers. C'est ainsi 
qu'il s'est attaché, d'après les leçons 
de sa propre expérience, à donner 
une idée suffisante des caractères ex- 
trinsèques et intrinsèques auxquels 
on peut discerner les faux diplômes 
d'avec les vrais. « Les exemples nou- 
'< veaux présentés à l'appui de cette 
« théorie, font connaître d'ailleurs 
« une infinité de pièces ignorées •' (1). 
L'auteur a joint à son ouvrage douze 
planches gravées , des principales 
abréviations en usage du XIIP au 
XVI1'= siècle, et un dictionnaire prati- 
cien - gothique ou du bas gallicisme, 
pour l'intelligence des chartes, oîi il 
n'a pour ainsi dire admis que des 
expressions remarquées par lui, dans 
les titres qui ont passé sous ses yeiix. 
Lors de son retour à Paris, en 1769, 
Le Moine s'entendit avec M. Catthe- 
ney, qui avait travaillé sur le même 
sujet, pour publier en commun un 
supplément, qui contiendrait les ob- 
servations que l'un et l'autre avaient 
recueillies, depuis la publication de 
la Diplomatique pratique. Ce. supplé- 
ment parut en 1772, et se composait 

(1) Préface de lii Diplomatique pratique, 
pag. vn. 



MOI 

prinapalement de cinquante - trois 
nouvelles planches mieux gravées 
que les premières. Le Moine s'était 
borné aux abréviations françaises : 
l'association des deax archivistes nous 
valut trente-une belles planches des 
abréviations latines , depuis le IX' 
siècle jusqu'au XVIP. En 1775, Le 
Moine devint archiviste de l'église 
d'Amiens. L'air des chartriers, et les 
émanations des titres poudreux qu'il 
con«ultait, lui occasionnèrent plu- 
sieurs maladies qui avancèrent pro- 
bablement le terme de ses jours. Il 
mourut en 1780. Le Moine avait rem- 
porté différents prix dans les acadé- 
mies de Rouen, de Metz et de Nancy; 
mais les ouvrages qui lui méritè- 
rent cette distinction n'ont pas été 
imprimés. On cite : 1° Une Disser- 
tation sur la fierté ou la châsse de 
saint Romain de Rouen^ 1760; 2° 
un Essai sur l'ancien état du royau- 
me d'Austrasie , 1760; 3° une Dis- 
sertation sur les anciennes lois de 
Metz, 1763; 4" Mémoire sur f Échi- 
quier de Rouen, 1 766 (2). Le Moine 
pensait, avec raison, qu'un bon ar- 
chiviste devait également être juris- 
consulte; aussi s'était-il fait recevoir 
avocat. Les académies de Rouen et 
de Metz l'inscrivirent au nombre de 
leurs associés correspondants. Parmi 
les ouvrages inédits qu il avait com- 
posés, et dont on regrette la perte, 
on remarque un Essai sur l'état des 
sciences et des arts, en Lorraine et 
Barrois, depuis le milieu du XI' siè- 
cle Jusqu'à la fin du XVI'. L — m — x. 

MOIIVE (Le), général. Foy. Le- 
Moi>E, LXXI, 273. I 

MO IRA ( François Rawdon , 
comte de ) , connu dans les derniers 

(2) La France littéraire, de 1769, 1. 1, p. 
S39 , et celle de M, Quérard , t. V, p. I45 , 
mentionnent par erreur ces ouvrages comme 
ayant été publiés. 



MOI 



151 



temps de sa vie sous le nom de mar- 
quis d'Hastings, était de l'ancienne 
famille de Rawdon, qui, comblée des 
bienfaits de Guillaume-le-Conquérant, 
en avait obtenu des terres dont elle 
jouit encore. Fils du premier comte 
de Moira, et de sa troisième femme 
Elisabeth Hastings, il naquit en Ir- 
lande le 7 décembre 1754, et reçut 
une brillante éducation. Il fit ensuite 
un voyage sur le continent, entra dans 
l'armée en 1771, devint lieutenant en 
1773, puis s'embarqua pour l'Améri- 
que, où les hostilités contre les États- 
Unis avaient commencé. Il combattit 
en qualité de lieutenant de grenadiers 
à la fameuse affaire de Bunker's-hill, 
et y reçut deux coups de feu à son bon- 
net. Sa bravoure dans cette occasion 
lui mérita les plus grands éloges de 
la part du général Burgoyne. il de- 
vint, en 1775, capitaine et aide-de- 
camp de sir Henri Clinton. Il se trou- 
va aux batailles de Brooklyn et de 
White-Plains, à l'assaut donné au fort 
Washington, à celui de Clinton, et 
s'y comporta avec courage, ainsi que 
dans plusieurs autres affaires, ce qui 
lui valut un avancement extrêmement 
rapide ; car , en 1778 , n'ayant pas 
encore vingt-quatre ans, il était adju- 
dant-général, avec rang de lieute- 
nant. Lord Rawdon (c'était le nom 
qu'il portait alors), rendit de grands 
services à l'armée dans sa retraite 
à travers les Jerseys de Philadelphie 
à New-York, et dans l'action qui eut 
lieu à Monmouth. Il s'embarqua en- 
suite avec ses troupes pour Charles- 
town, et assista au siège de cette pla- 
ce, où il montra tant d'expérience , 
de jugement et une valeur si extraor- 
dinaire, que, malgré sa jeunesse, il 
reçut le commandement d'un corps 
séparé, dans la Caroline méridionale. 
Ce corps, dit des volontaires irlan- 
dais , était formé des nombreux Ir- 



1S2 



MOI 



MOI 



landais qui désertaient les rangs des 
Américains pour grossir ceux des 
Anglais ; mais qui étaient fort enclins 
à déserter de nouveau et à retourner 
à l'autre parti. Rawdon déploya con- 
tre cet esprit de trahison une sévérité 
§ans miséricorde et très - expéditive. 
C'est pourtant avec ce corps qu'il 
contribua, en 1780, au gain de 
la bataille de Camden, où moitié 
des siens furent mis hors de combat. 
Après cette affaire, lord Cornwallis 
le laissa dans la Caroline méridionale, 
pour tenir tête aux généraux améri- 
cains Manon et Cumpter; mais tout 
à coup il eut affaire à Green, qui, 
après la bataille de Guildford , ayant 
tourné la gauche de Cornwallis , se 
tiouva en face de lord Rawdon , mal 
défendu par quelques redoutes à Cam- 
den. Lord Rawdon ne s'en tira qu'en 
prenant l'initiative, et en tombant 
sui' les Américains avec ime intrépi- 
dité et une vigueur qui les forcèrent 
à la fuite devant Hobkirk-Hill (1781). 
Les affaires des Anglais n'en commen- 
çaient pas moins à décliner, et lord 
Rawdon avait été chargé de diri- 
ger la retraite de leur armée , obli- 
gée d'évacuer Camden pour revenir 
à Charlestown.Ce fut pendant son sé- 
jour dans cette place qu'il fît traduire 
devant une cour d'enquêtes le nommé 
Isaac Haynes, américain, qui fut con- 
damné à mort et exécuté, pour avoir 
cherché à soulever des milices à la 
solde de l'Angleterre. Les attaques 
les plus virulentes furent lancées con- 
tre lui à cette occasion ; on l'accusa 
presque d'avoir commis un assassinat; 
et le duc de Richmond en parla avec 
beaucoup d'aigreur à la Chambre des 
pairs. A son retour en Angleterre , 
lord Rawdon eut une vive explication 
avec lui ; et il l'obUgea de se justi- 
fier de ce qu'il avait imprudemment 
avancé. Avant de quitter l'Amérique, 



lord Rawdon , quoique malade , d)> 
rigea de sa voiture la retraite des 
troupes qui étaient sous ses ordres. 
Mais, son mal empirant, il fiit forcé 
de s'embarquer pour l'Angleterre. 
Le vaisseau qu'il montait ayant été 
pris par la frégate française la Glo- 
rieuse , il fut conduit à Rrest. Il re- 
couvra bientôt sa liberté, et arriva 
en Angleterre, où le roi le créa pair 
de la Grande-Bretagne et le nomma 
son aide-de-camp (1783). Il avait été 
promu au grade de colonel en 1782. 
A la mort de son oncle, le comte 
d'Huntingdon , il hérita de tous ses 
biens, et obtint du roi la permission 
de prendre le nom et les armes de 
cette illustre maison. Son père étant 
mort le 20 juin 1793, il lui suc- 
céda dans le titre de comte de 
Moira. Vers la fin de cette même 
année, il fut chargé de commander 
un corps composé en partie d'émigrés 
français, destiné à secourir les Ven- 
déens. Il partit le 1'' décembre de 
Portsmouth, et se dirigea vers les 
côtes de France; mais les royalistes 
ayant manqué leur attaque sur Gran- 
ville , et ses premières communica- 
tions avec eux étant tombées entre 
les mains des républicains, il ne put 
débarquer, tint encore quelque temps 
la mer, et rentra à Portsmouth , lors- 
qu'il apprit que l'entreprise des Ven- 
déens avait complètement échoué. Il 
quitta ensuite le commandement de 
cette armée, au grand regret des roya- 
listes émigrés, auxquels il montra tou- 
jours beaucoup de zèle et d'intérêt 
Le 14 février 1794 , il parut à la 
Chambre des pairs , et , dans un dis- 
cours très-noble, justifia la conduite 
qu'il avait tenue, et réfuta plusieurs 
inculpations qu'on s'était permises 
contre lui. Dans le mois de juin, il 
reçut un commandement dans les 
Pays-Bas, sous les ordres du duc 



MOI 

d'York, mais il ne le conserva pas 
long-temps, ayant été remplacé par 
le général Abercrombie. Il retourna 
en Angleterre et resta sans activité, 
quoique pourvu du commandement 
de Southampton , jusqu'au milieu de 
1795, qu'il fut chaigé de soutenir 
l'expédition entreprise par un corps 
d'émigrés français, sous la conduite 
du comte de Puisaye, expédition qui se 
termina si malbeureuseraent à Quibe- 
ron. L'avis de lordMoira était entière- 
ment opposé à cette entreprise; mais ses 
avis malheureusement ne furent point 
accueillis. Il parla ensuite trés-vive- 
raent contre la réunion de l'Irlande 
et de l'Angleterre, proposée en 1799, 
et se montra constamment opposé au 
ministère. Dansla séance de la Cham- 
bre des pairs, du 20 juin 1803, il 
s'éleva contre le plan de défense 
adopté par les ministres, et proposa 
de le changer dans toutes ses parties. 
Il fut cependant nommé à cette épo- 
que commandant en chef des forces 
anglaises en Ecosse , et constable de 
la Tour. En 1803, il obtint l'emploi 
de lord-lieutenant d'Irlande, à la suite 
de la réconciliation du roi avec le 
prince de Galles, à laquelle il avait 
beaucoup contribué. Après la mort 
de Pitt, il eut, en 1806, sous le mi- 
nistère de Fox , la place de grand- 
maître de l'artillerie. Le 11 juillet de 
la même année , il parla en faveur 
du bill d'exercice, dit qu'on en avait 
mal interprété le sens , fit valoir les 
avantages de cette mesure, et en vota 
l'adoption. L'année suivante , il éleva 
la voix en faveur de l'abolition de la 
traite des noirs et de l'émancipation 
des cathohques. I^ 11 avril 1808, il 
exprima de nouveau sa conviction de 
la justice des demandes de ces der- 
niers , en observant qu'il croyait 
convenable d'ajourner la discussion 
de cet objet; néanmoins , le 27 mai 



MOI 



133 



suivant, il proposa de renvoyer à 
un comité d'examen la pétition des 
cathohques d'Irlande, dont il appuya 
les conclusions. Le 7 avril 1810 , il 
prit, comme gouverneur de la Tour, 
les mesures nécessaires pour proté- 
ger cet édifice contre la fureur de la 
populace, irritée des ordres donnés 
pour l'arrestation de sir Francis Bur- 
dett. Dans le mois de février 1811, il 
censura vivement la conduite de Wel- 
lesley Pôle dans ses fonctions de se- 
crétaire du gouvernement d'Irlande. 
Il lui reprocha des actes arbitraires, 
et, le 21 avril 1812, la question de 
l'émancipation des catholiques ayant 
encore été présentée, il défendit leurs 
droits avec chaleur. Le comte de Moi- 
ra était du nombre des favoris dn 
prince de Galles; il avait été le se- 
cond du prince dans son duel avec le 
lieutenant-colonel Lennox; et il avait 
pris une part très-vive à la discussion 
du premier bill sur la régence (1789). 
Devenu enfin régent, ce prince lui en 
témoigna sa reconnaissance, en le 
nommant gouverneur- général des 
possessions anglaises dans les Indes- 
orientales (janvier 1814). Ce poste 
était très-désiré de lord Moira, qui y 
déploya en même temps son goût 
pour le faste et ses talents militai- 
res. Il commença à faire célébrer à 
Calcutta, en juin 1813, l'anniversaire 
de la naissance du roi , avec des 
fêtes plus magnifiques qa'on n'en 
avait vu dans l'Inde depuis les 
temps du Grand-Mogol , prétendant 
que , pour maintenir la considéra- 
tion du nom anglais parmi ces in- 
nombrables nations, gouvernées par 
une poignée d'Européens, il convient 
de frapper leurs yeux de toute la 
pompe d'une cour royale. Aussi ne 
paraissait-il en pubhc que précédé 
d'un chambellan, d'un capitaine de 
ses gardes , de plusieurs aides-de- 



154 



MOI 



camp, écuycrs, etc. Les dépenses de 
sa maison étaient immenses. Ayant 
entrepris, en 1815, un voyage à 
travers l'Indostan jusqu'à la rivière 
de Setledje, pour s'assurer des dis- 
positions des habitants de ces vastes 
provinces, il ne tarda pas à recon- 
naître qu'elles étaient généralement 
hostiles. En effet, les peuples du 
Népaul se soulevèrent bientôt; mais 
les talents militaires du gouverneur 
britannique, joints à la discipline de ses 
troupes, triomphèrent des indigènes 
après une vigoureuse résistance. Cette 
guerre fut suivie de celle qu'il fallut 
eoutenir contre plusieurs princes de la 
confédération mahratte. Lord Moira 
fit avec son activité ordinaire, les pré- 
paratifs nécessaires , et déclara, dans 
une proclamation , « que l'épee ne 
<« rentrerait point dans son four- 
« reau que la Compagnie n'eût été 
« indemnisée des frais de la guerre, » 
promesse qui fut plus qu'accomplie, 
comme on va le voir plus loin. Dans 
le mois de décembre , par un ordre 
du jour daté du fort William, lord 
Moira proclama le major-général 
"William Grant-Heir, commandant 
des forces britanniques à lîle de Java 
et dépendances. On sait que, depuis, 
cette colonie a été remise entre les 
mains du gouvernement hollandais. 
En juillet 1816 , lord Moira fit con- 
naître aux ministres, dans ses dépê- 
ches, que Sindiah était à Gwalior 
avec son armée ; que le radjah du 
Bérar y était aussi avec la sienne; que 
l'armée de Madras , forte de trente 
mille hommes, était à Elichpour dans 
le Décan, et que les troupes auxiliai- 
res du Nizam et du Peishwa se trou- 
vaient à Jaulna. Il annonçait en même 
temps que l'armée de Bombay était 
près d'agir, et que la famille captive 
du roi de Candy , venant de Colom- 
bo, avait été débarquée à Madras et 



MOI 

envoyée à Vellor. La guerre contre les 
Mahrattes peu d'accord entre eux, et 
dont les forces considérables étaient 
paralysées par les secrètes jalousies 
de leurs princes, eut le même résul- 
tat que celle du Népaul, c'est-à-dire 
qu'elle ajouta aux immenses posses- 
sions de l'Angleterre dans cette par- 
tiedu monde. Lord Moira avaitépousé 
pendant son séjour en Ecosse, Flora 
Campbell, fille unique du feu comte 
de Loudoun. Ses services furent ré- 
compensés-, dès 1816, par les ti- 
tres de vicomte de Loudoun , comte 
de Rawdon, et marquis d'Hastings. 
Ayant demandé sa retraite, vu l'af- 
faiblissement de sa santé en ce climat 
si chaud, il fut remplacé par lord 
Amherst, et revint à Londres en 
1822, d'où, en 1824, il fut envoyé 
comme gouverneur-général à Malte. 
Il n'y fit parler de lui que comme 
déployant toujours un faste de prince, 
et souvent aux prises avec des em- 
barras pécuniaires. Une chute de che- 
val, qu'il fit en 1829, lui causa une 
hernie dont il souffrit beaucoup, et, 
le 28 nov. , il expira sur un vaisseau 
anglais dans la baie de Naples. On a 
de lui en anglais : I. Discours sur l'é- 
tat terrible et alarmant de l'Irlande, 
1797, in-8''. II. Lettres au colonel 
Mac-Mahon sur le changement du 
ministère, 1798, in-S". D — z — s. 

MOISSOX (Hesri - FÉLIX- Antoi- 
ne), né à Caen, le 14 janvier 1784, 
entra, comme novice, dans la marine, 
le 3 fructidor an VII. Parvenu au 
grade d'aspirant, il servit en cette 
qualité, sur la frégate la Sémillante, 
faisant partie de la division de l'ami- 
ral Linois. Pendant les cinq années 
que la Sémillante, commandée par le 
brave Motard, sillonna les mers de 
l'Inde , elle parcourut un espace de 
32,000 lieues, n'entrant dans un port, 
ou ne relâchant sur luie rade que 



MOI 

quand elle était obligée de se réparer. 
Cinq combats qu'elle soutint avec 
avantage contre des forces constam- 
ment supérieures, la destruction de 
divers établissements et de nombreu- 
ses captujes firent éprouver aux An- 
glais des pertes évaluées à vingt-huit 
millions de francs. Moisson participa 
à tous les faits d'armes qui signalè- 
rent les importantes croisières de la 
Sémillante, croisières dont le récit 
sommaire est consigné dans le Moni- 
teur du 26 février 1809. En 1810, 
Moisson, embarqué sur la corvette le 
Victor attachée à la division aux or- 
ilres du commandant Duperré , se 
distingua dans les deux combats que 
cette division soutint, au mois de juil- 
let de cette année, contre tiois vais- 
seaux de la Compagnie qui portaient 
chacun 500 hommes. Dans le pre- 
mier combat, un seul de ces vais- 
seaux parvint à s'échapper; les deux 
autres restèrent au pouvoir des Fran- 
çais. Dans le second, sur quatre fré- 
gates anglaises de 44 canons , deux 
furent forcées de s'incendier, et les 
deux autres de se rendre. Moisson , 
grièvement blessé dans ce dernier 
combat, reçut, pour récompense de 
son courage, les brevets de lieutenant 
de vaisseau et de chevalier de la Lé- 
gion-d'Honneur, qui lui furent adres- 
sés le 10 décembre suivant. Il servit 
ensuite sur le cartel anglais le Castel- 
reagh , puis sur la frégate t Andro- 
maque qui se perdit, le 22 mai 1812, 
en combattant un vaisseau de 80. 
Moisson, qui avait encore été blessé 
dans ce combat, passa, le 19 décem- 
bre 1812, sur la frégate tAtalante. 
Il y était encore embarqué, au mois 
de mai 1815, époque où il fut nommé 
capitaine de frégate provisoire. Sa 
promotion n'ayant pas été confirmée, 
à la seconde restauration, il ne fut 
compris, dans l'organisation du 1" 



MOI 



155 



janvier 1816, que comme lieutenant 
de vaisseau. Rétabli dans son grade , 
le 10 juillet de cette année, et promu 
à celui de capitaine de vaisseau, le 
4 août 1824, il fut chargé, dans ces 
deux grades , de plusieurs comman- 
dements dont il s'acquitta avec hon- 
neur. Lorsqu'il est mort à Brest, le 3 
déc. 1832, il remplissait les fonctions 
de major de la marine, et on le re- 
gardait comme destiné à devenir 
bientôt contre-amiral. Il était che- 
valier de Saint-Louis et officier de la 
Légion-d'Honneur. P. L — t. 

MOISSY (Alexandre -GuiLL.vcME 
MousLiER de), auteur dramatique, na- 
quit à Paris, en 1712. Il vivait heu- 
reux dans une honnête aisance, lors- 
qu'il fit représenter , en l'ÏTSO, une 
comédie ( le Provincial a Paris) , 
qui réussit au-delà de son attente. Ce 
succès l'introduisit chez les grands. Il 
s'y livra au jeu, perdit d'abord son 
patrimoine, et ensuite son talent : un 
héritage le remit dans son premier 
état. Mais il le perdit encore au jeu et 
fut obligé d'aller remplir en Russie 
les fonctions d'instituteur. Revenu à 
Paris, il dissipa bientôt le fruit do 
plusieurs années de labeurs. Ruiné 
trois fois, il mourut victime de sa pas- 
sion et de ses chagrins, en novembre 
1777. On a de lui : I. Le Provincial 
i Parif, comédie en trois actes et 
en vers, 1750, in-12. II. Les Fausses 
inconstances , comédie en un acte , 
1750, in-12. in. Le Valet maître, 
comédie en trois actes, en vers, 1752, 
in-8''. IV. Lettres galantes et morales 
du marquis de *** au comte de ***, 
La Haye, 1757, in-12, sans nom 
d'auteur. V. La Nouvelle École des 
femmes , comédie en trois actes , 
1758, in-8°; seconde édition, avec des 
ariettes et un divertissement, 1770, 
in-8°. VI. L'Impromptu de l'Amour, 
en un acte, 1759, in-12. VII. L'Édu- 



1S6 



MOI 



cation, poème en cinq chants, 1760, 
in-8°. VIII. Les deux Frères, comédie 
en cinq actes et en vers, 1768, in-S". 
IX. Les Amis éprouvés , comédie en 
trois actes et en vers, 1768, in-S". X. 
L'Ennuyé , comédie en trois actes , 
in-8°. XI. Bélisaire, comédie héroï- 
que en cinq actes, 1769, in-12. XII. 
Un recueil de Proverbes , en 3 vol. 
Moissy, n'étant pas content de ses 
essais sur les théâties publics, crut 
devoir travailler pour les troupes de 
société, et voulut partager les triom- 
phes de salon de Carmontelle (voy. 
ce nom, VII, 167). Dans ses Prover- 
bes, il conduit l'homme d'âge en âge 
depuis le berceau, et ne l'abandonne 
qu'au moment de lui faire rendre le 
dernier soupir. Le 1" volume est inti- 
tulé : les Jeux de la petite Thalie, ou 
Nouveaux petits drames dialogues sur 
des proverbes propres à former les 
mœurs des enfants et des jeunes per- 
sonner depuis l'âge de cinq ans jus- 
qu'à vingt, 1769, in-S". Les deux 
autres volumes parurent sous ce ti- 
tre : Ecole dram.atique de l'homme, 
suite des Jeux de la petite Thalie. Âge 
viril depuis vingt ans jusqu'à cin- 
quante ; — Dernier âge; 1770, in-8°. 
XIII. Vérités philosophiques tirées des 
Nuits d'Young et mises en vers li- 
bres, Rouen et Paris , 1770 , in-S", 
sans nom d'auteur. XIV. La vraie 
Mère, drame didacti - comique en 
trois actes, 1771. A l'occasion de 
cette pièce, Grimm traite Moissy 
avec beaucoup de sévérité comme 
auteur dramatique. XV. Petit recueil 
de physique et de morale à l'usage des 
dames, Amsterdam et Paiis, 1771, in- 
8", sans nom d'auteur. XVI. La Na- 
ture philosophe, ou Dictionnaire des 
comparaisons et sim.iUtudes, La Haye, 
1775, in-8o. L — p — e. 

MOITHEY (Miurille-Antoike), 
ingénieur-géographe du roi, profes- 



MOI 

seur de mathématiques des pages du 
prince de Conti, né à Paris, le 24 
mars 1732, mourut dans cette ville, 
vers 1810. On a de lui : I. Recherches 
historiques sur la ville d'Orléans, avec 
le plan assujetti à ses accroissements 
et embellissements, Paris, 1774, in-4'', 
carte. II. Recherches historiques sur la 
ville de Reims, avec le plan assujetti 
à ses nouveaux embellissements , ac- 
croissements et projets, Paris, 1775, 
in-4*, carte. III. Recherches histori- 
ques sur la ville d'Angers, avec le plan 
assujetti à ses accroissements, embel' 
lissements et projets, auxquels on a 
joint une carte du nouveau canal, 
ouvert en Anjou sous la protection de 
Monsieur, frère du roi, Paris, 1776, 
cartes et figures. Le titre de ces ou- 
vrages, dont le dernier et le plus 
considérable n'a que quarante-quatre 
pages, trompe l'attente des lecteurs. 
Une notice succincte sur leur origine, 
et leur histoire ; une description abré- 
gée des églises, des communautés re- 
ligieuses, des établissements pubHcs; 
le tableau de l'état actuel de ces 
villes, sont suivis d'une nomenclatu- 
re des hommes célèbres nés dans 
leur sein et dans leur territoire. L'au- 
teur a soin de citer les sources où il 
a puisé. Il déclare que, pour la cons- 
truction et la division de son plan 
d'Orléans , il a eu recours à une sa- 
vante description de cette cité et de 
ses environs par Polluche l'aîné. Le 
livre qui concerne Angers offre plus 
de développements que les deux au- 
tres. Les hommes illustres de cette 
ville et de l'Anjou sont jugés et ap- 
préciés avec des détails qui ne man- 
quent pas d'un certain intérêt. Moi- 
they conseille à ceux qui se propose- 
raient de publier un travail plus éten- 
du sur cette matière , de consulter le 
Peplus andegavensis illustrium An- 
dcgavensium de Claude Ménard. C'est, 



MOI 

sans doute, celui dont il est question 
à l'article de ce littérateur (XXVUI, 
263) et dont Ménage et le P. Lecointe 
désiraient la publication. Moithey 
s'abstient de parler des vivants , sui- 
vant en cela le précepte du sage, qui 
défend de louer quelqu'un avant sa 
mort. Le canal dont il s'agit dans le 
titre était destiné à faciliter la navi- 
gation du Cayon , petite rivière du 
bas Anjou qui se jette dans la Loire, 
au-dessus d'ingrande. Des ouvrages du 
même genre devaient être publiés sur 
les principales villes de France : ce 
projet ne fut pas exécuté. IV. Diction- 
naire hydrographic^ue de la France, 
ou Nomenclature des fleuves, rivières, 
ruisseaux et canaux ; le lieu oii ils 
prennent leurs sources, leurs embou- 
chures et confluents , leur étendue eu 
égard à leurs sinuosités ; leur com~ 
merce flottable ou navigable, avec les 
villes qu'ils arrosent: suivi d'une di- 
vision hydrographique et d'une des- 
cription de ses ports, etc., enrichi d'une 
carte de la France relative à l'objet , 
Paris, 1787, in-S"; ibid., 1803, in-8°. 
La préface de ce livre, dédié à Louis 
XVI, rappelle à ce prince que son 
aïeul avait déjà tracé une carte hy- 
drographique. Moithey dit : " Elle 
« m'a servi de guide, et mon diction- 
« naire manquait à cette partie de 
« la géographie. " La carte qui ac- 
compagne son livre est conçue d'a- 
près le système des bassins qui ren- 
ferment les cours d'eau ; elle est mal 
raisonnée, et représente, parfois, des 
chaînes de coteaux sur des espaces 
qui n'offrent que des plateaux. La 
description des divers cours d'eau 
est d'ailleurs faite avec assez d'exacti- 
tude. Elle est suivie de la division 
hydrographique de la France; le livre 
est terminé par la notice des ports du 
royaume ; la carte de la seconde édi- 
tion montre le territoire français tel 



MOJ 



157 



qu'il était en 1803. La nouvelle di- 
vision du pays en départements 
remplace l'ancienne par provinces, 
mais les noms de celles-ci sont con- 
servés. L'ouvrage a reçu beaucoup 
d'additions nécessaires : toutefois l'au- 
teur n'a rien changé à la notice des 
ports; c'est une négligence fâcheuse. 
Il n'était que laborieux; probable- 
ment il n'avait pas eu les traités des 
rivières de France donnés par Papire 
Masson (voy. XXVII, 421) et par Louis 
Coulon (X , 93) ; du moins il ne les 
cite jamais. V. Les actions des hom- 
mes de toutes les nations représentées 
en- gravures, avec une notice sur cha- 
cun d'eux, par Sylvain Maréchal, Pa- 
ris , 1786 , 1788, in4". VI. Histoire 
nationale , ou Annales de l'empire 
français, depuis Clovis jusqu'à nos 
jours, Paris, 1791 , 3 vol. in-12, fi- 
gures. VII. Abrégé de ihistoi}v de 
France depuis Clovis jusques et y 
compris le règne de Louis XVI; orné 
de 186 sujets historiques et portraits 
gravés en taille-douce, dessinés et gra- 
vés par de Sève et Moithey, Paris, 
1810, 3 vol. in-12. Vraisemblablement 
ce dernier a principalement coopéré 
à ces ouvrages par son burin. VIII. 
Plan historique de la ville de Paris 
et de ses faubourgs, avec ses accrois- 
sements depuis Philippe-Auguste jus- 
qu'au règne de Louis XV, Paris, 1775, 

IX. Atlas national portatif de la 
France, suivarit la nouvelle division y 
revu et corrigé en 1792, in-i" oblong. 

X. Parallèle de la division ancienne 
de la France à la nouvelle, ou la 
France comparative, Paris, 1792. Moi- 
they a publié aussi d'autres cartes 
géographiques, tant générales que 
particulières, qui n'annoncent qu'un 
graveur soigneux. E — s, 

MO JOX (Joseph), chimiste auquel 
on doit de nombreuses et importantes 
découvertes, naquit, le 27 août 1776, 



159 



MÇH 



à Gênes , où son père dtait pharma- 
cien et professeur de chimÀç. Déjà 
ricUe d'une éducation toute scien- 
tifique , Joseph suivit la carrière 
paternelle. Il se fit recevoir doc- 
teur en médecine et publia, peu de 
temps après, un livre intitulé : Lois de 
Physique et de Mathématiques, dans 
lequel il exposait, en style aphoristi- 
que, les axiomes fondamentaux de la 
géométrie , de l'hydrostatique, de la 
mécanique, de l'électricité, etc. Cet 
ouvrage fut la base de sa réputation, 
et lui valut d'être nommé, en 1800, 
professeur de cUitnie , à la place de 
son père admis à la retraite. Çepuis, 
il publia une longue série d'observa- 
tions et de découvertes, qui le placè- 
rent au premier rang des chimistes 
contemporains. L'une d'elles surtout 
mérite de fixer l'attention, soit par 
son importance, soit par l'anachro- 
nisme que commit, en 1820, l'Aca- 
démie des sciences de Paris, anachro- 
nisme que M. Libri a relevé dans un 
article de la Revue des Deux-Mondes, 
du 15 mars 1832. Sur la proposition 
de M. de Humboldt, l'Académie dé- 
cerna à M. Oërsted, de Copenhague, 
le prix Montyon de 10,000 francs, 
pour avoir découvert la piopriété 
qu'a un courant électrique d'aimanter 
les aiguilles d'acier; or, J. Mojon 
avait, dès 1804, annoncé cette pro- 
priété dans YEssai théorique et expé- 
rimental sur le Galvanisme , par le 
professeur Aldini ( Paris , in - 4" ). 
Izarn dans son Manuel sur le Galva- 
nisme (Paris, 1805, in-8°) faisait aus- 
si hommage de cette découverte au 
chimiste génois : « D'après les obser- 
<i vatlons de J. Mojon , dit-il, les ai- 
« guilles non aimantées, soumises à 
u un courant galvanique, acquièrent 
u une sorte de polarité. » Ainsi, l'on 
ne peut douter , malgré l'imposante 
autorité de l'Académie des sciences, 



MOJ 

que la priorité n'appartienne au 
chimiste génois. Si celui-ci n'a pas 
réclamé contre une décision qui l'en 
dépouillait, c'est qu'une protestation 
répugnait à sa modestie et qu'il culti- 
vait la science par amour de la scien- 
ce, sans songer à la gloire qui devait 
lui en revenir. D'ailleurs, il ne se 
croyait aucun droit à un prix insti- 
tué plusieurs années après la publi- 
cation de la découverte , et le prix 
une fois décerné était irrévocable. En 
1806, il publia son Cours analytique 
de chimie, vrai chef-d'œuvre par la 
conception du plan, la clarté et la 
précision; aussi, dès 1808, le gouver- 
nement du royaume d'Itahe ordon- 
na que cet ouvrage servît de guide 
dans toutes les écoles. Après plusieurs 
mémoires, entre autres, sur le sulfate 
de magnésie que l'on prépare à Ses- 
tri et sur la source de pétrole, dé- 
couveite à Amiano, dont il fit servir 
le bitume liquide à l'éclairage de la 
ville et à conserver le potassium et le 
sodium dans leur état de pureté, il 
donna une excellente analyse des 
eaux thermales de Voltri et d'Acqui. 
A la même époque , il parvint à ex- 
traire de fruits sauvages, jusqu'alors 
inutiles, ime eau-de-vie excellente. 
liCS procédés qu'il mit en usage, et 
qu'on trouve décrits dans la Biblio- 
thèque m.édicale de Paris (t. XXXIX, 
p. 124), furent bientôt employés non- 
seulement dans le duché de Gênes, 
mais encore en Toscane et surtout en 
Corse et en Sardaigne. Lorsque Davy 
passa par Gênes, en 1826, il l'associa 
à ses curieuses expériences sur l'air 
marécageux et sur la torpille électri- 
que. Après avoir professé à l'Univer- 
sité, pendant trente-six ans, J. Mojon 
demanda et obtint sa retraite, avec 
l'intégralité de son tiaitement; il fut 
alors nommé président de la faculté 
des sciences physiques et lettres. 



MOJ 

Mais il ne jouit pas long-teraps de 
cet honorable repos ; car il mourut 
des suites de la grippe, le 21 mars 
1837. J. Mojon n'avait pas voulu se 
marier, afin d'être tout entier à ses tra- 
vaux; il était à la fois professeur de 
chimie, directeur d'une vaste manu- 
facture de produits chimiques, con- 
seiller du magistrat de santé, et mem- 
bre d'un grand nombre d'académies. 
Il appartenait, depuis 1832, comme 
membre honoraire , à la société des 
sciences physiques et chimiques de 
France, à laquelle M. Julia de Fonte- 
nelle , secrétaire perpétuel, lut, quel- 
ques mois après la mort de l'illustre 
chimiste, une intéressante notice bio- 
graphique. J. Mojon était frère de M. 
B. Mojon, lun des plus habiles phy- 
siologistes de notre époque , connu 
par de nombreuses et importantes 
publications. Voici la liste complète 
de ses ouvi-ages : 1° Leggi di fisica e 
matematica , Gênes, 1799, in-12. 2" 
Memoria sopra un 7iuovo istromento 
par misurare la densità e combustibi- 
litade jluidi, Gênes, 1801, in-S". 3° 
Descrizione mineialogica délia Ligu- 
ria, Gênes, 1802, in-8". 4° Osserva- 
zioni sopra la tavola délie espressioni 
numeriche di affinità, ibid. 5" Memo- 
ria sopra il solfato di magnesia che si 
prépara al monte délia Guardia, Gê- 
nes, 1805^ in-8''. 6" Osservazioni so- 
pra una nuova sorgente di Petroleo, 
ibid. 7° Analisi délie acque termali di 
Voltri, ibid. 8° Corso analitico di chi- 
mica, Gênes, 1806, 2 vol. in-8''. Cet 
excellent ouvrage a été réimprimé, à 
Gênes, en 1811 et 1818; à Milan, en 
1815; à Livourne, en 1815 et 1816, 
etc.; il a été traduit en français par 
M. Bompois, pharmacien en chef de 
l'armée d'Italie, Gênes et Paris, 1808, 
2 vol. in-8°; et en espagnol, par M. 
Carbonell, Barcelone, 1818. 9" Ana- 
lyse des eaux sulfureuses d'Acqui, Gê- 



MOL 



159 



nés, 1808, in-8». 10° Sopra Facqua 
vita di corbetzoli e del roco , Gênes, 
1810, in- 4°. 11» Memoria sopra la 
natura del borace brutto o thinkal e 
sull' etere acetico , ibid. 12°. Analisi 
del giallo iyidiano ossia cromato di 
Piombo, proveniente dalle isole ma- 
nilie, dans les mémoires de l'Acadé- 
mie des sciences de Turin, t. XXVIII. 

A— Y. 
MOLAC (SÉBASTIEN DE RoSMADEC, 

baron de), d'une famille distinguée 
de Bretagne, embrassa le parti de 
Henri IV, du temps de la Ligue. Il 
commandait, au mois de mars 1589, 
la ville et le château de Josselin oii 
il s'était fortifié. Étant venu dans la 
ville pour y faire ses dévotions du 
Vendredi-Saint, il y fut presque sur- 
pris par Saint-Laurent , maréchal-de- 
camp du duc de Mercœur, et il n'eut 
que le temps de rentrer au château 
qui fut immédiatement investi. Molac 
s'y défendit jusqu'au mois de juillet 
suivant, que le manque de vivres le 
força de capituler. Deux ans après, 
Saint-Laurent mit le siège devant le 
château de Moncontour, dont la prise 
lui semblait d'autant plus facile que 
la Tremblaye, gouverneur de la place, 
en était sorti pour faire une enti'e- 
prise sur Concarneau. A la nouvelle 
du siège, le marquis de Coëtquen, 
beau-père de Saint-Laurent, mais du 
parti opposé, marcha au secours de la 
place et s'avança jusqu'à Loudéac. St- 
Laurent marcha à sa rencontre , à la 
tête de 1,500 hommes de pied et de 
300 chevaux, laissant seulement 500 
hommes devant le château de Mon- 
contour oh la Tremblaye, revenu de 
son expédition, avait réussi à se jeter. 
Lorsque Saint-Laurent parut, à la 
pointe du jour, devant Loudéac, Mo- 
lac, qui commandait l'infanterie qu'il 
avait reçue l'année précédente de 
Henri IV, le repoussa vigoureuse- 



160 



MOL 



ment; et, pendant qu'il lui tenait tétc, 
Coètquen fit sortir sa cavalerie et 
tomba sur l'ennemi assez à temps 
pour dégager Molac menacé , malgré 
sa bravoure , de succomber sous le 
nombre. Ceux qui étaient restés de- 
vant Moncontour n'eurent pas plutôt 
appris la défaite et la fuite de leur 
chef, qu'ils abandonnèrent précipi- 
tamment leurs positions. La vaillance 
que Molac avait déployée au combat 
de Loudéac détermina le prince de 
Bombes à femmener avec lui devant 
Plimeu, qui ne tarda pas à être pris. 
Au siège de cette ville, comme à celui 
de Guingamp , où il fut blessé en 
montant à l'assaut, Molac fit des pro- 
diges de valeur. Lorsqu'au mois d'oc- 
tobre 1594 , le maréchal d'Aumont 
vint attaquer le fort de Crozon, cons- 
truit par les Espagnols sur un rocher 
escarpé, à l'entrée du goulet de Brest, 
Molac y commanda un corps de 
3,000 Français. Dans l'assaut qui fut 
livré le 2 novembre, il attaqua les Es- 
pagnols avec une vivacité qui eût pro- 
curé la prise immédiate du fort si Ion 
eût employé toutes les troupes de l'ar- 
mée. A la mort de Liscoët, (v. ce nom, 
LXXII, 27), les ennemis pénétrèrent 
dans le camp du maréchal, comblè- 
rent la tranchée et s'y seraient main- 
tenus sans la vigueur déployée par Mo- 
lac, qui parvint à les en chasser. Le 15 
novembre, deux brèches ayant été 
faites au fort , après un feu de six 
heures, Molac monta le premier à 
l'assaut. Repoussé une première fois, 
il revint à la charge et contribua , en 
grande partie, à la prise du fort. Au 
mois de janvier 1596, il fut l'un des 
commissaires chargés de conclure , 
avec le duc de Mercœur , au nom de 
Henri IV, une trêve de quatre mois, 
prolongée successivement jusqu'à la 
fin du mois de mars 1597. La même 
année, cette irève étant mal observée, 



MOL 

le maréchal de Brissac, lieatenant-gé- 
néral, en Bretagne, rassembla tout ce 
qu'il avait de troupes pour réprimer 
les courses qu'y faisaient les ligueurs. 
Il marcha vers Moncontour avec son 
armée dont Molac et Montbarot, autre 
capitaine breton, commandaient l'ar- 
rière-garde, et rencontra l'ennemi près 
de Plancoët. Après un léger engage- 
ment où Molac se distingua , les 
royalistes s'éloignèrent. Le brigand La 
Fontenelle s'étant retiré à Douarnenez, 
comme une béte fauve dans son an- 
tre, on résolut de l'y assiéger une se- 
conde fois. Mais le siège traînant en 
longueur, Sourdéac, gouverneur de 
Brest, et commandant de l'expédition, 
quitta le camp sous prétexte d'affaires 
qui l'appelaient à Morlaix, et laissa le 
commandement à Molac, en lui pro- 
mettant de revenir bientôt avec de 
nouvelles forces. Toutefois, au lieu 
d'envoyer du renfort , il écrivit , à 
quelque temps de là , qu'il était 
d'avis qu'on levât le siège. Lors- 
que ces lettres arrivèrent au camp , 
on y recevait la nouvelle que Quini- 
pily, gouverneur de Hennebond, en- 
voyait des secours aux assiégés sous 
la conduite de La Grand ville^ le plus 
jeune de ses frères. Cette circonstance 
entraîna les capitaines à adopter l'avis 
de Sourdéac. En conséquence, Molac 
leva le siège, et ramena ses troupes et 
son artillerie àQuimper. Informé que 
La Granville était près de Quimperlé, 
il marcha , dès le lendemain , à sa 
rencontre. Mais La Granville n'était 
déjà plus à Quimperlé, et il se diri- 
geait vers le Faouet. Molac le suivit et 
l'atteignit près de Kimerch, dont le 
seigneur, malgré son penchant secret 
pour les ligueurs, se borna à être, du 
haut de son donjon, simple spectateur 
du combat. La Granville rangea ses 
troupes dans une grande garenne 
entre le chemin et le château. Il 



MOL 

avait choisi ce poste dans l'espérniice 
de tirer quelques secours du château, 
et même , au besoin , d'y trouver une 
retraite. Molac, à latcte de ses trou- 
pes et des Suisses commandés par le 
colonel d'Erlach, fit une charge terri- 
ble conti-e les ligueurs qui la soutin- 
rent avec intiépidité. On se mêla de 
part et d'autre, et l'on se battit avec 
tant d'opiniâtreté qu'après six heures 
d'un combat sanglant et tel , dit le 
chanoine Moreau, qu'on n'en avait 
pas vu de semblable depuis la ba- 
taille des Trente, la victoire ne s'é- 
tait encore déclarée d'aucun des deux 
côtés.Molac. qui remplissait les fonc- 
tions de capitaine et de soldat, com- 
battit avec sa bravoure ordinaire. Il 
fut parfaitement secondé par le co- 
lonel d'Erlach ; mais les Suisses ne 
témoignèrent pas la même ardeur que 
leur commandant. Molac, ne pouvant, 
quoique blesse, se résoudre à laisser 
la victoire indécise , se saisit de la 
cornette suisse , aux approches de la 
nuit, et se tournant vers les soldats 
de cette nation : " Souflrrirez-vous, 
« s'écria-t-il , qu'on puisse vous re- 
« procher d'avoir abandonné votre 
« enseigne ?" A ces mots, les Suisses. 
honteux de ce reproche, reprennent 
la cornette des mains de Molac, et le 
combat recommence avec une nou- 
velle fureur. La Grauville , voulant 
s'opposer à la charge des Suisses, fut 
renversé de cheval et tué. La nuit 
mit fin au combat dont l'avantage 
resta à Molac. En 1398, le roi le 
nomma gouverneur de Dinan pour le 
récompenser d'avoir secondé Mon- 
martin dans la prise de cette ville. La 
même année, la Bretagne étant paci- 
fiée, il se rendit aux États de Rennes, 
où il présida l'ordre de la noblesse 
jusqu'à larrivée du baron d'Avau- 
gour. Il continua de servir fidèlement 
Henri IV, puis Louis XIII, et mourut 

LXXIV. 



MOL 161 

en 1629 au moment où il allait rece- 
voir le bâton de maréchal de France. 
— Motkc(Sébastien de Rosmadec, mar- 
quis de), fils du précédent, succéda au 
duc de Mazarin dans le gouverne- 
ment de la ville de Nantes , auquel 
il fut nommé à la fin de 1663. 
Louis XIV, qui méditait la révocation 
de ledit de Nantes , venait d y pré- 
luder en suspendant l'exercice de la 
religion réformée au Croisic, à la Ro- 
che-Reniard , à Guérande et dans 
quelques autres lieux de la Bretagne, 
où les temples protestants devaient 
étie détruits de fond en comble. Son 
caractère modéré triompha des dif- 
ficultés de sa position. Toutefois, une 
sédition ayant été occasionnée , en 
1673, par la création de deux impôts 
sur le tabac et sur le timbre , Molàc 
céda au peuple qui lui demandait, à 
grands cris, la liberté d'une des deux 
femmes qui avaient provoqué l'émeu- 
te. Louis XIV le punit de sa faiblesse 
en lui retirant son gouvernement dans 
lequel il fut remplacé par Lavardin. 
Sa disgiàce diua peu. Réintégré l'an- 
née suivante, il eut de nouveau à faire 
tête à fémeute. Les Hollandais ayant 
débarqué à Belle - Ile , il prescrivit 
de mobiliser une partie de la mi- 
lice bourgeoise, afin d'assurer la dé- 
fense des eûtes et d arrêter, au be- 
soin, la marche de lennemi. La ville 
de Nantes essaya de se soustraire à 
lexécution de cet ordre, en alléguant 
que la plupart des habitants étaient 
au dépourvu d armes ou occupés a 
la garde intérieure de la ville. Molac, 
qui ne voulait pas encourir une se- 
conde disgrâce , tint bon , déjoua 
toutes les tentatives de troubles et 
sut depuis faire respecter son autorité. 
Il mourut en 1693. P. L — t. 

MOLARJD (Clacde-Pierre), ingé- 
nieur-mécanicien , naquit, le 6 juin 
1758, aux Cemoises, village situé près 
11 



162 



MOL 



de Saint-Clwide , dans le Jura. D'a- 
bord dessinateur et directeur de la 
collection des machines léguées par 
Vaucanson au gouvernement , il fat 
un des fondateurs du Conservatoire 
des arts et métiers, dont il devint, en 
1801, l'administrateur en chef. Il a 
inventé un grand nombre de ma- 
chines ou procédés industriels, parmi 
lesquels on remarque le métier à 
tisser le linge damassé , la machine à 
forer plusieurs canons de fusil à la 
fois ; des pétrins tourtiants pour for- 
mer la pâte sans les levains ordi- 
naires; le moulin à meules plates 
pour concasser le grain ; la machine 
à faire les plans parallèles , qui a 
servi à Malus pour confectionner les 
glaces parallèles qu'il a employées 
dans ses belles expériences sur la ré- 
fraction de la lumière. C.-P. Molard 
était membre de l'Académie des 
sciences, section de mécanique. Il 
mourut à Paris, le 13 février 1837. 
On a de lui : I Description des ma- 
chines et des procédés spécifiés dans 
les brevets d'invention , etc. , Paris , 
1812-27,13 vol.in-4« avec 390 plan- 
ches. Molard n'a écrit que le premier 
volume ; les autres sont de M. Chris- 
tian. II. Notice sur les diverses inverv- 
tions de feu Jean-Pierre Droz, relatives 
à l'art du monnayage , Versailles , 
1823, in-4°. Les Mémoires de la So- 
ciété centrale d'agriculture et le Bul- 
letin de la Société d'encouragement 
contiennent beaucoup de rapports et 
de travaux dus à Molard. M — d j. 
MOLARD (François-Emmantel), 
frère du précédent, né comme lui aux 
Cemoises, en 1774, entra, en 1793, 
dans un bataillon de volontaires avec 
le grade de lieutenant. Il quitta ce 
bataillon en 1795, pour venir occu- 
per, à l'école des aéroistiers de Meu- 
don, l'emploi de commandant des 
élèves, auquel Conté l'avait fait noto- 



MOL 

mer. La suppression de cette école le 
détermina à concourir pour être ad- 
mis à l'École polytechnique. Après 
en avoir suivi les leçons avec un 
grand succès, il obtint un grade d'of- 
ficier dans l'arme de l'artillerie, et 
fit en cette qualité toutes les campa- 
gnes, jusqu'à la paix d'Amiens. Ren- 
du à la vie civile, Molard fut employé 
comme directeur des travaux de l'école 
d'arts et métiers de Compiègne. Dans 
cet emploi, qui exigeait une application 
continuelle des sciences à des ouvrages 
mécaniques, il eut à lutter contre les 
idées propagées par la routine et les 
préjugés au sujet de l'éducation pu- 
blique. Quelques personnes n'avaient 
pas manqué de trouver étrange qu'au 
lieu de continuer à donner, comme 
par le passé, aux enfants une instruc- 
tion entièrement littéraire et scienti- 
fique, ou eût eu la pensée de combi- 
ner cette instruction de manière à ce 
qu'ils apprissent à la fois im métier, 
le dessin , le lavis , la grammaire et 
les principes d'arithmétique et de 
géométrie. Molard prouva bientôt 
que les difficultés dont on annonçait 
l'existence n'étaient pas insurmonta- 
bles, en établissant des ateliers où les 
élèves furent occupés suivant leur 
âge et d'après les forces qu'ils avaient 
reçues de la nature. Ceux de ses 
élèves qui ont fait leur éducation sous 
sa direction savent qu'aux exhorta- 
tions et aux conseils il joignait l'exem- 
ple ; qu'il prenait souvent lui-même 
le marteau, le rabot , la lime , le ci- 
seau , et qu'en faisant de ses mains 
un travail, il démontrait qu'il était un 
ouvrier habile et un excellent profes- 
seur. Lors de la translation de l'école 
de Compiègne à Châlons-sur-Mame, 
il fut chargé d'une foule de détails 
que cette opération nécessitait. Après 
avoir fait creuser on canal , disposer 
l'emplacement qui devait recevoir 



MOL 

les ateliers, préparer des magasins et 
une infirmerie, il ordonna la cons- 
truction d'une scie, mue par l'eau, 
afin de débiter les arbres en plan- 
ches, ou en bois de charronage, et, 
chose à peine croyable, ces différents 
travaux, il en conçut le projet et les 
fit exécuter dans un intervalle de 
quelques mois. Le gouvernement 
ayant fondé à Beaupréau , départe- 
ment de Maine-et-Loire, une seconde 
école d'arts et métiers , Molard fut 
chargé de la former. Il la dirigeait 
en 1813 , lorsque éclata un soulève- 
ment dans le département de la Ven- 
dée, et dans quelques-uns des cantons 
qui l'avoisinent. La crainte qu'elle ne 
fût détruite par suite des troubles qui 
agitaient particulièrement l'arrondis- 
sement de Beaupréau, détermina le 
gouvernement à en ordonner la trans- 
lation à Angers.Molard fut encore char- 
gé de cette translation. Après avoirréflé- 
chisurles moyens de l'opérer sans dan- 
ger pour les élèves, et sans de grands 
dommages pour l'établissement, il s'ar- 
rêta au par ti de s' entendre avec le comte 



m&e. 



163 



l'industrie de ce pays et l'industrie 
française. Ses talents et son caractère 
furent appréciés par les hommes les 
plus instruits des trois royaumes; il 
dut à l'estime qu'il sut leur inspirer 
l'accès facile des manufactures , qui 
cachent avec le plus de soin, aux re- 
gards des étrangers, le dépôt de leurs 
découvertes et de leurs procédés. Re- 
venu en France, Molard fut chargé de 
surveiller la construction des machi- 
nes à filer et à carder le coton, don- 
nées à des villes manufacturières pour 
leur servir de modèle. Le nombre 
des machines et des procédés qu'il a 
lui-même imaginés ou perfectionnés 
est considérable ; nous n'indiquerons 
que les principaux : vis à bois, pour 
lesquelles il lui fut décerné une mé- 
daille et un prix de 1,500 francs, 
par la société d'encouragement; mé- 
canisme au moyen duquel, sans rien 
changer à une scierie ordinaire, on 
fait débiter des courbes, des jantes de 
roues, etc.; freins à vis ou à leviers, 
substitués aujourd'hui par les rouliers 
aux perches, aux sabots traînants, 
d'Autichamp, qui était à la tête des avec lesquels ils enrayaient autrefois 



insurgés. Il n'eut qu'à se louer de cette 
résolution, ayant obtenu toute la pro- 
tection dont il avait besoin de ce mi- 
litaire, trop éclairé pour ne pas sen- 
tir que les hommes livrés à l'exer- 
cice des arts, doivent être à l'abri 
des maux qu'enfantent les guerres 
civiles. Molard aimait à rappeler ce 
liait louable de M. d'Autichamp. Ap- 
pelé , en 1817, à Paris, pour être 
directeur - adjoint du Conservatoi- 
re des arts et métiers , il fut de- 
puis nommé membre honoraire du 
comité consultatif des arts et manu- 
fartiures , attaché au ministère du 



leurs voitures dans les descentes ; con- 
struction régulière en fonte, en fer, 
d'un grand nombre de machines et 
d'instruments à l'usage de l'agricul- 
ture, tels que charrues, machines à 
battre, à vanner et à nettoyer les 
grains, à couper la paille et les racines 
pour la nourriture du bétail, à râper 
la betterave , etc. L'atelier qu'il avait 
formé à ce sujet, fut jugé si utile par 
le jury de l'exposition de 1819, qu'il 
lui accorda une médaille d'argent. 
Ce fut Molard qui introduisit en 
France, pour l'exploitation des mi- 
nes, l'usage des câbles plats, et 



commerce, place dont les fonctions qui fit, dans les mines de Mont-Jean 
sont gratuites. En 1819, il fut chargé et de Décise, le premier essai des câ- 
d'aller en Angleterre pour recueillir blés agissant avec des vis propres à 
des observations comparative& sur les assembler. Il a encore étabU les 

11. 



16i 



MOL 



premières {jrues à engrenages et pi- 
votant sur elles-mêmes dans toute l'é- 
tendue du cercle, qu'on voit montées 
sur le bassin de la Villette et à la 
voieriede Bondy, grues qui procuieïit 
les plus grandes facilités pour le char- 
gement et le déchargement des ba- 
teaux. Molard mourut à Paris le 12 
mars 1829, des suites d'un catarrhe 
pulmonaire. On a de lui : I. Système 
d'agriculture suivi par M. Coke dans 
sa propriété' d'Holkham , traduit de 
l'anglais, avec des additions, des des- 
sins et des descriptions des instru- 
ments extraoï'dinaires dont on fait 
usage dans cette grande exploitation, 
Paris, 1820, in-8°. Ce travail obtint 
une médaille de la société d'agricul- 
ture. II. Les divers systèmes de filature 
en usage aux Indes, en Angleterre et 
en France, Paris, 1826, in-S". III. 
Système complet de filature de coton, 
usité en Angleterre et importé e?i 
Fiance par la compagnie établie à 
Ourscamp près Compiègne , Paris , 
1828, in-4°, et un atlas de 30 pi. par 
M. Leblanc. Molard était un des prin- 
cipaux rédacteurs du Dictionnaire 
technologique et des Annales de l'in- 
dustrie française. — Molard (Etienne), 
né à Lyon, vers 1764, fut, en l'an XIII 
(1805), directeur de l'école secondaire 
communale du Midi , et consacra 
toute sa vie à l'éducation de la jeu- 
nesse. Il mourut à Lyon le 6 mai 
1825. On a de lui : I. Lyonnoisismes, 
ou Recueil d'expressions vicieuses usi- 
tées à Lyon, 1792, in-8°. Cet ou- 
vrage a obtenu plusieurs éditions ; la 
quatrième (Lyon, 1810, in-12) a pour 
titre : Le mauvais langage corrigé, et 
la cinquième celui de Dictionnaire du 
mauvais langage, Lyon, 1813, in-8''. 
II. Discours sur les devoirs des ins- 
tituteurs, prononcé à l'ouverture de 
l'école secondaire du Midi , in-8<*. III. 
Epître en vers à ma fille, à l'époque 



MOL 

de son mariage, lue à l'Académie de 
Lyon, 1808, in-8». IV. La rose et le 
buisson, fable imitée de Pignotti. V. 
Notice sur Pierre Morel, le grammai- 
rien, insérée, peu de jours après la 
mort de l'auteur, dans les Archives 
historiques et statistiques du départe- 
ment du Rhône. Z. 

MOLDEXHAWER ( Dame.. - 
Gotthilf), naquit à Kœnigsberg, en 
Prusse, le 11 décembre 1751. Après 
avoir étudié à Gœttingue et dans 
d'autres Universités de l'Allemagne , 
il fut appelé, en 1777, à celle de 
Kiel, en qualité de professeur ex- 
traordinaire de philosophie. En 1779, 
il fut nommé professeur de théolo- 
gie à la même Université, où il reçut 
les honneurs du doctorat en 1782. 
Cette même année il parcourut la 
Ilollanae , l'Angleterre, l'Espagne, 
l'Italie, et fut à son retour nommé 
professeur de théologie à l'Université 
de Copenhague. Plus tard il fit, avec 
l'orientaliste Tychsen , un second 
voyage en Espagne , et rapporta un 
grand nonibre d'ouvrages rares et des 
manuscrits précieux, qui furent dé- 
posés à la bibliothèque royale de Co- 
penhague. Moldenhawer fut, en 1788, 
nommé administrateur en chef de 
cet établissement , fonctions qu'il 
exerça jusqu'à sa mort, arrivée le 21 
novembre 1823. Ses principaux ou- 
vrages sont une Histoire des Tem- 
pliers, en allemand , et un Eloge du 
comte A.-P. de Bernstorff , écrit en 
latin très-élégant. B — h — d. 

MOLEIVAER (CoR^ElLLE), pein- 
tre de paysages, surnommé Corneille 
le Louche d'un défaut qu'il avait dans 
le regard, naquit à Anvers, en 1540, 
et fut élève de son père et de son 
beau-père, peintres médiocres. Doué 
des dispositions les plus heureuses, il 
surpassa bientôt ses maîtres , et de- 
vint un des plus habiles paysagistes 



MOL 

de son temps. Cependant , plongé 
dans la débauche la plus effrénée, il 
avait peine à gagner de quoi vivre, et 
il était contraint de faire, pour 30 
sous par jour, les fonds des tableaux 
des peintres qui consentaient à l'em- 
ployer. Comme sa facilité était telle 
qu'il pouvait peindre un grand 
paysage dans un seul jour, ce n'était 
point le travail qui lui manquait. 
Aussi presque tous les peintres d'An- 
vers se servirent-ils de lui pour pein- 
di'e les fonds de leurs tableaux. Ses 
besoins étaient quelquefois si pres- 
sants, qu'il consentait à peindre pour 
six ou sept sous. Ses ouvrages déno- 
tent, néanmoins, beaucoup de talent; 
et les artistes en faisaient le plus 
grand cas. il mourut à Anvers des 
suites de sa vie déréglée. P^ — s. 

MOLEVILLE. Foy. Bertrand . 
LVIII, 167. 

MOLtVA (Alphoîsse de), mission- 
naire espagnol, naquit, en 1496, à 
Escalona , petite ville de la Castille 
nouvelle. Ayant embrassé la règle de 
Saint-François dans l'ordre des Frères- 
mineurs ou (lordeliers, il prit, suivant 
l'usage, le nom de sa ville natale, et, 
dès -lors , fut indifféremment appelé 
Alphonse deMolina ou d"Escalona(l). 
Envoyé, par ses supérieurs, en 1526, 
dans les missions de l'Amérique, il y 
travailla cinquante ans à répandre les 
lumières de l'Évangile, par ses pré- 
dications et par ses ouvrages. Il 
mourut, en 1584, à Mexico, pleuré 
de ses confrères qui lui ont consacré 
un bel éloge dans la Seraphica lùsto- 
ria provinciœ S. Evangelii. Outre ses 
Sermons, une Fie de saint François, 
et divers Opuscules ascéticjues, on a 
de ce missionnaire : I. Catecismo ma- 

(11 Le P. Wadding , faute de renseigne- 
ments exacts, lui a donné deux articles dans 
la Biblioth. Fratrum minorum, l'un sous 
le nom d'EscaloTia, et l'auire sous celui 
de Molina. 



msL 



165 



yor y menor, Mexico, 1546. C'est la 
date de l'impression de cet ouvrage 
suivant Nicolas Antonio, Bibl. hispa- 
na, I, 36. A moins d'en contester 
l'exactitude, il faut conclure qu'on 
s'est trompé jusqu'ici sur l'époque de 
l'introduction de l'imprimerie en Amé- 
rique, que tous les bibliographes pla- 
cent à l'année 1571. II. Confessio- 
nario niayor y jninor, ibid., 1565. III. 
Arte de la langua mexicana y castil- 
lana, ibid., 1571, in-S". C'est la pre- 
mière grammaire mexicaine ; elle est 
très-rare. IV. Focabulario en lanquu 
castellana y mexicana, ibid., 1571, in- 
lol. Les bibliographes citent ce lexi- 
que comme le premier ouvrage im- 
primé en Amérique. Mais, suivant 
Antonio , il avait déjà paru , dans la 
même ville, en 1555, in-4°; et l'édi- 
tion de 1571 renferme de nombreuses 
additions. W — s. 

MOLINA (Jean-Ionace), né à Tal- 
ca, au Chili, le 24 juin 1740, entra de 
bonne heure dans la compagnie de 
Jésus, et fit de si rapides progrès dans 
les sciences que, dès l'âge de vingt ans, 
il était bibliothécaire de son ordre 
à Sant-Yago. Après la suppression 
des Jésuites dans les possessions es- 
pagnoles, Molina passa en Europe, et 
alla se fixer à Bologne où il s'adonna 
à l'éducation de la jeunesse. Ayant 
hérité, en 1815, d une fortune considé- 
rable, par la mort d'un de ses neveux, 
il en consacra une grande partie à la 
fondation d'une bibliothèque dans sa 
ville natale. Molina mourut, à Bolo- 
gne, te 12 septembre 1829. On a de 
lui : I. Saggio sulla storia naturale det 
Chili, Bologne, 1782, in-8°, carte; 
trad. en allemand par Brandis , Leip- 
zig, 1786, in-8°, carte ; en français : 
Essai sur l'histoire naturelle du Chili, 
avec des notes, par Gruvel , Paris, 
1788, in-8''. Indépendamment de la 
description des productions de la na- 



166 



MOL 



ture, l'auteur traite de la géographie 
physique du Chili ; il donne aussi des 
détails intéressants sur les habitants . 
et un vocabulaire chilien relative- 
ment à l'histoire naturelle. Il s'est 
conformé au système de Tjnné. Parmi 
les animaux nouveaux dont il parle, 
on fut surpris de voir figurer le guc- 
mul ou huemul (ecjuus bisulcusj , 
qu'il regarde comme devant établi) 
la transition entre les ruminants et 
les chevaux, parce que, d'une part, 
il a les pieds fourchus , et que , de 
l'autre, il a les dents et la physiono- 
mie générale de l'âne. Cet animal 
habite les sommets les plus élevés 
des Andes. Des compilateurs placè- 
rent le guemul dans le genre che- 
val ; les vrais naturalistes furent em- 
barrassés et jugèrent que Molina , 
ayant simplement aperçu cet animal, 
ne l'avait décrit que très-imparfaite- 
ment; enfin notre compatriote, M. 
Gay, qui a fait un long séjour au Chi- 
li, a pensé que le guemul était du 
genre des chevrotains. II. Sacfgio délia 
'storia del Chili (Essai sur l'histoire 
du Chili), Bologne, 1787, in-8», carte; 
2' édit. augmentée, ibid., 1810, in-i**, 
carte et portrait; trad. en espagnol, 
par Domingo- Jos. de Arquello-da- 
Mendoza, Madrid, 1788,2 vol. in-4<': 
en allemand, 1791, in-S"; en anglais, 
sous le titre d'Histoire géographique, 
naturelle et civile du Chili, Londres, 
1809, 2 vol. in-8°; Middtown (Con- 
necticut), 1 vol. in-S". Cet ouvrage, 
justement estimé, traite des indigènes 
du Chili , raconte l'invasion de ce 
pays parles Espagnols, les guerres 
de ceux-ei contre les Ai-aucaniens qui 
ont jusqu'à nos jours conservé leur 
indépendance, et expose l'état de ces 
contrées jusqu'en 1787. On regrette 
que ce livre n'ait pas été traduit dans 
notie langue. Le tableau des mœurs 
et des usages des Araucaniens est du 



MOL 

pins vif intérêt. Molina nous apprend 
qu'il a eu recours à divers documents 
imprimés, et à V Histoire du Chili de 
l'abbé Olivarès. Elle était en manus- 
crit, et il en possédait la première 
partie. Ayant laissé au Pérou la se- 
conde partie, qui contenait les évé- 
nements arrivés jusqu'en 1787, et 
perdant l'espoir de l'obtenir, il con- 
sulta plusieurs de ses compatriotes 
qui, ainsi que lui, demeuraient en 
Italie; et, avec leur aide, il acheva 
son entreprise. « Cela me fut d'autant 
« moins difficile, dit-il, que les guerres 
" faites dans le Chili donnent seules 
« de l'importance à son histoire , et 
« que, depuis 165o, il n'en a éclaté 
" que deux : l'une en 1722, l'autre 
" en 1767. Or, les principaux événe- 
" ments étaient encore très-présents 
« à la mémoire des hommes qui sont 
u maintenant avec moi. » Un supplé- 
ment offre une notice succincte de la 
langue chilienne, Molina profita pour 
le composer de plusieurs livres tant 
imprimés que manuscrits, entre au- 
tres des Grammatica y Diccionario de 
la lengua de Chili , par l'abbé An- 
toine-André Fébrès, Lima , 1765, in- 
4°. Cette notice est suivie de la no- 
menclature des ouvrages qui ont servi 
à Molina ; elle est curieuse parce 
qu'elle donne les titres de plusieurs 
qui ne sont guère connus en Europe. — 
MoLi^A (Alonso de) a publié en espa- 
gnol : Description du royaume de Ga- 
lice et des choses remarquables qui s'y 
trouvent, Mondonedo, 1550, in-i" 
gothique, volume de 6 et 62 feuil- 
lets. C'est un ouvrage en vers avec un 
commentaire en prose. Boucher de la 
Richarderie en cite une édition de 
Valladolid , même année et même 
forniat. E — s. 

MQLIÎVE (PiERRE-Lopis), littéra- 
teur, naquit à Montpellier, vers 1740. 
Ses études, commencées dans sa ville 



MOL 

natale, furent continuées à l'université 
d'Avignon, où il prit le grade de maî- 
tre ès-arts. Il vint ensuite faire son 
droit à Paris, et fut reçu avocat au 
Parlement. Il paraît cependant qu'il 
s'occupait beaucoup moins de plai- 
doiries que de travaux littéraires, 
à .en juger par l'abondance de ses 
productions poétiques et drama- 
tiques, dont aucune, du reste, ne 
s'élève au-dessus du médiocre. Com- 
me la plus grande partie de ses con- 
frères, il embrassa avec beaucoup de 
zèle la cause de la révolution, et devint, 
en 1793, secrétaire-greffier de la Con- 
vention nationale, et présenta à cette 
assemblée, le 27 février 1794, une 
épitaphe de sa composition pour le 
tombeau de Marat. Après la session 
conventionnelle, il cessa d'être em- 
ployé et ne travailla plus que pour 
le théâtre. Il mourut à Paris, le 
19 février 1820. Ses principaux 
ouvrages sont : I. La Louisiade^ ou 
le Voyage de saint Louis en Terre- 
Sainte, poème héroïque, Paris, 1763, 
in-S". II. Les aînours champêtres , 
contes, Amsterdam, 1764, in-8°. 
m. Les Législatrices ^ comédie en 1 
acte et en vers libres, Paris, 1763, 
in-S". rV. Éloge historique de J. de 
Gassion, maréchal de France, Pau, 
1766 , in-S". V. Recueil d'ariettes et 
de romances, ib., 1766, in-S*". VI. Thé- 
mistocle, tragédie en 5 actes, Paris, 
1766, in-S". VII. Le concert interrom- 
pu, comédie en 1 acte et en prose, 
Paris, 1768, in-8''. VIII. Anne de Bou- 
len à Henri VIll , roi d! Angleterre, 
héroide , in-8''. IX. Le déborde- 
ment du Tarn, poème, in-8°. X. Or- 
phée et Eurydice, opéra en trois 
actes et en vers , traduit de l'italien 
de Calsabigi, Paris, 1774, in-4o. Cet 
opéra, mis en musique par Gluck, fut 
représenté, pour la première fois, le 
2 août 1774. XI. Roger- Bontemps et 



MOL 



167 



Javotte , pièce en 1 acte et en vers 
(en société avec Dorvigny), Paris, 
1775, in-8''. C'est la parodie de 
l'opéra d'Orphée. XII. L'Arbre en- 
chanté, opéra-comique , musique de 
Gluck, représenté à Versailles devant 
la cour en 1775. XIII. Le duel comi- 
que, opéra-bouffon en 2 actes, imité 
de l'italien, musique de Paisiello et 
deMéreaux, Paris, 1776, in-8°, repré- 
senté pour la première fois , à Fontai- 
nebleau devant la cour, en 1777. 
XIV. L'Inconnue persécutée, comédie 
en deux actes, Paris, 1776, in-8°, et 
en 3 actes, Paris, 1781, in-8°. XV. /his- 
toire du grand Pompée, Londres et 
Paris, 1777, 2 vol. in-12. XVI. L'om- 
bre de Foliaire aux Champs-Elysées, 
comédie-ballet en prose et en vers, 
en 1 acte, Paris, 1779^, in-8». XVII. 
Laure et Pétrarque, pastorale lyrique 
en 1 acte et en vers libres, Paris, 

1778, in-8'', représentée pour la pre- 
mière fois à l'Opéra, le 2 juillet 1780, 
avec la musique de Candeille. XVIII. 
L'amour enchaîné par Diane, mélo- 
drame-pantomime et ballet-héroïque 
en 1 acte et en vers libres, Paris, 

1779, in-8''. XIX. Ariane dans l'île 
deNaxos, drame-lyrique, Paris, 1782, 
in-8''. XX. La discipline militaire du 
Nord , drame en quatre actes et en 
vers libres, Paris, 1782, in-8». XXI. 
Le roi Théodore à Venise, opéra hé- 
roi - comique en 3 actes, Paris, 
1787, in-4''. XXII. L'amour anglais, 
comédie en 3 actes, Paris, 1788, in- 
8". XXIII. Michelin,OU l'humanité ré- 
compensée , mélodrame en un acte , 
Paris, 1790, in-8°, XXIV. La Réunion 
du 10 août, ou [Inauguration de la 
République française, sans-culottide, 
en 5 actes et en vers, Paris, 1793, 
in-S", en société avec Gabriel Bou- 
quier (voy. ce nom, LIX, 100). XXV. 
Le Tombeau des imposteurs et l'inau- 
guration du Temple de la Vérité , 



168 



MOL 



MOL 



sans-ciilottiile dramatique, en trois 
actes et en prose, mêlée de musique, 
Paris, 1794, in-8°. Cette pièce, com- 
posée en société avec Léonard l!our- 
doii fvoY. ce nom, LIX , IKJ), Val- 
cour et i'oignet, ne fut j)as représen- 
tée. XXVL Le naufrage héroïque du 
vaisseau le Vengeur^ opéra en trois 
actes, Paris, 1795, in-S". XXVIL 
La caverne infernale, ou la manie du 
suicide , opéra-boufton en 2 actes, 
Paris, 1801, in-S". XXVIIL Diane et 
l'Amour , opéra anacréoutique en 1 
acte et en vers, Paris, 1802. in-S". 
XXIX. Le mariage secret, opéra-co- 
luique en deux actes , musique de 
Cimarosa , Paris, 1802, in-8". XXX. 
Le triomphe d'Alcide à Athènes, dra- 
me liéroïque en 2 actes et en veis 
libres (en société avec Pillon), Paris, 
1806, iu-8''. XXXL Les Alchimistes, 
ou Folie et sagesse, opéra-bouflbn en 
1 acte et en prose, Paris, 1806, in-S". 
XXXIL Les amours de Vénus et de 
Mars , opéra-comique en trois actes, 
Paris, 1806, in-8°. XXXIIL Roméo et 
Juliette, tragédie lyrique en trois ac- 
tes , Paris, 1805, in - 8°. XXXIV. 
Amour et Psyché, comédie en 1 acte, 
Paris, 1807, in-8''. Ces trois dernières 
pièces ont été composées en société 
avec Cubières de Palmezeaux. XXXV. 
Le premier navigateur, com. enl acte 
et envers libres, Paris, 1807, iu-8''. 
Moline avait fait représenter plusieurs 
autres pièces qui n'ont pas été im- 
primées. Il avait un talent particulier 
pour faire des vers sous un beau 
chant , comme dans l'Orphée de 
Gluck, M Ariane d'Haydn , et le Roi 
Théodore de Paisiello. Une Notice 
nécrologique, trés-étendue, lui a été 
consacrée dans X Annuaire dramati- 
que de 1821 et 1822. F— le. 

3IOLIXERI (Jean -Antoine ) , 
peintre et architecte, surnommé le 
Carraccino, c'est-à-dire le petit Carra- 



clic, naquit de parents nobles, à Sa- 
vigliano , en Piémont, le 10 octobre 
1577, et fit ses études au collège 
des l'.énédictins noirs du monastère 
de Saint-Pierre, l'un des plus riches 
de l'ordre. Mclineri était destiné, par 
sa naissance, à courir une brillante 
carrière; mais son goût pour les arts 
l'emporta sur l'ambition et sur les 
desseins de ses parents , qui consen- 
tiient avec regret à le laisser partir 
pour Piome. Après quelques études 
préliminaires, le jeune Molineri entra 
à 1 école des frères Carrachc , une 
des plus célèbres du XNT siècle. L'ab- 
bé Lanzi et le comte Villa- Durandi 
ont mis en doute que Louis Carrache 
ait été son maître, se fondant sur ce 
que l'historien Malvasia , dans son 
ouvrage la Felsina pittrice , na pas 
mis le peintre piémontais au nombre 
de ses élèves. Mais peu importe ; nous 
avons vu les tableaux de Molineri, 
notamment la célèbre Déposition de 
croix, dans l'église de Saint-Dalmace 
à Turin, et nous pouvons, avec l'abbé 
Bartoliet lecomteNapione, dire que ce 
tableau, comme plusieurs autres de 
Molineri,rappelle la manière d'Antoine 
Carrache, soit par la pureté du dessin, 
soit par la pose des figures, soit par 
le coloris. Kotre ami le feu père Dela- 
valle est du même avis, dans sa pré- 
face de la nouvelle édition de Vasai'i 
imprimée à Sienne. Les premiers ou- 
vrages de Molineri furent des por- 
traits , et Ion s'aperçoit aisément , à 
leur peu de perfection, que l'artiste 
travaillait pour de l'argent. Mais il 
mit ensuite beaucoup plus de cons- 
cience dans son ti'avail, lorsqu'il abor- 
da la grande peinture. Revenu dans 
sa ville natale, il fit, pour différentes 
églises, plusieurs tableaux, parmi les- 
quels nous citerons une Cène, le Mar- 
tyre de saint Pierre et de saint Paul. 
Molineri était aussi architecte, et il fut 



MOL 

chargé, en 1585, d'élever àSavigliano 
un arc de triomphe pour l'entrée de 
Catherine d'Autriche , femme de 
Charles-Emmanuel P', roi de Sardai- 
gne. Il mourut à Savigliano en 1640. 
M. Novellis a donné sur ce peintre une 
notice détaillée, dans sa Bingrafia di 
itlustri Savifflianesi ^ Turin, 1830, 
in-8"'. G— G— V. 

MOLITERNO (le prince de), fils 
du prince de Marsico-Nuovo, amhas- 
deiu' deNaplesà Turin, oùil huélevé? 
fit la campagne de Piémont, en 1794, 
contre les Français, et y déploya une 
rare valeur. Il était alors capitaine de 
cavalerie. Chargé de couvrir la re- 
traite des Autrichiens, il se jeta avec 
tant d'ardeur à travers les bataillons 
ennemis qu'il leçut plusieurs bles- 
sures et perdit un œil. De retour au- 
près de son souverain, il fut récom- 
pensé par la charge de gentilhomme 
de sa chambre. Lorsque les Français, 
sous les ordres de Championnet, en- 
vahirent le royaume de Naples, en 
1798, Moliterno leva à ses frais deux 
régiments de cavalerie, qu il comman- 
da en personne. Il se distingua sur- 
tout devant Capoue, où il fit pour 
éloigner l'ennemi plusieurs charges, 
avec un- courage d'autant plus remar- 
quable, qu'il avait peu d'imitateurs 
dans une armée mécontente et tra- 
vaillée par des sociétés secrètes. Cel- 
les-ci cherchaient depuis long-temps 
à gagner Moliterno, dont la popula- 
rité était connue, sans avoir encore 
pu y réussir. Après le départ de Fer- 
dinand IV pour la Sicile, les révolution- 
naires renouvelèrent leurs tentatives; 
Moliterno, découragé par la faiblesse 
que le gouvernement royal avait mon- 
trée, et entraîné peut-être par des 
vues ambitieuses, prêta loreille aux 
propositions qui lui furent faites, et 
accepta secrètement le titre de géné- 
ral en chef des troupes napolitai- 



MÔL 



169 



nés, à la tête desquelles se trouvait 
encore le général autrichien Mack 
(voy. ce nom, LXXII, 287). Celui- 
ci , averti des intrigues de Moliter- 
no, le fit arrêter; mais, obligé peu 
après de le mettre en liberté, de peur 
d'une émeute, il se borna à l'éloi- 
gner en l'envoyant , avec ses deux 
régiments, tenii' garnison dans la for- 
teresse de Sainte-Marie, située à plu- 
sieurs milles de Naples. An commen- 
cement de 1799, Mack s'étant réfugié 
au camp français, afin de se sous- 
traire à la fureur des lazzaroni qui 
venaient de se soulever, le peuple 
nomma des députés pour former une 
espèce de parlement sous le nom de 
Sénat. Alors Moliterno rentra à Na- 
ples au milieu des démonstrations 
de la joie la plus vive, et prit ouver- 
tement le titre de (jénéml du peuple. 
Ce fut en cette qualité qu'il publia 
un édit, par lequel il ordonna de 
préparer la guerre contre les Fran- 
çais, de rapporter les armes dans les 
dépôts afin de les distribuer avec 
plus de discernement aux défenseurs 
de la patrie et de la foi. Il finit 
par ces mots : « Ceux qui désobéi- 
" rontà ces lois, ennemis et rebelles 
" à l'autorité du peuple, seront sur 
u le champ mis en jugement et exé- 
« entés.... A cet effet, on élèvera des 
■' échafauds sur les places de la vil- 
« le. >' Pendant que Moliterno pre- 
nait ces mesures violentes, l'armée 
fi-ançaise s'avançait vers Naples, et 
déjà elle n'en était plus séparée que 
par une courte distance. Le Sénat ei- 
frayé envoya secrètement, au quar- 
tier-général des ennemis, Moliterno 
avec deux députés du peuple et des 
pouvoirs illimités, pour conclure la 
paix au nom de la nation. Moliterno 
exposa à Championnet l'objet de sa 
mission , dans un discours préparé à 
l'avance : « Depuis la fuite du roi et 



170 



ftiOL 



u de son lieutenant-général (Pij^na- 
« telli), dit-il, le gouvernement du 
« royaume est entre les mains du 
u Sunat de la ville. Donc, en traitant 
" en son nom, nous ferons un acte lé- 
« gitime et durable... Général, vous 
u qui, vainqueur d'une nombreuse 
« armée , êtes arrivé en courant des 
« plaines de Fermo jusqu'aux rives 
« du Lagni, vous pourriez croire que 
« les dix milles qui vous séparent de 
« la capitale ne sont qu'un bien petit 
« espace ; mais vous le regarderiez 
" comme bien long et comme infran- 
« chissable peut-être , si vous pensiez 
« que vous avez autour de vous des 
« peuples armés et courageux; que 60 
« mille citoyens, avec des armes, des 
« forts et des vaisseaux, animés par 
« le zèle de la religion et par la pas- 
" sion de l'indépendance, défendent 
u une ville de cinq cent mille habi- 
« tants; que les provinces sont sou- 
« levées contre vous, nombreuses et 
« acharnées, et que, quand même il 
« vous serait possible de vaincre, il 
« vous serait impossible de garder 
" votre conquête. Ainsi, tout vous 
« conseille la paix avec nous. » ( His- 
toire de Naples de 1734 à 1825, par 
le général Colletta.) Il offrit ensuite 
au général français une indemnité 
en argent et tous les moyens néces- 
saires pour effectuer sa retraite. 
Championnet, indigné qu'on osât lui 
faire des conditions aussi orgueil- 
leuses, comme s'il avait été vaincu, 
se contenta de répondre : « La trêve 
« est rompue, demain nous marche- 
« rons contre la ville n; et il congé- 
dia les députés. Cependant les lazza- 
roni, qui voulaient se battre et non 
traiter, ayant appris que Moliterno 
s'était rendu au camp français, criè- 
rent à la trahison et ils élurent 
chefs du peuple, a sa place, un mar- 
chand de farines, nommé Paggio et 



MOL 

Michel-le-Fou (t/oy. ce nom, ci-dessus, 
pag. 45). Sous de .tels guides, l'effer- 
vescence populaire ne fit que s'ac- 
croître; les plus grands excès furent 
commis, et l'on craignit un boule- 
versement général. Au milieu de ces 
pénibles conjonctures, Moliterno alla 
trouver le cardinal Zurto , archevê- 
que de Naples, et le pria de faire 
porter solennellement, dans les princi- 
pales rues de la ville, les reliques de 
saint Janvier , si révérées par le 
peuple napohtain. « Au moment 
où la procession se mit en marche, 
disent les Mémoires tirés des papiers 
d'un homme d'Etat, Moliterno ar- 
riva les cheveux épars , couvert 
d'habits de deuil, les pieds nus, et 
accompagna en cet état l'archevê- 
que. Quand la procession fut ren- 
trée à l'église, dans un discours pa- 
thétique, interrompu par des san- 
glots, il engagea le peuple à tout 
espérer de la protection de saint Jan- 
vier, qui ne permettra pas, dit-il, 
que la ville tombe au pouvoir des 
ennemis ; puis il invita la foule 
à réparer ses forces dans le som- 
meil, et à se trouver le lendemain au 
point du jour, sur la place de Saint- 
Laurent, pour aller, tous ensemble, 
livrer bataille aux ennemis de la re- 
ligion et de la patrie. Le langage et 
l'extérieur de Moliterno, joints à la 
sainteté de la cérémonie, impres- 
sionnèrent vivement la multitude. 
Chacun se retira chez soi, et Moli- 
terno put faire les préparatifs d'un 
coup de main qu'il projetait. Le len- 
demain matin il rassembla cinq à six 
cents jeunes gens, bien armés, dé- 
cidés à le suivre, et leur communi- 
qua le dessein de s'emparer du fort 
Saint- Elme, et de se mettre ainsi à 
l'abri de la fureur des lazzaroni, en 
même temps qu'il favoriserait l'entrée 
des Français, seuls capables de dé- 



MOL 

livrer la ville d'une affreuse anarchie. 
Ce plan fut ponctuellement exé- 
cuté : les portes de Naples s'ou- 
vrirent devant Championnet, et la 
république tut proclamée. MoUterno 
devint alors membre du gouverne- 
ment provisoire, et fut confirmé dans 
son grade de général. Cependant 
comme son influence faisait ombra- 
ge, on l'exila d'une manière hono- 
rable, en le nommant ambassadeur 
de la nouvelle république auprès 
du Directoire exécutif, à Paris. Cette 
circonstance lui sauva la vie, qu'il 
eût sans doute perdue après la repri- 
se de Naples par le cardinal Rufo. 
Lorsque les Français conquirent une 
seconde fois le royaume^ il se rendit 
en Angleterre , afin de proposer au 
gouvernement anglais de déclarer l'u- 
nion et l'indépendance de l'Italie, as- 
surant que c était le moyen le plus 
sûr d'en expulser les Français. Ce pro- 
jet n'ayant pas été accueilli, Molitemo, 
qui avant tout désirait l'indépendance 
de son pays, se rapprocha du parti 
royaliste et rentra dans le royaume de 
Naples en 1808. Il rallia les anciennes 
bandes du cardinal Rufo , et souleva 
toute la Calabre contre Murât. Le 
nombre de ses partisans s'accrut en- 
core des carbonari auxquels Joachim 
faisait une rude guerre, et qui se ral- 
lièrent à Moliterno, séduits par les 
promesses d'une constitution libé- 
rale au retour du roi. Mais les me- 
sures de Joachim Murât comprimè- 
rent la révolte, et Moliterno fut con- 
ti^aint de s'enfuir : il était à Rome en 
1814. Les événements ayant replacé 
les Bourbons sur les trônes de France 
et d'Espagne, il eut l'espoir que ce- 
lui de Naples serait aussi rendu à 
cette famille. A cet effet, il chercha à 
fomenter une insurrection parmi les 
troupes napolitaines qui occupaient 
une partie des Etats de l'Église ; mais 



MOL 



in 



Murât en fut instruit, et demanda l'é- 
loignement de Moliterno au pape, qui 
n'osa le refuser. Depuis lors il cessa 
d'être mêlé aux événements politi- 
ques; seulement lorsque la constitu- 
tion fut proclamée à Naples en 1820, 
il lui donna des marques de sa sym- 
pathie en s'ofîrant à servir comme 
simple soldat. Moliterno est mort 
dans la retraite vers 1840. A — ■!. 

MOLITOR (Ulric), démono- 
graphe, était né, dans le XV' siècle, 
à Constance. Après avoir achevé ses 
études à l'Université de Pavie, où il 
reçut le laurier doctoral dans la fa- 
culté de droit canonitjue, il revint 
dans sa ville natale exercer la pro- 
fession davocat. Sigismond, archi- 
duc d'Autriche, désirantsavoir à quoi 
s en tenir sur la réalité des sortilèges et 
des enchantements pour lesquels les 
tribunaux envoyaient chaque jour 
au bûcher de nouvelles victimes, en- 
gagea Mohtor à l'éclairer à cet égard. 
Il ne pouvait guère choisir quelqu'un 
de moins propre à remplir ses vues. 
A la prière de ce prince, Molitor 
composa donc un dialogue : De lamiis 
et pythonicis mulieribus , qui fut 
imprimé, plusieurs fois, dans les der- 
nières années du XV* siècle. La seule 
édition qui soit encore un peu recher- 
chée des curieux est celle de Cologne, 
Corneille de Zyrichzée , in-4'' , goth. 
fig. en bois. Elle est sans date, mais 
l'épître dédicatoire souscrite de Cons- 
tance , 1485, fait connaître à peu 
prés l'année de sa publicatiqn (1). 
Cet opuscule se retrouve dans le 

(1) Ce Dialogue a été réimprimé, Paris, 
1561, et Cologne, 1595, in-S". Dans son Cata- 
logue des oinnges de démonographie, Len- 
glet-Dufresnoy dit que cette dernière édi- 
tion est la meilleure. Mais d'un pareil ou- 
vrage la meilleure édition ne peut être que 
celle qui a été publiée par l'auteur, c'est-à- 
dice la plus ancienne , qui, du moins, à dé- 
faut d'autre mérite, conserve celui de la 
plus grande rareté. 



rt72 



MOL 



Maliens maleficarum , recueil tlonl 
il existe plusieurs éditions, du XVP 
et même du XVIP siècle. Ainsi que 
la plupart de ses contemporains, 
Molitor admet, comme autant de 
vérités incontestables, tout ce qu'on 
débitait alors des sorciers et de 
leur commerce avec les démons, 
de leurs assemblées en plein air, de 
leur pouvoir sur les hommes et sui 
les animaux domestiques, de la fa- 
culté qu'on leur attribuait de faire 
tomber la foudre et la grêle, de re- 
vêtir à leur gré les formes les plus 
séduisantes comme les plus horribles, 
etc. A l'appili de ses assertions, il cite 
la Bible, les poètes et les romanciers. 
Un abrégé de ce livre, en français, 
poiu-rait êti-e très-amusant. Molitor 
mourut en 1492. W — s. 

MOLLE RU S (Jean -Henri), 
homme d'État hollandais , naquit 
vers 1753, à La Haye, où son père 
était président de la haute cour de 
justice. En 1784, il fut nommé gref- 
fier du Conseil-d'État, qui alors était 
chargé particulièrement de diriger les 
affaires de la guerre. Il fit ensuite 
partie de la commission qui , en 
1787, fut envoyée à Bois-le-Duc, 
pour y prendre des informations sur 
les désordres et le pillage commis 
dans cette ville, par des militaires. 
Revenu à La Haye, il continua d'exer- 
cer les fonctions de greffier du Con- 
seil-d'Etat, jusqu'à l'invasion fran- 
r çaise, en 1793. On lui offrit, à cette 
époque, la place de secrétaire du Co- 
mité qui avait remplacé le Conseil- 
d'État ; mais, peu partisan du nou- 
veau gouvernement, Mollerus refusa. 
En 1799, il se rendit, avec Van Stra- 
len, au Helder où se trouvait le quar- 
tier-général de l'armée anglo-russe , 
afin de solliciter une interA'ention 
qui pût ramener l'ancien ordre de 
choses. Mais leurs efforts ayant été 



MOL 

impuissants, Mollerus crut devoir 
se rallier au pouvoir établi, et il ac- 
cepta, en 1802, la place de secrétaire 
des États-Provinciaux de la Hollan- 
de. Nommé, en 1804, membre du 
conseil des possessions de la répu- 
blique en Asie, il fut confirmé dans 
cet emploi sous le gouvernement de 
Schimmelpeninck (t'oj. ce nom, au 
Suppl.), à qui Ion conféra, en 1805, 
la dignité de grand-pensionnaire. Ce 
pouvoir ayant cessé, en 1806, par 
l'élévation de Louis Bonaparte au 
trône de Hollande, Mollerus devint 
membre du Conseil-d'État ; peu 
après ministre de l'intérieur, et enfin 
ministre des cultes. Il fit ensuite 
partie de la commission que ÎSapo- 
léon manda à Paris pour délibérer 
sur le projet qu'il avait formé d'in- 
corporer la Hollande à son em- 
pire. D'abord assez mal accueilli par- 
ce que Bonaparte connaissait son 
attachement à l'ancien gouverne- 
ment, il fut néanmoins appelé, en 
1811 , au Corps législatif, par le 
département des Boucbcs-de-la-Meu- 
se. Chargé de présenter le budget de 
cette année, il prononça un discours 
fort étendu, où il fit un tableau sédui- 
sant de l'état des finances de l'empire. 
Son rapport, qui fut aussitôt converti 
en loi, essuya de vives critiques en 
Angleterre, où le journal The Day se 
fit remarquer par une sortie vio- 
lente contre ce budget et contre celui 
qui l'avait présenté. Mollerus eut en- 
suite la direction des ponts-et-chaus- 
sées dans les départements hollan- 
dais, quoique cette partie lui fut 
étrangère. Lors du retour de la mai- 
son de Nassau, en 1814, il fut appelé 
au ministère de la guerre, avec le 
titre de commissaire-général, la di- 
rection suprême étant confiée au 
prince héréditaire d'Orange. Il se 
démit peu après de ces fonctions pour 



MOL 

entrer au Conseil-d'État, dont il de- 
vint vice-président, en 1816. Mol- 
lerus mourut à La Haye vers 1830. 
M— D j. 
MOLLET (Joseph), né à Aix, en 
Provence, le 5 novembre 1758, fut 
d'abord professeur de physique au 
collège de l'Oratoire dans cette ville, 
et passa ensuite, avec la même quali- 
té, à l'école centrale de Lvon , ou il 
enseigna long-temps. Il était rentré 
dans sa patrie depuis quelques an- 
nées, lorsqu'il mourut, le 30 janvier 
1829. On a de lui : I. Étude du ciel, 
ou Connaissance des phénomènes as- 
tt-onomiques mise à la portée de tout 
le monde, Paris, 1803, in-8". IL Dis- 
cours sur l'influence des sciences sur le 
commerce et les arts, Lyon, 1812, in- 
8°. III. Eloge historique de Jean- 
Emmanuel Gilibert, Lyon, 1816, in-8°. 
IV. Mécanique physique, ou Traite 
expérimental et raisonné du mouve- 
ment et de [équilibre dans les corps 
solides, Avignon, 1818, in-8°. V. Hy- 
draulique physique, ou Connaissance 
des phénomènes que présentent les 
fluides, soit dans l'état de repos, soit 
dans celui de mouvement , Lyon, in» 
8°. VI. Cours élémentaire de physique 
expérimentale, Lyon et Paris, 1822, 
in-8'*. VII. Mémoire sur la composition 
et sur [action de la pile voltaique, 
Lyon, 1823, in-8°. VIII. Gnomonique 
graphique, on Méthode simple et facile 
pour tracer les cadrans solaires sur 
toute sorte de plans, en ne faisant 
usage que de la règle et du compas, 
suivie de la Gnomonique analytique , 
Paris, 1827, in-8''. — Mollet {Jean- 
Louis), négociant de Genève et com- 
mis à la chambre de cette ville, né 
en 1728, et mort en 1779, est auteur 
de deux ouvrages publiés sous le 
voile de l'anonyme : I. Lettre à M. 
Jean-Jacques Rousseau sur la fête 
donnée, en 1761. à [ occasion de [exer- 



MOL 



173 



cice prussien introduit à Genève dans 
la milice bourgeoise, Genève ,1761, 
in-8°. n. Lettres de Sophie à une de 
ses amies, Genève, 1779, 2 vol. in-8". 
— Mollet, député à la Convention na- 
tionale par le département de l'Ain, 
vota dans le procès de Louis XVI l'ap- 
pel au peuple, la détention jusqu'à la 
paix et le sursis à l'exécution. Après 
la session conventionnelle, il se retira 
à Belley, sa patrie, où il mourut en 
mars 1834. M— dJ. 

MOLLE VAUT (Etienne), né à 
Joui en 1745 , avocat distingué du 
parlement de JNancy, fut maire de 
cette ville en 1790, après les trou- 
bles suscités par la révolte de la gar- 
nison qui voulait forcer ses chefs 
à quitter le commandement. Peu de 
temps après , il fut élu mendire 
du Directoire du département de 
la Meurthe. Le marquis de Bouille, 
dans son rapport, rendit justice aux 
efforts qu'il avait faits pour maintenir 
l'ordre. Mollevaut fut appelé au Tri- 
bunal de cassation, au mois de mars 

1791, et nommé par le départe- 
ment de la Meurthe, en septembre 

1792, député à la Convention natio- 
nale. Si l'histoire ne cesse de flétrir 
les régicides , il faut aimer à recon- 
naître le courage de ceux qui , mêlés 
a une société si cruelle, osèrent re- 
pousser les vœux des méchants. Mol- 
levaut vota pour la détention pen- 
dant la guerre et le bannissement à 
la paix. Il fut ensuite d'avis de l'ap- 
pel au peuple. On sait qu'il n'y avait 
pas d'autre moyen de sauver la vie 
du malheureux prince. Il était au 
mois de mars 1793, membre de la 
commission des Douze chargés de 
l'examen des arrêtés de la commune 
de Paris; il en devint bientôt le pré- 
sident. Cette commission ayant été 
supprimée sur le rapport de Barère, 
Mollevaut fut décrété d'arrestation le 



tu 



MOL 



2 juih. Il parvint à s'ëchapper; mais 
il fut mis hors la loi le 28 juillet. Ca- 
ché pendant 22 mois, en Bretagne, 
chez de la Haye, son collègue, au milieu 
de tant de fidèles royalistes, il ne sor- 
tit de cette prison volontaire qu'a- 
près le 9 thermidor. Au mois de 
mars 1795, il obtint sa rëintëgration 
à la Convention , et peu de temps 
après, en fut nommé secrétaire. Par 
suite de la réélection des deux tiers 
conventionnels, il passa au Conseil 
des Anciens, où il fut successivement 
élu secrétaire et président; sorti en 
1798, il fut réélu au Conseil des Cinq- 
Cents. Par suite de la révolution du 
18 brumaire (9 nov. 1799), il devint 
membre du nouveau Corps législatif, 
dont il cessa de faire partie en 1807. 
Des fonctions législatives il passa aux 
fonctions universitaires , plus pacifi- 
ques et alors plus avantageuses, et il 
remplit , à la satisfaction générale , la 
place de proviseur du Lycée de Nan- 
cv, où ses compatriotes lui firent 
un accueil honorable. Il fut ensuite 
nommé professeur d'histoire à la fa- 
culté des Lettres. Au moment jdes 
événements de 1814, chargé de com- 
plimenter le comte d'Ai'tois, il accep- 
ta cette mission avec un plaisir qui 
annonçait quels avaient été ses véri- 
tables sentiments pendant toute sa vie. 
L'année suivante, quoiqu'il n'y eût 
plus au barreau aucun de ceux qui 
avaient été les émules de ses pre- 
miers succès, il ne reçut pas moins 
de ses nouveaux confrères un témoi- 
gnage d'estime dû à sa haute réputa- 
tion, ils l'élurent unanimement pour 
bâtonnier de l'ordre ; mais il ne jouit 
pas long - temps de cet honneur, 
étant mort, en 181S, à la suite d'une 
longue et douloureuse maladie. Il 
était président du bureau gratuit de 
consultation pour les pauvres. Outre 
un graïtd nombre de rapports el 



MOL 

d'opinions dans nos assemblées légis- 
latives et de mémoires judiciaires 
qui ôrtt été imprimés, on a de MoUe- 
vaut un Discours sur les récompenses 
prononcé à la distribution des prix du 
Lyàée impérial de Nailcy, 1804, in- 
8". Le recueil des mémoires de Mbl- 
levaut, que nous avons sous les yeux, 
montre en lui un jurisconsulte ins- 
truit, doué d'un esprit juste et d'un 
talent ferme. On vit aussi avec un 
vif intérêt le discours qu'il pro- 
nonça aux funérailles de son frère, 
l'abbé Molle vaut, ancien curé de Saint- 
Vincent et Saint-Fiacre à Nancy, Pa- 
ris, 1803. On remarque dans ce dis- 
cours la joie profonde que la conclu- 
sion du concordat de 1801 avait 
pioduite en Lorraine. M. Charles- 
Louis Mollevaut , aujourd'hui mem- 
bre de l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres, l'un de nos poètes les 
plus renommés, le traducteur de l'E- 
néide, de beaucoup de poèmes an- 
ciens, et l'auteur d'une foule d'ou- 
vrages estimés, est fils d'Etienne Mol- 
levaut, et lui a consacré une notice 
biographique à la tête de sa traduc- 
tion de la Vie d'Agricola, Paris, 1822, 
in-18. A— D. 

MOLLIER (Lotis de) était officier 
de la musique de la chambre de Loui$ 
XIV, et beau-père de Léonard Itier, 
officier comme lui de la même musi- 
que. M""' de Sévigné en fait mention 
dans une lettre à M'"'' de Grignan, en 
date du 5 février 1674 ; mais elle dé- 
figure son nom, en l'écrivant comme 
celui de l'illustre Molière. Ce Louis 
de MoUier était poète , musicien et 
dansem' dans les ballets du roi. Il 
avait marié sa fille Marie-Blanche de 
Mol lier , avec Léonard Itier ; on voit 
sa signature écrite de Mollier dans dès 
actes publics à la paroisse Saint-Eus- 
tache à Paris. On doit conclure, de 
cette signature, que c'est par erreur 



MOL 

que M°" de Sévigné et plusieurs au- 
tres l'ont nommé tantôt Molière, tan- 
tôt Maullier, etc. On trouve ce Louis 
de Mo Hier employé au nombre des 
danseurs dans quelques-uns des bal- 
lets qui furent exécutés depuis 1648 
jusqu'à 1665, sous les noms de Mol- 
lier et de Molière écrits de la sorte 
par erreur. Sa fille Marie - Blanche 
est nommée comme danseuse dans 
plusieurs des ballets : dans celui du 
Temps, en 1654; dans celui de la 
Raillerie, en 1659, etc. Louis de Mol- 
lier composa la musique des ballets 
ci-après, dans quelques-uns desquels 
Louis XIV dansa : les airs du Ballet 
du Temps, 1654, avec Boesset; des 
airs chantés dans la fête donnée à 
la reine Christine de Suède, dans la 
maison de M. Hesselin, à Essonne, 
septembre 1656; les Plaisirs troublés, 
ballet, 1657 ; les airs du ballet d'Al- 
cidiane , 1658, avec Boesset et Lully; 
Bergers et Bergères, mascarade, 1660; 
les airs de la tragédie des Amours de 
Jupiter et de Sémelé, de Boyer, repré- 
sentée au théâtre du Marais, en 1666; 
la musique d'Andromède attachée 
au rocher, et délivrée par Persée, 
espèce de petit opéra chanté chez lui 
en concert , tous les lundis. Sa fille , 
qui était femme de Léonard Itier , y 
chanta le rôle d'Andromède. Il fut 
aussi chanté au Louvre, par M"* de 
Thianges, paroles de l'abbé Tallemant. 
Louis de MoUier mourut le 18 avril 
1688, et fut inhumé dans l'église 
Saint-Eustache. Z. 

MOLNAR (Albert), philologue, 
naquit en 1574, à Szentz, dans la 
Hongrie, de parents protestants. Il 
fit ses premières études à Goritz, sous 
la direction du pasteur de cette ville, 
Gaspar Caroli, qui l'employait à re- 
voir les épreuves de sa version de la 
Bible, en hongrois. Cette occupation 
accrut encore son goût pour les tra- 



MOL 



175 



vaux philologiques, et, ayantjrésolu de 
se perfectionner dans la connaissance 
des langues, il alla en Allemagne 'et 
fréquenta successivement les acadé- 
mies de Wittemberg, Altdorf, Stras- 
boui-g et Heidelberg. Ses cours ter- 
minés, il fut admis au ministère 
évangélique et obtint une vocation 
pour Oppenheim , où il rempht en 
même temps les fonctions de recteur 
du gymnase. A la demande de quel- 
ques-uns de ses compatriotes , il se 
chargea de donner une nouvelle édi- 
tion de la Bible hongroise, qu'il aug- 
menta de la traduction des Psaumes^ 
en vers, mesurés sur ceux de Marot 
et de Th. de Béze , afin qu'ils pussent 
être chantés sur les airs de Goudi- 
mel (voy. ce nom, XVIII, 170); de la 
traduction du Catéchisme de Heidel- 
berg et des prières en usage dans les 
églises de Hongrie. Cette édition fut 
imprimée à Hanau , en 1608, in-4" ; 
tous les exemplaires ayant été trans- 
portés en Hongrie , ils sont très-rares 
dans les autres parties de l'Europe, 
et même en Allemagne. Molnar en 
donna une seconde édition, Oppen- 
heim, 1612, in-8''. Parmi ses autres 
ouvrages, on distingue: I. Novœ gram- 
tnaticœ ungaricœ libri duo, Hanau , 
1610, in-8°, rare. II. Syllecta scholas- 
tica, Heidelberg, 1621, in-8''. C'est 
un recueil, devenu très-rare, d'opus- 
cules sur l'éducation des enfants. 
Freytag a donné la description dé- 
taillée de ce volume, dans les Analec- 
ta litteraria, 606. III. Dictionnarium 
ungarico- latinum , Francfort, 1644, 
in-S". Ce lexique a été réimprimé plu- 
sieurs fois. L'édition la plus recher- 
chée est celle de Nuremberg, 1708, 
2 vol. in-8**, qui contient, de plus que 
les précédentes, le grec et l'allemand, 
ajoutés par l'éditeur J. Béer; elle est 
intitulée : Dictionnarium quadrilingue 
latino- hungarico-grœco' gemiànicum. 



176 



MOL 



Oii ignore la date de la mort de Mol- 
nar; il avait épousé la petite-fille du 
savant Georges Kruger, ou Cruci^er. 
\V— s. 
MOLYIV (PiEniiE oe;, surnommé 
le Vieux, peintre et graveur à l'eau- 
forte, naquit à Harlem, vers 1600. Il 
cultiva le paysage avec beaucoup 
de succès, et se fit eu ce genre une 
grande réputation. Ce qui distingue 
ses ouvrages, c'est la transparence 
des ciels , la légèreté et le vaporeux 
de ses lointains: les devants, touchés 
avec vigueur et fermeté , ajoutent à 
l'eft'et de l'ensemble et donnent du 
piquant à ses compositions. Ses figu- 
res d'animaux sont exécutées avec 
esprit et finesse et approchent de la 
perfecfiondeVan denVelde, qu'il avait 
pris pour modèle dans sa manière 
de graver. Les eaux-fortes qu'il a exé- 
cutées dans le goût de ce maître, sont 
très-recherchées et se font remarquer 
par de beaux effets de clair-obscur. 
Ce sont deux suites de quatre beaux 
paysages, ornées de jolies figures et de 
fabriques, l'une in-folio , eu travers, 
et l'autre grand in-4°. Van den Veldc 
a gravé d'après lui l'Etoile des rois, 
bel effet de nuit, in-folio, et le même 
sujet avec des enfants qui dansent, 
également in-fol. Les bonnes épreu- 
ves en sont très-rares. — INIolys 
(^Pierre), surnommé Tempesta ou 2e»»- 
pête^ peintre de Hailem, fils du pré- 
cédent, naquit en 1637. Son père fut 
son maître, et lui fit faire de si rapi- 
des progrès, que le jeune Molyn était 
regardé comme un prodige. Le genre 
de Sneyders le séduisit d'abord , et 
ses chasses au sanglier, de grandeur 
naturelle, étaient recherchées à l'égal 
de celles de cet habile artiste. Il l'au- 
rait même remplacé dans l'estime de 
amateurs, mais il abandonna cette 
manière pour peindre des orages, des 
tempêtes sur mer, des scènes de ber- 



MOL 

gers ; et il ornait ses sujets de tout ce 
qu'il croyait propre à inspirer la ter- 
reur ou la pitié. Le désir de voir l'I- 
taUe lui fit abandonner sa ville na- 
tale ; il traversa d'abord la Hollande 
et la Flandre , observant les ouvra- 
ges des meilleurs peintres; il passa 
ensuite en Italie. Arrivé à Rome , il 
résolut d abandonner la religion ré- 
formée, pour obtenir des travaux. Sa 
conversion, jointe à son mérite réel , 
lui attira en effet la protection du 
duc de Bracciano ; il acquit, en peu de 
temps, une fortune considérable et 
il reçut même du pape le titre de che- 
valier, il se maria; et, après un séjour 
de plusieurs années, il se détermina 
à se rendre à Gênes, où sa réputation 
lui obtint l'accueil le plus honorable. 
Il aurait pu jouir du sort le plus heu- 
reux, s'il n'était devenu éperdument 
amoureux dune dame génoise : il 
tenta tous les moyens de la séduire; 
ne pouvant y parvenir, il lui proposa 
enfin de l'épouser, quoiqu on n'igno- 
rât pas qu'il fût marié et que sa fem- 
me vécût à Rome. Lorsque la dame 
lui eut représenté l'obstacle qui s'op- 
posait à leur union, il résolut de le 
surmonter à quelque prix que ce 
fût. Ayant trouvé un homme pour 
le seconder, il écrivit à sa femme 
de venir le rejoindre et de suivre, 
avec confiance, la personne qui lui 
remettrait sa lettre. Cette femme, qui 
aimait son mari, s'empressa d'obéir 
à ses ordi'es, mais elle fut assassinée 
pendant le voyage. Malgré le secret 
qui avait couvert ce crime, le soup- 
çon se fixa sur Molyn; il fut arrêté, 
mis en prison, et, après la conviction 
de son forfait, condamné à être pen- 
du. Mais l'intérêt qu'inspirait son 
talent, les instances de la noblesse de 
Gênes et les pressantes démarches du 
comte de Melia, gouverneur de Mi- 
lan , engagèrent les juges à adoucir 



MOL 

leur sentence. Il fut seulement con- 
damne à une prison perpétuelle. Le 
hasard vint l'en délivrer, au bout de 
seize ans. Lors du bombardement de 
Gênes par Louis XIV, le doge, crai- 
gnant l'incendie de la ville, fit ouvrir 
les prisons; Molyn en profita pour se 
réfugier à Plaisance. Corrigé par cette 
sévère leçon, il se livra désormais à 
la pratique de son art, sans se laisser 
détourner par les passions qui 
avaient si cruellement agité sa jeu- 
nesse. L'affaire pour laquelle il avait 
été condamné lui fil donner le nom 
de Pierre de MuUeribus, SOUS lequel 
il est également connu. On a remar- 
qué que les tableaux qu'il exécuta 
dans sa prison, où il ne cessa do se 
livrer assidiiment à la culture de 
son art, l'emportent pour le goût, la 
composition et le coloris , sur tous 
ceux qu'il avait peints précédemment. 
Il surpassa tous les Italiens dans les 
scènes de bergeries. Pour parvenir 
à cette vérité d'imitation qui fait le 
charme de ses ouvrages , il étudiait 
constamment tous les phénomènes 
<le la nature. Si un orage se déclarait, 
il se rendait en pleine campagne pour 
en copier tous les accidents. Il s atta- 
chait à rendre les masses sombres des 
nuages éclairés par un dernier rayon 
du soleil, tandis que de vastes ombres 
se projettent dans la campagne et ne 
laissent dans la lumière que les points 
nécessaires pour donner du relief et de 
la vigueur aux fabriques, auxdifféients 
plans du terrain.C'est à son talent parti- 
culier pour rendre ces scènes difficiles, 
qu'il doit le surnom de Tempcsta que 
lui ont donné les Italiens. Il ne négli- 
geait jamais la perspective, et les ani- 
maux, qu'il peignait très-bien, étaient 
toujours disposés convenablement au 
point de vue. Alexis de' Marchis, Loca- 
telli et Zuccharelli paraissent avoir 
imité son procédé d'éclairer les objets 

LXXtV. 



MOM 



177 



d'une manière piquante. Molyn, sur 
la fin de ses jours, s'était établi à Mi- 
lan, où le comte de Melia, qui l'avait 
si bien servi lors de son procès , le 
prit de nouveau sous sa protection, 
Il mourut dans cette ville en 1701, 
P— s. 

MOMBRITIUS ou MOMBRIZIO 

(BoNiso), poète et philologue distin- 
gué du XV= siècle, sur lequel on n'a 
que des renseignements incomplets, 
naquit en 1424, à Milan, d'une famille 
patricienne. Il acheva ses études à l'a- 
cadémie de Ferrare, où il donna des 
preuves de ses heureuses dispositions 
pour les lettres. D'après un passage 
de la grammaire grecque de Lascaris, 
on conjecture qu'en 1461 Mombri- 
tius était revélu de quelque dignité ; 
mais Bailletsetrompeen le faisant con- 
seiller au sénat de Milan (v. les Juge^ 
ments des savants). L'auteur anonyme 
d'une lettre insérée dans les Mémoires 
de Trévoux, décembre 1763, dit qu il 
professa les belles-letties à Terrare et 
à Pavie. Mombritius, forcé de cher- 
cher dans ses talents des ressources 
pour subsister, y donna peut-être 
quelques leçons de rhétorique; mais 
son nom ne se trouve pas dans la 
liste des professeurs de ces deux 
villes. D'après ce que nous savons de 
ses travaux, il est probable qu'il s'oc- 
cupa d'abord de la révision des ma- 
nuscrits, et que plus tard il devint 
correcteur dans une imprimerie. En 
1481, suivant Sassi {Histor. Typocjr. 
Mediolan., 146), Mombrifius fut nom- 
mé professeur d'éloquence à l'acadé- 
mie de Milan, ^ù il succédait à Fr. 
Plnlelphe; mais Philelphe, comme on 
le sait (voj. ce nom, XXXIV, 30)> 
avait quitté cette ville dès 1474, pour 
aller à Rome remplir une chaire de 
philosophie; et il n'est pas probable 
qu'on ait attendu sept ans avant de 
lui donner un successeur. Georges 
12 



178 



MOM 



Merula remplaça Mombiitius en 1482. 
On présume que cette date est celle 
de sa mort. Quelques fragments de 
lettres de Decembrio (voy. ce nom, 
X, 630), publiés par Sassi, montrent 
l'estime qu'il faisait des talents de 
Mombritius. On lui doit des éditions 
des Summulic de Paul de Venise, Mi- 
lan, 1474 ; de l'ouvrage de Solin : de 
Mirabilibus miiiiJi, Ferrare (1474); 
des Scriptores Historiœ Augustœ, Mi- 
lan (1475); de la Chronique d'Eusèbe, 
ibid. (même année); et enfin du Glos- 
saire de Papias. Toutes ces éditions 
sont rares et recherchées. Les autres 
ouvrages imprimés de Mombritius 
sont : Hesiodi Theogonia latinis hexa- 
metris reddita, Ferrare, 1474, in-4'', 
première édition très -rare; elle n'a 
point été connue de Sassi, qui en 
cite une sans date, in-4''. Cette ver- 
sion a été réimprimée plusieurs fois 
à Bâle, dans le XVP siècle , avec 
les poèmes d'Hésiode. II. De Domi- 
nica Fassions libn F (Milan, vers 
1475), pet. in-4''. Ce poème est en 
six livres, quoique le frontispice n'en 
annonce que cinq ; il a été réimprimé, 
Leipzig, 1499, in-4''. Freytag, dans 
ses Analecta litteraria, 607, témoigne 
le désir d'en voir publier une nou- 
velle édition ; on ignore si ce vœu a 
été rempli. l\I. San ctuarium, sive Vitœ 
sanctorum (Milan, vers 1479), 2 vol. 
in-fol. , ouvrage très - rare. On en 
trouve la description dans la lettre 
anonyme citée plus haut, ainsi que 
le passage de la légende de saint ISi- 
caise, dont l'omission, qui ne peut 
être attribuée qu'à l'imprimeur, lend 
défectueux 1^ plupart des exemplaires. 
Le cardinal Bellarmin a beaucoup 
profité du travail de Mombritius, pour 
la rédaction du Martyrologe lomain. 
Les Bollandistes, D. Fvuinart, Baillet, 
Lenglet-Dufresnoy s'accordent à louer 
l'exactitude qu'il a mise dans son re- 



MOM 

cueil. IV. ThrœnodiiP in funerc illus- 
tris quondam Domini Galeaz Mariœ 
Sfortiœ, Milan, 1504, in-4''. Parmi 
ses manuscrits conservés à la biblio- 
thèque Ambroisienne, on se conten- 
tera de citer une traduction latine de 
la Grammaire de Lascaris, deux Épi- 
thalames, et un poème en douze li- 
vres, intitulé iï/omjt/os, etc., parce que 
Momus en est le principal person- 
nage. Dans ce poème, l'auteur passe 
en revue les défauts des femmes ; 
mais on peut présumer qu'il a con- 
servé quelques ménagements, puis- 
qu'il a dédié son ouvrage à Boime 
Sforce, épouse de Galéaz, duc de Mi- 
lan. Il croyait être le premier qui 
eût osé ti'aiter un sujet si délicat ; et il 
s'applaudit de son courage dans ce 
vers du prologue, pubHé par Sassi : 

Primus ego liaiid metuens, indico nocentibus 

arma. 

Entre les auteurs indiqués dans le 
cours de cet article, on peut con- 
sulter pour plus de détails Argellati, 
Scriptor. Mediolan., I, 939, et 11, 2007. 
W— s. 
MOMPER (JossE de), surnommé 
Cervrugt, peintre et graveur à l'eau - 
forte, naquit à Anvers en 1380. Il 
devint un des bons paysagistes de son 
temps. Ses premiers ouvrages sont 
d'autant plus précieux , que Jean 
Breughel et David Teniers le père, les 
ornaient ordinairement de petites fi- 
gures touchées avec esprit. Il avait 
d'abord adopté la manière finie de 
peindre de ses compatriotes ; mais, 
croyant que ce style manquait d'effet, 
il adopta une exécution plus large , 
plus expéditive, et, quoique ses ou- 
vrages faits dans cette manière soient 
à une certaine distance du plus bel 
effet, ils furent moins goûtés cepen- 
dant de ses contemporains que ses 
premiers ouvrages. On lui reproche 
avec justice d'avoir employé trop sou. 



MON 

vent les jaunes, et d'avoir la touche 
monotone. Malgré ces défauts, il n'en 
est pas moins considéré comme un 
habile paysagiste. Il était heureux 
dans le choix de ses sites, riche par 
l'étendue qu'il donnait à ses compo- 
sitions, intelligent dans la distribution 
des lumières, et plein de science dans 
l'art de dégrader les tons. On connaît 
de lui les Quatre saisons et les Douze 
mois de Vannée. Ces derniers ont été 
gravés par Ad. Collaert, et Jacques 
Callot les a également reproduits. 
Momper lui-même a gravé avec es- 
prit plusieurs eaux-fortes, parmi les- 
quelles on estime surtout un grand 
paysage entouré de rochers énormes 
et orne de figures. Cette pièce grand 
in-folio, gravée à gros traits, est fort 
rare. P — s. 

MOXACO delV Isole d'Oro (k) , 
de l'illustre famille des Cibi ou Cybo 
{yoy. ce nom, X, 393), de Gênes, na- 
quit dans cette ville, en 1326, et se 
Ht religieux au monastère de Saint- 
Honoré, dans les îles d'Hyères, d'oîi 
lui est venu son surnom de moine 
des îles d'Or. Dans cette retraite, il 
se livra sans distraction à l'étude des 
lettres et des arts, et se rendit célè- 
bre comme religieux, poète, historien 
et peintre. Le Giotto, à qui l'on doit 
la renaissance de l'art, avait peint 
d'une manière supérieure les vignettes 
dont il était d'usage, à cette époque, 
d'orner les manuscrits. ISotre reli- 
gieux s'adonna à ce genre de pein- 
ture, et y réussit au suprême degré ; 
il cultiva d'autant plus volontiers cet 
art qu'il était un fort habile calli- 
graphe. Dans les moments qu'il ne 
consacrait pas à la prière, il se reti- 
rait dans une des petites îles voisi- 
nes , avec quelques compagnons 
choisis, et s'occupait à dessiner et ù 
peindre les points de vue les plus 
remarquables, ainsi que les plantes, 



MON 



179 



les fleurs, les fruits, les oiseaux, les 
insectes, les coquillages et les pois- 
sons qu'il rencontrait, et se servait 
ensuite de ces dessins pour orner les 
manuscrits qui lui ont mérité sa lé- 
putation. Le monastère de Saint-llo- 
noré possédait alors une bibliothè - 
que qui passait pour être une des 
plus riches et des plus vastes de l'Eu- 
rope; elle avait été enrichie d'ouv ra- 
ges précieux dans toutes les sciences 
et dans toutes les langues, par les 
comtes de Provence et les rois de Ka- 
ples. La garde en flit confiée à Cybo. 
En la mettant en ordre, il y trouva 
un livre contenant les généalogies, 
les alliances et les armes de toutes 
les plus illustres familles de France, 
d'Aragon, d'Italie et de Provence, 
ainsi qu'un recueil de vers de plu- 
sieurs poètes provençaux , réunis 
par Ermete , noble provençal /[ui 
avait été religieux dans le même 
couvent, et son prédécesseur dans la 
conservation de la bibliothèque. Il 
joignit à ce recueil la vie et les ou- 
vrages de quelques autres poètes de 
la même contrée, en fit une copie 
magnifique, sur parchemin, qu'il or- 
na d'excellentes miniatures, et l'offrit 
à Louis II, père du roi René. Les 
copies de ce livre se sont multipliées 
par la suite. Son travail ne se borna pas 
à rassembler ces ouvrages écrits dans 
des dialectes différents ; versé dans la 
connaissance de chacun d'eux, il cor- 
rigea les erreurs des premiers copis- 
tes, et parvint à restituer la véritable 
leçon de chaque auteur. Nostrada- 
mus, dans son Histoire des poètes 
provençaux, dit que l'on doit au 
moine des îles d'Or l'intelligence des 
auteurs dont il a recueilli les œuvres. 
Il composa, en outre, une histoire 
des hauts faits des rois d'Aragon, 
comtes de Provence, ainsi qu'un livre 
de l'Office de la Vierge, orné de pein- 
12. 



180 MON 

tures excellentes. Il en fit don au roi 
de Naples, Louis II et à la reine Yolan- 
de, son épouse. Ces deux souverains, 
charmés de ses talents et pleins d'es- 
time pour ses vertus, cherchèrent à 
l'attirer auprès d'eux ; mais il ne vou- 
lut jamais quitter sa retraite. Il y 
mourut en 1408. P — s. 

MOXACO ( Michel) , littérateur, 
était né à Capoue, vers la fin du 
XVI' siècle. Ayant embrassé l'état 
ecclésiastique, il fut pourvu d'un ca- 
nonicat dans sa ville natale et parta- 
gea sa vie entre ses devoirs et la 
culture des lettres. Admis à l'Acadé- 
mie des Rapiti , dans un voyage 
qu'il fit à Naples, il y lut un panégy- 
rique de sa patrie. Cette pièce ne fut 
imprimée qu'après sa mort, Naples, 
1665, in-8'', avec quelques épigram- 
mes et diverses poésies, où l'on trou- 
ve de l'imagination et qui sont écrites 
avec élégance. Mais l'ouvrage qui 
fait le plus d'honneur à Monaco, 
c'est son histoire ecclésiastique de 
Capoue, intitulée : Sanctuarium ca- 
puanum, in cjuo sacrœ res Capuce, et 
per occasionem plura ad diversas ci- 
vitates regni pertinentia et per se 
curiosa contineniur^ Naples, 1630, 
in-4°, fig. Ce volume est rare et re- 
cherché des amateurs : il faut y join- 
dre un supplément que l'auteur pu- 
blia en 1637, sous ce titre : Reco- 
gnitio Sanctuarii capuani, in qua muU 
ta in priori editione desiderata vi- 
dentur. W — s. 

MOXACO (Pierbe) , habile gra- 
veur, naquit, en 1720, à BeUimo. 
Après avoir visité Rome et les prin- 
cipales villes de l'Italie, il s'établit à 
Venise où ses talents le firent bien- 
tôt connaître d'une manière avanta- 
geuse. Il était inspectem- des mosaï- 
ques de Saint-Marc, lorsqu'il mou- 
rut, vers 1804, dans un âge très- 
avancé. Outre un assez grand nom- 



MON 

bre de portraits, on a de cet artiste : 
Raccolta di stampe copiate da gli 
originali, in-fol. Cette suite des meil- 
leurs tableaux des cabinets de Ve- 
nise est assez rare : les exemplaires 
avec la date de 1743 ne contiennent 
que 65 pi.; ceux de 1763 en con- 
tiennent 112. Le même recueil re- 
parut, en 1772, avec un nouveau 
frontispice. Toutes les publications 
de cet altiste ne sont pas d'un égal 
mérite. "W — s. 

MOXACO (Honoré-Gabriel Gri- 
MALni-MATiGsos, piincc de), duc de Va- 
lentinois et pair de France, naquit à 
Paris, en 1773, du prince Honoré- 
Charles et de Louise d'Aumont. Ayant 
perdu son père de bonne heure, il lui 
succéda dans ïa petite souveraineté, 
que les événements de la révolution 
française vinrent bientôt lui enlever. 
Après avoir mené une vie erran- 
te et obscure pendant toute la pé- 
riode de la république et de l'em- 
pire, il dut au prince de ïalleyrand 
et probablement à des concessions 
obligées, d'être réintégré dans ses 
droits. Ce diplomate demanda po- 
sitivement au Congrès de Vienne , 
en 1815, que Monaco, Rocca-Bruna 
et Menton fussent rendus à leurs 
anciens seigneurs, sous la protec- 
tion du roi de Sardaigne , qui de- 
puis lors y entretient une garnison 
(voy. Grimaldi, LXVI, 110). On 
raconte que le prince de Monaco, 
retournant dans ses États, se trouva à 
Fréjus le jour même du débarque- 
ment de l'empereur. Interrogé par 
celui-ci où il allait, Honoré répondit : 
« Dans ma principauté. — Et moi 
<lans mon empire, » répliqua Napo- 
léon. Le prince de Monaco, créé pair 
de France, par Louis XVIII, dès le 
4 juin 1814, fut quelques années 
après élevé, par Ferdinand VII, à la 
dignité de gi-and d'Espagne de pre- 



MON 

mière classe. Quoique célibataire, il 
trouva ses revenus trop exigus. Pour 
les augmenter, il mit un impôt sur 
l'exportation des principaux produits 
agricoles; céda au roi de Sardaigne 
la manufacture des tabacs, moyen- 
nant une rente annuelle de 40,000 
francs, et accorda le monopole des 
blés à un négociant de Marseille, qui 
consentit à le lui payer 50,000 francs 
par an. En outre, il fit exiger, pour 
le visa des passeports, une rétribu- 
tion de deux francs , véritable impôt 
sur les voyageurs qui entrent et sor- 
tent de ses États en moins d'une 
heure. La qualité de souverain lui 
donnait le droit de battre monnaie. 
Malheureusement les sous à son 
effigie , sous le nom d'Honoré V, 
ayant traversé les frontières de ses 
États, se répandirent en France et 
arrivèrent à Paris, oîi l'on ne tarda 
pas à découvrir que leur valeur n'é- 
tait pas légale. Depuis lors , poursui- 
vis à outrance, ils sont rentrés dans 
le pays qui les avait fabriqués et où 
la défiance des voisins les tient par- 
qués. Au reste , le prince de Mo- 
naco fit un usage louable de sa for- 
tune. L'établissement qu'il fonda en 
Normandie pour l'extirpation de la 
mendicité, et l'ouvrage qu'il publia à 
ce sujet en 1840, lui assignent un 
rang honorable parmi les philanthro- 
pes de notre époque. Il mourut à 
Paris, le 2 octobre 1841. Son frère 
lui a succédé, sous le nom de Flo- 
restan I". A — y. 

MOÎVCALVO (Guillaume Caccia, 
surnommé il) , peintre et sculpteur, 
né à Montabone, en 1568, doit son 
surnom au long séjour qu'il fit à 
Moncalvo, dans le Montferrat. Il re- 
çat les premiers principes de son 
père , peintre peu connu. Doué d'un 
talent abondant , facile et gracieux , 
il ne voulut jamais traiter au- 



MON 



481 



cun sujet profane. Personne n'a ja- 
mais approché davantage du style 
d'André Sacchi , sur lequel il l'em- 
porte même par la vivacité. Les mou- 
vements de ses figures sont pleins de 
variété, et, quoiqu'il n'élude aucune 
des difficultés de son art , il est tou- 
jours naturel et gracieux; il se fait 
remarquer par la puissance du clair- 
obscur, et peu de teintes lui suffisent 
pour donner le relief et la vie à tout 
ce qu'il représente. Parmi les nom- 
breux ouvrages dans lesquels brillent 
ces diverses qualités, et qui font de- 
mander pourquoi cet habile artiste 
n'est pas plus connu, on peut citer la 
peinture des chapelles formant les 
stations du calvaire de Créa, à trois 
milles de Moncalvo. Il y fit ses pre- 
miers essais de la peinture à fresque, 
genre qui exige tant d'expérience et 
de promptitude dans l'exécution. En 
effet, dans la première chapelle, où il 
représente la Vierge encore dans l'en- 
fance, consacrée dans le temple du 
Seigneur , on aperçoit une main 
inexpérimentée qui ne sait point en- 
core assortir les teintes , et la chaux, 
en se séchant, a dévoré les couleurs. 
Dans la seconde chapelle, où il a peint 
les Epousailles de la Vierge, on voit 
qu'il a évité sa première erreur : il 
se perfectionne ainsi de chapelle en 
chapelle, et dans les dernières qui 
figurent le Paradis, il atteint le com- 
ble de son art. La seule chose que 
ce bel ouvrage laisse à regretter, 
c'est que le temps ne l'ait point 
épargné. Moncalvo y a fait preuve 
du plus grand talent comme pein- 
tre ; mais celui qu'il y montre 
comme sculpteur, n'est pas moins 
frappant. L'édifice est un temple 
rond, où il a représenté le Paradis. 
Les murs sont couverts de figures 
peintes mêlées à des statues de saints 
également peintes; mais avec tant 



182 



MON 



d'art, et une dégradation de lumière 
t't de perspective si parfaite, qu'au 
premier coup d'œil tout paraît peint 
ou tout semble de relief. La perfec- 
tion de tout l'édifice prouve égale- 
ment que Moncalvo était un archi- 
tecte distingué, talent, qui, du reste, 
était à peu près commun à tous les 
bons artistes de cette époque. La 
quantité de tableaux qu'il exécuta 
dans la Lombardie et le Piémont est 
vraiment incroyable. Les plus beaux 
sont ceux qu'il fit pour l'église de 
Saint-Dominique à Chiari, et qui re- 
présentent le miracle de la multipli- 
cation des pains et la résurrection de 
Lazare. Tout, dans ces deux tableaux, 
semble sorti de la main du Parmesan, 
et l'on y voit même un degré de plus 
de morbidesse. La disposition des 
groupes, le paysage, l'expression des 
figures, tout y est parfait. Mais c'est 
dans l'église des Mineurs conventuels 
de Moncalvo qu'il a laissé les preuves 
les plus insignes de son talent. On y 
admire surtout un Saint Georges prêt 
à combattre le dragon , et une Con- 
ception de la Vierge , remarquable 
par la douceur du coloris, et par la 
beauté de la figure principale. Il ne 
faut pas oublier non plus une Résur- 
rection de Jésus-Christ , qu'il fit pour 
la cathédrale d'Asti , où il a imité de 
la manière la plus heureuse le faire 
d'André del Sarto, ce qui pi-ouve sans 
réplique qu'il n'était pas seulement 
habile dans les sujets gracieux. L'ef- 
froi des gardes à l'aspect du prodige 
qui s'opère devant eux, le désordre 
où les jette la vue de l'ange, sont 
rendus avec la plus grande énergie. 
Bien que la manière de ce peintre 
tienne tantôt de Léonard de Vinci , 
tantôt du Corrége, tantôt du Parme- 
san, quelquefois d'André del Sarto, 
son style lui est tellement propre 
qu'on le reconnaît sur-le-champ, il 



MON 

excellait surtout à peindre les fi- 
gures d'anges ; leurs attitudes sont 
toujours variées, toujours remplies de 
grâce. Son coloris est vif : sans être 
rouge, il entend bien le nu, rien n'y 
sent l'affectation, et ses compositions 
toujours simples invitent, comme mal- 
gré lui, le spectateur à les regarder. 
Cet artiste trop peu cotmu eut deux 
fils et six filles dont quatre se firent 
religieuses dans le couvent des Ursu- 
lines de Moncalvo, qu'il avait fondé. 
Il mourut au mois de décembre 1625. 
Ses deux fils se livrèrent à la pein- 
ture, mais avec beaucoup moins de 
succès. Deux de ses filles, Ursule-Ma- 
deleine et Françoise, cultivèrent cet 
art avec honneui-, et leurs ouvrages 
sont peu inférieurs à ceux de leur 
père. Elles l'aidèrent dans plusieurs 
de ses travaux, et, pour distinguer 
leurs tableaux des siens, Ursule pei- 
gnait une fleur aux pieds de ses per- 
sonnages, et Françoise un oiseau. Un 
peu plus de faiblesse dans le dessin, 
moins de vigueur dans le coloris, une 
touche un peu plus molle sont des 
signes auxquels on les reconnaît. Les 
tableaux que l'on doit à elles seules, 
et qui ornent l'église de Saint-P'ran- 
çois et celle des Ursnlines de Mon- 
calvo, suffisent pour les placer au 
premier rang des femmes qui ont 
cultivé la peinture. P — s. 

MOIVCEY, duc de Conegliano 
(Bon - Adrien- Jea>>ot) , maréchal de 
France, naquit à Besançon , le 31 
juillet 1754, fils d'un avocat au par- 
lement de cette ville, qui prit grand 
soin de son éducation, mais ne put 
dompter son caractère ardent et in- 
docile. Après avoir terminé des étu- 
des incomplètes , le jeune Moncey, 
bravant les préventions alors atta- 
chées aux jeunes gens qui s'enrô- 
laient comme simples soldats, s'en- 
gagea dans le régiment de Ck)nti in- 



MON 

fanterie. La tendresse paternelle ne 
le laissa pas long- temps dans cette 
position et il fut dégagé, au bout 
de six mois, par un sacrifice d'ar- 
gent ; mais il eut à peine passé un 
an dans sa famille, qu'un nouveau 
coup de tête lui fit reprendre le che- 
min de la caserne. Il s engagea cette 
fois dans le régiment de Champagne 
où sa belle taille le fit aussitôt ad- 
mettre au nombre des grenadiers. Ce 
fut en cette qualité qu'il fit, en 1773, 
ce qu'on nomma la campagne des 
Côtes * de Bretagne. Tous ses goûts 
l'entraînaient irrésistiblement vers les 
armes, mais cette carrière ne pouvait 
mener à rien un simple roturier, et 
Moncey fut encore une fois racheté. 
Revenu à Besançon, il parut en- 
fin vouloir se conformer aux vues 
de son père, et se livra pendant quel- 
ques mois à l'étude du droit. Mais 
ce zèle dura peu. Dès la fin de l'an- 
née 1774, il était entré dans la gen- 
darmerie de Lunéville, troupe d'é- 
Ute, où l'on sait que les simples sol- 
dats avaient rang de sous-lieutenants, 
après quatre ans de service. Il passa 
avec le même grade dans les vo- 
lontaires de ]Sassau-Siegen. La révo- 
lution étant survenue, il en embrassa 
la cause, et fut nommé, en 1791, 
capitaine dans un bataillon d'infan- 
terie légère qui, dès la fin de l'année 
1792, fut envoyé à l'armée des 
Pyrénées. Il devint bientôt chef de 
bataillon, et s'étant distingué à St- 
Jean-Pied-de-Port, à la prise de la 
Montagne de Louis XIV, puis à la 
défense du camp d'Andaye, il fut 
promu au grade de maréchal-de- 
camp et enfin à celui de général 
de division. Il commanda en cette 
qualité l'aile gauche de l'armée fran- 
çaise, sous MuUer, quil remplaça, 
au mois daoùt 1794 , d'après un 
décret de la Convention nationale. 



MOS 



183 



Dès le 17 octobre suivant, il battit 
les Espagnols à la Villa-^Nova où il 
fit 2,000 prisonniers et s'empara de 
cinquante pièces de canon. Cette 
victoire le rendit maître de toute la 
iN'avarre, à l'exception de Pampelune. 
Dans la campagne suivante, il obtint 
des succès non moins importants, à 
Castellane, à Villaréal, à Mondra- 
gon, et signa, à Saint-Sébastien, une 
trêve qui fut bientôt suivie du traite 
de Bâie. ÎSommé commandant de la 
division militaire de Bayonne, il y 
jouit de quelque repos , jusqu'à la 
révolution du 18 brumaire. Alors , 
s'étant trouvé dans la capitale, il se- 
conda Bonaparte de tout son pou- 
voir. On sait que de pareils services 
ne furent jamais oubliés de celui-ci. 
Aussitôt après son triomphe, il donna 
à Moncey le commandement de la 
division militaire de Lyon. Il l'en- 
voya ensuite commander à l'aile 
droite de l'armée du Rhin, sur la 
frontière de Suisse, un corps d'ar- 
mée qui, débouchant, dans le mois 
de mai 1800, par les vallées du Ty- 
rol, était destiné à prendre part à 
l'invasion de la Lombardie, mais ne 
put arriver qu'après la bataille 
de Marengo et le traité de paix qui 
en fut la suite. Il occupa alors la Val- 
teline, et à l'époque de la reprise des 
hostilités, en 1802, il obtint de nou- 
veaux succès à Monzabano et à Rove- 
redo. Après la paix de Lunéville, il 
eut encore, pendant quelque temps, 
un commandement en Lombardie et 
fut nommé inspecteur -général de 
la gendarmerie. Ce nouvel emploi 
l'ayant amené dans la capitale, son 
crédit auprès du premier consul aug- 
menta beaucoup. Dès-lors il fut char- 
gé de diriger une de ses nombreuses 
polices, ce qui lui était très-facile 
par le moyen de la gendarmerie. Il 
l'accompagna dans son voyage des 



184 



•MON 



Pays-Bas, en 1803, et fut nomme, 
î année suivante, maréchal d'empire, 
îfrand-officier de la Légion-d'llon- 
iieur et duc de Conc{jliano. Employé 
en Catalogne, dans la première inva- 
sion de l'Espagne, en 1808, il péné- 
tra jusque sous les murs de Valence 
où il éprouva un échec, et fut forcé 
de se retirer sur Almanza. Il ne fut 
pas plus heureux dans son attaque 
contre Saragosse, défendue par le 
brave Palafox; et fut bientôt rappelé 
en France, où Napoléon no lui con- 
fia plus que des commandements 
de réserve, avec la direction de la 
gendarmerie, ce qui fut toujours 
considéré comme l'un des plus grands 
moyens de son gouvernement. Mon- 
cey avait pour cela des pouvoirs très- 
étendus,; il disposait de sommes con- 
sidérables et il ne rendait compte 
qu'à l'empereur lui-même. C'était 
en quelque façon le contrôleur, le 
surveillant de la police de Fouclié et 
de celle de tous les départements, de 
tous les préfets, qui le surveillaient 
à leur tour. Il fut ainsi initié dans les 
secrets les plus importants, et la con- 
fiance que le maître eut en lui dut 
être absolue. Il le nomma, en 1813, 
commandant-général de la garde na- 
tionale parisienne, et lui dit en par- 
tant pour sa campagne d hiver : C'est 
à vous et au couraçfe de la garde nO' 
tionale que je conjie l'impératrice 
et le roi de Borne... Moncey répondit 
à ce témoignage de confiance par 
des promesses et des protestations de 
dévouement, auxquelles on ne peut 
nier qu'il ne soit resté fidèle, autant 
que les événements le lui ont permis. 
Il organisa, avec beaucoup de zèle, 
la garde nationale de Paris, et quand 
le jour décisif fut arrivé, au 30 mars 
1814, on le vit à la tête des plus 
braves, sur les hauteurs de Belleville, 
de Montmartre, dans la plaine de 



MON 

Clichy, donner l'exemple du courage 
et ne cesser de combattre que quand 
la capitulation, qui fut préparée et 
signée [)ar le duc de Raguse, eut forcé 
tout le monde à déposer les armes. 
Mais le maréchal Moncey rassembla 
aux Champs-Elysées les débris de tous 
les corps, et il se chargea deles con- 
duire lui-même à Fontainebleau pour 
les mettre sous les ordres de l'empe- 
reur. On sait quelles furent bientôt 
les conséquences de la défection de 
Marmont, puis la déchéance et l'ab- 
dication de Napoléon. Moncey adres- 
sa alors (11 avril 1814), au gouver- 
nement provisoire , l'adhésion du 
corps de la gendarmerie et la sienne. 
Trois jours après il revint à Paris, se 
présenta à Monsieur, comte d'Artois, 
et fut bientôt nommé par le gouver- 
inent royal, chevalier de Saint-Louis, 
pair de France et continué dans les 
fonctions d'inspecteur-général de la 
gendarmerie. Il alla, ainsi que les 
autres maréchaux qui se trouvaient à 
Paris, au devant de Louis XVIII, 
dans les premiers jours du mois de 
mai, et fut particulièrement distingué 
par ce prince, qui lui dit les choses 
les plus flatteuses. Moncey parut dès- 
lors s'être soumis aux Bourbons avec 
autant de franchise que déloyauté; 
mais lorsque Bonaparte revint de l'île 
d'Elbe, en 1815, il accepta de lui sa 
nomination à la pairie. Éhminé pour 
cela de la Chambre haute, après le 
second retour du roi, il n'y rentra 
qu'à la grande promotion, dite four- 
née des 60, le 5 mars 1819, pai' suite 
de la proposition Barthélémy (voy. 
ce nom, LVII, 241). Lors du procès 
de Ney, en 1815, Moncey, nommé 
président de la commission qui de- 
vait juger son confrère, eut la mau- 
vaise pensée de résister, et comme 
les autres maréchaux, de refuser, dans 
de généreuses intentions, une mission 



, MON 

où il pouvait sauver le mare'chal, en 
le jugeant et en l'acquittant. La let- 
tre qu'il écrivit au roi, à cette occa- 
sion, est fort remarquable : « J'ai 
« cru, lui dit-il, que la même voix 
« qui avait blâmé les gueires d'Espa- 
« gne et de Russie, pouvait parler le 
u langage de la vérité au meilleur des 
Il rois. « Mais ce refus ne put empê- 
cher l'issue d'un procès, que voulait, 
qu'exigeait une puissance supérieure 
à celle de Louis XVIII {voy. ce nom 
LXXII, 134). Le duc de Conegliano 
fut suspendu de ses fonctions de ma- 
réchal de France, et il expia pendant 
plusieurs mois, à la prison de Ham, 
sa noble résistance. Ce qui prouve 
que la volonté royale n'avait eu au- 
cune part à la condamnation du mal- 
heureux Ney, c'est qu'aussitôt que le 
mouvement de réaction et d'orage 
fut passé, le roi se hâta de rendre 
toute sa faveur à Moncey, et qu'en 
1823 il lui confia un des postes les 
plus importants dans la guerre d'Es- 
pagne , celui de commandant du 
quatrième corps destiné à l'invasion 
de la Catalogne. Malgré son grand 
âge, le duc de Conegliano fit encore 
avec beaucoup d'activité et d'énergie 
cette mémorable campagne. Reve- 
nu dans la capitale, il reçut du roi la 
grand-croix de l'ordre de Saint-Louis, 
et continua à jouir d'une faveur qui 
ne fit qu'augmenter sous le règne de 
Charles X, U se rallia néanmoins 
sans hésitation au gouvernement créé 
par la révolution de 1830. Se trou- 
vant, à l'époque de la mort de Jour- 
dan (janvier 1834), doyen des ma- 
réchaux de France, il le remplaça 
dans le gouvernement des Invalides, 
c'était un emploi qui convenait par- 
faitement à son esprit d'ordre et de 
discipline; mais ce fut en vain qu'il 
essaya d'y réformer quelques abus 
dans l'administration. Le ministre de 



MON 



185 



la guerre Maison étant intervenu, le 
vieux maréchal lui répondit avec une 
force et une énergie dont on ne le 
croyait plus capable. Il fallut pour le 
calmer recourir à l'intervention la plus 
puissante et la plus élevée. Lors de la 
solennité funéraire de Napoléon, qui 
eut lieu dans l'église des Invalides le 
15 déc. 1840, Moncey, quoique 
malade, pouvant à peine se mou- 
voir, et malgré la rigueur d'un froid 
excessif, voulut rendre un dernier 
hommage à son bienfaiteur, à celui 
qu'il avait servi avec tant de zèle, de 
loyauté; et il se fit porter dans le 
chœur, auprès du catafalque. Il vé- 
cut encore quelque temps après ce 
jour solennel, et mourut à l'Hôtel- 
des-Invalides , le 20 avril 1842. Le 
maréchal Oudinot lui a succédé. 
Moncey était un militaire courageux, 
d'une grande expérience, mais de peu 
d'instruction et de savoir. Dans ses 
conversations de Sainte- Hélène, Na- 
poléon a dit que c'était un honnête 
homme. Par une disposition testa- 
mentaire, le maréchal Moncey a lais- 
sé à la commune de Moncey, où il 
possédait un château, la somme de 
douze mille francs, dont il affecta 
le revenu aux frais de l'instruction 
primaire. M — d j. 

MONCHY. Foj. HOCQUISCODRT , 

LXVII, 225. 

MOXCIEL (Terrier de) , né en 
1757, d'une famille distinguée de la 
Franche - Comté , devint , en 1790 , 
pi'ésident du département du Jura, 
et ensuite ministre plénipotentiaire 
près l'électeur de Mayence. Lorsque 
Louis XVI résolut de se débarrasser 
des ministres républicains que le parti 
de la Gironde l'avait forcé de prendre, 
pour déclarer la guerre à l'Autriche 
et renverser le trône à l'aide des mou- 
vements désordonnés que cet état de 
choses devait faire naître, Monciel 



186 



MON 



succéda à Roland, le 18 juin 1792. 
Il dtait à peine installe lors de la ca- 
tastrophe du 20 juin, qu'il n'avait pu 
prévoir , et qu'il lui fut impossible 
d'euipêclier; il fit au moins tout ce 
qui était en son pouvoir pour réta- 
blir l'ordre , et rappeler le peuple au 
respect qu'il devait à son roi. Le len- 
demain de l'événement, il se présenta 
avec ses collègues à l'Assemblée lé- 
gislative, rendit un compte sommaire 
de ce qui s'était passé, et termina 
ainsi : « Le roi a été mis en sûreté, 
« par quelques citoyens et gardes na- 
« tionales, contre les attentats qu'au- 
II raient pu commettre quelques mi- 
« sérables qui auraient fait porter un 

« deuil éternel à la France » A ces 

mots, le ministre fut interrompu par 
de violents murmures qui ne laissè- 
rent aucun doute sur les intentions 
des meneurs. Monciel reprit sur le 
champ avec chaleur : « Je pense 
« assez bien de mon pays pour croire 
« que chacun de ses habitants doit 
« prendre le deuil quand il se cora- 
« met un grand crime. » Il fit ensuite 
répandre, dans tout le royaume, des 
proclamations et une infinité d'écrits, 
dans lesquels cet événement et les 
suites qu'il devait avoir, furent re- 
tracés avec leurs véritables cou- 
leurs. Enfin il fit un appel à tous les 
vrais Français ; plusieurs grandes 
villes y répondirent : mais les dépu- 
tés constitutionnels fléchirent et eu- 
rent la faiblesse de faire des con- 
cessions à une faction impie, dont 
ils ne pouvaient attendre que des 
désordres et des crimes. Ils rendi- 
rent aux ennemis du roi le maire 
et le procureur de la commune, 
convaincus d'avoir favorisé l'émeute 
du 20 juin, et qu'on avait seulement 
suspendus de leurs fonctions. Dès 
lors les factieux hâtèrent leurs disposi- 
tions pour l'anéantissement du trône. 



MON 

Continuellement attaqué dans l'As- 
semblée , accablé d'outrages , as- 
sailli par d'horribles vociférations 
quand il était forcé d'y paraître , 
Monciel fut obligé de sortir du mi- 
nistère. Il était encore dans la capi- 
tale à l'époque de la révolution du 
10 août ; poursuivi le lendemain par 
les proscripteurs, il crut devoir se ré- 
fugier au Jardin des Plantes où, pen- 
dant son ministère, il avait fait nom- 
mer directeur Hernardin de Saint- 
Pierre; mais il en fut accueilli très- 
froidement, et se vit contraint de cher- 
cher un autre asile. Il se rendit dans 
son département, où il eut le bon- 
heur d'échapper aux proscriptions de 
1793. Il ne se fit point remarquer 
jusqu'à l'invasion des alliés en 1814. 
A cette époque, il fut envoyé, par le 
conseil-général de son département , 
pour obtenir des sauve-gardes des 
souverains alliés. Admis à une au- 
dience de l'empereur de Russie, qui 
était à Troyes, il profita de cette oc- 
casion pour faire entendre à ce mo- 
narque quelques mots en faveur des 
Bourbons. L'accueil qu'il reçut fut 
d'un augure favorable , et Monciel 
en ayant informé le comte d'Ar- 
tois, qui se trouvait dans cette con- 
trée , ce prince l'emmena avec lui à 
Paris, où il l'employa, dans ces pre- 
miers moments, avec beaucoup de 
succès. Mais l'ariùvée de M. de Blacas, 
qui ne voulait, comme l'on sait, par- 
tager avec personne le pouvoir et la 
faveur, obligea bientôt Terrier de 
Monciel à se retirer. Depuis cette 
époque, il vécut dans sa terre près de 
Besançon, et il y mourut dans le mois 
de septembre 1831. M — oj. 

* MONCOUSU (PlERRE-ArCUSTIN), 

né à Baugé, près Angers, le 26 août 
1756, annonça, dès ses premières an- 
nées, une raison développée par de 
solides études et unie à une rare 



MON 



MON 



187 



bonté. Ces qualités ne lui firent ja- 
mais défaut. Entré comme simple 
matelot dans la marine, à l'âge de 17 
ans, il était parvenu trois ans après, 
au grade de premier pilote, et Fut 
embarqué, en cette qualité, sur le 
lougre le Couieur, commandé par 
M. de Rosily cadet , alors lieutenant 
de vaisseau. Le Coureur accompagnait 
la Belle-Poule près de laquelle il com- 
battit, le 17 juin 1778, contre un 
cutter anglais, infiniment plus fort 
que lui. Rosily, voyant qu'il ne pou- 
vait entamer l'ennemi, se décida à 
un abordage que Moncousu exécuta 
le premier. En 1779 , après avoir 
recouvré la liberté qu'il avait per- 
due dans ce combat, il passa sur le 
cutter {'Expédition , commandé par 
M. de Roquefeuil , dont il fut le 
second dans le combat que soutint ce 
cutter, le 6 octobre 1779, contre le 
cutter anglais le Rambler, en même 
temps que la Surveillante, commandée 
par du Couédic, combattait la fré- 
gate anglaise le Québec. Mécontent 
de n'avoir pas reçu , à la suite de 
cette brillante affaire, la récompense 
que ses compagnons appelaient de 
leurs vœux, Moncousu quitta la ma- 
rine militaire pour entrer dans la 
mai'ine marchande , où il se fit 
recevoir capitaine, le 18 décembre 
1781. Ju>qu'en 1793, il commanda 
constamment des bâtiments du port 
de Nantes, et il était recherché comme 
capitaine par tous les négociants et 
armateurs de cette ville. La même 
année, il se trouvait à la Pointe-à- 
Pître, lorsque le drapeau tricolore y 
remplaça le drapeau blanc. Le géné- 
ral Darrot ayant été forcé d'aban- 
donner son commandement, Mon- 
cousu prit une part active et intelli- 
gente aux mesures arrêtées, dans cette 
circonstance difficile, pour le maintien 
de l'ordre, et se concilia l'estime gé- 



nérale de la colonie. Il y était encore 
quand il reçut, avec la nouvelle de la 
déclaration de guerre de l'Angleterre, 
le brevet d'enseigne de vaisseau , si- 
gné de Monge. L'inti'épidité de Mon- 
cousu fixa sur lui l'attention du nou- 
veau gouvernement, et son grade 
d'enseigne tarda peu à être remplacé 
par un grade plus élevé. De retour 
en France, en octobre 1793, il reçut, 
le 1" juillet 1794', des lettres de no- 
mination provisoire au commande- 
ment du vaisseau le Redoutable , no- 
mination dans laquelle il fut confir- 
mé, le 23 septembre suivant. Villaret, 
qui le connaissait , lui accorda une 
confiance sans bornes. A[)rès quel- 
ques sorties partielles et insignifian- 
tes, toute l'escadre appareilla dans 
les derniers jours de 1794. Contraint 
par les représentants de sortir avec 
toutes les forces disponibles, Villaret 
remontra inutilement que les vents 
régnants présageaient plus d'un mal- 
heur; les représentants crurent que 
la tempête céderait à leurs ordres, et 
force fut à l'amiral d'obéir. Mais de 
graves sinistres justifièrent ses pré- 
visions, et, si le Redoutable fut moins 
maltraité que la plupart des autres 
vaisseaux, il le dut au sang-froid et 
à l'habileté de Moncousu. Il comman- 
dait encore le Redoutable dans le com- 
bat de Groix, livré le 5 messidor an III 
(23 juin 1795). Les ordres de l'ami- 
ral Villaret furent mal exécutés et la 
flotte française, ayant à lutter contre 
des forces supérieures (12 vaisseaux 
contre 17), fut obligée à la retraite. 
Si l'amiral Villaret dut faire compa- 
raître devant un conseil de guerre les 
officiers qui avaient nui au succès 
du combat de Groix, il n'en reconnut 
que mieux les efforts de ceux qui 
l'avaient secondé, et particulièrement 
ceux du capitaine Moncousu, qui, pen- 
dant quelques instants, avait seul ré- 



188 



MON 



sistéà toute la flotte ennemie. Voici ce 
que l'amiral Villaret lui écrivit à cette 
occasion : « Je suis chargé, par la 
u commission de la marine, d'un de- 
" voir qu'il m'est bien doux de rem» 
« plir. J'ai à vous féliciter, mon cher 
« Moncousu, de la conduite que vous 
u avez tenue dans l'affaire du 5 mes- 
« sidor, ainsi que votre équipage. Je 
» serais déjà allé à bord du Redouta- 
« ble annoncer la satisfaction du 
« gouvernement, sans ma jambe qui 
» me retient (un malheureux abor- 
« dage m'a causé une inflammation 
« à la jambe). Vous jugez aisément 
« du plaisir que j'éprouve à rendre 
u justice aux braves. Il me serait bien 
a agréable de n'avoir à me livrer qu'à 
t« ce sentiment, mais raalheureuse- 
« ment l'armée navale n'est pas toute 
« composée d'hommes comme vous. » 
A la suite de cette affaire , le bruit 
courut que Moncousu venait d'être 
nommé contre-amiral et commandant 
des armes au port deLorient; le gou- 
vernement ne sanctionna pas la no- 
mination désirée et demandée par 
l'opinion publique. Moncousu resta 
chef de division. Il fit ensuite partie 
de l'expédition d'Irlande, et, malgré 
le temps affreux qui dispersa la flotte 
française , il se rendit au premier 
mouillage indiqué dans le fond de 
la baie de Bantry, et se mit en posi- 
tion d'effectuer son débarquement dés 
qu'il en recevrait l'ordre ; mais ne 
voyant venir aucun autre vaisseau, 
et se trouvant sans ordre , il renti'a à 
Brest, le 3 janvier 1797. « Nous al- 
« Ions avoir à débrouiller avec les 
u jurys militaires, écrivait-il le lende- 
" main. Quant à moi , j'ai fait mon 
<- devoir : il n'est pas entré un vais- 
« seau à Brest en plus mauvais état 
• que le mien, et je me suis trouvé seul 
« à faire le don Quichotte. > Bruix 
ayant quitté le ministère pour pren- 



MON 

dre le commandement de l'armée 
navale à Brest, Moncousu fut appelé 
par lui à en faire partie , et passa, le 
12 mars 1800, avec son grade de 
chef de division, sur le vaisseau à 
trois ponts le Républicain, dont il ne 
prit le commandement qu'après avoir 
obtenu, de Bruix, l'assurance qu'il 
n'aurait pas de général à son bord, 
ce qui lui laissait alors le comman- 
dement d'une division. Le 28 octobre 
de la même année , il fut placé sous 
les ordres de l'amiral Gantheaume, et 
monta \ Indomptable, vaisseau de 90 
canons. Au moment où l'amiral trans- 
mettait à Moncousu l'avis du départ , 
ce dernier perdait sa femme ; et ses 
quatre enfants en bas-âge se trouvaient 
sans appui; mais le devoir était là, il 
obéit sans réclamer. Lorsque l'amiral 
apprit ce dévouement , il sollicita 
spontanément, pour un des fils du 
capitaine, l'entrée au Prytanée mili- 
taire, et termina ainsi sa lettre au mi- 
nistre : « La marine sera flattée de cet 
« acte de justice, par l'estime et l'ami- 
" tié que tout le corps porte à ce 
« brave commandant. » Un arrêté du 
9 thermidor an VIII (28 juillet 1800), 
accueillit la demande de Gantheau- 
me. A la sortie de Brest, les amiraux 
ayant fait des avaries qui ralentirent 
leur marche, Moncousu rallia la di- 
vision sous son commandement , et 
la conduisit au second point de rallie- 
ment, où il rencontra les deux vais- 
seaux amiraux : sa conduite dans cette 
circonstance, lui valut une lettre de 
Bonaparte. Le dévouement de Mon- 
cousu, en abandonnant sa famille, mé- 
ritait d'autant plus d'éloges qu'il était 
dominé par de funestes pressenti- 
ments. Une épidémie qui avait ré- 
duit son équipage de deux cent cin- 
quante hommes, le délabrement de 
son vaisseau, tout se réunissait con- 
Ue lui. Aussi quand il appareilla, le 9 



MON 

juin 1801 , était-il persuadé que l'ex- 
pédition lui serait fatale. L'événe- 
ment qu'il prévoyait s'accomplit le 
6 juillet 1801, au combat d'Algé- 
siras. Nous ne reproduirons pas tous 
les détails de ce combat mémorable, 
où une division française de trois 
vaisseaux et une frégate, commandés 
par Linois, lutta avec avantage contre 
une division anglaise , de six vais- 
seaux, une frégate et un lougre, sous 
les ordres de l'amiral Saumaretz. Nous 
nous bornerons à dire que Moncousu 
commença le feu , et qu'après un 
combat acharné qui dura plus de six 
heures, pendant lesquelles chaque 
vaisseau français eut a tenir tête suc- 
cessivement à 3 et 4 vaisseaux anglais, 
le commandant de l'Indomptable per- 
dit la vie. Le rapport de Linois au 
premier consul rendit pleine jus- 
tice au brave et malheureux Mon- 
cousu, mort glorieusement, sur son 
banc de quart, emporté par un bou- 
let de canon, à l'âge de quarante- 
quatre ans. Il laissait quatre enfants, 
dont le plus âgé (celui qui avait été 
admis au Prytanée), n'avait que six 
ans.Un arrêté du gouvernement con- 
sulaire, du 17 août 1801, accorda à 
chacun d'eux une pension de 200 
francs, qui ne devait être payée au 
premier que jusqu'au jour de son 
enti'ée au Prytanée et aux trois autres 
jusqu'à l'âge de quatorze ans. Sous 
l'empire, Monge appela les bienfaits 
de Napoléon sur les enfants de Mon- 
cousu , et ils furent successivement 
placés dans des collèges, aux frais de 
l'État. — L'aîné (Pierre-Augustin) , en- 
tra au Lycée Napoléon. Un jour l'em- 
pereur, sur le point de partir pour 
l'Espagne, passait une revue des élèves 
de ce lycée ; il s'arrêta devant l'un 
d'eux, lequel, avec un sang froid et un 
air décidé, commandait à ses petits 
camarades, de se tenir immobiles et 



MON 



189 



alignés. Frappé de l'air martial du 
jeune commandant, il lui demande 
comment il s'appelle. Au nom de 
Moncousu , l'empereur se découvre, 
et dans quelques phrases brèves, mais 
dont chacune impressionne vivement 
l'auditoire , il lui fait une allocution 
qu'il termine par ces mots : Enfant, 
n oubliez jamais la journée d' A Igésiras! 
Électrisé par les paroles de Napoléon, 
qui le nomma immédiatement caporal 
d'une des compagnies du lycée, Mon- 
cousu puisa dans cette circonstance 
le germe du dévouement dont il fit 
preuve, plus tard, envers son bienfai- 
teur. Du lycée Napoléon, il passa à 
celui de Rennes, et ensuite, sur la de- 
mande de sa famille, au lycée de Nan- 
tes, dont il fut un des élèves les plus 
distingués, et d'où il sortit, en 1811, 
pour entrer à l'école de Marine. Il 
était enseigne quand, en 1815, à la 
suite de la bataille de Waterloo, Napo- 
léon sembarqua à Rochefort. Mon- 
cousu, avec quelques jeunes officiers, 
dévoués comme lui , résolut de le 
sauver. Voici comment il rendit lui- 
même compte à sa famille de cette 
périlleuse entreprise : « Six officiers 
" du 14* régiment de marine ont 
" essayé de sauver Napoléon et de le 
u conduire aux États-Unis. Je me 
" suis trouvé du nombre : la recon- 
« naissance et l'honneur me le pres- 
« crivaient. Le licenciement de ces six 
« officiers, dont fait partie Pelletier 
« (de Nantes;, est ordonné. » Ainsi 
se termina la carrière du jeune en- 
seigne; ainsi s'évanouit l'avenir qu'il 
avait rêvé quand l'empereur lui avait 
raconté la mort glorieuse de son père. 
Il partit pour la Guadeloupe où il 
mourut. M. INIellinet a publié sur 
Moncousu une notice qui a paru sfriis 
ce titre : Moncousu (Extrait inédit de 
la commune et de la milice de Nan- ■ 
tes), 1841, in-S". P. L— T. 



190 



MON 



MOiVDE. f^Oy. VASDEn.MOSDE , 

XLVIF, 434. 

MOXDION (le chevalier de), 
d'une famille du Haut-Poitou , n'a- 
vait que quatorze ans et était dans 
un collège de Paris, lorsqu'il apprit 
les succès des Vendéens. Brillant du 
désir de se rendre auprès d'eux, il fa- 
briqua un faux passeport, et arriva, 
par ce moyen, jusqu'à l'armée de la 
Haute-Vendée. Il fut blessé à la prise 
de la Chateignerayc, se distingua à la 
bataille de Chantonnay et à celle de 
Saint-Fulgent , où il s'opiniatra à la 
poursuite des fuyards et reçut une 
balle à la main. Ayant suivi la grande 
armée au-delà de la Loire , il assista 
à la bataille de Savenay, et fit partie 
du détachement qui se retira dans 
la forêt du Gâvre , sur le bruit d'un 
rassemblement de chouans. Voyant 
qu'ils avaient été trompés, les roya- 
listes, au nombre de 2 à 300, se por- 
tèrent sur la Loire et surprirent An- 
cenis. Ils cherchèrent à passer ensuite 
le fleuve; mais ils ne le purent pas, 
parce que les embarcations avaient 
été retirées sur la rive gauche; dans 
cette position , les républicains fon- 
dirent sur eux et les entourèrent. 
Quelques royalistes parvinrent à faire 
une trouée à l'arme blanche , après 
une perte considérable; mais bientôt, 
atteints par la cavalerie, ils furent tous 
faits prisonniers, conduits à Angers 
et fusillés presque aussitôt. F — t — e. 
MOXDORY. Foj. ce nom à la 
note 2 de l'article ïristan-l'Hermite , 
XLVI, 548. 

MONESTIER(BE>ioÎT), conven- 
tionnel , était chanoine de Saint-Pier- 
re, à Clermont, en Auvergne, à l'épo- 
(lue d"e la révolution. Il en adopta 
li»principes sans réserve ; la peur ou 
le fanatisme révolutionnaire lui fit 
oublier qu'il était prêtre, et la faction 
des Jacobins n'eut pas de partisan 



MON 

plus déterminé. Nommé député à la 
Convention par le» clubistes du Puy- 
de-Dôme, il y garda le silence jus- 
qu'au jugement de Louis XVI, dans 
lequel il vota pour la mort et contre 
le sursis. Lors de la question de l'ap- 
pel au peuple, il s'exprima ainsi : 
<( Comme une grande partie de mes 
« commettants ont fait passer à la 
« Convention nationale plusieurs a- 
" dresses, par lesquelles ils vous ex- 
" priment qu'ils désirent que vous 
u jugiez sans appeler au peuple, je 
« dis non. » Après ce procès, Mones- 
tier attaqua avec force les Girondins. 
A l'époque du 31 mai 1793 , il s'op- 
posa à ce qu'on lût la réclamation de 
Vergniaud contre le parti qui venait 
de le proscrire. Peu de temps après, 
il fut envoyé avec Pinet aîné, en qua- 
lité de représentant du peuple à l'ar- 
mée des Pyrénées - Occidentales. Il 
remplit obscurément sa mission, et 
revint bientôt à Paris. La révolu- 
tion du 9 thermidor an II (27 juil- 
let 1794), ne changea point son sys- 
tème, et il continua de faire cause 
commune avec les terroristes, s'op- 
posant à la mise en liberté des déte- 
ruis pour opinions politiques. Assez 
timide dans la Convention , il pai'- 
lait souvent au club des Jacobins , 
oii il avait une grande influence. Le 
8 septembre 1794, il appuya, renou- 
vela même, la motion qui avait été 
faite de remettre en activité la loi des 
suspects, et de réincarcérer ceux qu'on 
avait mis en liberté. Monestier prési- 
dait ce club lorsque, à l'époque du 
procès de Carrier, on prit des me- 
sures potu" le fermer et disperser les 
sociétaires. L'alarme était dans le 
camp; le président, la tête coiffée 
dun bonnet rouge, s agitait sur son 
lauteuil, disant qu'il était en insurrec- 
tion ; et il invitait ses frères à en faire 
autant, à agir en conséquence. Après 



avoir vainement défendu ColIot-d'Her- 
bois, Monestier fut lui-même décrété 
d'arrestation, le 1" juin 1793, « com- 
« me accusé de s'être entendu avec 
" lin agent des fourrages de l'armée 
« pour dilapider en commun; pour 
« avoir fait verser le sang des ci- 
>< toyens, de concert avec Pinet aîné ; 
« enfin pour avoir pris part à la ré- 
« volte des 1*"^ et 2 prairial contre la 
« Convention. » Il fut compris dans 
l'amnistie lors de l'établissement de 
la constitution de 1795, et nommé 
président du tribunal criminel du 
Puy-de-Dôme, à Clermont, puis pré- 
sident du tribunal de première ins- 
tance à Issoire , place qu'il occupait 
encore en 1813. En 1816, il dut sor- 
tir de France comme régicide, et 
mourut peu après dans l'exil. — Mo- 
nestier (Pierre-Laurent J , né à Séve- 
rac, le 23 sept. 1733, était homme 
de loi à Moissac, lorsqu'il fut dé- 
puté ,' par le département de la Lo- 
zère, à l'Assemblée législative. Dans 
la séance du 8 juillet 1792, il dénon- 
ça Mallet-Dupan ( voy. ce nom, 
XXVI, 376), comme préchant, dans 
le Mercure de France, l'avilissement 
du pouvoir législatif, et sollicita con- 
tre lui un décret d'accusation. Réélu 
à la Convention nationale, il y vota 
la mort de Louis XVI, mais en de- 
mandant que cette peine ne fût ap- 
pliquée qu'à la paix. Après la session, 
il fut employé dans son département, 
en qualité de co:umissaire du Direc- 
toire. B — V. 

MOATRABEUF (Lons de), né 
le 30 avril 1724, à Thénorgnes, près 
Buzancy, servit d'abord dans les gar- 
des-du-corps, et se trouva, en 1743, 
à la bataille de Fontenoy. Après 18 
ans de services, il prit sa retraite et 
voulut devenir auteur ; mais, n'ayant 
point fait d'études préliminaires , dé- 
pourvu d'ailleurs du génie propre â 



MON 



191 



y suppléer , il dut nécessairement 
échouer dans son entreprise. Tom- 
menté du désir d'acquérir de la cé- 
lébrité, il se forma une bibhothèque, 
et lia une correspondance avec d'A- 
lembert et plusieurs autres hommes 
de lettres. Abusant de sa crédulité, 
ceux-ci lui adressèrent des éloges qui 
n'étaient au fond que de véritables 
mystifications , et qui , malgré les 
conseils de ses amis , le firent persis- 
ter à publier les fruits de son ima- 
gination désordonnée. Morale , reli- 
gion , philosophie, éducation , éco- 
nomie publique et rurale, il embrassa 
tout, il disserta sur tout, employant, 
jour et nuit, un copiste à écrire sous 
sa dictée tout ce qui lui passait par la 
tête. Seigneur des Petites-Armoises, 
avant 1789, il renonça paisiblement 
à son fief lors de l'abolition des titres 
et privilèges , et vécut sur le pied de 
l'égalité avec ses anciens vassaux , 
qui lui en surent bon gré, et ne di- 
minuèrent rien du respect qu'ils lui 
portaient. Il existe deux de ses por- 
traits, au bas desquels on voit les ini- 
tiales R. D. R. D. J. signifiant : Re- 
présentant du Roi des Juifs. Il prenait 
ce titre singulier , paraissait très- 
flatté qu'on le lui décernât ; et , lors- 
qu'on l'interpellait de prouver sa 
mission par des miracles, il répon- 
dait : « Par mes définitions , je fais 
u entendre et comprendre tous les 
« mystères de la vraie religion , ainsi 
" que les merveilles de la nature, sans 
« les secours ni les leçons d'aucun 
'< homme; c'est donc Dieu qui parle 
« par ma bouche : quelle différence 
■' y a-t-il donc enti'c mes définitions 
« et le miracle que Jésus-Christ opéra 
« sur les apôtres , en leur accordant 
« la faculté d'entendre et de parler 
« toutes sortes de langues ? A raison 
« de quoi, et comme son fidèl^ écho, 
« je me suis nommé Monfrabcuf de 



192 



MON 



.1 1 hénorgues , le teprésentant du Roi 
u des Juifs, en tant qu'homme » Cet 
original était au reste fort doux, plein 
de candeur , de droiture , et facile 
dans le commerce ordinaire de la 
vie. Il mourut à la Motte-Guéry , 
près Chesne-le-Populeux , le 14 juil- 
let 1792. Voici la liste de quelques- 
unes de ses élucubrations : 1. Les lois 
du sage, par celui qui n'adore que lui, 
avec le catéchisme , Bouillon , 1783, 
in* 8". II. L homme réintégré dans le 
bon esprit, Bouillon, 1784, in-12. III. 
Dialogue entre Pierre - le- Noir et 
Marie Zt't/a«c,Bouillon, 1785, in-12. 
IV. Réponse à la critique d'une lettre 
anonyme, Bouillon, 1786, in-12. V. 
Les phases de la nature , Bouillon , 
1786.VI. Catéchisme historique, Bouil- 
lon, 1787, in-12. Vil. Le chemin du 
ciel par /a /o/tuMe, Bouillon , 1788, 
in-12. VIII. Coup-d' œil de mes ou- 
vrages bien clair, en voyant les trois 
conversations suivantes , Bouillon , 
1788, in-12, 3' édition. Ces con- 
versations sont avec une marquise, 
un homme de lettres et un prêtre. 
Suivent : 1" Mémoire afin d'obtenir 
justice à la Cour souveraine ; 2° Ré- 
flexions sur l'éducation ; 3° Sur le 
discours préliminaire du Journal gé- 
néral de France, du mardi 3 jan- 
vier 1766; 4° l'Homme de bonne foi, 
3' édition ; ^° l' Homme qui influe sur 
tous par l'impression de Dieu ; 6" Dé- 
finition de l'homme ; 7° Education 
des ordres splendidfs, et divers autres 
ouvrages frappés de mort en naissant. 

P. I^-T. 

MONGELLAZ (M--^ Fan>-v), née 

à Chambéry en 1798, était nièce de 
l'abbé Burnier-Fontanel, doyen de la 
faculté de théologie de Paris, ainsi 
que du célèbre BerthoUet, dont elle 
fut Ihéritière. Dès son enfance, M"" 
Burnier se fit remarquer par un grand 
amour pour l'étude, par une exalta - 



MON 

lion d'idées et de sentiments qui con- 
trastait avec son organisation délica- 
te. Placée fort jeune dans la meilleure 
pension de Genève, elle attesta par 
de brillants succès la rare précocité 
de son esprit. Vivement attachée à 
un frère dont elle recevait à son tour 
les plus tendres soins, elle eût voulu 
lui consacrer son existence tout en- 
tière. Cependant M"^ Burnier épousa 
le docteur Mongellaz, et elle fit avec 
lui le voyage de Paris, dans le but 
d'y soigner sa santé et d'y recueillir 
la succession de son oncle. Ce fut 
pendant son séjour dans cette capi- 
tale qu'elle fit imprimer son Influen- 
ce des femmes, ouvrage fort remar- 
quable et surtout empreint des meil- 
leurs sentiments. M""" Mongellaz ne 
fut pas une mère ordinaire, mais 
exaltée, qui eut l'art de multiplier et 
de savourer à la fols toutes les délices 
et toutes les peines de la maternité. 
Ces peines dont elle ne put modérer 
l'amertume pendant une cruelle ma- 
ladie de sa fille unique, la conduisi- 
lent rapidement à sa fin. Bctournée 
dans son pays, elle y mourut le 30 
juin 1830. On a de M"" Mongellaz : 

I. Louis XFJII et Napoléon dans les 
Champs-Elysées, Paris, 1825, in-S". 

II. De l'Influence des femmes sur les 
mœurs et les destinées des nations, etc., 
et de l'Influence des mœurs sur le 
bonheur de la vie, Paris, 1828, 2 vol. 
in-8''. M. Charles ÏSodier a fait un 
grand éloge de cet ouvrage dans 
le Journal des Débats du 19 octobre 
1830. M'"' Mongellaz a laissé iné- 
dits : 1° Une f^ie de saint François de 
Sales; 2" un roman intitulé: Pierre, 
comte de Savoie, dans lequel elle se 
proposait de peindre, à la manière de 
\Valter Scott, les mœurs et les cou- 
tumes de son pays. M — d j. 

MOXGEZ (A^TOI^•E), archéolo* 
gue, dit l'Ainéj afin de le distinguer 



MON 

de son frère Jean-André (y. XXIX, 
372), qui périt avec La Pérouse, na- 
quit à Lyon en 1747. Entré fort jeune 
dans la congrégation de Sainte-Gene- 
viève, à Paris, il se distingua par de 
rapides progrès et obtint la garde 
du cabinet d'antiques possédé par les 
religieux de son ordre. Ce fut là qu'il 
prit du goût pour la science archéo- 
logique, à laquelle il a consacré pres- 
que toute sa vie. Plusieurs Mémoires 
qu'il publia successivement lui firent 
beaucoup d'honneur et lui valurent 
d'être nommé, en 1785, membre de 
l'Académie des Inscriptions et Belles^ 
Lettres. Lorsque la révolution éclata, 
Mongez s'en montra un des plus dé- 
voués partisans; il se lia d'abord avec 
les Girondins , notamment avec Cla- 
vière , puis avec David , INIonge et 
Marat. Il renonça alors à ses fonctions 
ecclésiastiques, et épousa M"' Angéli- 
que Levol, peintre d'un talent distin- 
gué. Clavière, ayant été appelé au 
ministère des finances en décembre 
1791 , renouvela la commission ad- 
ministrative des monnaies , et y fit 
enirer en mai 1792, le chimiste Ber- 
thollet, le géomètre Lagrange et 
Mongez. Il s'occupa d'un projet de 
refonte des monnaies ; mais, ayant été 
révoqué le 12 juin 1792, ce ne fut 
qu'après son retour au ministère , le 
11 août suivant, qu'il y donna suite. 
Quelques membres du comité des fi- 
nances de l'assemblée consultèrent 
sur ce projet Angot des l\otours (père 
de l'amiral de ce nom), qui, en sa 
qualité d'anrien premier commis des 
finances chargé spécialement des 
monnaies , avait une longue et pro- 
fonde expérience dans cette partie. 
Angot des Retours démontra que le 
projet de Clavière serait très - nuisible 
aux finances et ne tendait qu'à enri- 
chir ceux qui seraient cbargés de le 
mettre à exécution. Le projet fut donc 



MON 



193 



ajourné ; mais le côté dit de la Mon - 
tagne s'empara des arguments d'An- 
got, lors de ses attaques contre la 
Gironde, et de la mise en accusation 
de Clavière. il paraît que, dans la 
commission des monnaies, Mongez 
s'était déclaré pour le plan de refonte 
formé par ce ministre. Aussi, quand les 
Girondins succombèrent, il redoubla 
de ferveur révolutionnaire et se rap- 
procha de David , même de Marat. 
Après la mort de ce tribun, il fit faire 
par sa femme des copies du tableau 
de David, et en fit hommage au co- 
mité révolutionnaire de sa section et à 
d'autres établissements publics. On 
lui a reproché d'ailleurs ses procédés 
vexatoires envers d'anciens membres 
de la commission des monnaies, ou 
d'anciens employés de cette adminis- 
tration, il publia dans le Hloniteur 
plusieurs articles , dans lesquels il 
démontrait l'utilité des réformes 
adoptées pour les poids, les mesures 
el les monnaies. En 1799 il entra au 
Tribunat, mais il n'y resta que peu 
de temps. En 1804, il remplaça Di- 
barrat dans l'administration des 
monnaies. Après !a restauration, Mon- 
gez, qui appartenait à l'Institut depuis 
sa formation, fut éliminé lors du re- 
maniement de ce corps sous le mi- 
nistère Vaublanc ; mais il fut , en 
1818, réélu à l'unanimité en rempla- 
mentde Dupont de Nemours. Destitué 
en 1827 de l'emploi d'administrateur 
des monnaies, il ne fut réintégré qu a- 
près la révolution de 1830. Mongez 
mo.urut à Paris le 30 juillet 1835. On a 
de lui: l.Histoirede la reineM arcjueiite 
de F^alois, prevnère femme de Henri 
IF, Paris, 1777, in-S". H. Mémoires 
sur différents sujets de littérature, Pa- 
ris, 1780, in-S". m. Mémoires sur les 
cygnes qui chantent, Paris, 1783, in- 
8". IV. Dissertation sur les no7ns et 
attributs des divinités infernales, cou- 

13 



194 



MON 



ronnée par l'Académie des Inscrip- 
tions en 1783. V. Dictionnaire d'an- 
tiquités , mythologie , diplomatique 
des chartes, et chronologie, Paris, 
1786-1794, 5 vol. in-4°. Les planches 
avec leurs explications n'ont été pu- 
bliées qu'en 1824, Paris, 3 vol. in-4''. 
Ce dictionnaire fait partie de l'Eti- 
cyclopédie méthodique. YI. Algèbre, 
Paris, 1789, 3 vol. in-18. VII. Arith- 
métique, Paris, 1789, 2 vol. in-18. 
Ces deux derniers ouvrages font partie 
d'une Bibliothèque choisie des dames. 
VIII. Fie privée du cardinal Dubois, 
sans nom d'auteur, Londres, 1789, 
in-8°. IX. Considérations générales sur 
les monnaies, Paris, an IV (1796), 
in-8''. X. Réflexions sur l'abus de 
quelques figures allégoriques em- 
ployées en peinture et en sculpture , 
Paris, 1800, in-8°. XI. Iconographie 
romaine, Paris, 1812-1829, 3 vol. 
in-4", avec un atlas et des planches. 
Le premier volume est de Visconti, 
dont Mongez fut le continuateur. Il 
fiit aidé dans ce travail par le garde 
des archives des affaires étrangères 
d'Hauterive, qui était son ami. Ou- 
tre les ouvrages que nous venons de 
citer, il est auteur des explications de 
la Galerie de Florence, et d'un grand 
nombre de dissertations , insérées 
dans différents journaux ou recueils. 
La plupart sont relatives à l'archéolo- 
gie, et se trouvent dans les Mémoires 
de l'Institut. G — R — D. 

MOIVI (Domisiqce), peintre, na- 
quit à Ferrare, en 1550, d'une fa- 
mille illustre qui s'est éteinte à la fin 
du XVII* siècle, dans la personne 
d'un médecin. D'un esprit indépen- 
dant et d'une imagination ardente, 
signes ordinaires d'une grande capa- 
cité, mais dévot jusqu'au scrupule, il 
crut ne pouvoir trouver de salut que 
dans la vie religieuse, et il se fit char- 
treux. Ayant r<ifléchi dans la solitude 



MON 

à la démarche précipitée qu'il venait 
de faire, il quitta l'habit avant d'avoir 
prononcé ses vœux , et retpurna dans 
le monde, où il prit l'habit ecclésias- 
tique. Il se repentit encore de cette 
résolution , et devenu éperdument 
amoureux d'une jeune personne, il 
renonça entièrement à l'église et se 
maria. Il résolut alors d'étudier la 
philosophie comme un moyen de 
subvenir à ses besoins; mais, trompé 
dans son attente, il l'abandonna pour 
la médecine. Cette science ne remplit 
point encore ses espérances, et, com- 
me il le disait lui-même, il s'aperçut 
qu'il avait passé de l'étude d'une vé- 
rité nue et pauvre à celle d'une im- 
posture riche et partiale, où le ha- 
sard a plus de part que l'étude et le 
travail ; il reconnut la vérité de cet 
axiome d'Hippocrate : Il faut qu'un 
médecin soit riche. Il se tourna donc 
vers l'étude des lois ; mais toujours 
destiné à voir ses espérances s'éva- 
nouir à mesure qu'il les embrassait, 
il ne put réussir dans cette nouvelle 
carrière. Étant entré un jour dans 
l'atelier de Joseph MazzuoU, surnom- 
mé i7 Bastarolo, la vue de ses ouvra- 
ges lui inspira le désir de cultiver la 
peinture, et s'abandonnant à l'étude 
de cet art avec le feu et la vivacité 
qui le guidaient dans tous ses pro- 
jets, il profita tellement des leçons de 
son maître, qu'en peu de temps il de- 
vint un peintre dont la manière fran ■ 
che et hardie rivalisait avec celle du 
Tintoret. Il entreprit alors un nombre 
infini d'ouvrages importants, et ne 
craignit pas de les mettre en regard 
avec ceux des artistes les plus re- 
nommés. On les admira comme un 
prodige de l'art. Ils brillaient par la 
beautéet la vigueurdu coloris.Ses fres- 
ques, ainsi que ses tableaux à l'huile, 
se distinguent par les teintes les plus 
difficiles; le dessin en est plein de 



MON 

franchise, et l'invention de richesse. 
On y reconnaît un artiste instruit 
qui s'est toujours rendu compte 
du sujet qu'il veut traiter et qui sait 
l'expliquer clairement au spectateur. 
Moni acquit une telle réputation que 
jamais peintre ne fut chargé de tra* 
vaux plus considérables. Il serait trop 
long de mentionner tous les tableaux 
qu'il a laissés dans les églises de Fer» 
rare , des États romains et dans le 
reste de l'Italie. Son exécution était 
si rapide et si sûre, que peu de jours 
lui suffisaient pour concevoir, dispo- 
ser et terminer un tableau, quelque 
vaste et compliqué qu'en fût le sujet, 
il avait cinquante ans lorsque son ë- 
pouse mourut : il en conçut un tel 
chagrin, que pendant plusieurs jours 
il resta enfermé dans sa chambre, ne 
voulant voir personne et plongé dans 
une espèce de stupidité qui peu à peu 
se changea en fureur. Il sortit de 
chez lui armé d'une épée, et en tour- 
nant le coin d'-une rue, il fut heurté 
par un abbé de la suite du cardinal 
Aldobrandini, premier légat du pape 
à Ferrare. Cette ville venait d'être 
réunie aux États de l'Église, et le peu- 
ple souffrait impatiemment le joug 
de son nouveau maître. Moni s'arrête 
au choc de l'abbé, et, d'une voix alté- 
rée par la colère : a Homme incivil 
« et sans égards, lui dit-il, ne sais^tu 
a pas que tu es dans Ferrai-e, on les 
« rues sont assez larges pour que les 
» bergers puissent y conduire leurs 
« troupeaux, sans gêner les pas- 
• sants? " L'abbé, piqué de ee pro- 
pos, le menace d'un soufflet; Moni, 
hors de lui, tire son épée et la plonge 
dans le sein de l'abbé, qui tombe ex- 
pirant. Il se sauve aussitôt à Modène, 
où le duc César, son protecteur, lui 
accorda un asile.- Il se remit alors à 
ses travaux de peinture et se rendit 
ensuite à Parme, où le prince l'avait 



MON 



195 



appelé ; il y exécuta un grand nom- 
bre d'ouvrages, et y mourut en 1602. 
Pendant son séjour à Ferrare, Moni 
avait formé une école, d'où sont sor- 
tis des artistes renommés, tels que 
Jacques Bambini, Jules Cromer, etc. 
César Citadella , dans son Catalogue 
des peintres et sculpteurs ferrarais, 
publié à Ferrare, en 1782, 4 vol. 
in-S", a inséré une vie de Moni, à 
laquelle il joint la liste de tous les 
ouvrages de cet artiste. P — s. 

MONICART (Jeas-Bai^iste de), 
trésorier de France, à Metz, fut mis 
à la Bastille, en 1710, sur le soup- 
çon qu'il entretenait une correspon- 
dance avec les généraux allemands, 
et n'en sortit qu'en 1714, à la paix 
générale. Son innocence ayant été re- 
connue, on le réintégra dans ses fone» 
tions; et, en 1717, il fut nommé l'un 
des directeurs de la banque de Law 
(voy.ce nom, XXIII, 469). Pour adou- 
cir l'ennui de sa captivité, Monicart 
avait décrit en vers, ou plutôt, com- 
me il en convient lui-même, en pro- 
se rimée, les tableaux, les statues et 
les autres objets d'art qui décorent le 
château et les jardins de 'Versailles; 
et sa mémoire l'avait si bien servi que, 
sans autre secours, il avait rempU 
de descriptions douze cahiers, qui 
contenaient environ six mille vers 
chacun. Ne pouvant pas faire à lui 
seul les frais de l'impression de cet 
ouvrage et des estampes en grand 
nombre, dont il se proposait de l'en- 
richir, il eut recours à la voie, alors 
toute nouvelle , des souscriptions , 
et prit l'engagement de le livrer, 
en 9 volumes, in-8°, avec 450 plan- 
ches. Mais réfléchissant que ce format 
n'était pas commode, à raison des 
estampes, il adopta rin-4''; au lieu 
de 4o0 pi., il en promit 500, dont les 
cinquante dernières représenteraient 
les morceaux que Louis XIV n'avait 
13. 



i96 



MON 



jamais voulu permettre de dessiner. 
]| annonça que, pour rendre l'ouvra- 
ge d'une utilité plus générale, le texte 
serait accompagné d'une version la- 
tine , par l'abbé Romain Letestu , 
de Rouen, maître ès-arts à l'Univer- 
sité de Paris. Le premier volume pa- 
rut enfin sous ce titre un peu fastueux : 
Versailles immortalisé par les merveil- 
les parlantes des bâtiments, jardins, 
boscjiu'ts, etc., 1720, in-8°. Le second, 
dont la publication fut retardée par 
ies graveurs, ne parut que l'année 
suivante. Monicart mourut en 1722, 
pendant l'impression du troisième 
volume, qui n'a jamais été terminée, 
bien que Struvius en parle (Biblioth. 
histor., 996), comme s'il l'avait sous 
les yeux. Les souscripteurs poursui- 
virent la veuve de Monicart pour l'o- 
bliger à tenir les engagements de son 
mari, ou leur restituer les sommes 
qu'ils avaient avancées. Mais on ignore 
si les tribunaux furent saisis réellement 
de l'affan'e, et par conséquent s'il est 
intervenu quelque décision à cet égard. 
Voy. le Journal de Verdun, juillet 
1724. Les deux volumes de Versail- 
les immortalisé sont encore rechei- 
chés des curieux, parce que les es- 
tampes sont, en général, très-bien exé- 
cutées. Il y en a plusieurs du fameux 
Audran. W — s. 

MOXIER(Jea>-Hlmbert), ué à 
Belley, en mai 1786, embrassa la 
carrière du barreau et se fit recevoir 
avocat. Après avoir passé par tous les 
degrés de la hiérarchie judiciaire, il 
était avocat-général à la Cour royale 
de Lyon à l'époque de sa mort, le 11 
avril 1826. Outre quelques mémoires 
pour des causes dont il avait été 
chargé , étant avocat , et quelques 
articles de politique et de littérature, 
insérés dans la Quotidienne ou dans 
les journaux de Lyon, on doit à Mo- 
nier : L Considérations sur les bases 



MON 

fondamentales du nouveau projet de 
constitution, Lyon, 1814, in-8''. IL 
Discours prononcé à la rentrée de la 
Cour royale de Lyon, le 14 novembre 
1821, Lyon, 1821, in-8''. III. Essai sur 
Biaise Pascal, Paiis, 1822, in-S". On 
lui attribue la rédaction d'un Mé- 
moire pour la ville de Belley, où sont 
exposés les droits de cette ville à la 
résidence de lévêque de Belley, et où 
sojit combattus les prétextes mis en 
avant par les habitam de Bourg-en- 
Bresse, pour faire transférer cette ré- 
sidence dans leur ville, Lyon, in-8''. 
Monier avait lu au cercle littéraire de 
Lyon, dont il était membre, des Ré- 
flexions sur la mélancolie, un Mé- 
moire sur le poète Ausone, un Dia- 
logue (entre l'auteur et un membre 
de la Chambre des Députés), sur les 
les embellissements faits à la capitale, 
sous Napoléon. Sa traduction en vers 
du Pervigilium Veneris a été insérée 
au tome III, page 498, des Archives 
historiques et statistiques du départe- 
ment du Bhônc. M — D j. 

MOXÎXEL (SiMos -Edme) , con- 
ventionnel , né à Weissembourg , 
en 1748 , était à l'époque de la 
révolution, curé de Valdelancourt, 
dans le diocèse de Langres. Nommé, 
eu 1789, député aux Etats-Généraux, 
par le clergé du bailliage de Chau- 
niont en Bassigny, il vota constam- 
ment avec le côté gaiiche , et prêta 
sei'ment à la constitution civile du 
clergé. Ayant été ensuite élu, par 
le département de la Ïlaute-Marne, 
à la Convention nationale, il vota la 
mort de liOuis XVI , avec appel, 
mais sans sursis. Monnel ne parut 
que rarement à la tribune, et pour 
des objets d'intérêt secondaire. Le 
22 août 1794, il éleva la vois au 
sujet de la pétition d'un individu qui 
prétendait avoir été arrêté sur de 
fausses dénonciations ■ >• Beaucoup 



MON 



MON 



^m 



« de détenus, dit-il, injustement per- 
« sécutés, réclament des indemnités ; 
" la justice veut que vous en accor- 
« diez à quelques-uns. Ainsi je de- 
« mande que le comité de secours 
« propose des mesures générales. Il 
» en est une que je vous propose, 
« c'est de décréter que les dénoucia- 
« teurs et les comités révolutionnai- 
« res soient tenus de payer ces in- 
« demnités? » Ces paroles, qui, pro- 
noncées quelques mois plus tôt, au- 
raient pu attirer sur l'orateur un orage 
terrible, furent vivement applaudies, 
et l'Assemblée chargea le comité de 
secours de faire promptement un 
rapport sur la demande du pétition- 
naire. Dans la séance du 2 fructidor 
an III (19 aoiJt 1795), il fit décréter 
que les cinq députés détenus en Au- 
triche seraient de droit membres du 
Corps législatif. « Ils ont été pris, dit- 
il, par les ennemis comme représen- 
tants du peuple; ils doivent sortir de 
leurs fers, revêtus du même carac- 
tère. » Après la session convention- 
nelle, Monnel devint commissaire du 
Directoire exécutif près d'une admiiiis - 
tration départementale, mais il cessa 
d'être employé en 1800. Il vivait dans 
la retraite, lorsqu'il fut atteint par la 
loi du 12 janv. 1816, qui bannit les 
régicides. Il se retira alors à Cons- 
tance, où il reprit ses fonctions ecclé- 
siastiqueSj et passa les dernières an- 
nées de sa vie à pleurer amèrement 
sa conduite passée. Il dépensait en 
bonnes œuvres la pension que ma- 
dame la duchesse d'Angoulême, tou- 
chée de ses nouveaux sentiments , 
lui faisait remettre chaque année. 
Monnel mourut dans les premiers 
jours de novembre 1822 , après 
avoir fait la rétractation suivante : 
« Le soussigné, S.-E. Monnel, prêtre 
et ci-devant curé de Valdelancourt, 
diocèse de Langres , actuellement 



à Constance , déclare qu'il ré- 
tracte tout ce qu'il peut avoir fait 
et manifesté, soit d'une manière pu- 
blique ou particulière, de contraire à 
la rehgion catholique, apostolique 
et romaine, dans le sein de laquelle 
il veut mourir; priant surtout ses an- 
ciens paroissiens de lui pardonner 
les scandales dont il peut s'être ren- 
du coupable; qu'il témoigne, en ou- 
tre, la plus vive douleur et le plus 
sincère repentir d'avoir voté la mort 
de son roi Louis XVI: qu'il prie hum- 
blement le Dieu qui est plein de bon- 
té de le traiter, non selon sa justice, 
mais selon ses miséricordes qui sont 
infinies, en qui il met toute sa con- 
fiance. La présente rétractation faite 
et remise entre les mains de M. 
Wichl, préfet du collège de Cons- 
tance, ce jour 29 oct. 1822.» A — y. 
MOXXERON (Aroi'STiN), dé- 
puté de Paris, à l'Assemblée légis- 
lative, prit part, le 22 octobre 1791, 
à la discussion relative aux prêtres 
perturbateurs, léclama leur punition 
individuelle, et demanda la prompte 
organisation des écoles primaires. En 
janvier 1792, il proposa de déclarer 
qu'il n'y avait lieu à délibérer sur les 
moyens d'empêcher les accapare- 
ments de sucre. Ayant donné sa dé- 
mission au mois de mars de la même 
année, il fut remplacé par Kersaint. 
Devenu, en 1798, directeut-géné - 
rai de la caisse des comptes courants, 
il disparut tout à coup en laissant un 
grand nombre de ses billets en circu- 
lation. Cette affaire ayant été portée 
au tribunal criminel de la Seine , 
jNIonneron y fut acquitté dans le cou- 
rant de mai. On s'épuisa en conjec- 
tures sur les causes de cet événe- 
ment ; et quelques personnes crurent 
les trouver dans la liaison de Mon- 
neron avec le directeur Barras. Pen- 
dant l'Assemblée constituante, les 



198 



MON 



frères Monneron obtinrent la permiti- 
sion de frapper sous Jeur nom «les 
pièces de deux sous et de cinq sous 
en cuivre. Ils en firent une émission 
considérable ; mais cette monnaie 
donna lieu à beaucoup de friponne- 
ries à cause de son volume, et l'on 
jeta dans le public une grande quan- 
tité de pièces fausses, qui n'étaient 
que recouvertes d'une feuille de cui- 
vre. Il mourut vers 1801. — Mos- 
KBROS (Loui^), frère du précédent, 
député des colonies françaises des 
Indes-Orientales, fut admis, en 1790, 
à l'Assemblée constituante, en cette 
qualité, et publia, en 1791, un mé- 
moire intitulé : Opinion sur le projet 
d'établissement d'un acte de naviga- 
tion en France, in-8°. Monneron y 
démontrait la nécessité de maintenir 
nos établissements dans llnde. Le 11 
mai, il demanda le rejet du projet qui 
donnait aux colons l'initiative des lois 
sur le régime intérieur des colonies, 
et consacrait la dépendance des hom- 
mes de couleur ; et il présenta l'opi- 
nion des colonies orientales comme 
contraires à ce projet. Dans le courant 
de juillet, il publia des observations 
sur la législation coloniale. En 1798, 
ayant été soupçonné de complicité 
avec son frère Augustin, lors de sa 
disparition , il fut arrêté, et mis en 
liberté peu de temps après. Il mou- 
rut datis les premières années de ce 
siècle. M — d j. 

MO IV NET (Le baron Lous- 
Clatjdb), général français, né à Mou- 
gon, près Niort , (département des 
Deux-Sèvres), le 1" février 1766, 
■entra au service dans l'infanterie en 
1793, et fit ses premières armes dans 
la Vendée en qualité de capitaine 
d'une «-.ompagnie franche des Deux- 
Sèvres. Il se distingua, en l'an IV (1 795), 
au combat de Hugue , et arrêta Cha- 
rette dans la forêt de Grallard. Era- 



MON 

ployé à l'armée du Rhin, en qualité 
de commandant de la 31* demi-bri- 
gade, il fit la campagne de l'an VI 
(1797) , et prit d'assaut la ville de 
Sion, dans le haut Valais. A la bataille 
de Bussolingo, livrée le 26 mars 1799, 
il coupa la retraite à l'ennemi, et lui 
enleva 3,000 hommes. Le sang- 
froid et l'intelligence qu'il montra 
dans cette journée, où il combattit 
presque toujours sous le feu de l'en- 
nemi, lui valurent le grade de géné- 
ral de brigade, sur le champ de ba- 
taille. Commandant de la citadelle de 
Mantoue, il se fit remarquer par sa 
défense pendant le siège de cette pla- 
ce. Rappelé à Paris, il fut employé 
à l'armée de Hollande. Il y obtint , 
en 1800, le commandement supé- 
rieur de l'île de Walcheren et de 
Flessingue, fut nommé général de 
division, le 19 août 1803; comman- 
dant de la Légion-d'Honneur, le 14 
juin 1804, et chargé, au commen- 
cement de 1809, de mettre Flessin- 
gue à l'abri de toute entreprise de 
la part de l'Angleterre, qui faisait à 
cette époque les préparatifs d'un ar- 
mement considérable, qu'on pré- 
voyait être destiné contre la Hollan- 
de. En effet, le 30 juillet, dix-huit 
mille Anglais effectuèrent un débar- 
quement entre le fort de Haak et le 
Polder, et prirent aussitôt position 
devant Flessingue. Le général Mon- 
net s'y défendit quelque temps, avec 
un succès balancé ; mais , ayant à 
lutter contre des forces quadruples 
des siennes, il capitula le 15 août, et 
se rendit prisonnier avec sa garni- 
son. Bonaparte, furieux, ordonna la 
réunion d'un conseil de guerre, qui 
condamna à mort, par contumace, 
le général Monnet , comme coupa- 
ble de lâcheté ou de trahison. L'o- 
pinion publique apprécia , avec plus 
de justice , la conduite du con- 



MON 

damné, qui, rentré en France après 
la première restauration, en 1814, 
fut réintégré par le roi dans son hon- 
neur et dans son grade, et créé che- 
valier de Saint-Louis le 13 août 1814. 
Pendant les Cent-Jours, Bonaparte le 
fit rayer du tableau de l'armée. Ré- 
tabli, par ordonnance du roi, du mois 
d'août 1815, il fut maintenu au nom- 
bre des lieutenants-généraux en activi- 
té, jusqu'à sa mort, arrivée à Paris, le 
8 juin 1819. — Un autre Monnet, aus- 
si général, né dans le raidi de la 
France, vers 1740, était entré, fort 
jeune, comme simple soldat dans le 
régiment de Bretagne. Aussi distin- 
gué par ses talents que par son cou- 
rage, il était devenu adjudant-sous- 
officier, ce qui était autrefois la preu- 
ve d'un vrai mérite. Nommé capi- 
taine, puis chef de bataillon , dans 
les premières années de la révolu- 
tion, il fut chef de brigade ou co- 
lonel, en 1794. Il fit en cette qua- 
lité, avec une grande distinction, les 
premières campagnes aux armées de 
la Moselle et de Sambre-et-Meuse. 
Nommé général de brigade, en 1795, 
il fut employé dans la Vendée , 
sous le général Hoche , puis à 
Amiens. Ayant obtenu sa retraite un 
peu plus tard, il se retira dans son 
pays natal, où il est mort dans un 
âge très-avancé. M — d j. 

MOIVIVIER (Jean-Charles), gé- 
néral finançais, né à Cavailhon, dans 
le comtat d'Avignon, le 22 mars 1758, 
habitait Paris depuis plusieurs an- 
nées lorsque la révolution éclata. Il 
en embrassa la cause avec ardeur, 
prit les armes le 14 juillet 1789, 
et servit comme volontaire dans la 
garde nationale parisienne, jusqu'en 
1792, qu'il fut nommé sous -lieute- 
nant au 7* régiment d'infanterie et 
ensuite adjoint à l'état-major , puis 
employé au camp sous Paris. En fé- 



MON 



199 



vrierl793, il partit pour l'armée 
d'Italie, où, dès sa première campa- 
gne, il fut promu à des grades supé- 
rieurs. S'étant signalé à Saorgio et à 
la prise de la redoute de Feldi, il 
combattit d'une manière non moins 
brillante à Lodi, à Arcole, puis, le 15 
mars, à la bataille de Rivoli, où il 
chassa l'ennemi des hauteurs sur les- 
quelles il tenait l'armée française en 
échec. Nommé général de brigade en 
1797, il entra deux fois dans le Ty- 
rol, la première sous Masséna, la 
deuxième sous Joubert. Après le 
traité de Campo-Formio, il reçut le 
commandement d'Ancône et des dé- 
partements du Trento, du Musone 
et du Metauro. En 1798, il se dis- 
tingua dans la campagne de Naples, 
par la surprise de la forteresse de 
Civitella, qui se rendit le 8 décembre, 
et par celle de Pescara, le 24 du 
même mois. Il défit ensuite un corps 
nombreux de Napolitains à Kernia 
et à Koméliam ; mais, en prenant le 
faubourg de la Madelaine de Naples, 
il fut blessé, sur le pont, d'un coup 
de feu qui lui traversa le corps, de 
l'épaule droite à la mâchoire gauche. 
Il était à peine rétabli qu'il reprit le 
commandement d'Ancône et des trois 
départements romains adriatiques. La 
défaite des Français, la conquête de 
toute l'Italie parles alliés, isola bientôt 
la place d'Ancône. Aux approches de 
l'escadre turco-russe , les habitants 
des pays adjacents s'insurgèrent. Mon- 
nier marcha d'abord sur Fano, qu'il 
soumit en peu de temps ; se porta 
ensuite sur Ascoli , qu'il prit d'as- 
saut ; força Yesi , marcha sur la 
gauche des insurgés, leur prit Lo- 
rette et Castel-Finardo ; tomba sur 
Fossombrone, Fabriano, et traversa 
les gorges de la Roussa, d'où il ren- 
tra à Ancône par Yesi. Ainsi, dans 
vingt jours, les troupes du général 



200 



MON 



Monnicr firent une marche de quatre 
cents milles, prirent sept villes d'as- 
saut et défirent plusieurs fois des 
armées insurgées, constamment re- 
naissantes. Obligé enfin do resserrer 
sa ligne de défense, de s'enfermer 
dans la place et les forts d'Antône, 
attaqué par mer et par terre, d'abord 
par des nuées d'insurgés, ensuite par 
les Autricbieus,bombardé, sommé cinq 
fois, Monnier capitula le 16 nov. 1799, 
après 103 jours de siège régulier. Sa 
garnison , réduite à 1,600 hommes, 
leçut les honneurs de la guerre, et 
rentra en France. Arrivé à Paris, 
après le 18 brumaire an VIII (9 no- 
vembre 1799), Monnier fut nommé 
par le premier consul général de 
division, le 6 mars 1800, et reçut 
encore de lui une armure complète. 
Après avoir été échangé avec le gé- 
néral Lusignan, fait prisonnier en 
Italie, il fut appelé à l'armée de réserve, 
et commanda une division d'avant- 
garde. Il passa la Sésia et le Tésin , 
le 31 mai, prit de vive force, deux 
jours après, le village de Tusbigo, où 
l'ennemi était retranché avec 7,000 
hommes, et se porta ensuite sur 
Milan. Envoyé auprès de Desaix com- 
me son lieutenant, il vint, le 14 juin, 
prendre part à la bataille ds Maren- 
go; sa division emporta Castel-Ce- 
riolo, et s'y maintint jusqu'à ce que 
la retraite du reste de la ligne le 
forçât d'effectuer lui-même la sienne, 
en résistant aux charges de la cava- 
lerie autrichienne ; mais, à quatre 
heures du soir, l'armée française 
ralliée reçut ordre de se porter de 
nouveau en avant sur toute la li- 
gne, et le général Monnier reprit 
Castel-Cériolo, enleva deux canons, 
poursuivit le corps qu'il avait mis en 
déroute et le força en partie à se pré- 
cipiter dans la Bormida. A la suite 
de cette victoire, il alla rétablir la 



MON 

république Cisalpine. L'expédition 
de la Toscane ayant été résolue , 
il fut choisi pour soumettre les Aré- 
tins insurgés, prit Arezzo d'assaut, 
donna lui-même l'exemple de l'escala- 
.de, et soutint dans la ville un combat 
furieux, où 1,500 insurgés périrent; 
il fit ensuite démolir la citadelle et les 
remparts. Après la ruptuie de l'ar- 
mistice, il rejoignit l'armée du géné- 
ral Brune, sur le Mincio, fut chargé de 
l'attaque du village de l'ozzolo, qu'il 
prit et reprit quatre fois, et qu'il 
conserva enfin, malgré les efforts 
inouïs de l'ennemi. Dans cette af- 
faire il avait eu un cheval tué sous 
lui. Il marcha ensuite sur Vérone , 
dont le siège lui fut confié, commen- 
ça l'attaque le 12 janvier 1801, et, 
au bout de cinq jours d'un feu ter- 
rible, fit la garnison autrichienne pri- 
sonnière de guerre. Depuis lors Mon- 
nier cessa d'être employé jusqu'à la 
restauration, sans que l'on sache la 
cause d'un pareil oubli. Rappelé au 
service, le 12 juin 1814, Louis XVin 
le nomma chevalier de Saint-Louis et 
grand-officier de la Légion-d'Hon- 
neur. Pendant la campagne de 1815, 
Monnier commanda l'avant-garde de 
l'armée royale du Midi , sous les 
ordres du duc d'Angouléme. Créé 
pair de France, le 13 août 1818 , il 
mourut le 29 janvier de l'année sui- 
vante, des suites d'une attaque d'a- 
poplexie. M DJ. 

MOXXIER (Sophie de Rcffev, 
marquise de), célèbre par ses liaisons 
avec Mirabeau, était née à PontarJier, 
vers 1760, d'une famille riche et 
noble. Quoique mariée, presque au 
sortir de l'enfance, à un ancien prési- 
dent de la Chambre des comptes de 
Dôle, le marquis de Monnier, vieil- 
lard qui aurait pu être son grand- 
père, il est probable que Sophie, grâ- 
ce à une éducation éminemment re- 



MON 

ligieuse, aurait passé des jours tran- 
quilles sinon heureux, si le hasard 
n'avait jeté sur sa route un homme 
dont l'ascendant était irrésistible. 
Nous ne raconterons pas ici l'histoire 
de ses amours avec le comte de Mi- 
rabeau ; tous les détails qui s'y ratta- 
chent appartiennent à la biographie 
de cet homme extraordinaire , et 
nous y renvoyons {voy. XXIX, 92 et 
suiv.). Nous nous bornerons par con- 
séquent aux événements qui suivi- 
rent leur séparation. On a reproché 
à Mirabeau d'avoir délaissé M""= de 
Monnier, et d'avoir été ainsi cause 
de la catastrophe qui mit fin à son 
existence. Cependant il est bien vrai 
que des deux amants, dont le dou- 
bleadultère et les scandaleuses amours 
avaient eu une déplorable célébrité, 
si l'un abandonna l'autre, ce fut M™' 
de Monnier, qui, la première, cessa 
d'aimer Mirabeau, et long -temps 
même avant qu'il eût obtenu sa li- 
berté. Dès 1779, Sophie, autorisée 
dans le couvent de Samt-Clair, de 
Gien, où elle avait été reléguée, à 
recevoir des visites, accordait à M. 
de Raucourt, mort seulement en 
1832, une préférence assez publique 
pour que, du donjon de Vincennes, 
Mirabeau ait laissé échapper à ce 
sujet des plaintes d'une jalousie ir- 
ritée, auxquelles M""' de Monnier ne 
répondait qu'avec, une froideur étu- 
diée ; mais ce n'est pas tout. Ayant, 
après la mort de son mari, obtenu sa 
complète liberté, elle ne voulut pas 
retourner dans sa famille, et contrac- 
ta à Gien, avec M. Lécuyer, officier 
de la maréchaussée, une nouvelle et 
intime liaison, qui finit bientôt sans 
lui avoir donné le bonheur qu'elle y 
avait cherché. Elle s'engagea de nou- 
veau avec M. de Poterat, qu'elle ai- 
mait tendrement et qu'elle devait 
épouser, lorsque la mort de ce jeune 



MON 



201 



homme vint déranger ce projet. Le 
lendemain même du jour où M. de 
Poterat expira des suites d'une mala- 
die de poitrine, Sophie, qui dans la 
prévision de cet événement avait pré- 
paré depuis long-temps tous les moyens 
de n'y pas survivre, s'asphyxia dans 
un cabinet contigu à sa chambre. C'é- 
tait le 9 sept. 1789, neuf ans après 
la fin de la captivité de Mirabeau, 
qui, comme on le voit, resta bien 
étranger à cette fatale catastrophe. 
On doit remarquer que la pauvre So- 
phie expirait au moment oix son pre- 
mier amant devenait, par la révolu- 
tion, dont il était le principal auteur, 
l'un des hommes les plus célèbres de 
son siècle. M — d j. 

MONIVOT ( Jacques- François - 
CiiARr.Es), conventionnel, né vers 1743, 
était homme de loi avant la révolution. 
Il devint, en 1790, vice-président de 
l'administration départementale du 
Doubs, et fut député, en 1791, à l'As- 
semblée législative, puis à la Conven- 
tion nationale, où il vota la mort de 
Louis XVI, en ces termes : « Louis, 
« conspirateur, a mérité la mort; et, 
« comme il est évident pour moi que 
« les prétendants ont toujours eu 
« plus d'obstacles à surmonter que 
« ceux qui sont en titre, je pense que 
K l'intérêt du peuple est ici d'accord 
« avec la justice; et en conséquence, 
« je vote pour la peine de mort. Point 
« de sursis. » Monnot travailla en- 
suite beaucoup dans le comité des 
finances. En avril 1794, il fut secré- 
taire de la Convention; en novembre 
il combattit un projet de décret ten- 
dant à saisir les biens des étrangers, 
tant en France que dans le pays con- 
quis. A la fin de 1793, il passa au 
Conseil des Cinq-Cents , continua de 
s'y occuper de finances, et présenta 
sur cet objet plusieurs rapports en 
1796 et 1797, notamment sur les 



202 



MON 



MON 



mandats, sur le rétablissement d'une 
loterie nationale et sur le timbre. Jl 
sortit du Corps -Législatif en mai 
1798, et fut l'un des candidats pour 
la place de commissaire de la tréso- 
rerie. Il obtint ensuite la recette gé- 
nérale du département du Doubs qu'il 
céda à son fils , en 1812. Compris^ 
en 1816, dans la loi de bannissement 
contre les régicides, Monnot se réfu- 
gia en Suisse. L'année suivante, il fut 
accusé d'avoir enfreint son ban, d'être 
rentré dans le département du Doubs 
et d'avoir disparu au moment où 
l'autorité allait se saisir de lui. Cette 
infraction entraînait la peine de la 
dépoitation. Au jour fixé pour l'au- 
dience de la cour d'assises, le fils de 
l'accusé se présenta pour plaider l'ex- 
cuse d'absence légitime , et pour de- 
mander la nullité de la procédure. Le 
substitut du procureur-général avait 
conclu à ce qu'elle fût déclarée vala- 
ble; mais la cour, ayant été d'avis 
qu'il s'agissait d'une question d'iden- 
tité, laquelle ne pouvait s'établir que 
dans le cas où la personne de l'ac- 
cusé aurait été saisie , rendit un ar- 
rêt contraire. Monnot mourut pen- 
dant son exil. M — d j. 

MONIVOYE (Anselme-François- 
Marie DE la), littérateur, naquit à Pa- 
ris vers 1770. On lui doit une édi- 
tion des OEuvres de Charles-Albert 
Demoustier, Paris, 180% 2 vol. in- 
8", ou 5 vol. in-18, et une traduction 
en vers de la Jérusalem délivrée, 
1818, in-8''. C'est un ouvrage médio- 
cre, et qui ne peut pas même être 
comparé à celui de M. Baour de Lor- 
mian. La Monnoye mourut à Pa- 
ris le 19 juillet 1829. Z. 

MOXOD (Hesri), magistrat et 
littérateur, naquit en 1753 , à Mor- 
ges, dans le canton de Vaud. Après 
avoir fait en Suisse ses premières étu- 
des, il alla étudier le droit à l'Univer- 



sité de Tubingue, où il se lia avec son 
compatriote Laharpe , devenu en- 
suite général et précepteur de l'em- 
pereur Alexandre, mais qui alors était 
proscrit pour avoir pris part à des 
intrigues politiques tendant à sous- 
traire le pays de Vaud à la domina- 
tion du canton de Berne. Laharpe 
réussit à faire partager ses opinions 
par son ami, qui, étant retourné dans 
son pays, où il fut investi d'une 
charge importante , contribua puis- 
samment à détacher du canton de 
Berne le pays de Vaud, qu'on éleva 
enfin au rang de canton. Monod eut 
beaucoup de part aux mouvements 
politiques de la Suisse à cette époque 
{voy. Laharpe , LXIX, 438), et il fut 
ensuite l'un des dix députés qui allè- 
rent discuter à Paris l'acte de média- 
tion, par lequel la paix fut rétablie 
et maintenue pendant onze ans. La 
tranquillité de la Suisse ayant été assu- 
rée en 1803, par son traité d'alliance 
avec la France, Monod renonça à 
toute fonction publique, et ne quitta 
sa famille que pour remplir quelques 
missions. En 1811, il se détermina 
à rentrer au petit -conseil , dont il 
avait déjà été président. Lorsque les 
événements de 1814 remirent presque 
au hasard le sort de la Suisse, Monod 
se présenta avec des lettres de Lahar- 
pe à l'empereur Alexandre, et il en 
reçut la promesse que l'intégrité du 
territoire suisse serait respectée. En- 
voyé à la fin de 1814 à la diète de 
Zurich, il fut chargé par elle d'aller 
complimenter Louis XVIII. Après 
le débarquement de Napoléon sur 
les côtes de Provence , Monod eut 
la commission de protéger avec la 
mihce les frontières du canton de 
Vaud. Enfin quand la nouvelle cons- 
titution helvétique eut été garantie 
par les huit principales puissances de 
l'Europe, il fut nommé un des landam» 



MON 

inane de son canton et siégea au con- 
seil d'Etat. Monod mourut le 13 sep- 
tembre 1833. On a de lui : I. Coup- 
ci œil sur les principales bases à suivre 
dans la législation de l'Helvéde, d'a- 
près son système social, Lausanne, 
1799, in-8°. II. Correspondance entre 
le colonel Desportes de Crassier et le 
citoyen Henri Monod, Berne, 1805, 
in-8''. III. Observations de Henri Mo- 
nod sur la partie de sa correspondance 
avec le colonel G. Desportes. IV. Des 
Mémoires, Francfort et Paris, 1805, 
2 vol. in-8''. V. Le Censeur, ou Lettres 
(Tun patriote vaudois à ses conci- 
toyens, sans nom d'auteur, Lausanne, 
1808, in-8°. VL La Folie du jour, ou 
Conversation entre quelques membres 
du cercle des Gobe-Mouches , sans 
nom d'auteur. VII. Lettres écrites de 
Lausanne à S. Ex. M. le comte d'A... , 
ministre de ...., auprès de ...., 1814, 
in-8". — MoxoD (Jean), fils d'un mi- 
nistre de Genève (voy. Mosod (G.-J.), 
XXIX, 400), naquit dans cette ville 
en 1765; et après avoir fait ses études 
théologiques , fut d'abord pasteur à 
Copenhague. Venu à Paris en 1808, 
il y exerça les mêmes fonctions, fut 
nommé chevalier de la Légion-d'llon- 
neur, et plus tard président du con- 
sistoire de l'église réformée. Il mou- 
rut le 23 avril 1836. Outre plusieurs 
articles insérés dans la Biographie 
Universelle , on a de lui : I. Discours 
prononcé sur la tombe de Frédéric- 
Jacques Bast , Paris, 1812, in-8''. 
II. Sermon factions de grâce pour la 
paix, et de commémoration de la mort 
de Louis XFI, Paris, 1814, in-8^ lU. 
Lettres de F.-V.Reinhard, sur ses étu- 
des et sa carrière de prédicateur, tra- 
duites de l'allemand ; avec une notice 
raisonnée sur les écrits de l'auteur, 
parPlî.-Alb. Stapfer, Genève et Paris, 
1816, in-S" (^yoj. Reinhard, XXXVII, 
290> P— OT. 



MON 



203 



MONPERLIER (J.-A.-M.), au- 
teur dramatique, naquit à Lyon, le 13 
juin 1788. Son père combattit avec 
courage pour la défense de cette 
ville, lors du siège de 1793, et il 
eut beaucoup à souffrir pour se 
soustraire à la fureur des convention- 
nels victorieux. Le jeune Monperlier 
fut voué à l'état de dessinateur de fa- 
brique; mais, en étudiant cet art, il se 
livrait à son goût pour les lettres, 
et ce qui n'était d'abord qu'un délas- 
sement, devint pour lui une ressour- 
ce plus prompte que la profession de 
dessinateur. Quelques pièces qu'il fit 
représenter sur le théâtre de Lyon 
fnrent accueillies favorablement. Le 
public se montra d'autant plus bien- 
veillant, qu'il savait que l'auteur con- 
sacrait le produit de ses travaux à 
l'entretien d'une nombreuse famille, 
dont il était l'unique soutien. En 
1814, il publia une ode intitulée : 
L'ombre de Henri IF, dans laquelle 
il célébra avec enthousiasme le retour 
des Bourbons. Cette pièce se faisait 
surtout remarquer par les sentiments 
qui l'avaient inspirée, et il n'en fallut 
pas davantage pour que l'auteur fût 
vivement persécuté par les partisans 
de Bonaparte, pendant les Cent-Jours 
de 1815. Ces persécutions ayant 
cessé au second retour des Bourbons, 
Monperlier signala encore son atta- 
chement à leur cause, dans une pièce 
de poésie, qui remporta le prix ex- 
traordinaire proposé par l'Académie 
de Lyon. Cette pièce, intitulée : Le re- 
tour des Bourbons, Lyon, 1815, et 
Paris, 1816, in-8", fut couronnée le 
21 décembre 1815. Dans l'intervalle 
l'auteur était venu à Paris. Il fit re- 
présenter , sur les théâtres secon- 
daires, plusieurs ouvrages, qui, joints 
à des poésies fugitives et à des chan- 
sons, lui acquirent un rang distingué 
parmi les littérateurs de l'époque. 



204 



MON 



Monperlier mourut vers 1820. Outre 
les deux poèmes doutnous avons par- 
lé, il a publié • I. Le Cimetière^ suivi 
de la Mort cTOscar^ d'un Foyage au 
Mont-Cindre, poèmes, et de quelques 
autres pièces fugitives, Lyon, 1811, 
in-18. II. Le Château de Pierre-Scize, 
ou l'He'roisme, mclodrarae en trois 
actes et en prose, Lvon, 1812, in-8°. 
m. Les Femmes infidèles, on T Anneau 
de la reine Bertlie, opéra-vaudevillc 
en trois actes et en prose, Lyon, 1812; 
Paris, 1818, in-S". IV. Mon oncle To- 
hie, ou Plus de cloison, comédie-vau- 
deville en un acte, Lyon, 1812, in- 
8°. V. Poèmes et poésies fugitives, 
Lyon, 1812, in-18. VI. Le Siège de 
Tolède , ou Don Sanche de CastUle, 
mélodrame en trois actes et en pro- 
se, Lyon, 1813, in-8°. VIL Les Voi- 
sins brouillés, ou les Petits propos, 
tableau villageois en un acte, Lyon et 
Paris, 1813, in-8°. VIII. Le Joueur de 
JJûte, ou les Effets de l'harmonie, 
opéra-comique en un acte, Lyon, 
1813, in-8''. IX. Charles de Blois, 
ou le Château de Becherel, mélo- 
drame historique en trois actes et 
en prose, Lyon, 1813, in-8°. X. Jl- 
manza, ou la Prise de Grenade, mélo- 
drame héroïque en trois actes et en 
prose, Paris, 1814, in-8''. XL Le Prin- 
ce et le Soldat, mélodrame en trois 
actes et en prose, Paris, 1814, in-S". 
XII. Le Gouverneur, ou Utie nouvelle 
éducation, Paris, 1815, in-S". XIU. 
Le Héros du Midi, ode qui a obtenu 
l'accessit du prix de poésie décerné 
par l'Académie des sciences, belles- 
lettres et arts de Lyon, le 4 septem- 
bre 1816, Lyon et Paris, in-8<'. XIV. 
Le Berceau de Henri IV a Lyon, ou 
la Nymphe de Parthénope, allégorie 
mêlée de chants et de danses,composée 
à l'occasion du passage de la duchesse 
de Berry, qui assista à la représenta- 
tion, Lyon et Paris, 1816, in-8^ Cette 



MON 

pièce a été faite en société avec MM. 
Hapdé et Albertin. M — g — n. 

MO\POU (Hippolyte), lun des 
élèves les plus distingués de l'école 
musicale de Choron , naquit à Paris 
en 1804. Admis dès l'âge le plus ten- 
dre, comme enfant de chœur, à la 
maîtrise de Notre-Dame, il eut pour 
premier maître M. Desvignes, digne 
élève de Lesueur, dans la musique 
d'église. Après avoir reçu, en même 
temps que Duprez, des leçons de mu- 
sique à l'école récemment fondée par 
Choron, il fut nommé organiste de la 
cathédrale de Tours. Mais il revint 
bientôt à Paris , où Choron l'attacha 
de nouveau à son école , en qualité 
de répétiteur- accompagnateur. Dans 
les beaux concerts de l'institution de 
musique religieuse, c'était lui qui te- 
nait le piano pour l'exécution des ora- 
torios de Handel, de Mozart, d'Haydn, 
etc. Ces concerts ont eu surtout le 
plus grand succès depuis 1828 jus- 
qu'en 1832, où ils ont cessé, Choron 
ne recevant plus la subvention du 
gouvernement {voy. Choros , LXI, 
51). Monpou avait fait une étude ap- 
profondie des partitions des anciens 
maîtres, Palestrina, Al. Se rlatti, Léo, 
Clari , Séb. Bach et Handel. C'est à 
cela qu'il faut attribuer son goût pro- 
noncé pour les mélodies naïves , et 
même parfois gothiques dans leur 
forme. En 1834 , il se fit connaître 
par des romances et des ballades, 
qu'il chantait lui-même avec beau- 
coup d'expression. Malheureusement, 
il avait choisi , pour texte de ses com- 
positions, les pièces de vers les plus 
bizarres des poètes romantiques. De- 
puis long-temps il cherchait un livret 
d'opéra. Il fit enfin jouer, à l'Opéra- 
Comifjue, les deux Reines, en un acte, 
par MM. Arnould et Souhé. L'air 
Adieu, mon beau navire, devint popu- 
laire. On remarqua aussi des chœurs 



MON 

bien écrits pour les voix. En 1836, il 
donna à l'Opéra-Comique le Luthier 
de Fienne , où madame Damoreaii 
chantait d'une manière ravissante la 
ballade du vieux chasseur. Cette pièce 
fut suivie de Piquillo , et, bientôt 
après, de la reine Jeanne, et de la 
chaste Suzanne. Mais tous ces livrets 
n'étaient pas en harmonie avec son 
talent. Il avait désiré un poème de 
M. Scribe , et l'avait obtenu. La par- 
tition des deux premiers actes de cet 
opéra abrégea sa vie par un travail 
forcé. M. Crosnier lui avait fait sous- 
crire un dédit de 20,000 francs , afin 
de s'assurer la remise du manuscrit 
pour la fin du mois d'août 1841. Un 
troisième acte restait à finir ; mais, 
épuisé de fatigue, l'auteur mourut le 
10 de ce mois , âgé de 37 ans. 

F LE. 

MOXROE (James), cinquième 
président des Etats-Unis d'Amérique, 
naquit le 28 avril 1758, à Monroe's 
Creek, propriété appartenant à son 
père, qui exerçait la profession de ma- 
çon ou de charpentier, dans le comté 
de Wcstmoreland en Virginie. Il ve- 
nait à peine de terminer son éduca- 
tion littéraire au collège de Willams- 
burg, lorsqu'il entra (1776) comme 
cadet dans un régiment commandé 
par le colonel Mercer. Nommé peu 
après lieutenant, le jeune Monroe joi- 
gnit l'armée de Washington, et prit 
part aux combats de Harlem Ileights 
et de White Plains. I^e 26 décembre 
il fut blessé à I attaque de Trenton ; 
cette circonstance et la bravoure qu'il 
avait montrée lui firent obtenir le 
grade de capitaine d'infanterie. Deve- 
nu aide-de-camp de lord StirHng, il 
servit en cette qualité en 1777 et 1778, 
et figura d'une manière active aux 
batailles de Brandywine, de German- 
town et de Monmouth. Il essaya pen- 
dant cette dernière année de lever un 



MON 



205 



régiment dans la Virginie , mais 
n'ayant pas réussi, il abandonna mo- 
mentanément la carrière militaire 
pour se livrer à l'étude des lois, sous 
la direction de Jefferson. En 1780, il 
fut nommé commissaire mifitaire 
pour la Virginie, et visita l'armée du 
midi sous le baron de Kalb. Deux ans 
après il fut élu à l'assemblée par le 
comté de King George; et, en 1783, 
il devint membre du Congres, n'é- 
tant âgé que de 24 ans. Monroe 
fit, en 1786, la proposition, qui ne 
fut pas adoptée, d'investir cette as- 
semblée du pouvoir de régler le 
commerce avec les différentes na- 
tions. Ayant alors siégé trois ans dans 
le Congrès, il se retira à la campa- 
gne, où il épousa une fille de Law- 
rence Kortwright, jeune personne 
aussi belle que spirituelle. Membre 
de la Convention de Virginie en 
1788, il était sénateur des États-Unis 
depuis 1790, lorsque, en 1794, 
Washington l'envoya auprès de la ré- 
publique française en qualité de mi- 
nistre plénipotentiaire. Arrivé à Paris 
après la chute de Robespierre , il fut 
admis, le 15 août, à la Convention, 
et reçut du président l'accolade fra- 
ternelle. Il venait en France dans des 
circonstances extrêmement délicates : 
non-seulement lAmérique était en 
froid avec l' Angletei-re, mais ses rela- 
tions avec la France étaient sur le point 
de cesser. On doit surtout attribuer le 
peu de succès des négociations qu'il 
dirigea, à l'injustice et à la rapacité 
des chefs de la république française, 
et à leurs fréquentes mutations. La 
rupture devint complète sous la 
présidence de John Adams , dé- 
voué aux Anglais ; Monroe, qui s'était 
lié surtout avec le parti révolution- 
naire le plus exalté, fut accusé detroi) 
de complaisance pour le Directoire 
et rappelé. Ce gouvernement, tout 



206 



MON 



en lui montrant les plus grands c- 
gards , refusa de recevoir sir Pinck- 
ney, envoyé pour le remplacer. Mon- 
roe avait été sévèrement censuié dans 
une lettre (13 juin 1796) de M. 
Pickering, secrétaire d'État, pour n'a- 
voir pas suffisamment expliqué et dé- 
fendu le nouveau traité que les États- 
Unis venaient de conclure avec l'An- 
gleterre. A son retour en Amérique, 
il publia toute sa correspondance, en 
la faisant précéder de 100 pages d'ob- 
servations préliminaires, qui, dirigées 
principalement contre les fédéralistes 
dont Monroe était l'adversaire très- 
prononcé, eurent un grand i-etentis- 
sement, et influèrent beaucoup sur 
la non-réélection de John Adams. Jef- 
ferson ayant été élu président, ap- 
pela aux emplois ses amis du parti 
républicain, parmi lesquels Monroe 
figurait en première ligne. Nommé 
gouverneur de la Virginie en 1799, 
il en exerça les fonctions jusqu'en 

1802, qu'il se rendit en France com- 
me envoyé extraordinaire, pour trai- 
ter de l'achat de la Louisiane ; M. Li- 
vingston était ministre résident des 
États-Unis à Paris. Cette négociation 
ayant été heureusement terminée, 
Monroe alla remplacer à Londres, en 

1803, M. King, ministre américain 
auprès de la cour de Saint -James. Il 
fut adjoint en 1805 à M. Charles 
Pinckney, pour les négociations avec 
l'Espagne, et retourna ensuite à Lon- 
dres où il resta encore deux ou trois 
ans , occupé d'importants travaux. 
Après avoir fait d'énergiques protes- 
tations contre les saisies des navires 
américains, effectuées en vertu des 
ordres du Conseil, il négocia de con- 
cert avec M. William Pinckey un 
traité de commerce avec la Grande- 
Bretagne, qui ne fut pas ratifié par 
Jefferson , parce qu'il ne contenait 
pas d'article séparé contre la presse 



MON 

des matelots. Monroe était absent des 
Etats-Unis depuis cinq années, lors- 
qu'on 1808 il retourna en Amérique, 
où il passa deux ans comme simple 
particulier, dans sa ferme du comté 
d'Albemarle. Quelques mois s'étaient 
à peine écoulés depuis que, pour la 
seconde fois, il avait été élu gouver- 
neur de la Virginie , quand Madi- 
son le nomma (25 novembre 1811) 
secrétaire d'État en remplacement de 
M. R. Smith. Il conserva cet emploi 
(qu'il cumula depuis le 27 septembre 
1814 jusqu'au 2 mars 1815 avec 
celui de secrétaire de la guerre), jus- 
qu'au 4 mars 1817. Il fut alors élu 
président des États-Unis, pour rem- 
placer Madison , à une majorité de 
cent soixante-dix contre quarante- 
Peu après, il prit la résolution, d'a- 
près un acte du Congrès, de visiter 
les côtes maritimes, et se rendit suc- 
cessivement à Baltimore, Philadel- 
phie, New- York, etc. Dans son ins- 
pection, il portait le même cha- 
peau qu'il avait en combattant sous 
Washington. Il était monté sur un 
cheval blanc, avec un habit bleu fort 
simple, des culottes de peau et des 
bottes. Il employa dans sa tournée 
tous les moyens possibles pour rani- 
mer l'esprit patriotique et faire cesser 
les querelles de parti. Il déclara ex- 
pressément à Hartford « qu'il enten- 
u dait être, non le chef d'une secte 
" ou d'une faction, mais le président 
« des États-Unis, n Le 3 décembre 
1817, il transmit au Congrès un mes- 
sage pour faire connaître la situation 
intérieure et extérieure de l'Union , 
qui , à aucune époque , n'avait 
été aussi satisfaisante. Le président 
terminait ce message en félicitant sa 
nation d'avoir atteint la quarantième 
année de son existence politique, et 
de ce que l'expérience d'une généra- 
tion entière avait consacré une consri- 



MON 

tution libre, et consolidé un gouver- 
nement dont la seule ambition est de 
favoriser les progrès des lumières, le 
maintien d'une paix universelle et le 
bien-être de rhumanité. Dans le 
mois de mars 1818, il mit sous les 
yeux de la chambre un tableau des re- 
lations des Etats-Unis avec l'Espagne. 
Réélu à la présidence le 4 mars 1821, 
il fut remplacé, en 1825, par John 
Adams. Pendant les huit ans que 
durèrent ses fonctions de premier 
magistrat de la république, il se con- 
duisit avec sagesse dans tout ce qui 
concerne le gouvernement intérieur 
de l'Union. Quant à la politique exté- 
rieure, il se laissa gouverner par le 
secrétaire d'État, John Adams, qui 
lui succéda, c'est-à-dire qu'elle ne fut 
pas toujours conforme aux principes 
de la modération et de la justice. Il ne 
parait pas que Monroe soit, depuis 
1825, sorti de la vie privée, quoi- 
qu'on assure qu'il exerçait, peu d'an- 
nées avant sa mort, l'humble office 
de juge de paix du canton de Lon- 
don. Il cessa d'exister le 4 juil- 
let (1) 1831, à l'âge de 72 ans, ne 
laissant que deux filles. Comme mi- 
litaire, Monroe a montré du talent et 
de la bravoure ; comme administra- 
teur et comme homme d'État, il s'est 
distingué par la suite et l'énergie des 
mesures qu'il a fait adopter. Ce fut 
à ses négociations secondées par 
l'extrême désir du premier consul 
d'empêcher qur la Louisiane ne 
tombât au pouvoir de l'Angleterre, 
que les États-Unis durent la cession 
de cette belle et importante provin- 
ce. C'est encore à lui qu'ils doivent 
l'acquisition de la Floride. Pendant 
sa présidence, l'état de l'armée de 
terre et de la marine fut amélioré, 

(1) On a remarqué que deux autres pré- 
sidents, Âdaïus et Jefferson , sont morts aussi 
le A juillet. 



MON 



207 



plusieurs établissements , parmi les- 
quels on peut citer les chantiers de 
construction, les fabriques d'armes, 
les routes, etc., reçurent aussi de no- 
tables améliorations , et l'on s'occu- 
pa sérieusement des fortifications, 
dont Monroe avait eu le bon esprit 
de confier la direction au général 
français Bernard. Il fit enfin voter 
des pensions aux soldats qui avaient 
servi dans la guerre de la révolution 
et accorder à Lafayçtte la récompense 
des services qu'il avait rendus aux 
Etats-Unis. Monroe a montré beau- 
coup de désintéressement, car, après 
avoir exercé durant un grand nom- 
bre d'années les plus hautes fonc- 
tions, et reçu du trésor public plus 
de 358,000 dollars (2,000,000 de 
francs environ), il n'avait que des 
dettes quand il quitta la présidence. 
On doit reconnaîtie que le Congrès 
lui accorda , depuis , de justes dé- 
dommagements pour les avances 
qu'il avait faites pendant la guerre. 
D— z— s. 
MONROSE (Louis-Séraphin Ba- 
RizAiN, dit), acteur comique, né à Be- 
sançon, le 6 décembre 1783, s'attacha 
d'abord au théâtre des Jeunes-Artistes, 
parcourut ensuite les départements, et 
débuta au Théâtre-Français, le 11 mai 
1815. C'était l'époque déplorable des 
Cent-Jours. Quoique les événements 
politiques dussent alors jeter du trou- 
ble dans tous les esprits, et qu'on sem- 
blât devoir ne s'occuper que médio- 
crement de l'art théâtral , le talent 
que ce nouvel acteur déploya dans 
les rôles de valets , ne laissa pas de 
faire sensation. Le public , ou du 
moins cette partie du public que 
rien n'empêche de fréquenter les 
spectacles , épousa chaudement la 
cause de Monrose contre deux acteurs 
qui, étant depuis long-temps en pos- 
session de l'emploi des comiques , 



208 



MON 



voulaient, disait-on, en conserver la 
propriiitc exclusive. Cette circonstan- 
ce fut très-favorable aux intérêts du 
débutant, qu'on supposait victime 
d'une intrigue de coulisses. L'usage 
voulait qu'avant d'être reçu mem- 
bre de la société, il fît, comme sim- 
ple pensionnaire, un assez long sur- 
numcrariat ; mais , cédant aux exi- 
gences du parterre, les comédiens 
dérogèrent à la coutume, et Monrose 
fut admis parmi eux en qualité de 
sociétaire pour l'année 1816. Cette 
faveur anticipée n'eut pas, néanmoins, 
son effet. A la seconde restauration, 
les gentilshommes de la chambre, 
reprenant leurs fonctions , refusèrent 
de reconnaître la validité d'une ré- 
ception prononcée durant leur ab 
sence ; ils assujétirent Monrose à 
faire de nouveaux débuts, et ce fut 
seulement le 1'''^ avril 1817, que le 
titre de sociétaire lui fut définitive- 
ment accordé. Quel que fût le talent 
des deux acteurs comiques qui se 
prévalaient de leur ancienneté pour 
ne lui abandonner que les rôles in- 
grats , il s'y montra avec tant d'a- 
vantage, et le public continua de 
l'applaudir avec tant de chaleur, que 
ses anciens finirent par rabattre de 
leurs prétentions exclusives. Ils se prê- 
tèrent à un arrangement d'après le- 
quel Monrose fut libre de jouer , à 
son tour, les rôles où il avait débuté 
avec le plus de succès, savoir les va- 
lets fourbes et fripons, tels que le 
Crispin du Légataire universel, celui 
des Folies amoureuses, le Scapin des 
Fourberies^ le Labranche du Crispin 
rival, le Cliton du 3Ietiteur, le Sija' 
narvlle du Festin de Pierre, le Figaro 
du Barbier de Séville, et autres per- 
sonnages comiques, dont le nombre 
s'accrut en peu de temps , par l'em- 
pressement que mirent les auteurs à 
employer le talent d'un acteur si gé- 



MON 

néralement aimé. Ce talent ne se dé- 
mentit pas une seule fois, dans fes- 
pace de 28 ans environ que Mon- 
rose demeura au théâtre; et mê- 
me , quand sa santé chancelante 
paraissait devoir lui interdire toute 
espèce de fatigue , il recouvrait , 
par intervalles , assez de force })our 
jouer, avec une supériorité incontes- 
table, les rôles les plus longs et les 
plus difficiles. Ce fut ainsi qu'à une 
de ses dernières rentrées . lorsqu'on 
avait sujet de craindre que sa mé- 
moire ne l'abandonnât , il remplit le 
rôle de Figaro dans la Folle journée, 
de manière à exciter les plus vifs ap- 
plaudissements. Mais, autant il mon- 
trait de gaîté sur la scène , autant il 
était triste dans son intérieur. Des 
vapeurs hypocondriaques, compli- 
quées d'obstructions mésentériques, 
bien qu'elles eussent été combattues 
avec quelque succès pendant près de 
20 ans, par les bons soins de son ami, 
le docteur Louyer-Villermay, finirent 
j>ar une incurable mélancolie. Ses fa- 
cultés intellectuelles se dérangèrent; 
et il . mourut à Montmartre , dans la 
maison de santé du docteur Blanche, 
le 20 avril 1843. Monrose était petit 
de taille et maigre de complcxion. 
Les traits de son visage auraient mê- 
me paru disgracieux s'il n'avait pas 
su les animer par un jeu plein d'es- 
prit et de verve. Quoiqu'il sût, à force 
d'art, Jouer la naïveté et même la 
bonhomie, il était facile de sentir que 
ces deux qualités n'étaient pas les 
attributs naturels de son talent. C'é- 
tait par une intelligence vive et 
prompte , par une succession rapide 
d'intentions comiques , par une foule 
de traits saillants, incisifs et inatten- 
dus, qu'il étonnait et charmait ses 
auditeurs. Du reste, connaissant le 
public et tous les moyens de s'en 
faire applaudir, il était , au théâtre , 



MON 

leste, souple, adroit, audacieux, im- 
perturbable; aussi les vieux amateurs 
le comparaient-ils à Auger (woj. ce 
nom, III, 34), qui , de leur aveu , 
pourtant, avait moins de ressources 
dans l'esprit. Monrose a laissé un fils 
de son nom, qui joue aussi la comé- 
die et y rappelle souvent son père. 
F. P— T. 
MOXS (Jeas-Baptiste va.n), savant 
chimiste et horticulteur, naquit, le 11 
novembre 1763, à Bruxelles, où son 
père était receveur du grand bégui- 
nage. Il avait appris un peu de latin 
dans un collège de la Campine, et il 
entra de bonne heure comme élève 
dans une pharmacie. A l âge de 20 
ans, il avait déjà publié un ouvrage 
sous le titre d'Essai sur les principes 
de la chimie antiphlocjisticfue. Deux 
ans plus tard, il se présenta aux exa- 
mens de la maîtrise, il paraissait en- 
core si jeune, que le chef de la cor- 
poration des pharmaciens, étonné 
qu'il osât se soumettre aux épreuves, 
lui Ht observer qu'au lieu d une ins- 
•eription pour les examens , c'était 
probablement son entrée en appren- 
tissage qu'il venait solliciter. La viva- 
cité du tempérament et de l'esprit du 
jeune chimiste devait l'amener a 
prendre une part active au mouve- 
ment révolutionnaire qui se prépa- 
rait. Van Mons se jeta dans le parti 
vonkiste avec une ardeur qui faillit 
lui devenir fatale. Il fut incarcéré 
comme fauteur de sociétés secrètes et 
coupable du crime de lèse-nation. Le 
procureur-général insistait pour ré- 
duire l'atfaire aux formes les plus 
simples et les plus expéditives. L'ac- 
cusé demandait une défense qu'on 
persistait à lui refuser. Cependant sa 
jeunesse parlait en sa faveur; et, mal- 
gié l'irritation de l'autorité contre son 
parti, il échappa a ce premier danger. 
La bataille de Jemmapes ayant ouvert 

LXXIV. 



MON 



209 



la Belgique aux armées françaises, on 
organisa une assemblée de représen- 
tants du peuple, dont van Mons, à 
peine âgé de 27 ans , fut appelé à 
faire partie; mais, tout en subissant 
l'influence de la fièvre révolutionnai- 
re, il ne s'associa en aucune façon 
aux excès de cette époque. Sa corres- 
pondance prouve, au contraire, qu'il 
n'usa de son crédit qu'en faveur de 
ses compatriotes persécutés, et plu- 
sieurs traits honorables témoignent 
de la bonté de son cœur, comme de 
la générosité de ses sentiments. La 
Belgique ayant été réunie à la France, 
les relations de van Mons avec les 
savants de Paris s'étendirent et se 
multiplièrent. Le représentant Rober- 
jot , envoyé à Bruxelles , le prit en 
affection et l'engagea à faire des re- 
cherches sur les mines de la Belgi- 
que. Peu de mois après, il le chargeait 
de préparer la réorganisation de l'en- 
seignement dans les départements 
réunis. Van Mons était récompensé 
de cette honorable mission par le 
titre d'associé de l'Institut. Au mois 
d'avril 1797, il fut nommé professeur 
de chimie et de physique expérimen- 
tale à l'Lcole centrale de Bruxelles , 
alors chef-lieu du département de la 
Dvle. Ce fut à la même époque que, 
sur l'invitation pressante de Four- 
croy. Pelletier, Guyton-Morveau,Vau- 
quelin et Prieur, il commença à pren- 
dre part à la rédaction des Annales 
de Chimie. Van Mons était , pour la 
société des Annales , une acquisition 
précieuse, parce que, très-versé dans 
les langues étrangères , il pouvait 
servir d'intermédiaire scientifique en- 
tre l'Angleterre, l'Allemagne, la 
France et l'Italie. Il fournissait à ce 
savant recueil les mémoires qu'il 
traduisait des Annales de Crel, des 
journaux anglais, italiens et hollan- 
dais. L'abondance des matériaux qu'il 
14 



210 



MON 



recueillait ainsi devint telle que , 
n'ayant pu décider les rédacteurs des 
Annales à publier chaque mois un 
cahier supplémentaire, il résolut de 
fonder, lui-même, un journal scienti- 
fique à Bruxelles, recueil qu il conti- 
nua pendant plusieurs années, sous 
le titre de Journal de Cliimie et de 
Physique, et qui lut long-temps com- 
me le dépôt central des progrès de 
la science dans les diverses contrées 
de l'Europe. C'est dans un des nu- 
méros de ce recueil que l'on trouve 
ce passage d'une lettre de Brugnalelli 
à van Mons, remarquable, en ce qu'il 
précède de bien des années la fondation 
du nouvel art de dorer par la voie 
humide : « J'ai dernièrement doré 
« d'une manière parfaite , écrivait 
« Brugnatelli, deux grandes médailles 
« d'argent , en les faisant communi- 
« quer, à l'aide d'un fil d'acier, avec 
« le pôle négatif d'une pile de Yolta 
" et en les tenant l'une après l'autre, 
« plongées dans de l'ammoniure d'or, 
« nouvellement préparé et bien satu- 
« ré. )• La multiplicité de ses occu- 
pations força bientôt van Mons à re- 
noncer à l'exercice de la pharmacie. 
En 1807, il s'était fait recevoir doc- 
teur en médecine, à la faculté de Pa- 
ris. Presque en même temps l univer- 
sité de Helmstadt lui olfrait spontané- 
ment le même titre. Il avait élé l'un 
des fondateurs de la société de mé- 
decine , chirurgie et pharmacie de 
Bruxelles, dont il fut long-temps le 
secrétaire-général, et dont les actes 
contiennent plusieurs des mémoires 
qu il publia isolément. Van Mons avait 
manifesté, dés ses plus jeunes an- 
nées, le goût le plus vif pour l'agro- 
nomie, et notamment pour la culture 
des fruits. A l'âge de 15 ans, il semait, 
dans le jardin de son père, des plantes 
et des arbrisseaux , dans le dessein 
d'en observer le développement et 



MON 

d'étudier leurs générations successives. 
Il avait, des-lors, jeté les bases d'une 
théorie, et arrêté le plan d'expérien- 
ces qu'il devait suivre, et qu'il suivit 
en effet, pendant tout le cours de sa 
vie, pour eu constater la réalité. Plus 
lard , il plantait, de ses mains , une 
vaste pépinière , qui fut pour lui la 
source d'immenses jouissances, mais 
aussi , comme nous Talions voir, de 
bien cruels chagrins. Après les événe- 
ments de 1815 , le roi Guillaume 
ayant rétabli l'Acadéuiie des sciences 
et belles-lettres de Bruxelles , van 
Mons fut compris dans la première 
nomination. L organisation des uni- 
versités suivit de près celle de l'Aca- 
démie royale des sciences, et lorr 
confia à l'illustre ami de Lavoisier, 
de Volta, de Brugnatelli, de Berthollet, 
la chaire de chimie et d'agronomie à 
l'université de Louvain. Ce fut à cette 
époque qu il perdit presque en même 
temps son épouse et le plus jeune de 
ses quatre fils. Quelques années après, 
un édit royal venait le priver de cette 
magnifique pépinière, objet de ses 
constantes études et qui renfermait 
alors plus de 80,000 pieds d'arbres 
fruitiers, sous prétexte que le terrain 
en avait été jugé propre à des cons- 
tructions. Obligé d'enlever ses plan- 
tations dans l'espace de deux mois et 
au fort de l'hivei', il put à peine en 
sauver la vingtième partie, à l'aide 
des greffes qu'il se hâta de cueillir; 
le reste fut vendu ou donné. Cette 
catastrophe affligea vivement le sa- 
vant agronome, mais sans le décou- 
rager; il résolut de transporter à 
Louvain les débris de sa pépinière et 
d y continuer ses semis et ses expé- 
riences. Mais il n'était pas au bout de 
ses tribulations. Là encore, l'utilité 
publique fut le prétexte d'une nou- 
velle dévastation de ses jardins. Au 
moment des préparatifs du siège 



Mon 

d'Anvers, l'autorité militaire fit dé- 
truire sa pépinière pour faire place à 
des fours et à des magasins de vivres. 
La philosophie de van Mons ne fut 
point encore abattue de ce second 
coup. Il loua un nouveau terrain et 
recommença ses expériences; mais, 
par un déplorable concours de cir- 
constances, il fut encore une fois obli- 
gé de céder la place à une fabrique 
de gaz d'éclairage. Décidément l'in- 
dustrie et le bien public ne pouvaient 
s'accommoder avec les recherches 
agronomiques de l'illustre vieillard ; 
mais, déjà, il avait recueilli des don- 
nées assez nombreuses pour appuyer 
sa théorie pomologique, et pour la 
développer dans une série d'articles 
qui parurent dans les Annales géné- 
rales des sciences physiques, recueil 
qu'il avait fondé avec le concours de 
MM. Drapiez et liory de Saint-Vin- 
cent. Cette théorie peut se résumer 
dans les termes suivants : « En se- 
« niant les premières graines d'une 
« nouvelle variété d'arbres fruitiers, 
» on doit en obtenir des arbres né- 
« cessairement variables dans leurs 
« graines, car ils ne peuvent plus 
« échapper à cette condition, mais 
« moins disposés à retourner à l'état 
« sauvage que ceux provenus de 
u graines d'une ancienne variété; et 
« comme ce qui tend vers l'état sau- 
>« vage a moins de chance de se trou- 
•< ver parfait, selon nos goûts, que 
" ce qui reste dans le plein champ 
« de la variation, c'est dans les se- 
« mis des premières graines des plus 
« nouvelles variétés d'arbres fruitiers 
u que l'on doit espérer de trouver 
" les fruits les plus parfaits, selon 
« nos goûts. » Cette théorie était 
formulée dans la tête de van Mons 
dès l'âge de vingt ans, et c'est pour 
en confirmer la valeur qu'il fonda 
ses diverses pépinières et qu'il suivit, 



MON 



211 



pendant tout le cours de sa vie, les 
expériences qu'il avait primitivement 
imaginées. Ces expériences d'ailleurs 
le confirmèrent pleinement dans ses 
prévisions. Voici en quels termes M. 
Poiteau s'exprimait dans les Annales 
de la Société d'horticulture de Paris , 
au sujet de cette théorie : « Aujour- 
K d'hui, dit ce savant horticulteur, 
« j'appelle le principe de ces 
■< moyens théorie van Mons; mon 
« but est d'en indiquer l'origine, de 
« la développer, de l'appuyer par des 
u raisonnements, par des faits, de 
« tâcher d'en démontrer la solidité , 
« de la faire admettre parmi nous, 
'< et de la présenter comme l'une des 
« plus savantes et des plus utiles dé- 
« couvertes que le génie et le raison- 
« nement aient faites vers la fin du 
" XVIII' siècle! « Du reste, la .Socié- 
té d'agriculture de la Seine avait, de- 
puis long-temps, apprécié les décou- 
vertes de van Mons et, dans une séan- 
ce solennelle , sous la présidence du 
ministre de l'intérieur, lui avait dé- 
cerné une médaille d'or, « pour recon- 
naître, selon les termes du rapport, 
le zèle et le succès avec lesquels il 
s'était occupé de la multiplication des 
variétés d'arbres fruitiers." A l'époque 
oii van Mons entra dans la carrière 
des sciences, la chimie préludait à la 
réforme célèbre à laquelle Lavoisier 
imposa son nom. Le jeune chimiste 
belge entreprit de la propager dans 
son pays, et apporta à cette mission 
le zèle le plus ardent. Les retarda- 
taires de toutes les nations cherchaient 
encore à combattre les théories si 
lumineuses du savant chimiste fran- 
çais. Van Mons crut de son devoir 
de les défendre, et choisit son poste 
dans les rangs les plus avancés. Il 
s'attacha particulièrement à repousser 
les attaques de deux chimistes alle- 
mands, Gren et Westrumb, qui, en 
14. 



212 



MOIS 



MON 



s'appuyant sur des faits mal observes, 
niaient l'exactitude d'une expérience 
londamentale de Lavoisier. (Je fut 
alors que van Mons publia ses » Ob- 
« servations nouvelles sur la prëten- 
*' due propriété du gaz azote, d'entre- 
" tenir la combustion. » C'est à cette 
circonstance et à 1 ardeur qu'il mit à 
propager les doctrines de la chimie 
moderne (juil dut ses relations avec 
les plus célèbres chimistes de l'épo- 
que, le titre d'associé de l'Institut de 
France et son admission à la plupart 
des sociétés savantes de lEurope. 
Mais, comme il arrive trop souvent 
aux hommes qui, dans lenr jeunesse, 
ont déployé le plus de zèle pour la 
propagation des théories nouvelles, 
van Mons se refusa plus tard à re- 
connaître les faits qui portaient quel- 
que atteinte à la doctrine de Lavoi- 
sier ; c'est ainsi qu'il ne voulut jamais 
admettre l'explication du développe- 
ment de la chaleur par l'action des 
forces électro-chimiques, et que plu- 
sieurs de ses derniers écrits eurent 
pour objet de protester contre des 
théories admises aujourd'hui, sans 
contestation par tous les chimistes. 
En physique , vau Mons s attacha 
à la théorie de Francklin et à l'hy- 
pothèse d'un seul fluide électrique. 
Il développa cette opinion dans l'ou- 
vrage auquel il donna le titre de 
Principes d'électricité ; il se déclara 
aussi le partisan du système de 
la nature hétérogène des divers 
rayons du spectre solaire. On trouve 
dans le 3" vol. des Actes de la So- 
ciété de médecine de Bruxelles , ses 
mémoires sur les orages et les ell'ets 
qu'ils produisent sur l'homme et 
sur les animaux. La météorologie de- 
vait, en efFet, l'intéresser à la fois 
comme médecin et comme horticul- 
teur : aussi, est-ce la branche de la 
physique à laquelle il s'appliqua avec 



le plus de succès et de persévérance. 
Il est le premier, par exemple, qui ait 
attribué aux brouillards une cause de 
nature électrique, opinion reproduite 
et soutenue depuis par quelques phy- 
siciens, avec de véritables chances 
de probabilité. Malgré les succès qu'il 
avait obtenus dans la cariiére des 
hautes sciences , van Mons n'avait 
point oublié que la pharmacie était son 
premier point de départ. Dès l'année 
1800, il avait cherché à mettre plus 
d'ordre et de simplicité dans la masse 
de formules qui composaient l'arse- 
nal pharmaceutique du siècle qui ve- 
nait de finii', et qui appartenaientaux 
dispensaires de tous les âges et de 
toutes les nations. Sa Pharmacopée 
manuelle fut le premier résultat de ce 
travail ; il s'attacha surtout à y intro- 
duire les théories chimiques moder- 
nes, à faire concorder la nouvelle 
nomenclature de cette science avec 
les dénominations vieillies de lécole 
précédente. Cet ouvrage eut un véri- 
table succès. La traduction allemande 
en fut réimprimée jusqu'à trois fois. 
On y remarque la distinction toute 
nouvelle entre les baumes, ou subs- 
tances résineuses qui contiennent de 
l'acide benzoïque et les résines pro- 
prement dites qui n'en contiennent 
pas. Il donna (en 1817) une nouvelle 
édition de la Pharmacopée de Swé- 
diaiir , enrichie de notes et d'addi- 
tions. A la même époque, il fut l'un 
des huit commissaires chargés de la ré- 
daction de la pharmacopée belge; mais 
nayant pas toujours réussi à faire 
adopter les améliorations qu'il avait 
proposées, il se résolut à publier une 
deuxième édition de sa Pharmacopée 
manuelle, dans laquelle il inséra tou- 
tes les modifications qu'il n'avait pu 
faire admettre dans le code pharma- 
ceutique de 1816, ainsi que les meil- 
leures formules des pharmacopées 



MON 

des autres nations. Vers 1827, van 
Mons publia en latin son Conspectus 
mixtionum chetnicanim, et deux ans 
plus tard, le Matériel medico-phar- 
maceutiae compendium ; enfin il con- 
courut à la rédaction de la pharma- 
copée nationale de Belgique, et l'enri- 
chit des fruits de sa longue et habile 
expérience. L'université de Louvain 
ayant été supprimée en 1830, van 
Mons fut nommé professeur à Gand; 
mais son âge avancé , ses habitudes 
et l'impossibilité de transporter en- 
core une fois ses riches pépinières , 
ne lui permirent pas d'accepter ces 
nouvelles fonctions. Le roi Léopold, 
appréciant tous les titres de ce vété- 
ran de la science, le nomma profes- 
seur émérite, lui accorda le maxi- 
mum de la pension de retraite, et 
la décoration de son ordre. Mais , 
dès lors , van Mons s'était rési- 
gné à vivre dans un isolement pres- 
que absolu. Enfermé avec ses li- 
vres, tout entier à ses chères études, 
il ne recevait guère que les visites de 
ses proches parents ou de ses amis 
les plus intimes. En 1837, après la 
mort du second de ses fils, son isole- 
ment et sa retraite devinrent presque 
exclusifs, bien qu'il continuât à s'oc- 
cuper de la science et à en suivre les 
progrès avec un intérêt qui ne se ra- 
lentit jamais. L^n mois avant sa mort, 
il voulut revenir à Bruxelles pour se 
rapprocher des deux fils qui lui res- 
taient ; mais il retourna subitement à 
Louvain, où il mourut le 6 septembre 
1842. Selon ses désirs, son corps fut 
transporté à Bruxelles, et enfermé 
dans la tombe qui, peu d'années au- 
paravant, avait reçu son second fils. 
La plupart des sociétés savantes aux- 
quelles van Mons appartenait s'em- 
pressèrent de rendre hommage à sa 
mémoire. L Annuaire de l'Académie 
royale des sciences de Bruxelles , 9" 



MON 



213 



année, contient, sur ce savant, une 
notice biographique, de M. Quételet, 
à laquelle nous avons emprunté les 
principaux détails de cet article. 
Son éloge fut prononcé, en 1843, 
dans une séance solermelle de l'A- 
cadémie royale de médecine de la 
même ville. Van Mons était doué des 
plus heureuses qualités physiques : il 
pouvait passer pour un des plus 
beaux hommes de son époque; sa 
taille élevée, sa physionomie spiri- 
tuelle et franche, ses yeux noirs et 
pleins de feu le rendaient vraiment 
remarquable. Lui-même prenait soin 
de faire valoir ces avantages naturels 
par une mise toujours recherchée. 
Ses qualités personnelles n'étaient pas 
moins éniinentes ; son élocution, bien 
que facile et originale, manquait par- 
fois, dans la chaire, de méthode et 
de lucidité; sa conversation était pi- 
quante, parce que, indépendamment 
des connaissances profondes et variées 
qui en formaient le fonds principal, 
il y ajoutait volontiers les ornements 
d'une imagination riche et féconde. 
Ses écrits se ressentent un peu de ce 
défaut de méthode rigoureuse, indis- 
pensable dans l'énoncé des théories 
scientifiques. Il péchait par une abon- 
dance qui, lorsqu'elle manque tout-à- 
fait, offre l'inconvénient contraire, 
devient parfois delà sécheresse, et ne 
rend pas moins obscures des démons- 
trations, dont le premier mérite de- 
vrait être la précision et la clarté. Van 
Mons se maria deux fois. Il eut le cha- 
grin de perdre sa première femme 
et la fille qu'il en avait eue, peu de 
temps après son mariage. La seconde, 
qui lui fut enlevée par un accident 
aussi déplorable qu'imprévu, lui avait 
donné quatre fils; le deuxième d'en- 
tre eux, médecin d'une grande espé- 
rance, mourut du typhus en 1837. Il 
en laissa deux autres, dont l'un est 



214 



MON 



colonel d'artillerie dans l'armëe bel- 
ge, et le second, conseiller à la Cour 
d'appel de Bruxelles. L'activité de van 
Mons était inépuisable; il possédait 
surtout la faculté, assez rare, de faire 
marcher de front des études et des 
occupations fort diverses. Au moment 
où l'orage révolutionnaire grondait 
encore, il venait faire, dans le sein de 
la société de médecine de Bruxelles, 
de paisibles lectures sur la matière 
colorante végétale, sur la nature du 
parenchyme des plantes, ou l'action 
de la lumière sur les corps organi- 
ques. Il passait , avec la plus gran- 
de facilité , des affaires politiques 
à celles de la science. L'intérieur de 
sa maison, sous ce rapport, était vrai- 
ment digne de l'attention de l'obser- 
vateur : on le voyait recevoir dans la 
même chambre ses amis et ses ma- 
lades, mêler des causeries scientifi- 
ques à des consultations médicales, 
et y joindre souvent les discussions 
de la politique la plus ardue et la plus 
élevée. Cette activité, sans être nota- 
blement altérée par l'âge, finit par 
s'étendre à un moins grand nombre 
d'objets. La chimie, la physique, la 
pharmacie, l'horticulture furent les 
points sur lesquels elle parut se con- 
centrer vers la fin de sa vie : carrière 
étendue, honorablement remplie, di- 
gne, en un mot, d'exciter l'émulation 
et les respects des générations appe- 
lées à recueillir les fruits de tant de 
zèle, de recherches et de talents. 
Voici la liste des ouvrages publiés par 
van Mons : L Essai sur les principes 
de la chimie antiphlogistique ^ Bruxel- 
les, 1785, in-8°. IL Pharmacopée ma- 
nuelle, Bruxelles, an IX (1800). III. 
Censura commentarii a IVieglebo nu- 
per editi de vaporis in aerem convei- 
sione, Bruxelles, an IX, in-i". IV. 
Journal de Chiviie et de Physique, 
Bruxelles, ans IX, X et XI (1800 à 



MON 

1802). V. Principes d'électricité, OU 
Confirmation de la théorie électrique 
de Franklin, Bruxelles, an XI (1802). 
VI. Synonymie des nomenclatures chi- 
m.iques modernes, traduite de l'italien, 
de Brugnatelli, 1802, in-8°. VIL Théo- 
rie de la combustion , Bruxelles , 
1802, in-8°. VIIL Lettre à Bue ho Iz, 
sur la formation des métaux en géné- 
ral^ et en particulier de ceux de Da- 
vy, ou Essai de réforme générale de 
la théorie chimique, Bruxelles, 1810, 
in-8°. IX. Principes élémentaires de 
chimie philosophique, avec des appli- 
cations générales de la doctrine des 
proportions déterminées , Bruxelles , 
1818, un vol. in-12. X. Annales gé- 
nérales des sciences physiques , par 
MM. Bory de St-Vincent, Drapiez et 
van Mons, Bruxelles, 1819. X\. Phar- 
macopée usuelle, théorique et prati- 
que, Louvain, 1821-22, 2 vol. in-8°. 

XII. Conspectus mixtionum chemica- 
rum, Louvain, 1827, 1 vol. in-12. 

XIII. Materiei medico-pharmaceuticœ 
compendium, Louvain, 1829, 1 vol. 
in-8°. ^W . Abrégé de chimie à l'usage 
des leçons, Louvain, 1831 à 1835, 5 
vol. in-12. W. Arbres fruitiers et leur 
culture, Louvain, 1835, 1836, 2 vol. 
in-12. XVI. La chimie des éthers, 
Louvain, 1837, 1 vol. (il devait y en 
avoir trois). XVII. Sur les trois nou- 
veaux corps chimiques, les métallo- 
fluorés, l'iodine et l'huile détonnante 
de Dulong. XVIII. Philosophie chi- 
mique, ou Vérités fondamentales de 
la chimie moderne , par Fourcroy , 
nouvelle édition, augmentée de notes 
et d'axiomes, Bruxelles, an III (1794), 

1 vol. in-8''. XEX. Préface et addi- 
tions aux Eléments de philosophie chi- 
mique de Davy, Bruxelles, 1813-16, 

2 vol. in-8°. XX. Pharmacopa-a me- 
dici practici universalis , etc. , par 
Swédiaur, avec notes et additions , 
Bruxelles, 1817,3 vol. in-18. XXL 



MON 

Faits et vues détachés, en rapport avec 
le différend sur certains points de 
théorie chimique, etc., 2 vol. in-8°, 
inachevés. On trouve, dans les Mé- 
moires de l'Académie de Bruxelles , 
1° Mémoire sur la réduction des alca- 
lis en métal, tome III, mai 1823; 2° 
Mémoire sur quelques erreurs concer- 
nant la nature du chlore, et sur plu- 
sieurs nouvelles propriétés de l'acide 
munatique , tome III , novembre 
1823; 3° Quelques particularités con- 
cernant les brouillards de différente'; 
natures, tome IV, avril 1827; 4" Mé- 
moire sur une particularité dans la 
manière dont se font les combinaisons 
par le pyrophore , tome XI, juillet 
1836 ; 5° Mémoire sur l'efficacité des 
métaux compacts et polis dans la 
construction des pyrophores, tome 
XI, juillet 1835. C— p. 

MOIXS (Je\> et non Ci.\udk de). 
roj. Démons, XI, 52. 

MO\SELICE (.MoSTECtAVALDo), 

jjentilsliommes de Padoue, qui, con- 
duits à Vérone, en 1253, devant le 
féroce Eccelin da Romano (voy. Ro- 
mand , XXXVIII , 509 ) , pour y 
être mis à mort , s'arrachèrent des 
mains de leurs gardes, et s'élancèrent 
sur le tyran quils renversèrent. 
Comme ils s'efforçaient de décliirer 
Eccelino avec leurs dents, ou de l'é- 
touffer entre leurs bras , ils furent 
tués sur son corps, sans jamais lâcher 
prise , quelques blessures qu on leur 
fit. S. S— I. 

MONSIAU ( Nicolas - Asdré ) , 
peintre d'histoire, né à Paris, en 1754, 
fut élève de Peyrou qui l'affectionnait 
beaucoup. Agréé à l'ancienne Aca- 
démie , en 1787, il exposa au Salon 
de la même année : Alexandre domp- 
tant Bucéphale , Mort de Caton d'U- 
tique,Mortde Phocion , et quatre 
dessins sur le Triomphe de Paul- 
Émile. il est écrit, dans les registres 



MON 



215 



de l'ancienne Académie , que Mon- 
siau n'y fut ailmis qu'en 1789; cest 
une erreur, puisque le liviet de 1787 
indique les tableaux qu'on vient de 
citer, et qu'il était alors impossible d'ê- 
tre reçu à l'exposition , si l'on n'était 
agréé ou officier de l'Académie. Ses 
principaux tableaux ont figuré aux 
expositions du Musée royal. En 1789, 
il envoya la Mort d'Agis; en 1793, 
(Amour et la Folie; en 1798, Zeuxis 
cherchant des modèles, Socrate et Al- 
cibiade chez Aspasie. il exposa au Sa- 
lon de 1800 : Adonis partant pour la 
chasse, tableau agréable dont le des- 
sin n'est pas très-correct , mais qui 
se distingue des autres ouvrages de 
Monsiau par un assez bon ton de cou- 
leur. Il exposa, en 1801 : Trait subli- 
me de maternité du siècle dernier ar- 
rivé à Florence (le Lion de Florence), 
gravé par Cazenave ; un Jeune Iwm ■■ 
me couronnant sa maîtresse des fleurs 
que l'end la célèbre Glycère, bouque- 
tière d'Athènes; en 1802, Molière 
li<:ant le Tartufe chez Ninon de l'En- 
clos, gravé par Anselin; en 1804, la 
Mort de Raphaël, l'Education de l'A- 
mour, Époninc et Sabinus. Ce dernier 
tableau, dont l'esquisse avait été déjà 
exposée en 1800 , lui mérita un 
prix d'encouragement; il est à Tria- 
non. En 1806, Aspasie s entretenant 
avec les hommes les plus célèbres d'A- 
tliénes, le Poussin reconduisant le car- 
dinal de Maisini. En 1808, les Comi- 
ces de Lyon, que lui avait comman- 
dés Napoléon. En 1810 , Philoctèie 
dans l'île de Lemnos, Trait inoni de 
la valeur d'Alexandre (à l'assaut de 
la ville des Oxydraques) , Centaure 
jouant avec des enfants, l'Extase de 
sainte Thérèse. •• C'est à tort que M. 
« Monsiau s'est cru obligé de faire 
« passer sur la toile toute une 
" description de poète tragique, >• 
écrivait M. Guizot dans le Jnurnal 



216 



MON 



f/« DébaU de 1810, en parlant du ta- 
bleau de Philoctète, " comme s'il n'y 
« avait aucune difFércnce entre tui 
« art qui montre et un art qui ra- 
» conte et qui arrive par l'oreille, ne 
•• s'inquiêtant nullement delefFetpit- 
" toresque qui ne s'adresse qu'aux 
•• yeux. Que de choses à mettre dans 
a cette figure de Philoctète ! La dou- 
u leur morale et la douleur physique, 
« et tout cela sur le front d'un héros 
« ami d'Hercule ! M. Monsiau n'en a 
« presque rien offert, et cependant 

il y a de l'exagération dans son P/ii- 
« loctète , et encore plus dans son 
» Néoptolème. Le dessin en est faible, 
u On peut appliquer les mêmes dé- 
« fauts à un autre tableau: uu Trail 
<i de valeur d'Alexandre ; cette com- 
u position est pleine de mouvement , 
•• elle est d'ailleurs d'un style qui rap- 
« pelle les bas-reliefs antiques, mais 
« Alexandre et beaucoup d'autres 
u guerriers ont le torse d'une lon- 

1 gueur démesurée. Du reste ce dé- 
ry faut paraît à la mode aujourd'hui.» 
Il exposa encore , en 1814 , Prédica- 
tion de saint Denis, à présent dans 
l'église de Saint-Denis; Couronnement 
de Marie de Médicis , placé dans la 
sacristie de la même église; Saint 
François de Sales ; Entrée de Madame 
de la Vallière aux Carmélites. En 
1817, une scène du quatrième acte 
d' Iphigénie en Aulide , celle où Cly- 
temnestre , serrant sa fille dans ses 
bras, dit à Agamemnon : 

Aussi barbare époux qu'impitoyable père , 
Venez, si vous l'osez , la ravir à sa mère. 

Louis XFI donnant des insti-uctions 
à M. de La Pérouse pour son voya- 
ge ; Saint Vincent de Paul, gravé 
par Baquoi. En 1819, Alexandre et 
Diogène, aujourd'hui au château de 
Veisailles; Admirable dévoûment de 
monseigneur de Belzunce, évêque de 
Marseille, durant la peste de Marseille 



MON 

(à la galerie du Luxembourg) ; Sainte 
Cécile, entourée de chérubins , chan- 
tant /c; louanges du Seigneur. En 
1822, Fulvie découvrant à Cicéron la 
conspiration de Catilina ; la Mollesse, 
d'après ces vers du Lutrin -. 

L'un pétrit rtans un coin l'embonpoint des 

chanoines ; 

L'autre broie , en riant , le vcnnillon des 

moines ; 
La volupté la sert avec des yeux dévots , 
Et toujours le sommeil lui verse des pavots. 

En 1824, Aria et Pœlus ; Établisse- 
ment de saint Bruno a Paris ( a Tria- 
non); Athénodore , philosophe stoï- 
cien. En 1827, Ajax et Ulysse se dis- 
putant les armes d'Achille; l'Educa- 
tion du duc de Bourgogne. En 18.33, 
il exposa, pour la dernière fois, une 
Allégorie . 

Le chagrin monte en croupe et galope avec 

lui. 

— Ce ne sont pas là tous les tableaux 
de Monsiau, mais seulement les prin- 
cipaux ; il a fait, en outre , un grand 
nombre de dessins pour la librairie , 
notamment pour les œuvres de De- 
lille. Quoique faibles à beaucoup d'é- 
gards, ses ouvrages ont eu l'avantage 
de plaire à la multitude. S'il laissait 
souvent à désirer un dessin plus fer- 
me, plus large, plus correct , un ton 
de couleur plus franc et plus pur, il 
se faisait souvent pardonner ces dé- 
fauts par des compositions bien or- 
données, où le mouvement dramati- 
que du sujet était rendu avec intelli-' 
gence. Trop peu avancé dans la scien- 
ce du dessin pour s'élever avec un 
plein succès au genre de l'histoire, il 
traitait plus heureuseinent ceux des 
sujets modernes qui n'exigent pas 
toute la sévérité et toute la noblesse 
du grand style. x\ussi, son tableau de 
Saint Vincent de Paul, et celui de la 
lecture du Tartufe chez Ninon, sont- 
ils ceux de ses ouvrages qui ont le 
plus contribué à sa réputation. Ce 



MON 

peintre est mort à Paris, au pavillon des 
Quatre-Nations, où il était logé gra- 
tuitement, en juillet 1837. F. P — r. 
MOXTAGIOLI ( dom Cassio- 
dore), bénédictin de la congrégation 
du Mont-Cassin, naquit à Modène en 
1698, et prit l'habit monastique en 
1717, dans le monastère de Saint-Be- 
noît de Polirone. U en sortit en 1756, 
pour aller habiter la maison de son 
ordre, à Modène, et se rapprocher 
d'une mère âgée, à qui il pouvait être 
utile. Il avait professé la philosophie 
pendant plusieurs années, et avait été 
nommé à quelques places honorables 
de sa congrégation. Il y renonça pour 
se livrer entièrement à l'étude et aux 
pratiques de la vie religieuse. Il mou- 
rut en 1783. On a de lui un grand 
nombre d'ouvrages de spiritualité, où 
lègne une piété éclairée et solide. Les 
principaux sont : I. Esercizi di celesti 
affetti tratti dal libro de' Salmi, etc., 
Rome, 17i2, II. Traltato pratico délia 
carità christiatia , in qnanto è amor 
verso Dio , Bologne, 1751, et Venise, 
1761. m. Enchiridio evanijelico, ossia 
libro alla mano , ni cui rontenqonsi i 
precetti e i consigli del figliuol di Dio 
tratti dai SS. PP., Modène, 1755. IV. 
Maniera facile di meditare con frutto 
in ciascun giorno delt anno le inas- 
sime christiane, Bologne, 1759, 2 vol. 
in-12.V. S. Maiiro, abbate, propostoper 
esemplare alla pietà e ail' imitazione 
de' fedeli , etc. , Bologne, 1766. VI. 
Detti, pratiche e ricordi di S. Andréa 
Avelimo , etc. , Venise , 1771. VII. 
Parabole del figliuol di Dio, tirate dai 
quattro evangeli con alcune riflessioni 
dogmatiche e morali , Plaisance , 
1772. Xni. Ildivino sermone del Jigli- 
uol di Dio nel monte, tirato del Van- 
qelo di San Matteo, etc., Rome, 1779. 
Montagioli s'est surpassé dans cette 
oeuvre, où tout est tiré de l'Écriture 
et de la tradition des Pères. On v 



MON 



217 



trouve la gravité , la solidité, la pré- 
cision que demandait le sujet ; tout y 
contribue à donner au lecteur la vé- 
ritable idée du parfait chrétien et à 
lui indiquer ce qu'il faut faire pour le 
devenir. L — v. 

MOXTAGXAIVA (BAnTHÉi.EMi) , 
chef d'une illustre famille de méde- 
cins, prit son nom d'un village dont 
il était originaire, et professa la mé- 
decine à Padoue, avec une grande 
répututiou, jusqu'en 1460 ; mais on 
ignore l'époque de sa mort. On a de 
lui : Consilia medica édita Padiiœ, 
anno 1436, in-fol. de 333 feuillets sur 
deux colonnes. Cette édition est très- 
rare (voy. le Manuel du libraire). La 
date qu'on lit à la fin est celle de 
l'ouvrage, qui fut imprimé pour la 
première fois à Padoue ou à Mantoue 
vers 1476. Il a été réimprimé, Ve- 
nise, 1497, in-fol., avec trois autres 
opuscules du même auteur : de Bal- 
neis patai'inis ; de Compositione et 
dosi medicinarum ; Antidotarium. Ces 
trois traités se retrouvent dans la plu- 
part des nombreuses éditions des 
Consilia de Barthélemi , dont la plus 
récente que l'on connaisse est de Nu- 
remberg, 1652, in-fol. • Mo>TAGNANA 

(Pierre), frère du précédent, est au- 
teur d un opuscule, intitulé: de Urina- 
rumjudiciis, Padoue, 1487, in-4''. — 
MoNTAGSANA (Barthélemi), fils ou ne- 
veu de l'auteur des Consilia, professa 
comme lui la médecine à Padoue avec 
un grand succès. Il quitta cette ville 
en 1508 pour s'établir à Venise, où il 
acquit une immense fortune, et mourut 
le limai 1525. On a de lui : Responsa 
reparandw , conservandœque sani- 
tatis scitu dignissima ; et un petit 
traité : de Pestilentia, dédié au pape 
Adrien VI. — Montagsana l^Barthé- 
lemî) , son fils, est auteur d'un opus- 
cule <ie Morto ^a//ito, recueilli par 
Luvigini (Luisinus) , dans sa collée- 



218 



MON 



tion de Morbis venereis. — Mostagna>a 
(^Marc- Antoine ) , fils du précèdent, 
professa la chirurgie et l'anatomie a 
Padoue, de 1345 à 1570 , et mourut 
en 1572. On a de lui : de Herpete, 
Phagedœna, Gangrena, Sphacelo et 
Cancro, Venise, 1539, in-4°. — Mox- 
TAG>A>A (Pierre)^ son frère , lui suc- 
céda dans sa chaire de chirurgie en 
1370, et mourut trois mois après lui, 
en 1372. Outre des Tables anato- 
miques en couleur , on cite de Pierre 
un opuscule : de vulneribus et ulceri- 
bus eorumque remediis. La plupart 
des historiens de la médecine le con- 
fondent avec Pierre l'ancien , en lui 
attribuant un traité des urines (voj. 
Tiraboschi, Storia délia letterat. ital., 
VI, 433). — Mo>TAG>A>A {Ange) ensei- 
gna la médecine à Padoue, de 1637 à 
1678, et mourut le 24 octobre de 
cette année. En lui finit cette longue 
suite de savants médecins et d'habiles 
praticiens qui, pendant plus de deux 
siècles, avaient occupé les chaires de 
l'Université de Padoue avec le plus 
brillant succès. W — s. 

MOXTAGXAT, médecin, né à 
Ambérieux, dans le Bugey, vers le 
commencement du XVIIl' siècle, ap- 
partenait à une famille honorable , 
dans laquelle plusieurs hommes delà 
même profession se sont également 
distingués. Élève de Ferrein ( voy. ce 
nom, XIV. 417), il défendit les opi- 
nions de son maître contre les criti- 
ques qu elles essuyèrent de la paît de 
quelques anatomistes, enti'e autres de 
Bertin {voy. ce nom, IV, 364), et pu- 
blia à ce sujet : 1. Quœstio pliysiolo- 
qica, an vox fnimana a fidibus sonoris 
plectro pneumatico rnotis oriatur , 
1744, in - 4°. Montagnat expose, 
dans cette thèse , la doctrine de 
Ferrein sur la cause de la voix. 
On en trouve un extrait dans le 
Journal dos Savants de la même 



MON 

année. II. Lettre à M. iabbé Pesfon' 
taines , ou Réponse à la critique de 
M. Barlon, du sentiment de M. Fer- 
rein, sur la formation de la voix , 
1745, in-12. III. Eclaircissements en 
forme de Lettres à M. Bertin, au sujet 
des découvertes que M.Fenein a faites 
du mécanisme de la voix de [homme, 
Paris, 1746 , in-12. IV. Lettre a M. 
Berlin, au sujet d un nouveau genre 
de vaisseaux découverts dans le corps 
humain, Paris, 1746, in-12. — Ma- 
demoiselle Anne Montagnat , de la 
même famille , était mère de Joseph 
Michaud, auteur de [Histoire des Croi- 
sades {voy. ce nom, p. 24). P — rt. 

MOXTAGXE (Jacques de), né au 
Puy-en -Vélay, vivait du temps de la 
Ligue, et fut religionnaire modéré. 
Il était entré dans la carrière du bar- 
reau ; fut reçu, en 1555, avocat-gé- 
néral à la Cour des aides de Mont- 
pellier, et pourvu, en 1576, dune 
charge de président en cette Cour, 
dont il fut aussi garde du sceau. Il 
composa 1 Histoire de l'Europe. Il ne 
nous reste de ce grand ouvrage iné- 
dit , qui commençait à l'an 1560, 
et qui finissait à l'an 1587, que la 
dixième partie tout au plus, qui con- 
siste en cinq gros volumes in-4°, les- 
quels, avant la révolution , étaient 
parmi les manuscrits du duc de 
Coaslin , évêque de Metz, mis en dé- 
pôt par ce prélat à la Bibliothèque 
de l'abbaye de St-Germain-des-Prés, 
à Paris, où ils étaient cotés n" 2031 • 
Les auteurs de l'Histoire générale du 
Languedoc (Vaissette et de Vie), di- 
sent que ce manuscrit leur a fourni 
plusieurs faits importants. La modéra- 
tion de fauteur a fait croire qu'il était 
catholique , quoiqu'il fût de la re- 
ligion prétendue réformée, du moins, 
en 1562, lorsque les religionnaires 
de Montpellier le députèrent à la 
Cour pour y faire l'apologie de leur 



MON 

conduite. -^Mo>TAO NE (l'abbé Claude- 
Louis), docteur de Sorbonne et prêtre 
de Saint-Sulpice, naquit a Grenoble 
le 17 avril 1687, et mourut le 30 avril 
1767. On a de lui : I. De septem eccle- 
siœ sacramentis , Paris, 1729, 2 vol. 
in-12. n. De opère sex dierum, 1732, 
in-12. III. De gratia, 1735, 2 vol. in- 
12. IV. De mysterio sanctissimœ Tri- 
nitatis et de angelis, 1741, in-12. Ces 
ouvrages, réimprimes plusieurs fois, 
parurent sous le nom de Tournely, 
dont l'abbé Montagne avait d'ailleurs 
publié un abrégé de la tbéologie 
Cvoy. TovR^ELY, XLVI, 369). L— y. 
MONTAGNE (Matuieu), peintre 
et graveur à l'eau-forte, né à Anvers, 
au commencement du XVII" siècle, se 
rendit fort jeune en Italie, et demeu- 
ra long-temps à Florence sous la di- 
rection de son compatriote Jean As- 
selyn. Il vint de là s'établir à Paris, 
où il changea son nom de famille, 
qui était Plattcnberg , en celui de 
Plattemotttagne qui en est la traduc- 
tion, et enfin en celui de Montagne. 
Il excellait dans la marine et le pavsa- 
ge par la vérité de l'imitation, la 
beauté des sites, la transparence des 
ciels et des eaux, et le choix des su- 
jets. Il a gravé d'une pointe spiri- 
tuelle huit paysages et marines, exé- 
cutés dans le goût de Fouquières et 
très-estimés. Cet habile artiste mou- 
rut à Paris en 1666. — Montagne 
(^Nicolas), fils du précédent, cultiva 
également la peinture et la gravure à 
l'eau-forte. Né à Paris en 1631, il 
fut élève de Philippe Champagne, au- 
quel il était uni par les liens de la 
parenté. Il peignait avec un égal suc- 
cès le portrait et l'histoire. Les églises 
de Notre-Dame, des Filles-du-Saint- 
Sacrement et de Saint-Nicolas-des- 
Champs, possédaient de ce maître 
des tableaux estimés. En 1681, il fut 
nommé professeur de l'Académie. Il 



MON 



219 



avait reçu de Jean Morin les princi- 
pes de la gravure, et il a exécuté dans 
la manière de ce maître quelques 
pièces d'après Phil. Champagne, et 
ses propres compositions. Son chef- 
d'œuvre en ce genre est un Christ 
étendu sur la terre, d'après Philippe 
Champagne ; il est remarquable 
par la beauté de l'exécution. On es- 
time également les portraits qu'il a 
gravés en partie d'après ses propres 
dessins. Dans toutes ses gravures , il 
écrit son nom de la manière suivante : 
Nicolas de la Plattemontagne , quoi- 
que son père ne se fît appeler que 
Montaqne. P — s. 

MOXTAGNINI (ClIAnLES-ICNA- 

ce), comte de Mirabello, diplomate 
piémontais, naquit le 12 mai 1730, à 
Trino, ville de l'ancien Montferrat, où 
son père était notaire. Après avoir reçu 
une éducation soignée, il alla faire son 
droità l'Lnivcrsité deTurin. Reçu doc- 
teur en 1752, le jemie ^lontagnini fut, 
trois ans plus tard, envoyé à Vienne 
par le comte Martini de Cigala, pour 
li([uider la succession du général Ba- 
loira. L'habileté dont il fit preuve 
dans cette affaire , décida le comte 
Canale, ambassadeur de Sardaigne 
auprès de l'empereur, à le prendre 
pour son secrétaire. Telle fut l'impor- 
tance des services qu'il rendit en 
cette qualité, que le roi Victor-Ame 
III lui conféra, en 1773, le titre de 
comte de Mirabello. Montagnini fut , 
deux ans après, nommé ministre plé- 
nipotentiaire près la diète de P.atis- 
bonne, puis à La Ilave en 1778. Pie- 
venu à Turin au commencement de 
1790, il reçut la croix de Saint-Mau- 
rice et le titre de président en second 
des archives de la cour; mais il jouit 
peu de ces honneurs, car il mourut 
le 19 août de la même année. Mon- 
tagnini était lie avec plusieurs hom- 
mes illustres de son époque, et sur- 



220 



MON 



MON 



tout avec Métastase, qui l'appelle, 
dans ses lettres, suo euro Monferrino, 
Les archives de Turin conservent de 
lui beaucoup de manuscrits, parmi 
lesquels : I. Pro Monarclàa : c'est un 
essai sur le gouvernement civil , où 
l'auteur traite de la nécessité, de l'o- 
rigine du droit, de ses bornes et de ses 
difFérentes formes, selon les principes 
de Fénelon, Vienne, 1755. II. JKssûi sur 
l'avantage de connaître le caractère des 
peuples et leurs goûts, pour le gou- 
vernement d'un état, 1756. III. Lettre 
écrite à une dame, sur l'expédition 
faite par le roi de Prusse en Moravie, 
Vienne, 11 juillet 1738. IV. Essai 
pour servir à l'étude du droit de la na- 
ture et des gens, 1759. V. Essai sur 
le moyen de j-égler ses études avec 
profit, 1761 (en langue italienne). VI. 
Discours sur la politique en général, 
Vienne, 1762. VII. Refutatio de ju- 
ribus Vicariorum imperii , Vienne, 
1763, in-4°. VIII. Réflexions sur les 
voyages politiques d'u7i prince, Vien- 
ne, 1765. IX. De la souveraineté pré- 
tendue par les Génois sur toute la Li- 
gurie, 1766. X. Réjlexions touchant 
les affaires de la Pologne, écrites à 
Vienne en 1767. XI. Mémoire sur 
/'exequatur des bulles des papes, sur 
son origine et ses limites dans les 
états des princes catholiques, 1769. 
XII. Réflexions sur les lois adoptées 
par les princes catholiques contre les 
corporations religieuses, 1770. XIII. 
Esprit de Cicéron sur les gouverne- 
ments, 1773. XIV. Mémoire touchant 
le code primitif et conventionnel des 
nations enfuit de commerce et de ma- 
rine, composé à l'occasion des diffé- 
rends entre la république de Hollan- 
de et la Grande-Bretagne, 1780. XV. 
Essai sur la tactique moderne, 1782. 

G G V. 

MOXTAGU (Jean de), vidamedu 
Laonnais, fils d'un maître des comptes 



du roi de France, fut un des princi- 
paux ministres de Charles V et de 
Charles VI. Surintendant des finances 
pendant ce dernier règne, il amassa 
une fortune immense, et usa de son 
crédit auprès du roi pour faire don- 
ner à deux de ses frères l'archevéchc 
de Sens et l'évêché de Paris. Il ob- 
tint pour lui - même , en 1408 , la 
charge de grand-maître de France. 
Son ambition , son avarice ou plu- 
tôt encore ses richesses , lui suscitè- 
rent de nombreux et puissants en- 
nemis. Le duc de Bourgogne et 
le roi de Navarre , qui détestaient 
Montagu comme une créature de la 
reine et de la maison d'Orléans , 
profitèrent de la maladie de Charles 
VI, pour faire arrêter son ministre le 
7 octobre 1409. L'instruction du pro- 
cès et le jugement furent confiés à 
une commission, qui, après lui avoir 
infligé la question, le fit décapiter aux 
halles de Paris le 17 du même mois. 
Son corps fut ensuite attaché au gi- 
bet de Montfaucon. Parmi les nom- 
breuses iniquités dont il s'était rendu 
coupable, la plus odieuse était d'a- 
voir spéculé sur la détresse royale. 
Charles VI l'avait souvent chargé de 
mettre en gage une partie de sa vais- 
selle, de ses meubles, de ses bijoux; 
mais, au lieu de n'être que l'agent, 
Montagu était le dépositaire , et tous 
ces objets avaient passé dans la 
magtiifique maison qu'il possédait à 
Marcoussis, près d'une abbaye qu'il 
avait fondée, sans doute pour apaiser 
les remords de sa conscience. Cepen- 
dant il est probable que ses torts 
avaient été au moins exagérés, com- 
me il arrive trop souvent à l'égard 
des hommes de finances qui s'enri- 
chissent , et dont on veut saisir les 
dépouilles. Ce qui doit faire penser 
qu'il en fut ainsi de Montagu, c'est que, 
à la prière de son fils, sa mémoire 



MON 

fut réhabilitée en 1412. Les Celestins 
de Marcoussis obtinrent le corps de 
leur fondateur, lui firent de magnifi- 
ques funérailles et lui érigèrent un 
tombeau. François 1", visitant un jour 
leur monastère , s'arrêta devant le 
monument de Montagu, et plaignit ce 
ministre d'avoir été condamné par 
justice. " Sire, répliqua un des reli- 
gieux qui l'accompagnaient, il ne fut 
pas condamné par des juges, mais 
par des commissaires... » Ces paroles 
firent une telle impression sur le roi, 
qu'il jura de ne jamais faire juger 
personne par commission. — Mostagu 
( Charles de ) , fils du précédent , eut 
l'honneur de s'allier à la maison 
royale, par son mariage avec Cathe- 
rine d'Albret, fille puînée du conné- 
table. Il fut tué en 1415, à la bataille 
d'Azincourt, et ne laissa point de pos- 
térité. A — V. 

MOXTAGU (sir George), amiral 
anglais, naquit, le 12 décembre 1750, 
d'une famille qui prétend remonter à 
un des Normands de la conquête, 
sous Guillaume. Comme fils aîné, il 
fut voué de très-bonne heure à la ma- 
rine ; et en sortant de l'Académie 
royale de marine de Portsmouth, vers 
1764, il commença ses campagnes de 
mer sous Gardner. Dès 1772 il était 
capitaine, il faut avouer que le crédit 
de son père, qui était contre-amiral à 
cette époque, facilitait singulièrement 
son avancement. D'ailleurs il avait les 
talents , l'intrépidité et le sang-froid 
de l'homme de mer. Il en donna la 
preuve dès le commencement des 
hostilités entre les Anglo-Américains 
et les Anglais. Chargé du blocus des 
deux ports de .Marblehead et de Sa- 
lem , qui dm-a tout l'hiver, il s'em- 
para du premier navire de guerre que 
les Américains eussent mis à la mer 
(c'était un brick de 16 canons, dit le 
kVashington), C'est lui aussi qui fut 



MON 



221 



chargé par le vice-amiral Shuldam de 
couvrir la retraite et d'assurer l'em- 
barcation de larmée de sir William 
Howe, lorsque ce général fut obligé d'é- 
vacuer Boston, et il s'en tira fort bien, 
il alla ensuite prendre sur les bords 
de laChesapeak, lord Dunmore et sa 
famille, et préserva le gouverneur du 
Marvland (Eden) du malheur de tom- 
ber aux mains des colons. Puis il eut 
part au siège de New- York, où son 
vaisseau (/e Fowey) était de l'avant- 
garde. La fatigue de ce service con- 
tinu avait déjà dérangé sa santé ; et, 
dès que la place fut prise, il obtint 
la permission de retourner en An- 
gleterre et d'y rester quelques mois , 
pour se rétabhr. Nous le retrou- 
vons , en 1777 , capitaine du vais- 
seau de guerre le Romney, qui por- 
tait le pavillon du contre-amiral son 
père, et au bout de deux ans capi- 
taine de la Perle, sur laquelle avait 
passé cet officier. Diverses captures 
importantes, et qui n'eurent lieu qu'a- 
près une vigoureuse résistance, signa- 
lèrent pour lui cette campagne et la 
suivante. Vers la fin de 1779 , il 
eut part à la défense de Gibraltar, 
et par conséquent à la capture de la 
flotte de Caracas. Au mois d'octobre 
1781, ce fut Montagu que le contre- 
amiral Graves mit à l'avant - garde 
de la flotte, lorsquil s'avança vers 
l'embouchure de la rivière d'York, 
pour y attaquer le comte de Grasse 
et pour dégager lord Cornwallis. Mais 
on arriva trop tard , et quand déjà 
le général anglais avait capitulé. La 
paix de Versailles , en rendant l'Eu- 
rope occidentale et l'Amérique au 
repos, réduisit Montagu à l'inaction. 
Mais dès qu'il y eut prévision de 
rupture, il sollicita un commande- 
ment et obtint celui d'un vaisseau de 
guerre de première classe {(Hector). 
Il l'avait encore lorsque la guerre 



â22 MON 

éclata, en 1793, avec la France, et il 
suivit le contre-amiral Gardncr aux 
Barbades. Il eut part de cette façon à 
l'intervention infructueuse des An- 
glais à la Martinique, où les deux fac- 
tions royaliste et républicaine étaient 
aux prises. La première ayant deman- 
dé du secours à Gardner, qui s'em- 
pressa de débarquer 3,000 hommes 
dans l'île, l'Hector fut un des deux 
vaisseaux qui canonnèrent le fort 
Barbette ; le lendemain (16 juin) , 
le capitaine Montagu fit une diver- 
sion en attaquant la batterie au N.-E. 
de Saint-Pierre, et le 17, il alla en- 
clouer les canons des forts Bime et 
la Prêche. Cependant l'expédition 
manqua, le parti républicain s'étant 
trouvé beaucoup plus fort qu'on ne 
l'avait dit ; et les Anglais se rembar- 
quèrent, emmenant le plus grand 
nombre de royalistes qu'ils purent, 
tant sur leurs propres vaisseaux, que 
sur deux navires français qui les ac- 
compagnèrent. Gardner reprit la 
route de l'Angleterre avec le reste de 
son escadre; l'Hector resta pour ren- 
forcer la station de la Jamaïque. Bien- 
tôt Montagu fut nommé contre-ami- 
ral (12 avril 1794), et après avoir 
croisé tantôt dans la Manche, tantôt 
au cap Ortégal, où il prit une cor- 
vette française, ou enfin convpyé di- 
vers transports et renforcé la flotte 
du comte Ilowe, il eut une com- 
mission de bloquer la côte ouest de 
la France. Il ne s'en acquitta point à 
la satisfaction de l'amirauté, et il eut 
le désagrément de voir Villaret- 
Joyeùse sortir du port de Brest avec 
14 ou 18 voiles, sans qu'il pût l'enta- 
mer sérieusement. Il n'en fut pas moins 
nommé vice-amiral en 1795 , puis 
amiral en 1801 ; mais il ne fit aucun 
service dans cet intervalle, et, quand 
en 1799 lord Spencer lui offrit un 
commandement, il le déclina comme 



MON 

inférieur à son rang. Un moment il 
fut question de l'envoyer, à la place 
de Nelson, commander la station de la 
Baltique : son acceptation arriva trop 
tard. Mais il exerça le commandement 
en chef à Porsmouth de 1803 à 1808- 
Sa mort eut lieu le 24 décembre 1829, 
à Stowel-Lodge (Wilt), sa résidence. 
On a de lui une brochure intitulée : 
Lettre au capitaine Brenton, auteur de 
l'histoire navale de la Grande-Bre- 
tagne, on Réfutation des inexactitudes 
et des iîisinuations injustes que cet 
ouvrage contient contre l'amiral Mon- 
tagu. P — OT. 

MOXTALDI (le père Joseph), 
savant philologue , né dans les Etats 
romains, vers 1730, entra de bonne 
heure dans l'ordre de Saint-Domini- 
que, et se livra particulièrement à 
l'étude des langues anciennes. Après 
avoir enseigné à Rome avec succès 
pendant plusieurs années, il fut ap- 
pelé à Sienne, par le cardinal Zonda- 
dari, arclievéque de cette ville, où il 
occupa d'abord une chaire de théolo- 
gie et ensuite celle d'hébreu. Le père 
Montaldi mourut à Sienne , en mars 
1816. Il avait composé divers ou- 
vrages dont la plupart sont restés 
manuscrits. Son Lexicon hebraicum 
et chaldeo-bibticum, Rome, 1789. 4 
vol. in-4'', suffit pour lui assurer un 
rang distingué parmi les savants. T-d. 

MONTALEMBERT (Marie de 
CoMMARiEr, marquise de), née vers 
1752, à Bordeaux, d'une famille an- 
cienne du Béarn, fut mariée, en 1770, 
au mai-quis de Montalembert {voy, 
ce nom, XXIX, 447). Sa beauté, son 
esprit, ses talents, rendirent sa mai- 
son l'une des plus agréables de Pa- 
ris. Abandonnée de son mari en An- 
gleterre, où elle l'avait suivi, en 1792, 
cette dame chercha des consolations 
dans la littérature. Elle composa plu- 
sieurs ouvrages ; mais le seul qu'elle 



MON 

livra à l'impression fut l'intéressant 
roman (ï Élise Duménil, en 6 vol. in- 
12, publié avec un égal succès en An- 
gleterre, 1798, et en France, 1801. 
Tous les traits de cet ouvrage pei- 
gnent la sensibilité profonde de son 
auteur. M™' de Montalembert avait 
deux amies, dont la mort seule put 
la séparer, : c'était sa sœur Marthe- 
Joséphine, qui avait épousé, en 1778, 
le baron Jean -Charles de Monta- 
lembert {voy. l'article suivant), et 
M'"' de Podenas. La première étant 
morte en Angleterre, en 1808, les 
deux amies survivantes emportèrent 
son cœur, lorsqu'elles purent ren- 
trer eu France, en 1810, et le dé- 
posèrent dans le château de Bis- 
seaux (Seine-et-Marne), où Napoléon 
les avait réléguées, sans doute pour 
les punir des services que la famille 
Montalembert avait rendus et ren- 
dait encore à l'Angleterre. En 1827, 
la mort ravit à la marquise sa der- 
nière amie, et il ne lui resta plus, 
de tous les objets de ses alfections, 
qu'un neveu qui lui teuait lieu de (ils, 
et qui lui-même succomba le 20 juin 
1831 {voy- Muic-René de Montalem- 
bert, ci-apros). Accablée de cette per- 
te, M"'' de Montalembert mourut le 

3 juillet de la même année. Outre le 
roman d'i/jse Duménil que nous 
avons cité, elle avait publié : Horace, 
ou le Château des Ombres, Paris, 1822, 

4 vol. in-12. M — Dj. 
MOiXTALEMBERT (Jean- 

Chakles, baron cic;, né à Louisbourg, 
Ile-Royale, le 6 février 1757, fut 
élevé à l'École militaire et pourvu, à 
sa sortie, au mois d'avril 1775, d'une 
cornette dans la compagnie des che- 
vau-légers de la gai de du roi. Le 23 
juin de la même année, il épousa 
M"' Marthe-Joséphine de Comma- 
rieu, dont la sœur aînée était deve- 
nue marquise de Montalembert {voy. 



MON 



223 



l'article précédent), dès 1770. Après 
avoir succédé à son beau - frère , 
comme sous-lieutenant des chevau- 
légers de la garde, le baron de Mon- 
talembert fut, à la dissolution des 
compagnies rouges, nommé colonel 
dans le régiment de Berri cavalerie. 
Il était déjà chevalier des ordres de 
Saint-Louis et de Saint-Lazare, lors- 
que la révolution éclata. Ayant émi- 
gré, en 1792, il rejoignit à Coblenti 
les princes français, qui renvoyèrent 
aussitôt en mission auprès du roi 
d'Espagne. Il passa ensuite en An- 
gleterie et y forma une légion d'é- 
migrés, connue sous le nom de Lé- 
gion-Montalembert, qu il conduisit, 
en 1794, à Saint-Domingue. Il ren- 
dit les plus grands services dans 
toute la gueiTe contre les nègres, et 
se distingua surtout, en 1797, dans 
un combat livré aux troupes com- 
mandées par Toussaint Louverture. 
Quelques mois après, il fut nommé 
brigadier- général, grade qu'aucun 
catholique n'avait jusque-là obtenu 
en Angleterrre. Il conserva son com- 
mandement jusqu'au licenciement, en 
1799, de tous les corps étrangers, au 
service de l'Angleterre. Le baron de 
^Montalembert continua de résider en 
Amérique, et mourut dans l'île de 
la Trinité, le 20 février 1810. 

M — D j. 

MONTALEMBERT (Marc-Re- 
né-Anne-Marie, comte de), fils du 
précédent, naquit à Paris le 10 juillet 
1777. A peine âgé de 15 ans, il sui- 
vit ses parents dans l'exil, devint capi- 
taine dans la légion d'émigrés formée 
par son père en Angleterre, et fit avec 
elle la guerre contre les noirs à Saint- 
Domingue. Au licenciement de cette 
légion, en 1799, il obtint du service 
dans l'armée anglaise, devint cornette, 
puis lieutenant de cavalerie, et fut 
employé à l'école d etat-major, dont 



224 



MON 



la direction était confiée au général 
français Jarry. Les connaissances 
qu'il acquit sous la direction de ce 
tacticien le firent bientôt distinguer 
des chefs de l'armée. Attaché à l'é- 
tat-major des troupes britanniques, il 
fut envoyé en Egypte, puis dans les 
Indes-Orientales, où il servit de 1804 
à 1808, avec le grade de capitaine. Il 
levint alors en Europe, fut nommé 
major, partit aussitôt pour l'armée du 
duc de Wellington et fit les campa- 
gnes d'Espagne et de Portugal. Rentré 
en Angleterre avec les débris de l'ar- 
mée de sir John Moore, il prit part 
à l'expédition de Walcheren en 1809, 
devint lieutenant-colonel en 1811, et 
chef d'état-uiajor du corps d'armée 
rassemblé sur les côtes méridionales 
de l'Angleterre. Ce fut le comte de 
Montalembert que le prince régent 
choisit en 1814, pour annoncer à 
Louis XVIII, qui résidait à Ilartwell, 
son rétablissement sur le trône de 
France. Il accompagna ce prince 
à Paris, et reçut, à cette occasion, 
le grade de colonel dans l'armée fran- 
çaise, la croix de Saint-Louis, celle 
d'officier de la Légion-d'Honneur, et 
la place de second secrétaire d'am- 
bassade à Londres, A l'époque des 
Cent-Jours, il fut envoyé deux fois à 
F)Oideaux : la première, pour veiller 
au départ de la duchesse d'Angou- 
lême; la seconde , avec trois fré- 
gates et plusieurs bâtiments de trans- 
port , pour aider à soumettre les 
restes du parti napoléoniste dans le 
Midi. Il retourna ensuite à Londres 
comme premier secrétaire d'ambas- 
sade. En juillet 1816, il fut nommé 
ministre plénipotentiaire de Louis 
XVIII à Stuttgard. Le 5 mars 1819, 
il fut élevé à la dignité de pair de 
France, et peu après, nommé minis- 
tre plénipotentiaire en Danemark. La 
première fois qu'il parla à la Cham- 



MON 

bre haute , le 10 juillet 1820, ce fut 
pour s'opposer aux lois d'exception 
présentées par les ministres après l'as- 
sassinat du duc de Berri. Il termina 
ainsi son discours : « Dans peu de 
« jours je quitterai la France, peut- 
" être pour plusieurs années. Qu'il 
« me soit permis, avant de descendre 
'> de cette tribune, de former un vœu, 
« celui de trouver à mon retour la 
» pairie intacte dans sa dignité comme 
« dans son honneur, et la France dé- 
« livrée des lois d'exception, jouissant 
« e7ifîn de la plénitude de ses libertés 
u constitutionnelles. » Ce langage no- 
ble et indépendant déplut aux minis- 
tres Richelieu et Pasquier, qui lui 
ôtèrent brusquement sa légation. 
Pendant les six années que le 
comte de Montalembert demeura 
sans emploi, on doit remarquer les 
discours qu'il prononça sur les ques- 
tions de la guerre d'Espagne, de la 
septennahté, de f indemnité et des 
substitutions. Il considéra la guerre 
d'Espagne comme nécessaire pour ré- 
tabhr la prépondérance de la monar- 
chie française, en créant sur le Rhin, 
par la sécurité des Pyrénées , une 
force capable d'arrêter farabition de 
la Russie. Plus tard, dans la séance 
du 30 avril 1823, il se plaignit que 
le ministère n'eût pas levé une ar- 
mée assez formidable, et ajouta : 
" Puisque nous avons passé les Py- 
" rénées, il faut pouvoir aller jus-' 
>' qu'aux colonnes d'Hercule ; quand 
« la France tire l'épée, elle doit la ti- 
« rer tout entière. » En 1824, il vo- 
ta pour le renouvellement septen- 
nal de la Chambre des députés , 
mesure qu'il jugeait nécessaire pour 
donner à la seconde chambre lé- 
gislative une autorité plus stable , 
en la rendant moins sujette aux va- 
riations produites par les intrigues 
électorales. Les paroles qu'il fit en- 



MON 

tendre à ce sujet (1) ont U'op d'ac- 
tualité pour que nous nous abste- 
nions de les reproduire : « Je veux 
« parler, dit-il, des manœuvres o- 
" dieuses pratiquées par des agents 
I' subalternes du pouvoir; manœuvres 
« dont tout le monde a connaissan- 
« ce, et dont l'opinion a déjà fait jus- 
« tice. Encore deux ou trois élections 
» influencées d'une pareille manière, 
« et les fonctionnaires publics tom- 
» bent dans la dégradation, et le gou- 
» veruement représentatif devient 
» une véritable dérision. Ah ! dans 
» ces jours de dépendance univer- 
t selle, et de tendance générale vers 
u la servilité; dans ces jours oii l'é- 
« goisme, la vanité, le besoin des 
" jouissances, nous portent sans cesse 
« à sacrifier les droits les plus no- 
" blés, et à déshériter notre postérité 
" des biens les plus précieux, car en 
" peut-il exister de plus inapprécia- 
^ blés que les droits politiques? éloi- 
" gnons. Messieurs, éloignons les 
» époques de nos élections, donnons- 
« nous le temps de former quelque 
» indépendance héréditaire dans les 
<< idées, comme dans les fortunes de 
« nos familles. Laissons passer cette 
«' soif de distinctions éphémères, celte 
" manie de cordons de toutes les 
" couleurs et de tous les pays. » Le 

(1) La septennalité a été, au contraire, une 
mesure funeste à la royauté et à la monar- 
cliie. Il n'y a point de minisîîire qui puisse 
résister à une chambre septennale, et M. de 
Villèle, qui en est l'auteur, y a succombé. Il 
a entraîné, dans sa chute, celle de la dynas- 
tie qu'il Toulaii défendre. Une chambre qui 
se renouvelait par cinquième , n'éprouvait et 
ne faisait éprouver aucune secousse. Les 
changements ne marchaient que lentement , 
et l'opinion publique , au lieu d'aller par 
sauts et par bonds, conservait son influence, 
mais par degrés pour ainsi dire insensibles. 
Cet avantage immense , qu'avait la constitu- 
tion de Louis XVIII, a été perdu par la faute 
capitale de M. de Villèle, qui yîa'mis le com- 
ble par une dissolution intempestive, F— a. 



MON 



223 



comte de Montalembert vota en fa- 
veur de la loi tendant à indemniser 
les anciens propriétaires de biens 
fonds confisqués et vendus au profit 
de l'État, pendant la révolution. Il la 
jugea propre à éteindre les haines, et 
a faire disparaître la distinction lâ- 
cheuse que l'opinion s'obstinait à 
maintenir entre les propriétés patri- 
moniales et nationales. Il y était d'ail- 
leurs personnellement désintéressé. 
Si un amendement proposé par lui 
avait été admis, les héritiers du sang 
auraient seuls joui du bénéfice de 
l'indemnité. Dans la séance du 30 mars 
1826, il appuya vivement le projet de 
loi sur le droit de primogéniture et 
les substitutions. Il s'étendit, à cette 
occasion, sur les funestes effets de 
la centralisation qu'il regardait com- 
me une conséquence inévitable du 
morcellement des propriétés; selon 
lui, le projet présenté à la Chambre 
devait remédier à ces deux inconvé- 
nients. Quoique peu ambitieux, le 
comte de Montalembert était pénible- 
ment affecté de l'éloignement dans 
lequel le tenaient les hommes du 
pouvoir, et déjà en 1825 il avait laissé 
échapper cette plainte en pleine séan- 
ce : " Émigré, rentré en France à l'é- 
u poquc de la restauration, ayant per- 
< du père et mère dans l'exil, il me 
" semblait pouvoir espérer que mes 
« opinions politiques seraient à l'abri 
j de fausses interprétations; l'expé- 
" rience a démontré le contraire. Nous 
" vivons dans un temps oii les antécé- 
" dents comptent pour peu de chose. 
" Ce que les passions demandent avant 
. tout, et elles ont encore un grand 
.' empire parmi nous, c'est une abné- 
« gation complète de son indépen- 
• dance , une soumission aveugle 
< aux idées dominantes du moment, 
<• dussent-elles nous précipiter dani. 
" i'abîme. » Ces paroles amères, si 
15 



226 



MON 



elles ne changèrent rien au système 
suivi jusqu'alors, et qui aboutit au fu- 
neste résultat prévu par l'orateur, 
eurent au moins pour effet de rame- 
ner les ministres de Charles X à des 
sentiments de justice envers le comte 
de Montalembert , qui fut enfin, en 
1826, après six ans de destitution, 
nommé ministre plénipotentiaire en 
Suède. Il ue se rendit à Stockholm 
que l'année suivante. La mort de sa 
fille le fit revenir en France, au mois 
d'octobre 1829. Après la révolution 
de 1830, il fut révoqué de ses fonc- 
tions d'ambassadeur. Néanmoins , les 
antécédents de sa carrière politique 
laissaient préjuger quel parti il em- 
brasserait dans cette circonstance ; en 
eflet, le comte de Montalembert prê- 
ta serment au nouveau chef de l'État, 
le 10 août 1830. Depuis cette époque, 
il parut souvent à la tribune; il atta- 
qua les visites domiciliaires, la con- 
fiscation du fonds commun de l'in- 
demnité, la centralisation, la spolia- 
lion des forêts , défendit les droits 
méconnus de l'armée d'Afiùque , et 
revendiqua avec constance le suffrage 
universel et la liberté d'enseignement. 
Il combattit surtout la politique exté- 
rieure du nouveau gouvernement, et 
fut le seul , à la Chambre haute, qui 
élevât la voix en faveur de la malheu- 
reuse Pologne. Les chaleureuses pa- 
roles qu'il fit alors entendre produi- 
sirent une vive impression : « Vous 
« ne voyez pas, dit-il dans la séance 
« du 22 mars 1 831 , que la ruine de 
« la Pologne servira d'un pont de 
« sang pour arriver jusqu'à nous ! » 
Le 18 avril, il prononça sur la position 
de la France vis-à-vis des autres 
puissances, un discours dans lequel 
il accusait le ministère de sacrifier 
l'honneur à la crainte d'une guerre 
devenue inévitable, de suivre une po- 
litique timide, vacillante, indécise, qui 



MON 

compromettait l'avenir de la France 
pour se prêter aux exigences d'un 
parti et à sa soif de richesses, de 
places et de pouvoir. Interrompu , à 
ces mots, par le maréchal Mortier, 
qui qualifia ce langage de passionné, 
l'orateur répliqua : « Eh bien! oui, je 
« suis passionné , monsieur le marc- 
« chai ; mais je le suis pour l'hon- 
" neur et la gloire de ma patrie : et 
« c'est parce que le ministère ne me 
« donne de garantie ni pour l'un ni 
« pour l'autre, que je ne puis lui 
« donner mon appui. » Le lende- 
main, 19 avril, il combattit la propo- 
sition de mettre hors la loi la bran- 
che aînée des Bourbons. Ce fut la 
dernière fois qu'il parut à la Chambre. 
L'excès du travail joint à des ehagrins 
domestiques avait, depuis long-temps, 
altéré sa santé ; il tomba dangereuse- 
ment malade et mourut, le 20 juin 
1831, dans les sentiments de la plus 
grande piété , sentiments qu'il avait 
professés toute sa vie. M. H. Lacor- 
daire lut sur sa tombe une éloquente 
notice, et M. le marquis de Dreux-Bré- 
zé prononça son éloge à la Chambre 
des Pairs, le 9 septembre 1831. Le 
comte de Montalembert a laissé deux 
fils; l'aîné lui a succédé à la pairie et 
s'est déjà fait un nom comme orateur. 

A— Y. 

MONTALIVET (Jean-Pieree 
Bachasson, comte de), ministre dévoué, , 
bienveillant , honnête homme, a laissé 
une de ces réputations pures qui trou- 
vent dans l'histoire leur place et leur ré- 
compense. Issu d'une famille ancienne 
et distinguée du Dauphiné, il naquit 
le 5 juillet 1766 à Sarreguemines en 
Lorraine, où son père résidait en qua- 
lité de commandant d'armes, avec 
le grade de maréchal-de-camp. Le 
jeune Montalivet embrassa de bonne 
heure la profession paternelle, entra 
d'abord comme cadet dans les hou- 



MON 

zards de Nassau , puis passa comme 
sous - lieutenant dans les dragons 
de La Rochefoucauld. Mais son esprit 
sérieux , son avidité de connaissances 
solides s'accommodaient peu de l'oi- 
siveté, frivole de la vie de garnison; 
il quitta le service en 1784, fut reçu 
avocat au parlement de Grenoble , à 
dix-huit ans, et devint conseiller l'an- 
néesuivanie (avec dispense d'âge). Les 
convenances de famille se trouvèrent 
sans doute aussi favorables à ce chan- 
gement de profession. Le nouveau 
conseiller acquit bientôt une considé- 
ration personnelle , qui ne laissa pas 
d'ajouter à celle dont jouissait sa fa- 
mille dans la province. Les esprits 
étaient alors fort préoccupés de ces 
idées nouvelles, dont personne ne 
pressentait encore la portée, et qui de- 
vaient amener une terrible révolution, 
en ne promettant que d'heureuses ré- 
formes. Compatriote de Barnave, avo- 
cat comme lui au parlement de Gre- 
noble , Montalivet adopta , comme 
son éloquent compatriote , ce qu'il y 
avait de généreux dans les idées nou- 
velles ; mais la maturité prvcoce de 
son esprit le préserva des illusions et 
par conséquent des excès inséparables 
tle l'exagération de ces doctrines. 
Cependant , en 1788 , lors de l'exil 
des parlements , sous le ministère 
de Loménie de Brienne , le jeune 
conseiller avait partagé l'opposition 
comme il partagea la disgrâce de ses 
collègues. Cette opposition parlemen- 
taire était alors le seul contre-poids 
constitutionnel delà vieille monarchie, 
et ce fut un tort aux ministres de 
Louis XVI de ne l'avoir pas compris. 
L'exil du parlement de Grenoble con- 
tribua fortement à agiter le pays , à 
exalter les opinions naturellement 
fort incandescentes des Dauphinais ; 
mais, au milieu de cet incendie, notre 
conseiller de vingt-trois ans aurait pu, 



MON 



227 



par sa sagesse , être un modérateur 
dans cette circonstance. En 1789 , il 
passa quelque mois à Valence, auprès 
de sa mère, femme très-remarquable 
par son esprit, et dont le salon était 
le point de réunion de tout ce qu'il 
y avait de plus distingué dans la con- 
trée. Un jeune Corse, au teint olivâtre, 
aux formes anguleuses, à la parole 
étrangère et saccadée , sans maintien, 
sans usage de la société, mais parfois 
ne manquant ni d'à-propos ni d'a- 
plomb , fut présenté à M"* de 
Montalivet. Ce jeune homme était 
Bonaparte , simple sous - lieutenant 
d'artillerie, mais dont une ardente 
ambition faisait alors un républi. 
cain, ou plutôt un révolutionnaire 
exalté. Montalivet , imbu dès l'en- 
fance de cet usage du monde qui 
s'acquiert pour ainsi dire de naissance 
dans les familles aristocratiques , dut 
faire d'autant plus d'accueil à Bona- 
parte, qu'il était plus isolé, plus étran- 
ger dans cette société où le hasard 
l'avait amené. D'ailleurs le jeune 
Corse était gentilhomme, et cela suf- 
fisait pour qu'on tolérât son langage 
absolu et ses opinions excentriques. 
Une sorte de liaison se forma entre 
lui et Montahvet , liaison toute d'é- 
gards et de complaisance de la part 
de celui-ci. Toutefois , la dissidence 
de leurs opinions finit par amener 
entre eux une sorte de froideur. Mais, 
plus tard, devenu consul et empereur, 
le jeune jacobin de 1789 était bien 
revenu des utopies radicales ; et pour 
beaucoup alors il eût voulu faire croi- 
re qu'il avait toujours été aristocrate. 
Il se rappela que, dans ses entre- 
tiens avec le conseiller Montalivet, 
il s'était étrangement mépris en qua- 
lifiant d'aveugle aristocratisme ce qui, 
désormais, n'était plus à ses yeux que 
modération, prévoyance et véritables 
lumières. Mais plusieurs années de- 
15. 



228 



MON 



valent encore s'écouler avant que les 
deux amis de Valence se retrouvas- 
sent dans des positions réciproques 
si différentes. En 1791, par suite des 
ilucrets de l'Assemblée nationale , 
Montalivet perdit sa charge de con- 
seiller, et ne rencontra ensuite que les 
dangers attachés au souvenir de ce 
qu'il avait été. Luttant avec courage 
contre les accusations et les pros- 
ciiption» de l'époque, il vint, en 1793, 
à Paris , comme député de Valence, 
et il s'elForça vainement de disputer à 
l'échafaud révolutionnaire la tête de 
son oncle, M. de Saint-Germain. Re- 
venu à Valence, en 1794, et s'y voyant 
exposé à de nouveaux périls , il alla 
chercher, sous les drapeaux de la ré- 
publique, un asile contre les bour- 
reaux. Enrôlé comme volontaire dans 
un bataillon de la Drôme , il fit ime 
campagne avec les galons de caporal ; 
et, depuis, dans sa retraite, après un 
honorable ministère, il se complaisait 
à envelopper cet insigne et son sac de 
soldat dans son écharpe de ministre. 
C'était une sorte de trophée qu'il ai- 
mait à montrer à ses enfants , et le 
seul de ses fils qui lui a survécu 
n'a pas répudié ce noble héritage. 
Revenu à Valence , après le 9 ther- 
midor , Montalivet y fut appelé , 
par ses concitoyens , à la place de 
maire, emploi qui avait bien aussi 
ses dangers , dans un temps de 
trouble et de disette ; mais , par son 
bon esprit et sa fermeté , il triompha 
de tous les obstacles. On le vit, dans 
une émeute populaire, couvrir de 
son corps et sauver d'une mort cer- 
taine un de ses concitoyens (Labar- 
rcre ) , que la voix publique dé- 
signait comme l'instigateur du licen- 
ciement delà garde nationale, ordon- 
né par le repiésentant Jean Debry. 
Ce fut à la mairie de Valence que 
Bonaparte , voulant rétablir l'ordre 



MON 

en France , alla chercher Monta- 
livet pour le nommer préfet du dé- 
partement de la Manche , alors 
l'un des plus difficiles à gouverner, 
ayant été le théâtre de la guerre ci- 
vile la plus acharnée. Déjà il avait 
été pressenti à cet égard par" Chap- 
tal , ministre de l'intérieur ; mais il 
hésitait , sa modestie lui faisait crain- 
dre d'accepter, lorsque Bonaparte, 
selon sa coutume, trancha le nœud, 
et Montalivet apprit sa nomination 
par le Moniteur. Il surpassa les 
espérances du premier consul. Habile 
à manier les esprits , apportant dans 
l'exercice de ses fonctions, avec 
des intentions constamment bienveil- 
lantes, ces manièies de bonne com- 
pagnie qui devaient rallier les hon- 
nêtes gens au nouveau gouvernement, 
il éteignit les dernières velléités de 
guerre civile , calma les esprits , sut 
les rapprocher, et fit d'un départe- 
ment jusqu'alors remuant et rebelle 
un département paisible et soumis 
aux lois. Celle de la conscription , à 
laquelle la jeunesse s'était refusée , 
fut exécutée régulièrement, et sans que 
Montalivet se vît obligé d'employer 
des mesures de rigueur. Il apaisa 
aussi les querelles religieuses et n'eut 
pas besoin de recourir aux décrets 
contre les prêtres réfractaires. Tou- 
ché, dont il refusa formellement de 
suivre les instructions à cet égard, en , 
témoigna du mécontentement; mais 
Bonaparte , à qui Montalivet exposa 
lui-même sa conduite , l'approuva 
formellement. Le préfet de la Man- 
che prit encore sur lui de sauver 
plusieuis proscrits , entre auties un 
chef royaliste des plus ardents , le 
chevalier de Brulard, jadis son com- 
pagnon d'études , et qui , plus tard , 
en exprimait devant nous sa vive 
reconnaissance. Montalivet ne crai- 
gnit pas de compromettre sa resgon- 



MON 

sabilitë. En effet , il avait reçu de 
Fouchë l'ordre positif d'arrêter Bru- 
lard , qui venait de pénétrer dans le 
département, pour y rallumer l'in- 
surrection royaliste. Montalivet le fil 
venir, lui donna 24 heures pour se 
rembarquer, et le préserva ainsi d'une 
mort certaine. Une fois le salut de 
son vieil ami assuré, le préfet par- 
tit pour Paris , et vint raconter au 
premier consul ce qu'il avait fait. 
" Une telle conduite ne m'étonne pas 

de votre part, dit Napoléon ; vous 
« êtes un homme d'honneur. Au res- 
« te , Brulard est un fou , mais un 
« fou à sentiments. Il a refusé d'être 
« mon assassin , et demandait des 

1 hommes pour m'attaquer à force 
« ouverte avec mon escorte sur la 
« route de Saint-Cloud. « Cette ap- 
probation du premier consul fut 
pour Montalivet comme un rempart 
contre la mauvaise volonté du minis- 
tre de la police Fouché. Au reste, s'il 
en eût été autrement , Montalivet 
était toujours prêt à faire à sa cons- 
cience le sacrifice de sa place et de 
sa fortune. On voit, par la correspon- 
dance du préfet de la Manche, qu'il en- 
tra parfaitement dans les vues de Bo- 
naparte, que l'ivresse du pouvoir n'a- 
veuglait pas encore. La nomination 
de Montalivet à la préfecture de Seine- 
et-Oise, en 1804, fut sans doute une 
récompense ; mais ce nouveau poste 
ne laissait pas d'être pour lui une 
tâche sérieuse. D'abord la proximité 
de Paris rend l'administration plus 
difficile , surtout en matière de sub- 
sistanQes; en second lieu , la proxi- 
mité du centre de l'empire n'était 
pas sans danger, comme l'a dit un 
biographe , en imposant à Monta- 
livet le devoir d'administrer sous 
les yeux de Napoléon , et en le met- 
tant souvent dans le cas d'être ad- 
mis à ces entretiens particuV,^. dans 



MON 



229 



lesquels , tout en se révélant lui- 
même , presque sans réserve , celui- 
ci conservait assez de sang - froid 
pour pénétrer les hommes jusqu'au 
fond. Versailles, sous l'administration 
de Montalivet , reprit quelque vie, le 
département commença à s'enrichir 
d'utiles travaux qu'il provoquait com- 
me préfet, et qui , plus tard , furent 
exécutés sous ses ordres comme di- 
recteur-général des ponts-et-chaus- 
sées. Les charmes d'une société bril- 
lante et distinguée commençaient 
aussi à se reproduire dans les sa- 
lons de la préfecture, oii madame 
de Montalivet faisait levivre l'anti- 
que urbanité française. A Versailles, 
Montalivet refusa d'autoriser l'ouver- 
ture d'une maison de jeu. Il apprit 
cependant un jour que , malgré son 
opposition, un de ces infâmes tripots 
venait de s'établir sous les auspices 
et par les soins de la police. Il or" 
donna aussitôt, qu'en dépit des ordres 
de Fouché, la maison fut évacuée, et 
courut ensuite à Saint-Cloud pour en 
instruire l'empereur. Pour toute ré- 
ponse, Napoléon lui serra affectueu- 
sement la main. Il est assez piquant 
de rappeler que, trente ans après, les 
maisons de jeux furent supprimées 
dans toute la France , sous le minis- 
tère et par les soins du fils de Mon- 
talivet. Appréciant de plus en plus 
son ancien hôte de Valence, Napoléon 
le fit conseiller d'État en 1805, et di- 
recteur-général des ponts-et-chaussées 
l'année suivante. Dans cette adminis- 
tration, le chef n'a pas seulement des 
commis sous ses ordres , mais l'élite 
des hommes de science .- Montalivet 
leur montra toujours les égards qui 
leur étaient dus, et, ce qui était encore 
plus important pour le bien du pays, 
il prouva, dans toute occasion, qu'il 
savait les comprendre ; aussi son ad- 
ministration, qui dura trois ans. est- 



230 



MON 



elle citée comme une ère glorieuse et 
florissante pour les ponts-et-chaus- 
sées. En 1807, il fit, pendant l'hiver, 
comme directeur-général, un voyage 
en Italie, pour visiter les construc- 
tions de la route du Mont-Cenis ; et sa 
présence, l'intérêt fondé sur des con- 
naissances positives qu'il prenait à 
cette belle entreprise , les dangers 
mêmes auxquels il s'exposa pour 
tout voir par ses yeux , donnèrent 
aux travaux une impulsion qui con- 
tribua beaucoup à leur achèvement. 
A son retour, Napoélon lui témoigna 
sa vive satisfaction. Déjà il l'avait 
créé comte de l'empire et comman- 
dant de la Légion-d'Honneur ; il de- 
vait bientôt l'élever sur un plus 
grand théâtre ; et il est juste de dire 
que Montalivet s'en montra digne 
par la protection qu'il accorda aux 
arts, aux lettres , et surtout aux hon- 
nêtes gens qui eurent besoin de son 
autorité. Montalivet fut donc appelé, 
le l*"" octobre 1809 , au ministère de 
l'intérieur, en remplacement du 
sage et honnête Cretet; mais, avec le 
même caractère de probité , l'admi- 
nistration du nouveau titulaire devait 
avoir quelque chose de plus actif et 
de plus brillant. Au surplus , pour 
faire connaître son ministère , nous 
pouvons citer le passage suivant de sa 
notice nécrologique lue à la Chambre 
des Pairs. Ici l'éloge est conforme à 
l'histoire. « Dans ces grandes entre- 
c( prises, c'est le génie qui conçoit , 
« disait Daru, c'est l'art qui exécute ; 
« mais c'est à l'administration de de- 
i- viner les résultats, de les apprécier, 
■< pour les comparer aux sacrifices, 
» et d'économiser les ressources, afin 
» de multiplier les bienfaits. M. le 
« comte de Montalivet eut l'honneur 
<• de poser la première pierre des 
» bassins d'Anvers (1810), il fit amé- 
« liorer le port d'Ostende , et suivre 



MON 

avec activité la construction de ces 
belles routes qui ont aplani les 
Alpes. Ce serait n'avoir que des 
vues étroites que de considérer 
comme une perte l'emploi des qua- 
rante ou cinquante millions que ces 
travaux ont pu coûter; parce que 
la France n'en a pas supporté seule 
les frais; parce que ce grand État 
devant ressaisir l'influence qui lui 
appartient , il sera toujours de son 
intérêt d'avoir des communications 
faciles avec l'Italie ; enfin, parce 
que Anvers, par sa situation, sera 
toujours nécessairement lié à notre 
système de guerre maritime. Com- 
ment regretter d'ailleurs des tra- 
vaux qui nous assurent la recon- 
naissance des peuples qui ont été 
nos concitoyens , surtout lorsque 
dans le même temps les soins de 
cette grande édilité , étendus à tout 
I un empire, ont embelli la France et 
■ attesté l'activité de l'administration? 
I Paris seul a vu, pendant le minis- 
I tère de M. de Montalivet, quarante 

< millions consacrés à prolonger les 
' quais , à jeter des ponts , à multi- 
' plier les fontaines , et, tandis que la 
1 Bourse et que les arcs-de-triomphe 

< s'élevaient, les abattoirs étaient 
« construits, les marchés, les greniers, 
i les entrepôts étaient mis à la dispo- 
« sition du commerce. Il n'est proba- 

< blement aucun ministre, dans les 

< temps modernes, qui ait eu le bon- 
1' heur de laisser après lui autant de 
n monuments que M. de Montalivet. 
K Si on additionne , avec les sommes 
1. dont il a dirigé l'emploi, pendant 
:< les trois ou quatre ans qu'il s'est 
» ti'ouvé à la tête des travaux publics, 
" les ouvrages qui ont été exécutés 
" dans la ville de Paris pendant son 
« ministère , on arrive à une dépense 
« de cent dix 'illions, qui n'est en- 
« core qofi h uers de ce qu'a coûté 



MON 

« l'achèvement de ces grands ou- 
« vrages (1). » Il est dans l'adminis- 
tration une partie moins brillante, 
mais assurément plus essentielle encore 
que celle des travaux publics, ce sont 
les subsistances ; elles attirèrent toute 
l'attention et toute la vigilance de 
Montalivet , particulièrement pendant 
l'année 1812, si désastreuse à tant 
d'égards. Nous pouvons remarquer 
qu'ici Napoléon sympathisait encore 
avec son ministre. Au milieu des em- 
barras et des revers de la campagne 
de Russie, il correspondait journelle- 
ment avec lui sur les subsistances. 
Cette affaire le préoccupait singu- 
lièrement : Il faut que Paris man- 
ge ; tel est , pour ainsi dire , le re- 
frain de ses letti'es. Ce ministre 
embrassa les différentes parties de 
son administration , en portant dans 
toutes l'influence d'un esprit judi- 
cieux , pénétrant et plein de res- 
sources. Ses circulaires , sa corres- 
pondance journalière avec les auto- 
rités, les projets de décrets proposés 
par lui , et convertis en loi , forment 
encore aujourd'hui , sauf quelques 
modifications amenées par des cir- 
constances nouvelles , la jurispru- 
dence administrative du département 
de l'intérieur. On fut heureux de Uou- 
verces habiles précédents pendant la 
disette , causée par la mauvaise ré- 
colte en 1816. Une des attributions 
du ministre de l'intérieur consistait 
alors à présenter annuellement , au 
Corps législatif, un rapport sur la si- 
tuation intérieure de l'empire. Le 
13 décembre 1810, MontaUvet fit 
ce rapport qu'il renouvela les an- 
nées suivantes, le 29 juin 1811 et le 
23 février 181 3. Si les deux premières 
fois il n'avait eu rien à dissimuler en 
exaltant la prospérité de l'empire , il 

[l) Oa U"ouve l'état sommaire de ces tra- 
vaux dans le moniteur du 28 mars 1823. 



MON 



231 



n'en fut pas de même après les dé- 
sastres de Moscou. Cependant telle a 
été, depuis 1800,1a proportion ascen- 
dante de l'état florissant de la France, 
sous le rapport matériel du moins , 
que le ministre de l'intérieur pou- 
vait même alors dire , sans trop 
d'exagération : « Vous verrez avec 
« satisfaction que, malgré les grandes 
« armées que l'état de guerre mari- 
« time et continentale oblige de tenir 
« sur pied , la population a continué 
« de s'accroître , l'industrie a fait de 
• nouveaux progrès ; jamais les terres 
" n'ont été mieux cultivées, les manu- 
« factures plus florissantes. A aucune 
" époque de notre histoire, la ri- 
« chesse n'a été plus répandue dans 
« les diverses classes de la société. » 
Si , comme tous les hommes suscep- 
tibles d'un généreux dévouement, 
Montalivet s'associait avec trop d'a- 
bandon à la politique de l'empereur; 
s'il croyait devoir publiquement en 
approuver les moyens et les résultats, 
du moins, dans l'intimité des conver- 
sations avec le maître , ou même 
dans le secret du conseil , il ne crai- 
gnait pas de faire entendre le langage 
de la vérité , au risque de déplaire. 
Un jour que, au sein du conseil, 
quelques dignitaires de l'empire, et 
Napoléon lui-même , parlaient des 
Bourbons comme d'une race éteinte 
et qui n'avait aucun espoir de retour, 
Montalivet contredit cette opinion 
par des raisons sans réplique. L'em- 
pereur, d'autant plus vivement blessé 
que la crainte du retour des Bour- 
bons peignait toujours son âme , 
quoiqu'il affectât la plus parfaite sé- 
curité à cet égard, taxa d'esprit de 
parti et de pusillanimité le langage 
franc de son ministre. Montalivet se 
tut ; mais , de retour chez lui , il en- 
voya sa démission par une lettre 
pleine de dignité. Napoléon, tout en 



232 



MON 



affectant de garder son opinion .sur 
l'objet du débat , se garda bien d'ac- 
cepter, et , plus que jamais, il parut 
accorder sa confiance à celui que, à 
Sainte-Hélène, il pioclamait honnéh; 
Jiotnme , en ajoutant quil lui était 
demcui-é tendi-emenl attaché. l^n effet, 
en toute occasion , Montalivet mérita 
ce titre. En 1808, il avait eu le cou- 
rage de s'intéresser vivement à Ma- 
rescot {vnj. ce nom , LXXIII , 101) , 
l'un des signataires du traité de Bay- 
len. N'ayant pu le préserver d'une 
condamnation , il le visita souvent 
dans sa prison de Montaigu ; et c'était 
alors que Napoléon , loin d'en savoir 
mauvais gré à Montalivet, l'avait éle- 
vé au ministère. Dans les rapports que 
ses fonctions lui donnaient avec les 
gens de lettres, avec les artistes, avec 
les célèbres industriels de l'époque, 
Montalivet se montra toujours à la 
hauteur des pensées de Napoléon, qui 
voulait imiter la noble protection que 
Louis XIV avait accordée à tout ce 
qui a pu agrandir et honorer l'in- 
telligence humaine. Aucun ministre 
ne savait accueillir avec plus de grâce 
et de distinction ces hommes d'élite 
que leségardsdela puissance touchent 
plus vivement que les faveurs les 
plus utiles. Jamais l'industrie fran- 
çaise et ses nouveaux procédés n'a- 
vaient été encouragés par un homme 
qui sût mieux les apprécier et les 
comprendre. La direction de la li- 
brairie était alors entre les mains 
d'un homme quinteux et brutal, imbu 
jusqu'au fanatisme de tous les pré- 
jugés de l'école encyclopédique : 
aussi, dès 1 origine de notre Biogra- 
phie, se montra-t-il contraire à cette 
grande entreprise, et soutint-il de 
toute son influence les adversaires in- 
téressés qui voulaient l'entraver. Heu- 
reusement, et nous aimons à le recon- 
naître , Pommereul avait pour supé- 



MON 

rieui' Montalivet, qui fit cesser toutes 
les tracasseries , et accorda à notre 
entreprise une protection qu'elle ne 
devait pas obtenir sous la restau- 
ration. Après le désastre de Moscou 
et la funeste campagne de 1813, Mon- 
talivet aurait voulu que l'impératiicc 
-Marie-Louise, nommée régente, con- 
tinuât de résider à Paris, et d'y main- 
tenir le centre du gouvernement; il 
ne fut point écouté ; mais, fidèle à son 
devoir, il suivit cette princesse à Blois, 
où elle fit son entrée le 2 avril 1814. 
Le lendemain et les jours suivants ., 
elle tint de longs et fréquents con- 
seils, d'où ne sortit aucune résolution, 
et dans lesquels les avis les plus fermes 
furent constamment ouverts par Mon- 
talivet. Le 7, parut enfin une procla- 
mation datée du 3, contre-signée par 
le ministre, qui prenait le titre de se- 
crétaire de la régence, dans laquelle, 
après avoir annoncé que l'armée fran- 
çaise , commandée par Napoléon , 
était en présence de l'ennemi sous les 
murs de la capitale, la princesse 
ajoutait : « C'est de la résidence que 
" j'ai choisie et des ministres de l'em- 
« pereur, qu'émanent les seuls ordres 
" que vous puissiez reconnaître. 
" Toute ville au pouvoir de l'ennemi 
" cesse d'être libre , toute direction 
" qui en émane est le langage de 
u l'étranger, ou celui qu'il convient à 
« ses vues hostiles de propager. Fran- 
« çais , vous serez fidèles à vos ser- 
I' ments, vous écouterez la voix d'une 
.. princesse qui fut remise à votre 
Il foi, qui fait sa gloire d'être Fran- 
II çaise, d'être associée aux destinées 
.. du souverain que vous avez libre- 
II ment choisi. Mon fils était moins 
" sur de vos cœurs au temps de nos 
Il prospérités ; ses droits et sa per- 
11 sonne sont sous votre sauve-garde.» 
Cette proclamation, beaucoup trop 
tardive (et il n'avait pas dépendu de 



MON 

Montalivet quelle n'eût paro cinq 
jours plus tôt) ne produisit aucun effet ; 
l'Europe en armes et la France, fati- 
guées du despotisme et de l'ambition 
de Napoléon, étaient plus fortes que les 
faibles résolutions de cette cour, de 
cette régence de Blois , où les vo- 
lontés de Joseph et de Jérôme Bona- 
parte étaient sans cesse en lutte avec 
celles de Marie-Louise qui, d ailleurs, 
était , aussi bien que ces deux frères 
de Napoléon, trop au-dessous du 
rôle qu'ils avaient alors à rempli;'. 
Tout était fini. Montalivet revint à 
Paris , où il jouit du repos de la vie 
privée jusqu'au retour de lîle d Elbe. 
Napoléon revit avec joie son ministre 
fidèle ; mais la politique toute révolu- 
tionnaire qu'il se croyait obligé d'af- 
fecter, mit obstacle à ce qu'il le rappe- 
lât au département de l'intérieur, qui 
fut confié à Carnot. Seulement, il lui 
fit accepter l'intendance-générale de 
la couronne, et le nomma pair de 
France. La seconde restauration ren- 
dit une seconde fois Montalivet à la 
vie privée : retiré dans sa terre de 
La Grange , en Berry, il s'occupait 
exclusivement de l'éducation de ses 
trois fils. Il destinait Simon , l'aîné, à 
la carrière des armes, Camille, le se- 
cond, à celle des ponts-et-chaussées, 
et Charles , le troisième, au com- 
merce. L'exemple de nos révolutions 
lui faisait sentir, pour ses fils, le be- 
soin d'une éducation qui les mît tou- 
jours en état de parer aux coups de 
la fortune, et d'être queltiue chose par 
eux-mêmes, comme il le leur répétait 
quelquefois. Mais la carrière politique 
du père n'était pas encore terminée. 
Rappelé en 1819 à la Chambre des 
Pairs, sous le ministère de M. De- 
cazes, Montalivet fit partie de la ma- 
jorité constitutionnelle de cette assem- 
blée. Il défendit plus d'une fois le jury 
et la liberté de la presse , sans pré- 



MON 



233 



tendre l'affranchir de sages restric- 
tions. Malgré l'affaiblissement de sa 
santé, il prit une part assidue aux 
travaux de la Chambre et y porta le 
tribut de son expérience dans de hau- 
tes questions d'administration. Vers 
la fin de sa carrière , lors même 
qu'une douloureuse maladie le tenait 
éloigné des délibérations , « au nom 
« de travaux publics, de canaux, ses 
« forces se ranimèrent, et , ne pou- 
" vant donner sa voix , il envoya du 
■' moins ses observations sur les pro- 
« jets en délibération (2). « Les 
hommes spéciaux remarquèrent dans 
le temps (1822) son discours sur la 
canalisation de la France, où il pi'é- 
disait un déficit de 40 millions sur le 
budget , prédiction qui ne fut que 
trop bien accomplie. Non content d'a- 
voir révélé comme pair ce que lui in- 
diquait sa prévoyance, il en fit l'objet 
d'une brochure adressée à M. Bec- 
quey, alors directeur - général des 
ponts-et-chaussées. Le comte de Mon- 
talivet mourut à La Grange, le 22 
janvier 1823 : les regrets qu'il donna 
à la mort de Napoléon contribuèrent, 
dit-on, à hâter les progrès de la 
maladie qui l'enleva ainsi avant la 
vieillesse. Le jour de sa mort , il fit 
venir son fils aîné, et, préoccupé des 
malheurs qui , dans sa pensée , me- 
naçaient la France, il lui dit : « Les 
« fautes de la restauration amèneront 
■« une révolution nouvelle; elle peut 
« finir par le duc d'Orléans; mais 
<• préparez-vous , mon fils , à une vie 
u aussi agitée que celle de votre 
« père. » Cette prédiction ne s'accom- 
plit pas du moins pour celui à qui 
elle s'adressait. Le comte Simon de 
Montalivet, lieutenant au 2" régiment 
d'infanterie, ne survécut que de neuf 
mois à son père : il mourut le 12 oc- 

(2) !\'otice du comte Daru, déjà citOc, 



234 



MON 



tobrc 1823, à Gironne, d'une inflam- 
mation d'entrailles. M. le comte Ca- 
mille de Montalivet , frère puîné de 
Simon , lui a succe'dc dans la pai- 
rie (3), et, par une singulière destinée, 
il a offert l'exemple unique d'un fils 
parvenu, comme son père , au minis- 
tère de l'intérieur et à l'intendance 
de la liste civile. D'ailleurs , on 
peut dire que, par son dévouement 
et la franchise de sa politique, le fils 
a su honorer cette espèce d'hérédité. 
Ajoutons que plusieurs des monu- 
ments dont son père avait posé la 
première pierre, tel que l'Arc-de- 
Triomphe , furent inaugurés par le 
fils. M. Camille de Montalivet , sur 
la demande du conseil municipal 
de Valence, a fait hommage à cette 
ville , en 1834 , du portrait de son 
père, pour être conservé dans une des 
salles de la maison commune. Au sur- 
plus, et nous l'avons déjà dit, ce n'est 
pas seulement à Valence que Monta- 
livet père a laissé des souvenirs pré- 
cieux pour sa famille et pour notre 
histoire administrative. En 1830, lors 
de l'installation du nouveau préfet de 
la Manche , envoyé par le gouverne- 
ment de Louis-Philippe , cette parole 
fut adressée, par un des maires du 
pays , à ce fonctionnaire : Rendez- 
nous l'administration de M. de Mon- 
talivet. Son souvenir , en effet , est 
devenu populaire dans ce départe- 
ment, où plusieurs foires sont appe- 
lées Montalivettes. D — R — h. 



(3) M. le comte de Montalivet avait un très- 
ieune fils, Charles, qui mourut en 1832. C'é- 
tait un jeune homme de grande espérance. 
Aux journées de juin de cette même année , 
il marcha contre les rebelles, et, ayant eu son 
eheval blessé , il fut mis à l'ordre du jour 
comme ayant montré beaucoup de bravourCt 
Ce fut au sujet de cette mort que M. Charles 
Chabot publia, en 183a, sous ce titre : Regrets 
et Souvenirs , ime brochm-e in - 8», d'mie 
feuille un quart, laquelle contient : 1° une 
pièce de vers à Mme la comtesse de Monta-' 



MON 

MOXTAMY (Didier - François 
d'Arclais, seigneur de), né, en 1702, 
à Montamy près de Vire, appartenait 
à une ancienne famille de la Basse- 
Normandie. Il obtint la charge de 
premier maître-d'hôtel dans la maison 
du duc d'Orléans , et reçut la déco- 
ration des ordres réunis de Saint-La- 
zare de Jérusalem et de Notre-Dame 
du Mont-Carrael. il mourut à Paris, 
le 8 février 1765. C'était un homme 
instruit qui aimait et cultivait les arts, 
sur lesquels il a laissé quelques ou- 
vrages estimés : L La Lithoge'ognosie, 
ou Examen des pierres et des ter~ 
res , etc. , traduit de l'allemand de 
J.-H. Pott {voy. ce nom , XXXV, 
530), Paris , 1753 , 2 vol. in-12. IL 
Traité pratique des différentes ma- 
nières de peindre , inséré par dom 
Pernety {voy. ce nom , XXXIII, 390) 
dans son Dictionnaire portatif de 
peinture, etc., Paris, 1757, in-8''. III. 
Traité des couleurs pour la peinture 
en émail et sur la porcelaine , précédé 
de l'Art de peindre sur témail. Mon- 
tamy, en mourant, remit le manuscrit 
de cet ouvrage à Diderot, qui le pu- 
blia, avec des augmentations et l'é- 
loge de l'auteur, Paris, 1765, in-12; 
il a été réimprimé dans le tome Vlll 
des Œuvres de Diderot , édition de 
Brière, 1821-22. P— rt. 

MONTAM (Jean-Joseph), jésuite 
italien , issu d'une noble famille de 
Pesaro, naquit vers l'an 1685 , et , 
après avoir fait ses humanités, entra 
dans la Société à Rome , et l'honora 
par ses vertus et son profond savoir. 

livet, mère de M. le comte Camille de Jf on- 
talivct ; 2° à la mémoire de J.-P. Bacliasson, 
comte de Montalivet , notice en prose sur 
M. de Montalivet, ministre de l'intérieur sous 
Napoléon ; i° à la mémoire des vertus de 
M. Charles, vicomte de Montalivet (mort à 
Naples, le 29 novembre 1832) , morceau de 
prose ; h" vers sur sa mort ; 5» « 5f. le comte 
de Montalivet, intendant-général de la liste 
civile. 



MON 

Il étudia la théologie avec soin, et 
fut ensuite chargé de professer la mo- 
rale dans le collège romain, où il 
exerça cet emploi pendant plusieurs an- 
nées avec tant de réputation qu'on ve- 
nait de toutes parts pour le consulter, 
et qu'il était regardé comme un des 
hommes les plus versés sur cette ma- 
tière. Il mourut dans ce collège en 
1760. Benoît XIV, qui connaissait 
son mérite, l'honorait de sa bienveil- 
lance. Montani rendit un grand ser- 
vice à l'ouvrage du père Pelizzari, 
son confrère, intitulé de Monialibus , 
en entreprenant de le corriger. Il s'at- 
tacha à redresser ce qu'avaient de 
trop relâché certaines maximes épar- 
ses dans ce livre , et à les rendre tel- 
les que Pelizzari lui-même l'aurait 
fait, s'il avait vécu du temps de ïMon- 
tani. Il y fit un grand nombre d'ad- 
ditiom , tirées la plupart des décrets 
de la sacrée congrégation de l'Index 
et des bulles de Benoît XIV. Il inséra 
dans l'ouvrage quelques-unes de ces 
bulles textuellement , et en donna 
d'auties par extrait , en conservant , 
toutefois , les paroles les plus remar- 
quables, et publia l'ouvrage sous ce 
titre : Tractatus de monialibus , etc., 
Rome, 1755, in-4°. Il en parut une 2* 
édition à Venise en 1761. L — y. 

MOXTAXO (Jean-Baptiste), ar- 
chitecte et sculpteur, était né vers 
1543 , à Milan , de parents pauvres 
et qui ne purent soigner sa pre- 
mière éducation. Abandonné de 
bonne heure à lui-même, il étudia le 
dessin et fit de rapides progrès dans 
tous les arts d'imitation. Étant venu , 
sous le pontificat de Grégoire XIII, à 
Rome, il s'y fit promptement connaî- 
tre par son talent pour la sculpture. 
Baglione (1), qui l'avait vu dans son 

(1) Vite de' pittori, p. 105, oîi notre artiste 
a une notice sous le nom de Gio.-Bat, Mi- 
lanese. 



MON 



235 



atelier, dit qu'il taillait le bois com- 
me de la cire , et qu'il exécutait , en 
se jouant des morceaux d'un fini pré- 
cieux. C'est de cet artiste que sont les 
ornements qui décorent le buffet d'or- 
gues de Saint-Jean de Latran. La vue 
des monuments de Rome avait perfec- 
tionné son goût et étendu ses connais- 
sances. En étudiant l'antique, il devint 
architecte , comme il était devenu 
sculpteur sans autre maître que son 
génie ; et il ne lui manqua que des 
circonstances plus favorables pour 
se faire une grande réputation. Il 
était déjà sur le retour de l'âge, 
quand il s'avisa d'épouser une femme 
jeune et belle ; et , ajoute naïvement 
Baglioni, je ne sais s'il fit bien. Quoi- 
qu'il eût travaillé beaucoup toute sa 
vie, il ne laissa point de fortune, il 
mourut à Rome, en 1621, à 87 ans. 
J.-B. Soria, son élève, fit graver ses 
dessins et les publia, en cinq parties, 
qui ont été réunies sous ce titre : 
Architettura con diversi ornamenti 
cavati daW antico, Rome, 1684 et 
1691 , petit in-foho. La première , 
précédée du portrait de Monta- 
no (2), contient les cinq ordres 
d'architecture, avec de courtes expli- 
cations au bas des planches. La secon- 
de, ornée du portrait de Soria placé, en 
forme de vignette, au-dessus de l'avis 
au lecteur, renferme un choix des 
temples anciens avec leurs coupes et 
lem's élévations ; la troisième, les tom- 
beaux antiques ; la quatrième , des 
modèles de tombeaux et d'autels, de 
l'invention de Montano ; enfin , la 
cinquième, des modèles de taberna- 
cles. Ce volume est assez rare. M. Bru- 
net, dans son Manuel du libraire, 
n'en indique que des parties séparées. 
\V— s. 



(2) On lit au bas cette inscription : Virlute 
vixit t memoria viiit, gloria vivet. 



236 



MON 



MOIVTAUBAX (Jeas de), H'.inc 
famille noble de Bretagne, conseiller 
et chambellan du roi Charles VII, 
exerçait les fonctions de maréchal 
de Bretagne, lors du procès intenté 
au prince Gilles par le duc Pierre II, 
son frère. La douceur dont usa le 
maréchal envers le prince Gilles, con- 
fié particulièrement à sa garde, con- 
trasta avec l'animosité de son frère 
Arthur, qui mit tout en œuvre pour 
se venger de ce que le prince Gilles 
lui eût été préféré comme époux de 
Françoise de Dinan. Lorsqu'en 14o0, 
Arthur, qui était bailli du Cotentin, 
se retira aux Célestins de Marcoussis 
pour se soustraire aux recherches 
qu'on faisait des auteurs de la mort 
de Gilles, le roi donna sa charge au 
maréchal pour le récompenser de 
l'avoir aidé, à la tête des troupes du 
duc de Bretagne, à faire la conquête 
de la Normandie, occupée par les An- 
glais. La bravoure de Montauban dé- 
termina le duc de Bretagne à lui con- 
fier, en 1453, le commandement des 
troupes qu'il envoya en Guyenne 
pour réduire cette province sous l'au- 
torité du roi. Au combat de Castillon, 
livré le 17 juillet 1453, il fit des pro- 
diges de valeur à la tête des Bretons. 
C'est en parlant de ce combat, où les 
Anglais furent défaits , Talbot et son 
fils tués, et la Guyenne recouvrée, que 
l'historien Jean Chartier a dit : « Les 
Bretons en sont demeurés bien dignes 
de recommandation». Louis XI, à son 
avènement, créa Montauban grand- 
maître des eaux-ct-forêts, et ensuite 
amiral de France, à la place du comte 
de Sancerre. Il mourut à Tours , au 
mois de mai 1466, fort regretté du roi, 
mais peu du duc de Bretagne, qui, 
l'année précédente, avait saisi ses 
biens pour le punir de servir les 
intérêts de la France au préjudice de 
la Bretagne. — > Montavban ( Philippe 



MON 

de), de la même famille, était capitaine 
de Rennes quand il fut appelé , en 
1485, à remphr les fonctions de chan- 
celier de Bretagne, vacantes par la mort 
de La Villéon. Il ne renonça pas pour 
cela au parti des armes ; car, deux 
ans après, le duc François II, lors de 
l'entrée en Bretagne des troupes de 
Charles VIII, s'étant retiré, d'abord à 
Rennes, et de là à Malestioit, laissa, 
dans la première ville , les membres 
de son conseil dont il confia la pré- 
sidence à Montauban , en même 
temps qu'il le nomma son lieutenant- 
général, à la demande des habitants. 
Peu après, sur la nouvelle que le roi 
allait assiéger Nantes, il se joignit à 
La Moussaye qui voulait se jeter dans 
cette ville avec un corps de cavalerie, 
et dont le projet ne put s'accomplir 
qu'après un rude combat soutenu, à 
Joué, contre les Français. Le duc, en 
mourant, le nomma membre du con- 
seil de régence qui devait gouverner 
pendant la minorité de la duchesse 
Anne, sa fille. Les cinq seigneurs dont 
se composait ce conseil furent bien- 
tôt divisés au sujet du mariage de la 
princesse. Le maréchal de Rieux fa- 
vorisait d'Albret. Montauban , qui 
exerçait un grand empire sur l'esprit 
de la jeune duchesse, la dissuada de 
ce mariage, en alléguant la dispro- 
portion d'âge et la pauvreté de d'Al- 
bret, que le roi avait dépouillé de ses 
domaines. Par ses conseils, Anne fit , 
devant deux notaires apostoliques, 
une protestation contre ce mariage ; 
et, un jour que d'Albret n'attendait 
plus que les dispenses sollicitées à 
Rome, au moyen d'une fausse procu- 
ration de la princesse, fabriquée par 
le vice-chancelier La Rivière , il vit 
apparaître Montauban qui venait, en 
personne, signifier à ce vieil aventu- 
rier l'opposition formelle à son ma- 
riage avec une princesse de onze ans. 



MON 

Il avait à peine commencé sa lectme, 
que d'Albret et de Rieox, présents à 
l'entrevue, s'écrièrent que " s'il con- 
" tinuait, ils lui feraient la tête sati- 
» plante'. » Malgré les regai'ds flam- 
boyants du maréchal qui, la main 
sur la garde de son épée, jurait que 
« ce ne serait qu'avec le fer qu'il ré- 
" pondrait à de telles écritures, « Mon- 
tauban ne tint aucun compte de ces 
menaces, et n'en acheva pas moins 
sa mission. L'année suivante (1489), 
de Rieux , dans la vue de soustraire 
la duchesse à l'influence de Montau- 
ban, fit tous ses efforts auprès du roi 
d'Angleterre , dont il avait gagné les 
généraux, pour que ce prince déter- 
minât Anne, son alliée, à venir se 
placer sous la protection de son ar- 
mée. Mais le chancelier, qui veillait 
avec une égale sollicitude aux intérêts 
de sa souveraine et à ceux de son 
pays, éclaira la duchesse sur les con- 
séquences de cette détermination, et 
réussit à l'empêcher de se mettre en- 
tre les mains des Anglais. Furieux de 
voir ses projets avortés, de Rieux 
crut avoir trouvé une occasion favo- 
rable de se venger de son rival , en 
l'assiégeant dans Guérande, oîx il 
était allé remplir les devoirs de sa 
charge. Le maréchal fit investir la 
place par la garnison du Groisic, mais 
la duchesse, avertie du danger de son 
fidèle chancelier, envoya à son secours 
Dunois, qui força de Rieux à lever le 
siège. En 1490, Charles VIII ayant, 
au mépris des traités, levé en Breta- 
gne des troupes qui la mettaient au 
pillage, la duchesse envoya Montau- 
ban en Angleterre, sous le prétexte 
apparent de régler les frais des se- 
cours qu'elle en avait reçus, mais, en 
réalité, pour s en ménager de nou- 
veaux dans le cas prochain du renou- 
vellement des hostilités. Toutefois, le 
chancelier avait trop de perspicacité 



MON 



237 



poiu- s'abuser sur les conséquences 
d'une alliance avec les Anglais. Aussi, 
tant pour les prévenir que pour met- 
tre un terme aux discussions qui dé- 
solaient son pays, s'empressa-t-il de 
prêter l'oreille aux propositions des 
envoyés de Charles VIII, lorsque ce 
prince se mit au nombre des préten- 
dants à la main de la duchesse. Nul 
ne contribua plus que lui à la con- 
clusion de ce mariage. Lorsque, dans 
l'année qui suivit ce grand acte poli- 
tique, le roi d'Angleterre voulut ten- 
ter des descentes en divers endioits 
de la Bretagne, Montauban à qui était 
confiée l'administration du duché, 
le repoussa sur tous les points. Il 
fut un des premiers à ressentir les 
effets de l'union de la Bretagne avec 
la France. Pour le gagner, Charles 
Vin lui avait promis la dignité de 
chancelier de France. Toutefois, des 
lettres-patentes de 1494 ayant aboli 
la chancellerie de Bretagne, tout ce 
qu'on se borna à faire pour Montau- 
ban, qu'on ne voulait pas d'abord mé- 
contenter, ce fut de le nommer gou- 
verneur et garde-scel de la chancel- 
lerie de Bretagne, et chef d'une cham- 
bre de justice formée de quatre 
conseillers appelés maîtres des requê- 
tes. Il conserva pourtant, durant sa 
vie, le titre de chancelier ; mais com- 
me on voulait se défaire de lui peu à 
peu, on lui donna pour vice-chance- 
lier Guillaume Guéguen, depuis évê- 
que de Nantes. Sa mort précéda de 
peu de jours celle du maréchal de 
Rieux, arrivée le 8 janvier 1518. La 
charge de chancelier de Bretagne et 
les 4,000 fr. de gages y affectés fu- 
rent alors définitivement annexés à 
la chancellerie de France, dont Duprat 
était titulaire. P. L— ^. 

MOXTAUT (Louis DE xMahibon 

de), conventionnel, naquit vers 1754, 
au château de Montaut, d'une famille 



238 



MON 



noble et qui se montra tout entière 
opposée à la révolution. D'abord 
mousquetaire du roi, il avait quitté le 
service lorsque cette révolution com- 
mença. Il en embrassa la cause avec 
une sorte de fureur, et fut nommé, en 
1791, administrateur du district de 
Condom et lieutenant-colonel de la 
garde nationale du département du 
Gers, qui l'élut député à l'Assem- 
blée législative. Il ne s'y distingua 
par aucun talent; ses violences atti- 
rèrent seules l'attention. L'horreur 
fut d'abord le premier sentiment que 
firent éprouver, en 1791, dans l'As- 
semblée législative, les massacres qui 
avaient eu lieu à Avignon. Montant 
ne parut pas le partager; il en dé- 
fendit les auteurs le 18 avril 1792, 
et fit ordonner ensuite que les anciens 
drapeaux de l'armée française se- 
raient brûlés à la tête des corps mili- 
taires; et il appela, par ses dénoncia- 
tionsdu 30 juillet, les fureurs popu- 
laires sur les royalistes désignés sous 
la dénomination de chevaliers du 
poignard, il présidait, dans les pre- 
miers jonrs d'août , la société des Ja- 
cobins, où s'élaborait publiquement 
la conjuration qui allait détruire ce 
qui restait de la monarchie. Le 9 , on 
y avait mis en délibération s'il ne 
serait pas nécessaire de vouer à l'exé- 
cration publique tous les membres 
de l'Assemblée législative qui avaient 
refusé de mettre le général Lafayette 
en état d'accusation. Le lendemain , 
Montant, accusé par le député Jolivet 
d'avoir laissé avilir le Corps législatif, 
brava cette dénonciation, et pendant 
l'attaque du château, il fit décréter 
un appel nominal pour jurer , au 
nom de la nation, de maintenir la li- 
berté et l'égalité, ou de mourir cha- 
cun à son poste. Lors des massacres de 
septembre , le député Jouneau ayant 
été extrait des prisons de l'Abbaye et 



MON 

ramené à l'Assemblée par les ëgor- 
geurs eux-mêmes, Montant fut accusé 
d'avoir demandé qu'il y fût reconduit ; 
ce qui ne fut pas décrété , heureuse- 
ment pour Jouneau , car il y eût été 
inévitablement égorgé. Réélu à la Con- 
vention , Montaut vota pour la mort 
dans le procès de Louis XVI , contre 
l'appel au peuple et contre le sursis. 
Il fut ensuite l'adjoint de Marat dans 
ses dénonciations contre Dumouriez , 
même avant sa défection ; fit décréter, 
le 5 avril , que le duc de Montpen- 
sier, qui servait dans l'armée du Var, 
serait conduit à Paris et enfermé ; con- 
tribua à la proscription des Girondins, 
et s'offrit à déposer contre eux comme 
témoin, après avoir été leur juge. 
Enfin il prit part à tous les actes de 
démence révolutionnaire dont le rè- 
gne de la Convention présente le ta- 
bleau. Enfin , il fit décréter par cette 
assemblée que Marat obtiendrait 
l'apothéose , et qu'il aurait , dans cette 
déification étrange, le pas sur J.-J. 
Rousseau : » Ce que Rousseau a 
» écrit , s'écria-t-il , Marat l'a fait >• . 
D'après ce raisonnement, Marat l'em- 
porta sur Rousseau. Le 19 novembre 
1793, Montaut fit statuer que les 
biens des accusés qui se seraient don- 
né la mort seraient confisqués. Il pro- 
posa ensuite Xépuration des Jacobins, 
et reprocha à Fourcroy le long silence 
qu'il gardait, et son peu d'empresse- 
ment à assister aux séances de la so- 
ciété. Ce fut alors que Fourcroy 
s'excusa sur la nécessité où il était de 
pourvoir par son travail à la subsis- 
tance du sans-culotte son père et des 
sans-culottes ses sœurs. Après le 9 
thermidor, Montaut persista dans ses 
fureurs démagogiques , prit part aux 
insurrections de germinal et de prai- 
rial (1" et 18 avril 1795) et fut dé- 
crété d'accusation. On lui reprocha, 
dans cette circonstance, d'avoir dénon- 



MON 

ce sa mère et ses sœurs : ce qu'il nia, 
quoique la dénonciation relative à sa 
sœur fût pi'ouvée par onze pièces. On 
l'accusa enfin d'avoir, le 21 janvier 
1794, sous prétexte de célébrer cette 
journée sur la place même où Louis 
XVI avait reçu la mort, entraîné la 
Convention sous l'échafaud, au mo' 
ment d'une exécution , de manière 
que le sang des victimes rejaillit sur 
plusieurs députés. On lui reprocha 
encore d'avoir provoqué le supplice 
des fermiers-généraux, Montaut fut 
amnistié en 1796 , et ne reparut pas 
depuis sur la scène politique. Obli- 
gé de quitter la France, en 1816, 
comme régicide , il se réfugia en 
Suisse, où il resta jusqu'après la ré- 
volution de 1830 , qui lui permit de 
rentrer dans ses foyers. Il mourut 
dans le château de jNIontaut ( com- 
mune de Mont-Real , département du 
Gers ) , au commencement de juillet 
1842. B— uetM— Dj. 

MOXTBÉLIARD (Henriette, 
comtesse de), était l'aînée des quatre 
filles de Henri HldeMontfaucon, com- 
te deMontbéliard, tué, en 1396, à la 
bataille de INicopoli. Le comte Etienne 
de Montbéliard, père de Henri IH, vi- 
vait encore ; sentant sa fin approcher, 
il fit un testament par lequel il insti- 
tuait Henri son héritier en tous ses 
biens ; stipulant qu'au cas que son 
fils Henri ne revînt pas de son expé- 
dition contre les infidèles, Henriette, 
l'aînée des filles de Henri HI, lui succé- 
derait dans le comté de Montbéliard, 
dont lui, comte Etienne, fils de Henri 
H de Montfaucon et d'Agnès, comtesse 
de Châlons, avait hérité de sa mè- 
re. Elle-même y avait succédé à son 
frère Ottenin, héritier de Guille- 
mette de Neufchâtel, leur mère, ar- 
rière-petite-fille de Thierri HI, sei- 
gneur de Montfaucon , comte de 
Montbéliard, et d'Adélaïde, comtesse 



MON 



239 



de Ferrette. Thierri III était, par 
son père Richard El, comte de Mont- 
béliard, l'aîné des fils du comte Amé- 
dée l", seigneur de Montfaucon qui 
avait succédé dans le comté de Mont- 
béliard à Agnès de Mousou sa mère, 
à l'exclusion des comtes de Bar et de 
Ferrette , qui étaient des branches 
masculines de la maison de Mousou- 
Montbéliard. Agnès était fille aînée 
de Thierri II, comte de Bar et de 
Montbéliard ; petile-fiUe de Thierri l"^ 
comte de Mousou, de Bon, de Mont- 
béliard et de Verdun ; enfin arrière- 
petite-fille, par son père , de Louis 
I", comte connu de Mousou, deMont- 
béliard et de Bar. Richard, comte de 
Montbéliard, fils d'Amédée I", comte 
de Montbéliard , seigneur de Mont- 
faucon , avait eu , outre Thierri III, 
un autre fils nommé Gauthier qui, en 
1205, épousa Bourgogne de Lusignan, 
fille d'Amaury, roi de Jérusalem et 
de Chypre. Ce Gauthier de Montfau- 
con - Montbéliard fut connétable du 
royaume de Jérusalem et régent de 
celui de Chypre pendant la minorité 
de son beau-frère, le roi Hugues l". 
C'est de ce Gauthier de Montfaucon- 
Montbéhard que Henri II , époux 
d'Agnès de Châlons, descendait, par 
son père Henri I", au troisième de- 
gré. Le comte Etienne de Montbéliard 
maria sa petite-fille Henriette à Éber- 
hard, dit le jeune, comte de Wurtem- 
berg, qui n'avait encore que neuf ans. 
Ce mariage ne fut ni long , ni heu- 
reux. Le comte Éberhard , dit le 
jeune, mourut le 2 juillet 1419, lais- 
sant d'Henriette deux fils , Louis 
et Uhich, dit le Bien-Aimé, avec une 
fille Anne, qui épousa le comte Phi- 
lippe de Cotzellenbogen. Henriette 
gouverna le comté de Wurtemberg 
au nom de ses deux fils mineurs. Des 
voisins ambitieux crurent le moment 
favorable pour attaquer le Wurtera- 



240 



MON 



berç, mais Henriette avait la connais- 
sance de ses forces et de ses devoirs. 
I^ comte Frédéric de Zollern, l'an- 
cien , dit Otinger, s'oublia jusqu'à 
tenir des propos injurieux contic 
Henriette : Quo tempore, dit Trithem, 
Chronique d'Ilirschau, ab anno 1422, 
Cornes de Zolern in superbiam elatus, 
dispexit mulierern (jiiasi regiminc 
pr'mc'ipatus indignam eatn subsannan- 
do his intcr alla verbis : Num vulva 
hujus vïiilieris fcetulenta me vult aut 
poterit deiiuo absorbere? Mulieri nun- 
ciata sunthœc comitis verba, ad (juem 
ipsa scripsit : Non solum te , sed et 
castellum tuum Hohenzollern et om- 
nia quœ ad jus tuum pertinent mea 
devorabit vulva, ut discas te non mu- 
lierern inertem irritasse, sed princi- 
pem tuum. En efl'et, Henriette assem- 
bla ses troupes , convoqua ses vas- 
saux et ses alliés, marcha vers le 
comte, le battit et, ayant mis le siège 
devant le château d'Hohenzollern , 
s'en empara après un an de blocus, 
fit le comte prisonnier et l'envoya 
dans les prisons de Montbéliard, où 
ii mourut. Elle rasa le château d'Ho- 
henzollern jusqu'aux fondements , et 
resta en possession de ce comté jus- 
qu'en 1429. Le comte Frédéric de 
Zollern étant mort, Eitel-Frédéric, 
son frère, obtint défaire la paix avec 
les comtes de Wurtemberg : mais les 
conditions furent si dures que , par 
l'une eutie autres , les comtes d'Ho- 
henzollern, en se résignant à suppor- 
ter seuls les frais de la guerre, se 
reconnurent , en outre , vassaux et 
serviteurs à perpétuité de la maison 
de Wurtemberg. Ils stipulèrent que, 
si iamais leur maison venait à s'étein- 
dre, faute de mâles, tous leurs biens 
passeraient à celle de Wurtemberg. 
Henriette , lors de la majorité de ses 
fils, leur remit les rênes du comté de 
W^urtemberg, conservant seule celles 



MON 

du comté de Montbéliard. Elle chercha 
à s'attacher les maisons de Savoie, 
de Cléves et à la maison Électorale- 
Palatine. Dans cette vue, elle conclut: 
1" le mariage de son fils aîné, le com- 
te Louis, avec Mathilde, fille de Louis 
le Barbu, Électeur-Palatin, et de Ma- 
haut de Savoie, fille d'Ame, prince 
de Piémont , d'Achaïe et de la Mo- 
rée ; 2" le mariage d'Dlrich, son au- 
tre fils, avec Marguerite, fille d'Adol- 
phe n, duc de Clèves, veuve de Guil- 
laume, duc de Bavière. Quelques au- 
teurs font dater le partage qui eut 
lieu des États de Wurtemberg entre 
les deux fils d'Henriette, de l'époque 
de ce dernier mariage conclu en 
1440; mais Henriette étant morte à 
Montbéliard, où elle fut inhumée le 
13 février 1443, ses deux fils con- 
firmèrent en commun , le 9 mars 
suivant, les franchises des habitants 
de Montbéliard. Or, si le partage eût 
été fait en 1440, ce diplôme n'eût 
été signé que par le seul comte 
Louis, qui eut ce comté dans sa part. 
De sorte qu'il faut conclure, de ce 
fait diplomatiquement prouvé, que, 
tant qu'Henriette vécut, ses deux fils 
régnèrent par indivis. F — P. 

MONTBÉLIARD (Henri, comte 
de Wi.'RTEMBERG ct de), né en 1448, 
était petit-fils d'Henriette de Montbé- 
liard, par son père le comte Ulrich, 
dit le Bien- Aimé , qui, ayant connu, 
par expérience, combien était perni- 
cieux le partage des terres d'une 
maison, et voulant en éviter cet in- 
convénient entre ses deux fils, des- 
tina Henri, qui était le cadet, à l'égli- 
se. Il vendit, dit-on, un village pour 
se procurer l'argent nécessaire au 
voyage de ce fils, qu'il envoya en 
Italie finir ses études. Henri n'avait; 
que dix-sept ans quand Adolphe de 
Nassau - Wisbaden , électeur de 
Mayence, le choisit, en 1465, pour 



MON 

son coadjuteur. Mais Fréderic-le-Vic- 
torieux, électeui" palatin , menaça de 
déclarer la guerre à Adolphe, si celui- 
ci ne forçait Henri à donner sa démis- 
sion. Le margrave Charles I"^ de Bade 
s'entremit dans cette affaire, et décida 
Henri à résigner le 17 aoiit 1467. 
Celui-ci, en rentrant dans le monde, 
crut pouvoir exiger de son père une 
cession de domaines assez considéra- 
bles pouj- y tenir un rang distingué 
et analogue à celui qu'il venait d'a- 
bandonner. Ces discussions empoi- 
sonnèrent les dernières années du 
comte Ulrich; enfin, Éberhard-le- 
Barbu, comte (puis duc) de Wurtem- 
berg, pour apaiser tous ces fâcheux 
débats, céda, par le traité d'Urach, à 
Henri, son cousin, l'usufruit du comté 
de Montbt'liard, avec ses dépendances 
etluifit,à ce prix, reconnaître, comme 
loi constitutionnelle de la maison de 
Wurtemberg, le droit de succession 
masculine, préparant ainsi la loi de 
primogéniture et celle de l'indivisibi- 
lité du pays. Henri se trouva enfin 
possesseur d'une souveraineté assez 
étendue pour vivre avec l'éclat et la 
somptuosité qu'il aimait. Jouant du 
souverain, du grand potentat, il crut 
pouvoir prendre part à la guerre con- 
tre Charles-le-Téméraire, duc de Bour- 
gogne, qui vint dès-lors (1475) assié- 
ger Montbéliard. Henri se comporta 
vaillamment , fit plusieurs sorties, 
repoussa les Bourguignons, mais en- 
fin eut le malheur de tomber prison- 
nier. Alors Charles soumet la place, 
au nom de Henri et au sien propre, 
comme seigneur suzerain ; mais le 
gouverneur, homme de grand cou- 
rage, répond qu'il est comptable de 
Montbéliard à toute la maison de 
Wurtemberg, et que le comte Henri, 
n'en ayant que l'usufruit, ne peut en 
céder la propriété. Ce gouverneur, 
dont le nom aurait dû passer à la 

Ll^lIV. 



MON 



241 



postérité, fit une noble résistance et 
telle que Charles, qui avait perdu à ce 
siège beaucoup de monde et beau- 
coup de temps , désespérant de ré- 
duire la place par la force, irrité en- 
fin contre le gouverneur, imagina un 
stratagème qui appartient plutôt à un 
bourreau qu'à un homme de guérie. 
Il fait conduiie Henri sur une mon- 
tagne qui était en face du château ; là 
on bande les yeux à ce prince et 
on le fait agenouiller sur un {^rand 
tapis de velours noir; un homme, 
les manches retroussées et un glaive 
à la main , suspend la mort sur la 
tête du prisonnier. Cet acte de bas- 
sesse cruelle , répété à plusieurs re- 
prises, n'ébranle point la fermeté du 
gouverneur, qui persiste dans la dé- 
fense la plus intiépide; ainsi, le duc 
de Bourgogne ne retira d'autie fruit 
de son affreux expédient qu'une juste 
honte, et fut obligé de lever le siège. 
Mais le malheureux Henri, à qui l'on 
avait eu la cruauté de laisser croire 
qu'il allait être immolé si la place ne 
se rendait pas, en eut l'esprit telle- 
ment aliéné que vers l'an 1500, il de- 
vint incapable de gouverner et qu'il 
fallut l'enfermer dans le château 
d'Urach, où il mourut en 1519. Il 
avait eu deux femmes, savoir : Elisa- 
beth, fille de Simon, comte de Bitsch; 
et Eve, fille du comte Jean VH de 
Salm. Du premier lit naquit Ulrich qui 
fut le troisième duc de Wurtemberg ; 
et du second sortirent Georges I'^'", 
comte de Montbéliard, et une fille ap- 
pelée Marie, qui fut la dernière fem- 
me de Henri, dit le Jeune, duc de Bruns- 
wick-Wolfenbuttel , si célèbre dans 
les guerres de son temps. F — P. 

MONTBÉLIARD (Geoeges I % 
comte de), naquit le 4 février 1498, 
du second mariage du comte Henii 
de Montbéliard avec Eve de Salm. Son 
neveu Christophe (quatrième duc de 
16 



242 



MON 



Wurtemberg) lui céda , autant par 
générosité que par déférence, le com- 
té de Montbéliard , avec toutes ses 
dépendances, et c'est en qualité de 
comte souverain de Montbéliard, qu'il 
prit part à la guerre contre Chailes- 
Quint. Ce monarque le mit au ban de 
l'empire et lui voua une haine impla- 
cable. L'un des effets de la haine de 
Charles V fut de faire exclure Geor- 
ges de plusieurs traités de paix, oîi 
il aurait dû être compris ; et l'on ne 
parvint qu'en 1552 à les réconcilier. 
Ce n'est qu'après avoir fait sa paix 
avec l'empereur, que Georges, cédant 
aux instances de son neveu , le duc 
Christophe, épousa, le 14 septembre 
1555, Barbe, fille de Philippe-le-Ma- 
gnanime, landgrave de Hesse. Le 
comte de Montbéliard était alors dan§ 
sa 58' année; cependant, il naquit de 
ce mariage Frédéric P% sixième duc 
de Wurtemberg , dont descend au 
septième degré le roi Guillaume. On 
doit remarquer que la maison royale 
de Wurtemberg, la seule peut-être 
qui n'ait pas donné de prélats à l'é- 
ghse (car Henri , évêque d'Aichstatt, 
mort en 1259, était plutôt un comte 
de Werdenberg qu'un comte de 
Wurtemberg), se serait éteinte au XV' 
siècle et au XVIIP, si les deux princes 
wmtembergeois , qu'on destinait à 
l'église, avaient suivi cette carrière. 
Henri de Montbéliard fut aïeul du 
duc Frédéric I", et le prince Frédé- 
ric-Eugène, aïeul du roi actuel de 
Wurtemberg, fut, en 1739, nommé 
chanoine de Salzbourg, et, en 1741, 
obtint une autre prébende dans l'é- 
glise cathédrale de Constance. Les 
deux frères aînés de Frédéric-Eugène, 
savoir Charles-Eugène et Louis-Eu- 
gène, sont l'un et l'autre morts sans 
enfants mâles, et tous les princes ac- 
tuels de Wurtemberg descendent du 
duc Frédéric-Eugène, comme celui-ci 



MON 

descendait au cinquième degré du 
comte Henri, nommé coadjuteur de 
l'archevêché de Mayence. F — P. 

MOXTBÉLIARD (Georges I", 
prince de), fils puîné du prince Louis- 
Frédéric, troisième enfant du duc 
Frédéric 1", naquit le 5 octobre 1626, 
et succéda dans la principauté de 
Montbéliard, le 15 juin 1662, à son 
frère Léopold-Frédéric , qui avait eu 
la politique de se mettre sous la pro- 
tection de la France et de recevoir, 
dans ses places, des garnisons fran- 
çaises , ce qui le fit comprendre dans 
le traité de W^estphalie. Georges , au 
contraire, changea de politique ; aussi 
Louis XIV le chassa-t-il de Montbé- 
liard et s'empara-t-il de ce comté, 
qu'on nomma cependant principauté 
après que Louis-Frédéric, né prince 
de Wurtemberg comme fils du duc 
Frédéric I", eut obtenu Montbéliard 
pour sa part et formé la nouvelle 
branche de Wurtemberg-Montbéhard, 
qui s'est éteinte, le 29 mars 1723, dans 
la personne du prince Léopold-Eber- 
hard, seul fils de Georges I" de Mont- 
béliard. Celui-ci se retira à OEls, en 
Silésie, chez le duc Sylvius-Frédé- 
ric, son gendre. La paix de Nimègue, 
signée avec l'empire, le 5 février 1679, 
semblait avoir rétabli le prince Geor- 
ges dans toutes ses possessions sans 
aucune réserve, lorsque les chambres 
de réunion décidèrent, en 1680, que 
le Montbéhard devait être considéré 
comme un fief du comté de Bourgo- 
gne, et qu'en conséquence la souve- 
raineté en était dévolue à la France. 
Ces sortes d'actes s'étant multipliés 
excitèrentles réclamations de l'empire 
et finirent par amener de nouveau la 
guerre, dont les funestes effets ne fu- 
rent arrêtés que par la paix de Rys- 
wick (1697), dont l'article 3 s'ex- 
prime ainsi : « La maison de Wur- 
" temberg, et spécialement le comte 



MON 

■" Georges, sera rétablie pour lui et ses 
^ successeurs, eu égard à la princi- 
<• pauté et au comté de Montbéliard, 
" dans les mêmes États, droits, pré • 
" rogatives, etc. « Le prince Georges 
ne jouit pas long-temps de son réta- 
blissement; car il mom-ut le 11 juin 
1699. il avait épousé, en 1648, Anne, 
fille de Gaspard de Coligni, maréchal 
de Cliatillon, et d'Anne de Polignac. 
Ce mariage apporta, dans la maison 
de Wurtemberg , de grands biens 
situés en France et dont hérita le 
prince Léopold-Kberhard de Wurtem- 
berg-Montbéliard (foj. Montbéliahd, 
XXIX, 466). F— P. 

MONTBOISSIE R-Beaufort 
(PiERRE-CiiAnLEs Camllac, vicomtc de), 
naquit au mois de septembre 
1694. Volontaire , en 1708 , au 
régiment de cavalerie de Bouzols; 
cornette au même régiment, le 4 mai 
1709, il servit en Roussillon. Nommé 
capitaine le 31 mai 1710, Canillac 
combattit à la tête de sa compagnie 
à l'armée du Rhin, en 1710, 1711, 
1712 et 1713. Il se trouva, cette 
dernière année, aux sièges de Landau 
et de Fribourg; parcourut, en 1719, 
les frontières d'Espagne , prit part 
aux sièges de Fontarabie et de Saint- 
Sébastien, et fit ensuite partie du 
camp delà Moselle, depuis le 10 
juillet jusqu'au 9 août 1727. Second 
cornette de la seconde compagnie des 
mousquetaires, avec rang de mestre- 
de-camp de cavalerie, le 2 juin 1728 ; 
enseigne le 21 octobre 1730, Canil- 
lac servit au siège de Philisbourg, en 
1734, et à l'armée du Rhin, l'année 
suivante. Brigadier le 1" janvier 
1740, il fut employé comme tel à 
• l'armée de Flandre en 1742, à l'ar- 
mée du roi le 1" avril 1744, se si- 
gnala aux sièges de Menin et d'Ypres, 
et campa sur le canal de Loo, pendant 
le siège deFurnes. Ayant passé en Alsa- 



MON 



243 



ce, il se trouva à l'affaire d'Auguenum, 
au siège de Fribourg , et remplit , à 
dater du mois de décembre, les fonc- 
tions de maiéchal-de-camp , grade 
auquel on l'avait élevé le 2 mai de 
la même année. Il suivit le roi en 
1745, et prit part à la bataille de 
Fontenoy, aux sièges de Tournai et de 
sa citadelle, à ceux d'Oudenarde et 
de Dendermonde. En 1746, Canillac 
protégea, à la tête d'un corps d'armée, 
les sièges de Mons, Charleroi, Saint- 
Guilain, Namur, et combattit à Rau- 
coux. L'année suivante, il accompa- 
gna le roi, se trouva à la bataille de 
Lawfeld, obtint le grade de lieutenant- 
général le 10 mai 1748, et quitta les 
mousquetaires et le service au mois 
de mai 1751. Il mourut vers 1760. Le 
vicomte de Canillac passait pour un 
des militaires les plus braves qui fus- 
sent alors dans nos armées. Ses bles- 
sures, ,plus que l'âge, l'avaient usé 
avant le temps. Il était décoré de la 
croix de Saint-Louis. B — n. 

MONTBRET. Toj. Coouebert, 
LXI, 350. 

MOiVTBROlX ( ÉTIENNE-PlERRË 

Chérade, comte de), naquit dans le 
Poitou, en 1763, d'une famille de 
l'Angoumois, qui a occupé les pre- 
mières charges municipales de la 
ville d'Angoulême et les principales 
dignités de la magistrature de cette 
province. Cette famille, arrivée à la 
possession de grands biens, acquit suc- 
cessivement la seigneurie de Mont- 
bron, dont elle prit le nom , et la 
belle terre de Scorbé-Clervault , en 
Poitou. Suivant l'usage de ses an- 
cêtres , le comte de Montbron fit 
son droit et se disposa à entrer dans 
la magistrature; il acheta même une 
charge de conseiller au parlement dc 
Paris. Mais, à la fin du XVIII'' siècle^ 
la noblesse de province, quel le que fût 
son origine, à peu d'exceptions près, 
16. 



244 



MON 



dédaignait généralement toutes les 
professions étrangères à celle des 
armes. Le comte de Montbron se 
laissa, sans doute , aller à cet entraî- 
nement, car il quitta la toge ma- 
gistrale et un siège dans la première 
cour du royaume, pour une épaulette 
de sous-lieutenant. La révolution de 
1789 arriva, et le comte de Montbron, 
tout en demeurant sincèrement atta- 
ché à l'ancien ordre de choses qui 
allait succomber, ne suivit point ses 
parents et ses camarades dans l'é- 
migration. Demeuré sur le sol de la 
France et éloigné seulement pendant 
quelques mois de sa terre de Scorbé- 
Clervault, il s'y livra au goût qui, 
chez lui, devenait de plus en plus im- 
périeux, la passion des jardins paysa- 
gers, des arbres exotiques et des plan- 
tes rares. Alors cet arborieulteur 
réunit dans son parc tout ce qu'il put 
rencontrer en arbres de pleine terre 
et on y vit notamment toutes les espè- 
ces d'arbres verts et une collection 
précieuse de chênes d'Amérique. 
Mais ce ne fut pas seulement sous le 
rapport de l'agrément et même de 
l'intérêt de la science que ce savant, 
dans cette spécialité, rassembla tant 
de végétaux, venus de contrées si 
diverses et si éloignées : il agit aussi 
dans un but d'utilité réelle et positive, 
et dans le désir de procurer de nou- 
veaux produits à la contrée qu'il habi- 
tait. Sa grande plantation de chênes- 
liéges 6xa surtout l'attention de la 
société royale et centrale d'agricul- 
ture de Paris, lors du concours pour 
la culture de cet arbre précieux , 
hors du rayon où il avait figuré jus- 
que-là. Il fut reconnu que les plan- 
tations de Scorbé-Clervault offraient 
toutes les conditions requises par les 
programmes; que nulle part,^ plus 
au nord , on n'avait encore fait , en 
grand, des plantations de cette 



MON 

espèce , et le prix fut accordé au 
comte de Montbron. Il devint aussi, 
à cette époque, correspondant de la 
société qui lui décernait une distinc- 
tion si honorable. Il faut rappeler en- 
core que c'est au comte de Montbron 
qu'on doit la découverte de la variété 
de noyer tardif et à feuilles élégantes 
à qui l'on a donné son nom, et que 
c'est à Scorbé-Clervault qu'on a re- 
cueilli, pour la premièie fois , de la 
graine fertile du cyprès chauve 
ou de la Louisiane, cupressus disticha, 
qu'auparavant on était obhgé de 
faire venir d'Amérique; disons enfin 
que le parc de Scorbé-Clervault, d'une 
très-grande étendue, contient la plus 
belle collection d'arbres exotiques 
qui existe en France. Revenons à ce- 
lui qui l'a créé ; le comte de Mont- 
bron qui avait repris du service sous 
la restauration , reçut le comman- 
dement en second des gardes-du- 
corps à pied, ce qui lui fit obtenir le 
grade de maréchal-de-camp. Mis en 
retraite depuis quelques années, il 
mourut à son château de Scorbé-Cler- 
vault, le 24 janvier 1841, à la suite 
d'une longue et douloureuse maladie. 
Le fils de cet habile arboriculteur en- 
tretient avec soin les belles plantations 
de Scorbé-Clervault, qui sont un des 
ornements du département de la 
Vienne et que pas un voyageur ins- 
truit ne néglige de visiter. F — t — e. 
AIONTBRUiV (IIuGtEs), lieute- 
nant-général des armées françaises 
et gouverneur de l'ouest de Saint-Do- 
mingue, flit arrêté par ordre de Ri- 
gaud, commissaire du Directoire, et 
conduit prisonnier en France en 
1796. Ses opinions politiques le firent 
regarder à cette époque , dans les 
conseils législatifs, comme une victime 
d'ordres arbitraiies ; et le Directoire, 
sur le rapport de Bl ad, demeura char- 
gé, en novembre, même année, de le 



MON 



MON 



243 



faire juger sans délai. Une commis- 
sion fut même nommée aux Cinq- 
Cents pour presser les moyens d'accé- 
lérer son jugement; mais ce ne fut 
que vers la fin de mai 1798 que le 
conseil de guerre de la 1" division 
militaire fut convoqué à Nantes, à 
cet effet. Le général Montbrun, accu- 
sé de haute trahison, fut acquitté à 
l'unanimité, mais ne recouvra pas 
d'activité. Il mourut quelques années 
plus tard. — Montbrun, général de ca- 
valerie, fut nommé général de bri- 
gade après la bataille d'Austerlitz , 
et fit, en cette qualité, les campa- 
gnes d'Autriche et de Prusse. Il se 
distingua encore aux batailles d'Iéna, 
de Friedland (1807), et fut cité avec 
éloge dans les bulletins. Employé en- 
suite en Allemagne, il se signala au 
combat de Papa ; il eut aussi une 
grande part au gain de la bataille de 
Raab (1809). Ayant passé à l'armée 
d'Espagne, il déploya, le 5 mai 1811, 
les plus grands talents et la valeur la 
plus rare au combat de Fuentes d'On- 
noro, dont il décida le succès ; puis, le 
5 juin, à celui d'Almeida. Le 25 sep- 
tembre, il chargea, avec son intrépi- 
dité ordinaire, l'arrière-garde anglaise 
près de Ciudad-Rodrigo , et la pour- 
suivit jusqu'au camp de Fuente-Gui- 
naldo. Devenu général de division, il 
passa à la grande armée en 1812, et 
fit la campagne de Russie sous les 
ordre de Murât; il se couvrit de 
gloire en différentes occasions, notam- 
ment le 7 septembre à la bataille de 
la Moskowa, oii il fut tué d'un coup 
de canon, lorsqu'il chargeait à la tête 
des cuirassiers les redoutes des 
Russes. Z. 

MONTEGGIA (Jean-Bavtiste), 
célèbre chirurgien, naquit le 8 août 
1762, à Laveno, joli village situé sur 
les bords du lac Majeur dans la 
haute Italie. Il fit ses premières étu- 



des à Pallanza , et s'éleva , pour 
ainsi dire, de lui-même, car son père, 
employé dans les ponts-et-chaussées, 
s'occupa peu de son éducation, il 
vint à Milan en 1779 ; et, comme il 
annonçait de grandes dispositions 
pour les sciences naturelles, il fut 
admis au nombre des élèves en chi- 
rurgie du grand hôpital. Dès-lors il 
se livra à l'étude avec tant d'activité, 
qu'il ne prenait pas un instant de délas- 
sement; il lisait même pendant ses re- 
pas, et s'occupait toute l'après-dînée, 
dans l'amphithéâtre d'artatomie, à la 
dissection et aux préparations patholo- 
giques. Il étudia la chirurgie sous les 
illustres professeurs Moscati et Pal- 
letta, dont il sut mettre à profit les 
excellentes leçons; il se renditensuite 
à l'Université de Pavie, où/il Qbtint 
ses grades après avoir sontenu avec 
éclat ses examens. A 24 ans, il publia 
des observations anatomico-patho- 
logiques, aussi intéressantes par les 
recherches nouvelles et utiles, que 
par une latinité qui rappelle celle de 
Celse. On y remarque surtout des 
observations curieuses sur les affec- 
tions morbides symétriques et asy- 
métriques, sur les phénomènes qui 
accompagnent les lésions cérébrales, 
sur la marche et la terminaison des 
maladies de la glande tyrrhoide, etc. 
Monteggia, après onze ans de novi- 
ciat dans le grand hôpital de Milan, 
fut nommé, en 1790, aide-major, et 
ensuite prosecteur d'anatomie. En 
1791, le gouvernement lui donna 
la place de médecin des prisons; il 
avait alors 29 ans ; il publia cette 
même année l'excellent traité de 
Fritz, sur les maladies syphilitiques, 
qu'il avait traduit de l'allemand. Il en- 
richit le Journal de Littérature médi- 
cale de Milan de plusieurs observa- 
tions intéressantes, entre autres sur les 
fractures simples des côtes, et le cas 



246 



MON 



singulier d'une manie simulée. En 

1793, il traduisit de l'allemand : l'Art 
des accouchements de Stein , qu'il 
lendit plus utile encore par des 
notes et des observations sur les ac- 
couchements laborieux. Malgré sa 
modestie et une espèce de timidité 
insurmontable, son mérite n'en fut 
pas moins apprécié, et il fut nommé 
chirurgien en second du même hô- 
pital où il était , et en même 
temps chargé de la chaire d'institu- 
tion de chirurgie. Dés-lors il pensa à 
donner un traité propre à guider ses 
élèves dans la science qu il leur ensei- 
gnait; et il commença en 1800 à pu- 
blier son savant ouvrage intitulé : 
Chiruigiche istituzioiii. Dés l'année 

1794, il avait publié une lettre inté- 
ressante sur l'extirpation du cancer de 
l'utérus, opération que le professeur 
Osiander de Gottingue a aussi rendue 
publique en 1808, en l'annonçant 
comme sa découverte propre. Mon- 
teggia , âgé de 32 ans , épousa une 
demoiselle d'une famille distinguée 
de Crémone, et eut cinq enfants. Il 
serait difficile de trouver un mari 
plus affectionné à sa femme que lui, 
et un père plus tendre et plus soi- 
gneux pour l'éducation de ses en- 
fants. Une pi'a tique très-étendue, ses 
devoirs à l'hôpital et l'étude lui lais- 
saient encore quelques moments qu'il 
consacrait à visiter et à soulager les 
pauvres infirmes. Mais ces travaux 
altérèrent sa santé; il fut attaqué 
d'une espèce de fièvre lente, qui le 
tenait presque toute la nuit. Appelé 
à minuit dans l'hiver et par un temps 
affreux , pour assister une pauvre 
femme dans un accouchement labo- 
rieux, il se rendit auprès d'elle, mal- 
gré la fièvre et les prières de sa 
femme. Il rentra le matin et se mit 
au ht ; bientôt un érisypèle se mani- 
festa à la tête, et se repercuta subite- 



MON 

ment sur le cerveau. Monteggia ren- 
dit le dernier soupir le 17 janvier 
1815, emportant les plus vifs regrets 
de ses amis et de tous les malheu- 
reux qu'il assistait. Son buste en 
marbre fut placé à l'hôpital de Mi- 
lan, avec cette inscription aussi éner- 
gique que flatteuse : 

Philiatri : tniiaminor, imitamtnor. 

Une société, composée de dames aux- 
quelles il avait donné des soins affec- 
tueux, versa dans la caisse de l'hô- 
pital une somme de 3,000 francs, 
destinée à faire célébrer des offices 
pour le repos de son âme, éloge plus 
touchant que la plus éloquente orai- 
son funèbre. Les principaux écrits de 
Monteggia sont : I. Fascicoli patholo- 
gici, Milan, 1780, in-S". II. Compen- 
dio sopra le malattie vénerie, tradotto 
dal tedesco. Milan, 1791 , in-8°. III. 
Annotazioni pratiche sopra i niali ve- 
nerei, Milan, 1794, in-8''. Cet ouvra- 
ge a été traduit en allemand par 
Eyerel, Vienne, 1797, mS"; et par 
Schlessing, Vienne, 1804, in-8''. IV. 
Arte ostetricia di G.-G. Stein, tradotto 
dal tedesco, Milan, 1796, in-S". V. 
Discorso intorno allô studio délia chi- 
rurgia, Milan, 1800, in-S". VI. Jnsti- 
tuzioni di chirurgia, Milan, 1802-3, 
5 vol. in-8°. Peu après la publication 
de ce ti ailé, le célèbre Sca»pa écrivit 
à l'auteur^ une lettre dans laquelle il 
lui déclarait qu'il regardait ce livré 
comme le meilleur traité de chirurgie 
qui eiit paru en Italie , et qu'il le dé- 
signerait pour son successeur dans la 
chaire de clinique chirurgicale de 
l'Université de Pavie ; mais Monteg- 
gia, quoique beaucoup plus jeune 
que Scarpa, mourut long-temps avant 
lui. Vn. Dissertazione sull' uso délia 
salsapariglia, Milan, 1806, in-S". On 
trouve plusieurs articles de Monteg- 
gia dans la Raccolta délia società 



MON 



MON 



247 



d'incoraggimento di scienza ed arti di 
Milano. Oz — M. 

MOXTÉGUT (Jeanne Segla de), 
épouse de Bernard de Montëgut, tré- 
sorier de France., naquit à Toulouse 
le 25 octobre 1709. Elle perdit son 
père à l'âge de deux ans, et sa mère, 
n'ayant pas tardé à se remarier, eut, 
de cette seconde union , plusieurs 
enfants , qui lui firent négliger sa 
fille du premier lit. Celle-ci avait 
une tante du côté paternel, qui s'a- 
perçut de cet abandon, et recueillit 
sa nièce chez elle à la campagne, où 
elle soigna son éducation jusqu'à ce 
que la jeune Montégut eût atteint sa 
seizième année, époque de son ma- 
riage. Elle était alors beaucoup plus 
instruite qu'on ne l'est ordinairement 
à cet âge. Elle avait étudié avec suc- 
cès, outre sa langue, l'italien et l'es- 
pagnol; elle apprit ensuite l'anglais et 
le latin, dans lequel elle fit assez de 
progrès pour tenir lieu de précepteur 
à son fils. Elle excellait également 
dans le dessin, la miniature, la danse, 
la musique et les ouvrages de son 
sexe. Elle était aussi trés-versée dans 
l'histoire, la géographie, la philoso- 
phie, la physique, les mathématiques 
et la botanique. Ce qu'il y a d'admi- 
rable, c'est que la plupart de ces ta- 
lents et de ces connaissances, elle les 
acquit sans maître. ÎNée avec des dis- 
positions marquées pour la poésie , 
elle sembla l'ignorer jusqu'à làge do 
30 ans. Un pari qu'elle fit en jouant 
aux échecs, la mit dans la nécessité 
de composer rapidement quelques 
vers qui obtinrent de grands éloges. 
Dès ce moment, elle conçut un goût 
dominant pour un art où plusieurs 
dames toulousaines s'étaient déjà 
distinguées. Elle présenta, au con- 
cours des Jeux Floraux, son églogue 
de Celimène et Daphnis, qui ne fut 
point couronnée ; son ode à Alcandre 



n'eut pas plus de succès ; l'élégie in- 
titulée Ismène fut plus heureuse en 
1739. La conveision de Ste Madelei-^ 
ne, élégie, et une ode sur le prin- 
temps, obtinrent les prix de ces di- 
vers genres en 1741. Après trois suc- 
cès aux Jeux Floraux , elle avait droit 
au titre de maîtresse de ces Jeux, et 
prit place en cette qualité à l'Acadé- 
mie ; elle et mademoiselle de Catellan 
sont les seules dames qui aient joui 
de cet honneur. Le plus considérable 
des ouvrages qu'elle publia ensuite, 
fut sa traduction .des églogues de 
Pope, qui fut lue en 1750 à la Société 
royale de Londres. Plusieurs autres 
morceaux de sa composition parurent 
successivement dans les recueils de 
ce temps; mais sa modestie ne per- 
mit jamais qu'on les réunît et qu'on 
en donnât une édition avouée d'elle. 
L^n de ses amis s'était préparé à faire 
paraître, à son insu, une grande partie 
de son portefeuille : elle en fut aver- 
tie, fit saisir par l'autorité ce qui 
était déjà imprimé , et le livra au 
feu. Sa santé avait toujours été faible, 
et une médecine, dans laquelle un 
pharmacien fit entrer par mégarde 
un poison violent, acheva de ruiner 
sa constitution. Madame de MoVitégut 
fut inconsolable de la mort de son 
mari, arrivée en 1751, et depuis une 
perte si cruelle elle ne fit plus que 
languir jusqu'au 17 juin 1752 , où 
elle fut enlevée par une épidémie qui 
désolait alors la ville de Toulouse. 
Les œuvres de cette spirituelle Lan- 
guedocienne ont été recueillies par 
son fils (voy. Montégut, XXIX, 488), 
qui les a publiées après la mort de 
sa mère, en deux volumes in-S" (Vil- 
lefranche, du Rouergue et Paris , 
1768); elles consistent en poésies di- 
verses et en lettres. Les unes et les 
autres peignent une âme vertueuse, 
une philosophie douce et chrétienne, 



248 



MON 



un esprit aimable et facile ; mais rien 
ne s'y élève au-dessus de la médio- 
frité qui, chez une femme d'ailleurs 
très-estimable, devait, surtout dans 
sa patrie, être jugée avec beaucoup 
d'indulyence. D — p — c, 

MOI\TEIllO-rfa-/îoc/.a (Joseph), 
mathématicien portugais, naquit, 
vers 1733 , dans la province de 
Minlîo. Élevé au collège des Jésuites, 
il se distingua par des progrès si éton- 
nants, que ses supérieurs l'engagèrent 
à entrer dans leur ordre. Monteiro y 
consentit; mais les jésuites ayant été 
expulsés du royaume quelques années 
après, il se fit séculariser et obtint 
ainsi de rester dans sa patrie. Lors- 
que l'Université de Coïmbre fut ré- 
formée par Pombal, Monteiro fut 
chargé de la chaire de phoronomie. Il 
devint ensuite professeur d'astrono- 
mie et vice-recteur de l'Université. Ce 
fut en cette dernière qualité qu'il pro- 
nonça un fiiscours latin fort éloquent 
dans lequel il fit l'éloge du ministre 
Pombal, ce qui devait paraître extraor- 
dinaire dans la bouche d'un jésuite. 
Monteiro contribua à la rédaction des 
statuts de l'Université de Coïmbre, 
et ce qu'ils renferment de mieux lui 
appai^ient. Il dirigea long -temps 
l'Observatoire de cette ville, et fut le 
rédacteur des éphémérides qui y 
ont été publiées. Ce savant avait été 
nommé précepteur de dom Pedro et 
de dom Miguel, mais il n'en exerça 
jamais les fonctions. Monteiro mou- 
rut en 1819. Il était membre de l'A- 
cadémie de Lisbonne et de plusieurs 
autres sociétés savantes ; il possédait 
des connaissances aussi étendues que 
variées, et l'on assure qu'à l'époque 
de la réforme des études, il fut re- 
connu capable de remplir toutes les 
chaires. Outre plusieurs travaux sur 
les mathématiques pures et appli- 
quées, Monteiro a laissé des Mémoires 



MON 

sur l'astronomie pratique, qui ont été 
traduits en français par M. Manocl- 
Pédro de Mello, Paris, 1808, in-8^ 

F— A. 

aïOIVTÉLÉGIER (le comte 
Gaspard-Gabriel-Adolphe Berson de), 
général français, né en 1780, d'une 
famille honorable du Dauphiné, était 
fils du comte de Montélégier, maré- 
chal-de-camp, mort en 1833, à l'âge 
de 99 ans. Jeté comme simple sol- 
dat dans les rangs de l'armée, en 
1797, il passa en Egypte, dans un 
régiment de hussards. Son intrépi- 
dité le fit nommer sous-lieutenant 
sur le champ de bataille de Redisi, 
où il avait reçu deux coups de 
sabre. Aux Pyramides, il fut le pre- 
mier qui entra dans les retranche- 
ments ennemis. Il devint ensuite aide- 
de-camp du général Davoust, et se 
distingua au combat de Thébes , 
livré le 24 pluviôse an VII (12 fé- 
vrier 1799). Ayant eu , au plus fort 
de l'affaire, un cheval tué sous lui, 
il conserva, quoique blessé, assez de 
présence d'esprit pour se saisir du 
cheval d'un mameluck, et sortir ain- 
si de la mêlée. Kléber le nomma 
capitaine en 1800. Revenu en France, 
Montélégier fut attaché à l'état-major, 
puis nommé successivement, en 1806, 
chef d'escadron et colonel. Il servit 
alors en qualité d'aide-de-camp du 
maréchal Lefebvre. En 1809, il par- 
ticipa à la campagne contre les Au- 
trichiens, et fut autorisé à porter la 
décoration du Mérite militaire, que 
lui accorda le roi de Bavière. L'année 
suivante, il partit pour l'Espagne et 
commanda, pendant quinze mois, un 
régiment de dragons, aux avant- 
postes du duc de Dalmatie, en Estra- 
madure. Nommé général de brigade, 
le 30 mai 1813, il se distingua à la 
bataille de Leipzig, où il commandait 
la première brigade des dragons ve- 



MON 

nus d'Espagne. Le 24 décembre sui- 
vant, il culbuta un corps de cavale- 
rie russe, composé de 2,000 hommes, 
qui avait pénétré dans Colmar. Ce 
succès lui valut le titre de baron. En 
janvier 1814, il prit part à la défense 
des Vosges, repoussa différents partis 
de cosaques qui parcouraient ce dépar- 
tement, et fut blessé à Brienne. Mon- 
télégier fut le premier officier- géné- 
ral qui arbora la cocarde blanche, en 
1814, et qui se rendit à Livry au 
devant du comte d'Artois. Il fut, à 
cette occasion , nommé officier de 
la Légion-d'Honneur, dont il était 
chevalier depuis 1806. Lors du re- 
tour de Napoléon, il suivit à Gand 
le duc de Berri, qui l'avait choisi 
pour aide-de-camp. Promu au grade 
de lieutenant-général, en 1821, il 
fut, la même année, un des princi- 
paux témoins à charge, dans le 
procès de la conspiration du 19 août 
1820. Ses dépositions lui suscitèrent 
de nombreux ennemis ; le colonel 
Barbier-Dufay , entre autres, lui 
adressa une letttre imprimée, où il 
lui prodiguait les épithètes les plus 
outrageantes. Montélégier ayant répli- 
qué de la même manière, l'affaire 
fut portée au tribunal de police cor- 
rectionnelle, qui condamna Barbier- 
Dufay à un mois de prison, 500 fr. 
d'amende et aux cinq sixièmes des 
dépens, et Montélégier à 2o francs 
d'amende et à un sixième des dépens. 
Ce résultat, qui condamnait également 
la conduite des deux adversaires , 
n'apaisa pas leur querelle; le len- 
demain, 7 décembre, un duel eut 
lieu : Montélégier reçut à l'épaule 
un coup d'épée qui mit pendant 
quelques jours sa vie en danger. 
Nommé inspecteur d'infanterie , 
en 1822, il partit l'année suivante 
pour la Corse, avec la qualité de 
gouverneur de l'île, oii il se fit géné- 



MON 



249 



ralement estimer. Il y mourut le 2 
novembre 1825. A — y. 

MONTEMAGXO (BrosAccoRso 
D.\), poète italien, cité par l'Académie 
de la Cy-iicsca , dans la liste de Testi 
di Lingua, c'est-à-dire des auteurs (pii 
font autorité en matière de langage, 
était de Pistoie, où sa famille, l'une 
des plus distinguées de cette ville, 
avait été plusieurs fois élevée aux 
premiers emplois. On conjecture 
qu'il fut l'élève du célèbre Cino, 
son compatriote. Il remplissait , en 
1364, la charge de gonlalonier. On 
a prétendu, mais sans preuve, qu'il 
avait été créé chevalier, en 1381, 
par l'empereur Venceiilas. On igno- 
re la date de sa mort et par consé- 
quent s'il survécut à Pétrarque, dont 
les Italiens le regardenl comme un des 
plus heureux imitateurs. Il ne nous 
est parvenu de lui que quelques 
sonnets, mais pleins de grâce et de 
douceur. Tant il est vrai, comme le 
dit Ginguené ( Hist. littér. d'Italie, 
III, 178), qu'il ne faut que peu de 
vers, mais dignes des gens de goût 
pour se faire un assez grand nom. 
Les Bime de Montemagno furent pu- 
bliées pour la première fois, par Ni- 
colo Pilli, Rome, 1559, in-8", rare. 
L'une des meilleures éditions de ce 
recueil est celle que l'on doit au 
savant abbé J.-B. Casotti, Florence, 
1718,in-12; elle est précédée d'une 
lettre dans laquelle l'éditeur a ras- 
semblé le peu de détails qui nous 
ont été transrais sur ce poète, et 
prouvé qu'on l'avait confondu jus- 
qu'alors avec son petit-fils qui porte 
le même nom. — Montemagso (Buo~ 
naccorso da), le jeune, a laissé quel- 
ques sonnets imprimés avec ceux de 
son aïeul. Il était non- seulement 
poète, mais orateur et jurisconsulte ; 
il professa pendant quelque temps 
le droit à l'Académie de Florence, et 



250 



MON 



MON 



fut élu juge de l'un des quartiers de 
cotte ville. Il mourut le 16 décem- 
bre 1429. On a conservé de lui quel- 
ques discours latins et italiens. Deux 
de ses discours latins ont paru si 
remarquables à Ginçuené, qu'il a cru 
devoir en donner une courte ana- 
lyse dans son Hist. littèr. d'Italie, III, 
480. Dans l'un, Montemagno traite 
de la noblesse, et laisse apercevoir 
qu'à son avis, la première n'est pas 
celle qui ne s'appuie que sur le ha- 
sard de la naissance; l'autre est une 
réponse de Catilina à Cicéron. Il ne 
s'y défend pas à beaucoup près aus- 
si bien qu'il est attaqué dans la 
première catilinaire. Mais les rai- 
sons par lesquelles il cherche à jus- 
tifier sa conduite sont assez spé- 
cieuses ; et il s exprime en latin aussi 
bien qu'il était possible de le faire à 
cette époque. On doit à Vincent Be- 
nini une édition de Bime des deux 
Montemagno, plus complète et enri- 
chie de meilleurs commentaires que 
les précédentes. Cette édition fut 
imprimée, en 1762, in-S", à Cologne, 
terre entre Vicence et Vérone. La Bi- 
bliothèque royale en possède un 
exemplaire sur vélin (voy. le Catal. 
de Van-Praët). W — s. 

MOXTESQUIEU(lebai-on de), 
petit-fils de l'illustre auteur de \ Es- 
prit des Lois , et son dernier descen- 
dant direct, naquit à Paris vers 1735. 
Entré de bonne heure au service , il fut 
attaché à l'état-major du comte de Ro- 
chambeau, lorsque celui-ci comman- 
da les troupes auxiliaires envoyées 
au secours des Américains dans la 
guerre de l'indépendance. Le baron 
de Montesquieu se distingua en plu- 
sieurs circonstances de cette guerre, 
et fut au nombre des Français qui 
reçurent, après le triomphe de la 
cause américaine, la décoration de 
Cincinnatus. Revenu en France , 



il fut fait colonel en second du ré- 
giment de Bourbonnais, et ensuite 
colonel-commandant de celui deCam- 
brésis. Il était un des officiers les 
plus distingués de l'armée française 
lorsque la révolution de 1789 éclata. 
Il s'en montra, dès le commencement, 
un des adversaires les plus pronon- 
cés. Les soldats de son régiment s'é- 
tant mis, comme tous les autres, en 
état de rébellion contre leurs chefs, il 
prit le parti de se soustraire à leurs 
attaques , en émigrant dans les pre- 
miers mois de 1792, et fit les pre- 
mières campagnes d'une guerre qui 
devait être si longue et si meurtrière, 
sous les ordres du duc de la Chastre, 
puis sous ceux du duc de Laval-Mont- 
morency. Dans la malheureuse expé- 
dition de Quiberon, il faisait partie 
de l'état-major de lord Moira , et il 
échappa au plus grand désastre qu'ait 
essuyé la cause des royalistes. Revenu 
en Angleterre , il eut le bonheur d'y 
être distingué par l'une des familles 
les plus honorables de ce pays , et il 
en épousa l'unique héritière, ce qui 
le rendit possesseur d'une fortune 
considérable et le fit renoncer pour 
toujours à retourner en France. Il 
y serait cependant rentré facilement, 
sous le pouvoir directorial, à l'époque 
oii l'on rayait sans beaucoup de 
peine ceux qui pouvaient offrh' quel- 
ques sacrifices d'argent, ou se faii'e 
appuyer par des hommes puissants. 
Une considération bien grave sem- 
blait même lui en faire un devoir ; 
c'est que ses parents et cohéritiers dans 
la fameuse terre de la Brède ne pou- 
vaient rentrer dans leurs droits sans 
la radiation et le retour préalable du 
baron, dont la portion se trouvait 
saisie par la répubhque. Ils l'en priè- 
rent vainement à plusieurs reprises; 
la France de ce temps-là lui répu- 
gnait au point qu'il ne voulait pas 



MON 

y revenir, même au prix de sa for- 
tune. Tout ce qu'il put faire pour ne 
pas en priver sa famille , ce fut d'of- 
frir à la république, pour ce qui lui 
revenait dans la succession de son 
aïeul, tous les manuscrits inédits de 
l'illustre auteur de \ Esprit des Lois ; 
et il envoya ces manuscrits en France. 
C'était assurément un fort bon mar- 
ché que pouvait conclure le gouver- 
nement spoliateur. Mais les gens de 
cette époque faisaient peu de cas 
de pareilles richesses ; le petit - fils 
de l'illustre Montesquieu, maintenu 
sur la fatale liste, resta mort pour la 
France : 

Et l'avare Achéron ne lâcha pas sa proie. 
La terre de la Brède resta sous le sé- 
questre, et les manuscrits dans les 
mains de sa famille, qui les confia plus 
tard à un avocat de Bordeaux (Laine), 
qui en demeura dépositaire pen- 
dant plusieurs années , faisant d'inu- 
tiles efforts pour que le gouveraement 
acceptât enfin l'échange proposée. Il 
entreprit plusieurs voyages à Paris, 
et consulta des savants et des hom- 
mes éclairés qui pussent appuyer sa 
demande, entie autres M. Walcknacr, 
notre collaborateur, qui eut connais- 
sance de ces manuscrits , et qui les a 
mentionnés avec tous les détails qu'a 
pu lui fournir sa mémoire, dans 
l'excellente notice qu'il a consacrée, 
tome XXXIX de cette Biographie 
universelle, à l'illustre auteur de 
l'Esprit des Lois. K'avant rien pu ob- 
tenir, Laine remporta ses manuscrits 
à Bordeaux, d'où bientôt ils retour- 
nèrent en Angleterre. Ce ne fut qu'à 
l'époque de la restauration que le ba- 
ron de Montesquieu , voyant son an- 
cien avocat devenu ministre, crut 
devoir oublier ses rancunes contre la 
révolution , et les rapporta lui-même 
à Paris, où il ne doutait pas que 
Louis XVIII ne s'empressât d'hono- 



MON 



251 



rer la Chambre des Pairs du nom de 
Montesquieu, et bien décidé, en ce 
cas, à lui faire hommage de ses pré- 
cieux manuscrits. Mais le baron fut 
encore trompé dans son attente, et 
il éprouva, en 1817, la mortification 
de voir publier, en sa présence, là 
grande liste ou fournée de pairs des- 
tinée à donner, dans cette Chambre, 
aux opinions révolutionnaires la ma- 
jorité que l'ordonnance du 5 septem- 
bre venait de leur faire obtenir à 
la Chambre des Députés. On conçoit 
que le nom du baron de Montesquieu 
ne devait pas figurer sur une pareille 
liste. Il se hâta de retourner en An- 
gleterre, et y remporta ses manus- 
crits, refusant de très-belles propo- 
sitions que lui fit M. Walcknaer pour 
les joindre à une nouvelle édition des 
œuvres de Montesqueu, qui, dans les 
mains du savant académicien et avec 
de pareilles additions, ne pouvait 
manquer d'avoir un grand succès, 
bien qu'il s'y trouvât beaucoup de 
choses inutiles , mais qui eussent été 
sagement élaguées. M. Walcknaer re- 
garde comme la partie la plus pré- 
cieuse de ces œuvres inédites, une 
dissertation sur Louis XI. Retourné 
dans sa belle terre de r,ridge-Hall, 
près Cantorbéry, le baron de Montes- 
quieu passa des jours très-heureux 
dans sa nouvelle patrie , et il y mou- 
rut, sans laisser de postérité, le 27 
juillet 1824. Le comte de Lynch, pair 
de France , qui était l'ami de sa fa- 
mille, a pubhé une Notice sur le 
baron de Montesquieu , Paris, 1824, 
in-4"', où se trouvent , relativement 
aux manuscrits dont nous avons parlé, 
quelques détails inexacts. M — d j. 

MOXTESQUIOU -FeensûC (le 
comte Philippe-Ashké-François de ) 
naquit en 175.3, au château de Mar- 
san , prés Auch. Il entra d'abord dans 
le régiment de royal-vaisseaux, passa 



252 



MON 



ensuite, comme capitaine de dragons, 
au régiment de Lorraine, et fut fait 
colonel du régiment de Lyonnais , en 
1785. La discipline qu'il sut mainte- 
nir dans ce régiment, au milieu de 
la défection de l'armée, lui fit beau- 
coup d'honneur. Nommé maréchal- 
de-camp en 1792, il fut envoyé par 
Louis XVI à Avignon, pour arrêter 
une bande de Marseillais qui aurait 
renouvelé les horreurs de la Glacière. 
Le comte de Fézensac les força à se 
retirer. La même année , il reçut l'or- 
dre de partir pour Saint-Domingue, 
où, commandant la partie du sud, il 
maintint la tranquillité, malgré les 
commissaires Polveiel et Sontlionax, 
qui ravageaient les autres parties de 
l'île. La nouvelle de la mort de Louis 
XVI ne lui permettant plus de con- 
tinuer le service, il quitta son com- 
mandement. Les commissaires le fi- 
rent arrêter et mettre en prison sur 
un vaisseau , pour l'envoyer en 
France dès que la mer serait li- 
bre. Il passa un an dans cette pri- 
son , et rejeta les offres qui lui furent 
faites de sa liberté , s'il voulait re- 
prendre du service. La mort de Ro- 
bespierre le délivra ; il passa dans les 
Etats-Unis, y vécut jusqu'au temps 
du consulat , revint en France à cette 
époque , et se retira dans son château 
de Marsan, où il resta jusqu'au re- 
tour de Louis XVIII , en 1814. Nom- 
mé alors lieutenant-général et com- 
mandant de son département (le Gers). 
Il s'abstint de toute fonction pendant 
les Cent-Jours. Après la seconde res- 
tauration, il reprit son commande- 
ment et présida, en septembre 1815, 
le collège électoral du Gers. Il mou- 
rut à Paris, le 7 février 1833, et 
ne laissa qu'un fils, M. le duc de 
Montesquiou - Fézensac , aujourd'hui 
lieutenant-général et pair de France. 
B — u et M— D j. 



MON 

MONTESQUIOU - Fézensac 
(l'abbé FnA^•ço^s-XAVlEn-MARC-A^TOINE, 
duc de), frère du précédent, né en 
1757, au château de Marsan, em- 
brassa l'état ecclésiastique dès sa jeu- 
nesse, devint agent-général du clergé 
en 1785, montra dans cette place 
importante des talents distingués, et 
fut député aux États-Généraux par le 
clergé de Paris. Dévoué à la noblesse 
par sa naissance, et devant l'être da- 
vantage à la cause du clergé par les 
fonctions qu'il remplissait et l'espoir 
des éminentes dignités auxquelles il 
avait droit de prétendre, il défendit 
néanmoins les privilèges des deux 
ordres avec beaucoup de modération. 
On ne le vit jamais, dans les débats 
si violents qui agitèrent l'Assemblée 
constituante, sortir des bornes d'une 
discussion paisible; et son éloquence 
douce et persuasive lui fit des parti- 
sans, même parmi ses adversaires les 
plus prononcés. Mirabeau l'écoutant 
un jour pérorer à la tribune, et s'a- 
percevant de l'effet qu'il produisait, 
s'écria de sa place : ■• Méfiez-vous de 
« ce petit serpent ; il vous séduira » . 
L'abbé de Montesquiou fut nommé 
deux fois président en 1790 : la pre- 
mière le 5 janvier , la seconde le 28 
février, et il reçut des reraercîraenfs 
de l'Assemblée pour l'impartialité et 
l'habileté qu'il avait montrées dans 
l'exercice de ces fonctions, distinction 
qui ne fut accordée à aucun des nobleS 
et ecclésiastiques professant les mê- 
mes principes que lui. Dans la cham- 
bre particulière du clergé, il déclara 
que son ordre regardait, non comme 
un sacrifice, mais comme un acte de 
justice , l'abandon de ses privilèges 
pécuniaires ; et il resta avec la mino- 
rité de cette chambre en assemblée 
séparée, jusqu'au moment où le roi 
lui ordonna de se réunir à l'Assem- 
blée nationale. L'évéque d'Autun 



MON 

ayant fait annuler les mandats impd- 
ratifs, l'abbé de Montesquieu ne se 
crut plus lié par ceux dont il était 
porteur, et annonça que son intention 
était de prendre part aux délibéra- 
tions. Lors de la discussion sur la 
question de savoir si le clergé de- 
vait être considéré comme propriétai- 
re des biens dont il jouissait, il éta- 
blit l'affirmative sur les titres origi- 
naires et la possession, défia de prou- 
ver que jamais l'autorité civile en eiit 
ordonné l'aliénation et prouva que, 
depuis dix siècles, l'ordre avait aliéné, 
changé et hypothéqué ce genre de 
propriété de raille manières différen- 
tes. Cette opinion, dans de pareilles 
circonstances , fut sans contredit la 
plus remarquable, et l'on ne peut 
douter qu'elle n'eût triomphé si la 
question n'eût pas été décidée 
d'avance. L'agent-général du clergé 
combattit ainsi, pour l'intérêt de ses 
commettants, jusqu'au moment où 
cette défense devint inutile. Il s'oppo- 
sa à la vente proposée de 400 mil- 
lions de biens ecclésiastiques , avant 
que les dépenses de l'Église eussent 
été réglées. L'Assemblée passa outre. 
Il repoussa les assignats imaginés 
pour faire tomber ces biens dans les 
mains des séculiers, et attaqua, sans 
plus de succès, la municipalité de 
Paris, qui, pour commencer la spo- 
liation, demandait d'être autorisée à 
en acquérir pour deux millions. Néan- 
moins l'Assemblée , ne doutant pas 
de l'obéissance personnelle de l'abbé 
de Montesquieu aux lois, dès qu'elles 
étaient rendues, le nomma un des 
douze commissaires chargés de l'alié- 
nation des domaines ecclésiastiques , 
et il remplit fidèlement sa mission. Il 
présidait l'Assemblée lorsque, le 9 
janvier 1790 , la chambre des vaca- 
tions du parlement de Bretagne , 
mandée par un décret, se présenta à 



MON 



ââ3 



la barre. Elle avait pour organe La 
Houssaye, son président. L'abbé de 
Montesquieu lui adressa la parole en 
ces termes : « L'Assemblée nationale 
" a ordonné à tous les tribunaux du 
" royaume de transcrire sur leurs 
« registres, sans retard et sans remon- 
" trances, toutes les lois qui leur se- 
« raient adressées. Cependant vous 
« avez refusé l'enregistrement du 
« décret qui pi'olonge les vacances 
« de votre parlement. L'Assemblée 
« nationale, étonnée de ce refus, vous 
« a mandés pour en savoir les motifs. 
« Comment les lois se trouvent-elles 
" arrêtées dans leur exécution ? Com- 
« ment des magistrats ont-ils cessé 
« de donner l'exemple de l'obéissan- 
« ce ? Parlez : l'Assemblée nationale, 
« juste dans les moindres détails com- 
" me sur les plus grands objets, veut 
" vous entendre ; et si la présence du 
«_corps législateur vous rappelle l'in- 
« flexibilité de ses principes, n'oubliez 
« pas que vous paraissez aussi de- 
" vaut les pères de la patrie, toujours 
u heureux de pouvoir en excuser 
« les enfants. » La Houssaye, pro- 
fitant de la faculté qui lui avait été 
accordée, prononça un discours plein 
de noblesse, elle piésident de l'Assem- 
blée dit sèchement aux magistrats 
qu'ils pouvaient se retirer. La conduite 
de l'abbé de Montesquiou, dans cette 
circonstance, parut plus que sévère 
à beaucoup de personnes, surtout 
quand on songeait aux opinions con- 
nues de celui qui s'exprimait ainsi. 
Lorsqu'il fut question de la suppies- 
siondes monastères, quelques députés 
prétendirent que l'Assemblée avait le 
droit de dispenser les religieux de 
leurs vœux; l'abbé de Montesquiou 
prouva facilement le contraire. On 
voulait dès-lors les forcer à sortir de 
lems cloîtres pour vendre ou détruire 
les édifices. L'orateur fit sentir que 



25* 



MON 



cette expulsion serait une injustice 
cruelle, surtout pour les vieillards. Il 
demanda encore avec beaucoup d'ins- 
tance, le 13 février 1790, qu'il fût per- 
mis à ces vieillards de mourir dans 
leur retraite; et son discours produisit 
une vive sensation. Les mémoires du 
temps rapportent que , lorsque la 
pluralité des évêques et autres dépu- 
tés ecclésiastiques délibérèrent entre 
eux si le serment d'obéissance à la 
constitution civile du clergé pouvait 
être prêté, l'abbé de Montesquiou fut 
pour l'affirmative ; mais l'opinion 
contraire de Bonal , évéque de Cler- 
mont, l'ayant emporté, il se soumit à 
cette décision, et demanda, dans la 
séance du 27 novembre 1790, que 
le roi fût prié d'écrire au pape pour 
avoir sa sanction de la nouvelle cons- 
titution civile. Cette proposition fut 
rejetée après une des plus orageuses 
discussions dont l'histoire de l'As- 
semblée constituante fasse mention. 
Dans la fameuse discussion sur le 
droit de faire la paix et la guerre, 
l'ahbé de Montesquiou soutint que ce 
droit devait appartenir exclusivement 
au roi, sauf la ratification de l'Assem- 
blée nationale. Pendant toute la ses- 
sion , il vota constamment avec le 
côté droit, et , ce qu'il y a de plus 
extiaordinaire, c'est qu'il fut toujours 
assez bien avec les membres du côté 
gauche. Il signa la protestation du 12 
septembre 1791, et resta à Paris pen- 
dant la session de l'Assemblée légis- 
lative. Il fréquentait alors habituelle- 
ment la cour, et y fut honoré de la 
bienveillance particulière du roi et 
de la reine. Échappé aux proscriptions 
du 10 août et du 2 sept. 1792, il pas- 
sa en Angleterre, et ne revint en 
France qu'après la chute de Robes- 
pierre. On sait qu'il y fut alors avec 
MM. Royer-Colard et Becquey, l'un 
des principaux agents secrets des 



MON 

Bourbons. Le roi Louis XVIH {voy. 
ce nom , LXXII , 137) lui ayant 
envoyé une lettre pour Bonapar- 
te, dans laquelle ce prince faisait 
sentir au conquérant les dangers de 
l'usurpation , les avantages de la lé- 
gitimité, l'abbé de Montesquiou la lui 
fit remettre par le consul Lebrun, 
avec une lettre d'envoi, dans laquelle 
il exprimait les intentions du monar- 
que. Bonaparte , malgré d'autres 
communications relatives à cette né- 
gociation , laissa vivre en paix celui 
qui en était l'intermédiaire. Mais 
ayant demandé l'abdication des prin- 
ces de la maison de Bourbon, et ayant 
reçu d'eux la noble réponse que tout 
le monde connaît (voy. Loris XVIII, 
LXXII, 139), il résolut d'éloigner tous 
ceux qu'il savait particulièrement atta- 
chés aux Bourbons, et l'abbé de Mon- 
tesquiou reçut des lettres d'exil pour 
Menton, près de Monaco. L'exilé ré- 
pondit qu'il n'avait aucun moyen 
d'exister dans cette retraite, et comme 
on le savait d'un caractère tiop pai- 
sible pour être dangereux , sa tran- 
quillité ne fut point troublée. En avril 
1814, l'abbé de Montesquiou, qui 
était resté fort lié avec Talley- 
rand, fut nommé membre du gou- 
vernement provisoire, et il prit une 
part très-active aux graves événe- 
ments de cette époque, surtout à la 
rédaction de la Charte constitution- 
nelle, dont on lui attribue la plus 
grande partie. Appelé, dans le mois 
de juillet, au ministère de l'intérieur, 
le système qu'il crut devoir suivre 
trouva beaucoup d'improbateurs. Les 
royalistes s'attendaient, avec quel- 
que raison, à être préférés aux révo- 
lutionnaires dans la distribution des 
places et des faveurs. L'abbé de Mon- 
tesquiou déclara qu'il n'en serait 
point ainsi : « que le roi ne connais- 
" sait pas de révolutionnaires ; qu'il 



MON 

a ne venait pas pour punir la révo- 
« lution, mais pour la faire ou- 
" blier. » Il ajouta même que l'oisi- 
veté avait épuisé les forces de l'an- 
cien régime, et que le gouvernement 
ne pouvait confier des places à des 
hommes vieillis et devenus étrangers 
aux affaires. Cependant il connut 
trop tard que ceux à qui il avait 
donné sa confiance ne se mirent pas 
beaucoup en peine de la mériter. 
Bonaparte revint sans éprouver d'ob- 
stacles, et entra paisiblement à Pa- 
ris, sans que les nombreux agents 
du ministère, dont la plus grande par- 
tie devaient leurs places à Napoléon, 
eussent tenté le moindre effort pour 
s'y opposer. Il est au reste bien sûr 
que l'abbé de Montesquiou lui-mê- 
me, fait par son esprit et ses grâces 
pour être l'ornement de la société, 
ne réunissait pas tous les talents 
propres aux importantes fonctions 
dont il s'était chargé; qu'ami du 
repos, et d'une santé faible et chan- 
celante, il était étranger aux travaux 
ministériels qui, dans l'état de la 
France, demandaient des hommes 
infatigables et d'une grande énergie. 
Cependant on rapporte qu'il eut le 
courage de dire a un homme très- 
puissant, M. de Blacas : « La France 
X peut supporter dix maîtresses, 
« mais pas un seul favori ». Il rendit, 
dans le mois de juin, un compte 
très - satisfaisant de la France, mais 
que la suite des événements est loin 
d'avoir justifié. !.e 5 juillet, il fit, à la 
Chambre des Députés, un rapport 
remarquable sur la liberté de la 
presse, et dit que le roi n'en avait 
pas moins besoin que ses sujets , 
cette liberté étant le moyen le plus 
sûr de faire arriver la vérité jus- 
qu'au trône. Après cette profession 
de foi , le ministre proposa néan- 
moins une loi qui n'accordait qu'aux 



MON 



2SS 



écrits de trente feuilles d'impression 
et au-dessus cette liberté dont il ve- 
nait de faire l'éloge (1). L'abbé de Mon- 
tesquiou ne suivit point Louis XVIII 
àGand; mais les événements le for- 
cèrent à se retirer momentanément 
en Angleterre. Il fut alors le seul des 
ministres qui refusa l'indemnité de cent 
mille francs que le roi leur fit don- 
ner; et il n'était assurément pas celui 
à qui cette somme eût été le moins 
nécessaire. De retour en France, il 
fut élevé à la dignité de pair, et con- 
serva le titre de ministre d'Etat. Il 
paraissait tenir invariablement aux 
principes qui dirigèrent son adminis- 
tration en 1814 , et il ne cessa pas 
de voter, dans la Chambre des Pairs, 
en faveur du ministère. On l'en- 
tendit à cette époque déplorer amè- 
rement les suites du 20 mars, disant 
que, si le roi lui avait permis de faire 
au parti révolutionaire plus de con- 
cessions, cette révolution n'aurait 
pas eu lieu. L'abbé de Montesquiou 
fut au nombre des pairs de France 
conservés après la révolution de 1830; 
mais l'état de sa santé l'empêchant de 
prendre part aux travaux de la Cham- 
bre, il envoya sa démission en jan- 
vier 1832 , et mourut en février de 
la même année , au château de Ci* 
rey, près Troyes. Il avait été réduit, 
dans les dernières années de sa vie, 
à une pension de trois mille francs, 
que lui avait léguée l'abbé de Da- 
mas , son ami. L abbé de Montes- 
quiou était membre de l'Académie 
française, depuis 1816. On lui attri- 
bue l'Adresse aux provinces , ou 
Examen des opérations de l'Assemblée 
nationale, 1790, in-8°. 

B — u et M — Dj. 

(1) L'exception des trente feuilles, imagi. 
née par le ministre , et réduite à vingt par 
la Chambre des Députés , ayant été abrogée 
par l'arrivée de Bonaparte, fut supprimée 
par le roi à son second retour en 1815. 



256 



MON 



MOiVTESQUIOU-F^sensac (lo 

comte ÉusABETH-PiEUREde), n(i à l'a- 
ris le 30 septembre 1764, était le fils 
aîné du marquis de Montesquiou ( v. 
ce nom, XXIX, 523), mort général 
au service de la république française. 
Nommé, en 1779, sous-lieutenant au 
régiment dauphin-dragons, il épousa, 
la même année , M"*^^ Le Tellier de 
Montmirail , petite-fille du ministre 
Louvois, et il fut pourvu , le 5 déc. 
1781, de la charge de premier écuyer 
de Monsieur, depuis Louis XVIII , en 
survivance de son père. Le comte de 
Moutesquiou, connu long-temps sous 
le titre de baron, vécut dans la re- 
traite pendant la plus grande partie 
de la révolution. Ce ne fut qu'en 
1804 qu'il revint à Paris , comme 
président de canton, pour assister au 
couronnement de Napoléon. Appelé 
au Corps législatif quelque temps 
après, il fut nommé, le 16 septembre 
1808, président de la commission 
des finances. Le 12 novembre, il 
rendit compte des travaux de la com- 
mission et fit plusieurs rapports qui 
obtinrent du succès. En 1809, il rem- 
plaça, dans les fonctions de grand- 
chambellan , Talleyrand , qui venait 
d'être promu à la dignité de vice- 
grand-électeur. Le 18 janvier 1810, 
il fut élu et proclamé candidat à la 
présidence, en remplacement deFon- 
tanes, devenu sénateur. Le 4 avril, 
il fut décoré de la grand-croix de 
l'ordre de Saint-Léopold d'Autriche 
et de celle de Saint-Joseph de Wurtz- 
bourg. Il présida le Corps législa- 
tif pendant les sessions de 1810, 
1811 et 1813. Entré au Sénat le 5 avril 
1813, il fut envoyé, par décret du 
26 décembre, à Rouen, afin d'y 
prendre des mesures de salut public. 
Le 8 janvier 1814, i! fut nommé 
aide-major-général de la garde natio- 
nale de Paris. Après la restauration, 



MON 

Louis XVIII le fit pair de France, 
le 4 juin , et chevalier de Saint- 
Louis le 5 octobre. Mais, comme au 
retour de Napoléon de l'île d'Elbe, il 
avait repris auprès de lui toutes ses 
fonctions, il cessa d'être employé de- 
puis le 8 juillet 1815. Le comte de 
Montesquiou se retira alors dans son 
château de Courtanvaux, près Bessé, 
département de la Sartlie , et ne re- 
parut aux Tuileries qu'en 1819, ayant 
été de nouveau compris dans la pro- 
motion de pairs qui eut lieu le 5 
mars. Cette nomination fut un acte 
spontané de Louis XVIII, et non le ré- 
sultat d'une demande; le comte de 
Montesquiou était trop fier pour cela. 
Le roi le savait bien , et il dit au duc 
de laChastre, qui avait renouvelé con- 
naissance avec Montesquiou : « Vous 
« avez sûrement été obligé d'aller au- 
■< devant de lui, car il ne vient au- 
« devant de personne.» Après la révo- 
lution de 1830 , il continua de siéger à 
la Chambre des Pairs, où il s'est tou- 
jours fait remarquer par la dignité 
de son caractère , par l'intelligence 
des alFaires politiques, et par lindé- 
pendance modérée de ses opinions. 
Il mourut à Courtanvaux, le 4 août 
1834. — La comtesse de Mostesqciou, 
sa veuve, avait été choisie par Napo- 
léon, pour être gouvernante du roi de 
Rome, qu'elle suivit à Vienne en 1814; 
mais elle rentra en France peu de 
temps après. Elle ne survécut que de 
dix mois à son mari , et mourut à 
Paris, le 29 mai 1833, laissant le 
souvenir vénéré de la piété la plus 
exemplaire, et des plus rares qualités 
de l'esprit et du cœur. Ils ont eu deux 
fils, MM. Anatole et Alfied. — Montes- 
Qt'iOD (le baron Eugène de), cham- 
bellan de Napoléon, colonel du 13' 
régiment de chasseurs à cheval, fit 
la guerre en Espagne, et mourut à 
Ciudad-Rodrigo des suites de ses blés- 



MON 

sures, en février 1811, à l'âge de 
vingt-huit ans. Officier d'ordonnance 
de l'empereur , il avait été chargé 
de missions déUcates , et les avait 
remplies avec beaucoup de zèle. 

A— Y. 

MOXTESOX (Jea.n de), ou plu- 
tôt de Mo.Nços, nom de sa ville na- 
tale, dans l'Aragon, embrassa la rè- 
gle de Saint-Dominique , et professa 
la tliéologie à Valence. Il vint à Paris 
en 1383, et y reçut le doctorat. Mais, 
ayant attaqué ouvertement la croyan- 
ce à l'immaculée conception, il fut 
censuré par l'évéque de Paris, Pierre 
d'Orgemont, qui déclara sa proposi- 
tion erronée et contraire à la foi. 
L'université retrancha les domini- 
cains de son corps , leur ôta leurs 
chaires, leurs rangs, et les fit marcher 
après tous les ordres mendiants. Le 
roi Charles VI poursuivit l'exécution 
de la sentence , ordonna aux domi- 
nicains de célébrer tous les ans la fête 
de la Conception, et fit mettre en pri- 
son tous ceux qui ne voulurent pas 
souscrire au sentiment de 1 immacu- 
lée conception. Monteson en av.'tit 
appelé à Robert de Genève, que, pen- 
dant le schisme, la France et d'autres 
pays reconnaissaient pour pape sous 
le nom de Clément VII ; mais, redou- 
tant une nouvelle condamnation , il 
se sauva en Aragon , et fut aussitôt 
excommunié. Alors il entra dans l'o- 
bédience du pontife romain Urbain 
VI , dont Clément VII était le compé- 
titeur, et il écrivit contre l'élection de 
ce dernier. L'université ne se récon- 
cilia avec les dominicains qu'en 1403, 
et les rétablit dans tous leurs droits 
et privilèges. Monteson mourut après 
1412 (voY. Échard, Script, ord. Pra- 
dicat., ^'eSl). T— D. 

MOXTET (GuiLLiN du), ancien 
capitaine de vaisseau au service de la 
Compagnie des Indes, et comman- 

uuv. 



MON 



257 



dant du Sénégal , termina sa carrière 
par une catastrophe dont le récit fait 
horreur. Accusé, sans aucune preu- 
ve , d'avoir voulu favoriser la con- 
tre-révolution, en 1790, il fut, vivant, 
coupé par morceaux dans son châ- 
teau de Poleymieux, prés de Lyon. 
Les meurtriers portèrent sa tête sur 
une pique , et , poiu- dernier acte de 
cette tragédie , ils pillèrent et incen- 
dièrent son château, firent rôtir ses 
membres et les dévorèrent... La pro- 
cédure, instruite à Lyon, constata 
ce festin d'anthropophages ; mais elle 
n'eut pas d'autres conséquences. Ce 
crime , comme beaucoup du même 
genre commis à cette époque, resta 
impuni. Z. 

MOXTEVILLE (Jeasse de Qcé- 
LEN de), dune famille noble et an- 
cienne de Bretagne, naquit à Paris, 
en 1624. Élevée avec soin par ses pa- 
rents qui quittèrent Paris peu après 
sa naissance, elle en reçut des leçons 
de piété qui devaient un jour fructi- 
fier. Douée de tous les avantages ex- 
térieurs et des dons de l'esprit qui 
lont, aux yeux du monde, les person- 
nes accomplies, elle sembla d'abord 
destinée à un établissement honora- 
ble; elle-même le désirait. Fier de la 
beauté et de l'esprit de sa fille, M. de 
Quélen de Montevil'e la produisit 
dans la société dès qu'elle fut en âge 
d'v paraître. Il était sur le point de 
la marier lorsqu'il mourut. M"° de 
Monteville, riche et indépendante, 
employa d'abord sa fortune à satis- 
faire sa vanité et son goût pour le 
luxe. Plaire était son seul but. Pour 
latteindre, elle ne négligea aucun 
moyen, sans que pourtant elle en- 
courut jamais le reproche d'avoir 
manqué aux bienséances ni d'avoir 
enfreint les pi-escriptions de la mo- 
rale la plus sévère. Recherchée, ac- 
cueilhe avec empressement dans les 
17 



258 



MON 



maisons les plus* distinguées de la 
province, qui briguaient son alliance, 
elle se laissa entraîner par coquette- 
rie à repousser des offres qu'elle pa- 
raissait provoquer. Sa sœur , M""' 
de Locmaria, gémissait de la voir 
dans ces dispositions, et déjà elle lui 
avait plus d'une fois, mais sans suc- 
cès, fait des représentations sur sa 
légèreté , quand , un jour , lui lisant 
la vie de sainte Thérèse, il s'opéra , 
chez M"* de Monteville, un change- 
ment inattendu. A l'impatience que 
celle - ci avait d'abord témoignée 
d'une lecture à laquelle elle, avait 
voulu se soustraire , succéda une 
émotion croissante , causée par les 
rapprochements qu'elle établit spon- 
tanément entre sa conduite et la 
jeunesse dissipée de sainte Théréîe. 
Les leçons de piété qu'elle avait re- 
çues dans son enfance se repré- 
sentèrent à son esprit, et, cédant à 
une inspiration secrète, elle courut se 
prosterner dans la chapelle du châ 
teau qu'elle habitait. Là, pénétrée 
d'un vif repentir de ses fautes pas- 
sées, elle s'imposa l'obligation de les 
expier par une pénitence continue et 
sans réserve. Afin de rompre entière- 
ment avec le monde, elle ne voulut 
même pas accepter le logement que 
M°" de Locmaria lui offrit dans sa 
maison, et elle se retira à Vannes. 
Le confesseur qu'elle s'y choisit , 
loin d'avoir à stimuler son zèle, fut 
obligé de le modérer, tant étaient 
grandes les mortifications auxquelles 
elle se soumettait. Dans le but de 
donner un aliment à son imagination 
exaltée et de lui fournir d'utiles 
moyens de pratiquer l'humilité, il lui 
conseilla de secourir et de soigner les 
pauvres. Dès-lors on la vit , chaque 
jour, partager avec les religieuses de 
l'hôpital Saint-iSicolas, de Vannes, le 
traitement des indigents parmi les* 



MON 

quels elle s'attacha, de préférence, à 
panser ceux qui étaient en proie 
aux maladies les plus repoussan- 
tes. En même temps qu'elle s'occu- 
pait d'alléger les souffrances physi- 
ques des malheureux, elle ne négU- 
geait aucun moyen de verser dans 
leurs âmes, à l'aide d'instructions chré- 
tiennes, des consolations efficaces. 
Son zèle n'était pas, sous ce rapport, 
limité à l'enceinte de l'hôpital ; elle 
parcourait les campagnes, pénétrait 
dans les chaumières, et, après avoir 
disti'ibué aux pauvres d'abondantes 
aumônes , elle les entretenait de leurs 
intérêts les plus chers. Le contentement 
intérieur que lui faisaient éprouver les 
succès qu'elle obtenait dans cette vie 
toute d'abnégation et de dévouement , 
la détermina bientôt à se consacrer 
d'une manière plus spéciale au ser- 
vice de Dieu, en entrant dans le tiers- 
ordre des Carmes; et, après un fervent 
noviciat, elle prononça ses vœux, en 
1664, au couvent des Carmes du Bon- 
don, près de Vannes. Des dames d'un 
rang élevé ayant entendu parler des 
conférences établies par M"* de 
Monteville, désirèrent en juger par 
elles - mêmes , et en rapportèrent 
l'idée qu'elles produiraient encore 
plus de fruits si l'on pouvait réunir 
les femmes dans des retraites, com- 
me M. de Kertivio l'avait fait pour 
les hommes. Il fallut de pressantes- 
sollicitations pour qu'elle s'associât à 
un projet dont l'exécution lui sem- 
blait au-dessus de ses forces, et qu'on 
lui représenta, non-seulement comme 
insolite, mais, ce qui pour elle était 
bien plus grave, comme contraire à 
l'esprit de l'église. Quand ses scru- 
pules furent levés, la pieuse fonda- 
trice ne songea plus qu'à faire réus- 
sir l'œuvre projetée. Elle garnit de 
meubles et de livres une maison spa- 
cieuse ; puis elle annonça une retiaite 



MON 

qui eut lieu bientôt après, sous la di- 
rection du P, Daran, jésuite du col- 
lège de Vannes. Plus tard elle céda sa 
maison à M"* de Francheville qui 
s'occupait d'une œuvre semblable, et 
elle rentra dans la solitude. Son be- 
soin d'activité devait l'en faire promp- 
teraent sortir. Frappée des résultats 
de l'adoration perpétuelle du Saint- 
Sacrement, fondée à Vannes par le P. 
Huby, en 1653, et depuis répandue 
en beaucoup de lieux, elle pensa que 
cette salutaire dévotion recevrait un 
nouveau lustre si elle était pratiquée 
dans une communauté de vierges. La 
maison qu'elle habitait devint, à cette 
occasion, le berceau du futur monas- 
tère connu depuis sous le nom de 
Monastère du Père Eternel; elle y fit 
dresser une chapelle dans une salle 
et obtint de l'évêque la permission 
d'y conserverie Saint-Sacrement. Afin 
de consolider sa pieuse entreprise, 
elle fonda cinq places dans cette 
maison en faveur de cinq demoiselles 
nobles et sans fortune; réunie à celles 
qui occupèrent ces places et ayant 
pour compagne sa vertueuse sœur, 
M"" de Locmaria, devenue veuve, 
elle commença l'exécution de son 
projet, et y joignit l'enseignement de 
la doctrine chrétienne aux jeunes 
filles pauvres de la ville. Tout sem- 
blait présager à cette communauté 
un avenir heureux ; mais les novi- 
ces qu'elle avait reçues manquaient 
de vocation ; contrariées d'être as- 
treintes à des. pratiques , toujours 
pénibles quand elles ne sont pas vo- 
lontaires , elles éclatèrent en mur- 
mures contre leur bienfaitrice, et 
répandirent des calomnies que l'en- 
vie s'empressa de propager. Les 
choses furent portées à une telle ex- 
trémité, qu'on ferma à son institut 
toutes les voies de succès et qu'il lui 
fut interdit de conserver le Saint-Sa- 



MON 



259 



crement dans sa chapelle. Poursui- 
vant leurs mauvais desseins, toutes 
ses novices l'abandonnèrent , entraî- 
nées par une d'entre elles que domi- 
nait un orgueil excessif. M"* de Mon- 
teville ne fit entendre aucune plainte; 
elle n'opposa que le calme et la rési- 
gnation à des attaques dont l'opinion 
pubhque fit promptement justice. 
L'évêque lui rendit la permission de 
conserver le Saint-Sacrement dans sa 
chapelle; de nouvelles novices rem- 
placèrent les premières : mais elles 
n'étaient pas meilleures, car, après 
lui avoir surpris sa signature pour 
l'approbation de constitutions qui 
n'étaient pas conformes à ses inten- 
tions , elles tentèrent de l'expulser 
de sa propi'e maison, sous prétexte 
qu'elle en avait perdu la propriété 
par l'abandon qu'elle en avait fait à 
l'institut. Il ne fallut rien moins que 
l'intervention de l'autorité royale pour 
la maintenir chez elle et la délivrer 
de cette persécution. Restée avec une 
seule novice et sa sœui, elle fut bien- 
tôt privée, par la mort de cette der- 
nière, de toute consolation. Elle ne 
perdit pourtant pas courage, et avant 
de mourir, elle eut la joie de triom- 
pher de taçjt d'obstacles. Elle reçut 
de nouvelles novices animées d'un 
meilleur zèle que les précédentes, et 
grâce à l'appui qu'elle rencontra , 
elle put bâtir une église à la cons- 
truction de laquelle on la vit travail- 
ler de ses propres mains. Dans la vue 
d'assurer l'avenir de sa communauté, 
elle manda à Vannes spn héritier, 
M. de Quélen de Stuer de Caussade, 
prince de Carency, qui lui promit 
d'exécuter le testament quelle avait 
fait, et qui contenait les dispositions 
les plus favorables au monastère du 
Père Éternel. Elle mourut le 25 mai 
1689, et fut inhumée dans l'église 
de son monastère, maintenant oc- 
17. 



260 



MON 



cupe par les dames de la Charité de 
Saint-Louis. P. L — t. 

MONTFIQUET (Raoul dk), 
thdologien ascétique, dont les ouvra- 
ges sont très-connus des bibliogra- 
phes, ainsi que des amateurs ; mais 
sur la personne duquel on n'a jus- 
qu'ici aucun renseignement, était né, 
vers le milieu du XV" siècle, dans le 
diocèse de Bayeux, au village dont il 
porte le nom. Après avoir terminé 
ses études à Paris, il reçut le gra- 
de de docteur en Sorbonne, et fut 
sans doute pourvu de quelque mo- 
deste bénéfice. Il partagea sa vie en- 
tre la prière et l'étude , et mourut 
vers 1510. On a de lui : I. Tractatus 
de vera, reali atcjue tnirabili existen- 
tia totius Christi in S.S, altaris sacra- 
mento, completus anno 1481, Paris, 
Geof. Masnef, in-fol. ; cette édit. est 
citée par Maittaire et Panzer dans les 
Annal, typogi:^ sous la date de 1481, 
qui ne paraît pas être celle de l'im- 
pression ; une autre, sans date, in-8°, 
est indiquée dans le Catalogue de la 
Bibl. du roi. Cet ouvTage a été traduit 
en français, sous ce titre : Le livre, ou 
traité du Saint-Sacrement de l'autel 
et de ses effets et valeur^ Paris , Ve- 
rard (1505), pet. in-4'', goth. La Bi- 
bliothèque du roi en possède un 
exemplaire sur vélin. IL Expositioji 
de l'Oraison Dominicale : Pater nos- 
TER, Paris, 1485, in-4% goth., de 56 f. 
Duverdier en cite une réimpression 
de 1545 , in-16. lU. Exposition de 
l'Ave 3/(2ria,sans indication de lieu et 
sans date, in-4°, goth., de 47 f. IV. Le 
Guidon et gouvernement des gens ma- 
nésy Paris, sans date, in-4", goth., 
livre singulier, très-rare et recherché 
des curieux ; Lyon , Oliv. Arnoulet , 
sans date, in-S". Cet ouvrage est écrit 
en rimes. La Croix du Maine, dans sa 
Bibliothèque française , attribue à 
Montfîquet : Hommage d'honneur^ ou 



MON 

reconnaissances dues par les hommes 
à Dieu , à leur bon ange , et à Jésus- 
Christ étant au sacrement de l'autel, 
Paris, Lenoir. W — s. 

MOIVTFORT (Gui de), était le 
frère du fameux Simon de Montfort 
(voy. ce nom, XXIX, 553). Il l'aida 
puissamment dans toutes ses conquê- 
tes, et particulièrement dans celle du 
comté de Toulouse, de la vicomte 
d'Alby et de Béziers. Pour le récom- 
penser de ses services, Simon lui 
donna la seigneurie de tout le 
pays compris entre l'Agouth et 
le Tarn, la ville d'Alby exceptée. 
Gui avait épousé en premières no- 
ces Héloïse d'Ybelin , et plus tard 
Briande de Monteil - Adhémar ; il 
fut la tige des seigneurs de Castres, 
et mourut le 31 janvier 1228, au 
siège de Vareilles. — Montfort (P/jï- 
lippe 1" de ) reçut des mains de 
saint Louis l'investiture de la seigneu- 
rie de Castres, on 1229. Il fut ensuite 
reçu de la manière la plus solen- 
nelle, par ses vassaux, et partit en 
1250, avec saint Louis, pour la croi- 
sade : il combattit vaillamment à la 
bataille de la Massoure, et fut char- 
gé de négocier une trêve avec les 
Infidèles. Il était au moment de réus- 
sir, lorsqu'un chevalier félon, nom- 
mé Marcel, accourut, et lui ordonna 
de se rendre à discrétion , en lui di- 
sant ainsi qu'à ses guerriers: Seigneurs 
chevaliers, rendez-vous tous, le roi, 
le vous mande par moi, et ne le 

faites point tuer Philippe obéit et 

eut la douleur de voir saint Louis 
prisonnier, amené par ses ennemis. 
Cependant Montfort parvint ensuite 
à obtenir une trêve; voici comment 
Joinville raconte ce fait : u Messire 
.' Philipe de Montfort dist au roi 
u qu'on avoit mescompté les Sarra- 
■ zins d'une balance qui valoit dix 
" mille livres, dont le roi se cou- 



MON 

u rouça asprement, et comtnanda 
n audit messire Philipe de Montfort, 
u sous la foi qu'il lui devoit, comme 
u son homme de foi, qu'il fit payer 
« les dix mille livres aux Sarrazins, 
« s'ils n'étoient payées, et disoit le 
« roi, que ja ne partiroit jusqu'à ce 
« qu'il eut payé tous les deux cents 
» mille livres. " Montfort remplit 
les ordres du roi , qui alla s'ex- 
poser à de nouveaux dangers en 
Palestine. Le seigneur de Castres 
le suivit et se signala au siège 
de Belinas. Cette ville lui échut en 
partage , et fit partie d'une prin- 
cipauté dont la fameuse Tyr fut la 
capitale. Philippe s'y fixa , porta le 
titre de seigneur de Tyr, et donna 
la terre de Castres à l'un de ses fils 
du même nom que lui, et qu'il avait 
eu d'Éléonore de Courteuay, sa pre- 
mière femme. Le premier de ces sei- 
gneurs mourut en Palestine, après s'y 
être remarié, et y avoir laissé plusieurs 
enfants. C — L — b, 

MONTFORT (Philippe II de), fils 
du précédent, gouvernait la seigneu- 
rie de Castres pendant l'absence de 
son père , et eut à soutenir quelques 
guerres avec des seigneurs voisins; 
le roi les teiTnina en interposant 
son autorité. Lié d'amitié avec Char- 
les d'Anjou, à qui le pape avait don- 
né le royaume de Kaples, Montfort 
reçut, de ce prince, le commande- 
ment des troupes provençales et lan- 
guedociennes , qui devaient conqué- 
rir les Etats que Mainfroi avait usur- 
pés sur l'infortuné Conradin. Il se 
trouva à la bataille de Bénévent, le 
26 février 1266 , et y fit preuve 
d'autant de courage que d'intelli- 
gence. Charles d'Anjou dut à son 
intrépidité le succès de cette journée. 
Pour le récompenser d'un service aussi 
éminent, il le décora du titre de vice- 
roi de Sicile. Montfort, revenu à Cas- 



MON 



261 



très, fit son testament au château de 
Roquecomble, le 1" avril 1267. Cet 
acte important précéda son départ 
pour la dernière croisade, dans la- 
quelle il accompagna le roi de Si- 
cile, son ami et son bienfaiteur. Il se 
conduisit avec la plus grande valeur à 
la bataille de Porto-Farina, assista à la 
mort de saint Louis, et fut lui-même 
frappé de la peste; il expira le 28 sept. 
1270. Un chevalier de Burlats, nom- 
mé Géraud, fit enteri'er, dans le camp, 
ses entrailles et ses chairs, et rap- 
porta à Castres son cœur et ses osse- 
ments. Ils ftirent placés dans l'église 
de Saint -Vincent, en présence de 
Jeanne de Levis, sa femme, et de 
beaucoup de nobles des environs. 
Il laissa un fils et plusieurs filles. — 
Son fils, Jean de Montfort, fit la 
guerre en Italie, sous les ordres du roi 
de Sicile, et reçut de ce prince les 
titres de chancelier, de comte de 
Squillace, et de seigneur de Toron. 
Son courage l'avait fait surnommer 
le Vaillant. Il mourut à Foggia, le 
1'' déc. 1300, sans laisser de pos- 
térité de ses deux femmes, Jeanne 
de Navarre, et Marguerite de Chau- 
mont. — Éléonore de Montfort, sa 
sœur aînée, épouse de Jean , comte 
de Vendôme, lui succéda dans la sei- 
gneurie de Castres. C — L — b. 

MONTFORT (Antoine de), 
peintre, naquit en 1532, à Montfort, 
en Hollande et reçut le nom de 
Blocklandt, d'un fief appartenant à 
sa famille dans les environs de Dor- 
drecht. Il fut successivement élève 
d'Assuérus et de Franc-Flore. Il s'ef- 
força d'imiter la manière de ce der- 
nier maître; et, aidé de ses conseils, 
il surpassa en deux ans tous ses con- 
disciples, et le rivalisa lui-même. Il 
n'avait alors que 18 ans. Il entreprit 
de voyager, et de retour à Montfort, 
âgé seulement de 19 ans, il épousa la 



262 



MON 



fille cln bourgmestre, et alla s'établir 
à Deift, où il se livra exclusivement à 
la peinture. La nature dtait son uni- 
que ^ide, et c'est ainsi qu'il parvint 
à dorjner à ses figures cette dlégance 
et cette exactitude qui font le char- 
me de ses ouvrages et l'ont placé au 
même rang que son maître. Doué 
d'une conception vive, prompte, et 
d'une i^nagination riche, il ne put 
jamais s'astreiudre à peindre le por- 
trait , quoique ceux qu'il a laissés de 
sCtn père et de sa mère, suffisent pour 
montrer ce qu'il aurait pu faire dans 
ce genre. Les grandes compositions 
historiques , plus conformes à son 
génie, l'occupèrent tout entier. Parmi 
celles qui avaient fondé sa réputation, 
on citait à Gouda ta Décollation de 
Saint-Jacques ; à Utrecht, t Assomp- 
tion de la Vierge, une Annonciation 
et une Nativité; à Dordrecht , une 
Passion. Les guerres dont la Flandre 
et la Hollande furent tant de fois le 
théâtre ont détruit ces tableaux, et 
ce n'est que par les gravures de 
Goltzius que l'on connaît les ouvra- 
ges qu'il avait peints à Bois-le-Duc. 
En 1572, il voulut visiter l'Italie; 
mais son absence ne fut que de six 
mois , et il revint se fixer à Utrecht. 
Le mérite qui distingue ses ouviages 
est un goût exquis de composition, 
des airs de tête nobles et une finesse 
dans les profils de femme qui rap- 
pelle tout- à-fait le style du Parmesan. 
Il rend bien le nu , ses draperies 
sont d'un bon choix, les extrémités 
correctes et ses tètes bien coiffées; sa 
couleur est vigoureuse et ne manque 
pas d'harmonie. Cet artiste mourut à 
Utrecht, en 1583, âgé seulement de 
W) ans, laissant un grand nombre de 
bons élèves, parmi lesquels on distin- 
gue Adrien Cluit , célèbre peintre de 
portraits , et surtout Michel Mirevelt. 
P~s. 



MON 

MOXTGAILLARD (Macrice- 
.UcQUES IloQCKS dc), écrivain politique 
et- fameux agent d'intrigues , fut 
mêlé ou immiscé dans les plus im- 
portantes et les plus secrètes aflPaires 
de notre époque. Sans titre, sans mis- 
sion ostensible, place très-bas en appa- 
rence et toujours forcé de se cacher, 
il eut cependant une part trop réelle 
aux plus grands événements , et il 
concourut à des révolutions, à des 
catastrophes funestes et qui changè- 
rent la face du monde. Profondément 
astucieux et cupide, il ne fit jamais 
rien que par l'appât d'un intérêt per- 
sonnel. Sans conviction et sans prin- 
cipes, comme l'a dit son frère qui le 
connaissait bien, il eût trahi son père 
et son Dieu pour de targent. La ruse 
et le mensonge étaient ses moyens 
habituels , et selon l'expression du 
prince de nos diplomates, Talleyrand, 
la parole semblait lui avoir été don- 
née pour dissimuler sa pensée. A la 
honte du siècle, il faut le dire, c'est 
avec de pareils moyens et un tel ca- 
ractère, qu'il vécut long-temps dans 
l'abondance et la joie, et c'est ainsi 
qu'il a pu se vanter publiquement, 
comme on le verra plus loin , 
d'avoir été admis dans l'intimité de 
tous les souveiains, d'avoir été l'ami 
des personnages les plus importants. 
Il y a sans doute , dans ces paroles, 
de la fatuité , de l'exagération , et 
s'il est vrai que Montgaillard fut l'é- 
missaire, l'espion, le confident de 
beaucoup d'hommes puissants, mê- 
me de plusieurs souverains , il est 
aussi bien sûr qu'il ne fut pas 
leur ami , et que , s'il en reçut 
assez d'argent pour assouvir la soif 
de l'or dont il était possédé , ja- 
mais du moins ils ne lui accordèrent 
de décorations ou de tities, qui eus- 
sent témoigné de leur estime, et qu'il 
a souvent demandés. Aussi vain que 



MON 

dissimulé, il tenait beaucoup aux hon- 
neurs et surtout à la noblesse de sa 
famille. Ses premiers mensonges con- 
nus furent consacrés à cacher son 
rang et son origine. Il existe sur cela 
un témoignage irrécusable, celui de 
M. de Guilhermy, son compatriote, 
qui écrivait en 1807 à d'Antraigues : 
« Je n'ai connu ce M. de Montgail- 
" lard que sous le nom de Roques et 
« par les procès de sa très-litigieuse 
" famille, qui habitait le bourg de 
« Montgaillard, dans le ressort du 
« tribunal de Villefranche auquel j'ap- 
« partenais. Les rois et les religieux 
« de Cîteaux se partageaient la sei- 
" gneurie de Montgaillard; d'où il 
« suit que M. Roques n'avait pas 
« d'autre droit à se faire appeler de 
« Montgaillard, que celui qu'aurait 
« eu votre laquais à se faire appeler 
<• Picard, parce qu'il est né en Picar- 
" die.... » Cette affirmation d'un ma- 
gistrat des plus honorables a été, de- 
puis trente ans, insérée et copiée dans 
vingt publications, où tous les mem- 
bres de la très-litigieuse famille l'ont 
vue, et ne l'ont pas démentie ; ainsi 
elle doit être tenue pour vraie et sans 
réplique. Nous continuerons cepen- 
dant à les désigner sous le nom de 
Montgaillard, parce qu'il est le plus 
connu , et que personne n'aurait 
la pensée de les chercher à celui 
de Roques. L'aîné que l'on dési- 
gne sous le titre de comte, qu'il s'est 
appliqué lui-même avec le nom de 
Montgaillard , au moment de ses 
premières apparitions en Allemagne, 
et que ses frères n'ont pas manqué 
de lui donner aussi , en se qua- 
lifiant à leur tour, plus magnifique- 
ment encore ( 1 ) , naquit à Tou- 
louse en 1761, et fut élevé à Sorèze, 
où, sans être un brillant écolier, il fit 

(1) L'un s'est fait appeler le marquis, et 
l'autre s'est dit destiné à l'épiscopat. 



MON 



263 



d'assez bonnes études. Ses maîtres re- 
marquèrent dès-lors en lui un fonds 
d'hypocrisie et une disposition au 
mensonge, qui, même en Gascogne, 
les étonna plus d'une fois. Il était 
dans cette école lorsque le comte de 
Provence, depuis Louis XVIII, la vi- 
sita en 1777; et il lui dit, à l'occasion 
d'un cœur pétrifié qui se trouvait 
dans le cabinet d'histoire naturelle, 
que, dans ce beau jour, tous les cœurs 
de la maison n'étaient pas ainsi... De- 
puis il s'est plu souvent à répéter ce 
fade compliment, et vingt ans plus 
tard, il le rappela au prince qui en 
avait été l'objet , et qui parut encore 
l'entendre alors avec quelque com- 
plaisance. Quand ses études furent 
terminées, vers 1780, le jeune Roques 
entra dans un régiment d'infanterie 
comme sous-lieutenant, et il fit une 
partie de la guerre d'Amérique. Il re- 
vint en France à la paix de 1783, et 
parcourut obscurément pendant plu- 
sieurs années, sans but et sans profit, 
les garnisons de la province de Rre- 
tagne. Il a dit qu'il était lieutenant- 
colonel, lorsque la révolution com- 
mença; mais nous n'en avons pas la 
preuve, il ne se montra pas d'abord 
partisan des innovations; pour cela, il 
était trop fier de sa noblesse, quelque 
récente et peu certaine qu'elle fût : 
cependant il n'émigra pas. Comme 
beaucoup d'aventuriers , il se hâta 
d'accourir dans la capitale , où il 
mena pendant deux ans une joyeuse 
vie, ayant équipage, entretenant des 
filles, ainsi qu'il l'a dit lui-même, 
sans faire connaître les sources où il 
puisait de quoi faire face à toutes ces 
dépenses. Mais ce qu'il n'a pas voulu 
dire sera facilement compris par 
ceux qui l'ont observé avec un peu 
d'attention. Quelques personnes le 
soupçonnèrent, dans ce temps-là, de 
faire partie d'une association de jeu- 



26i 



MON 



nés gens qui, se cou\Tant des appa- 
rences du royalisme , fabriquaient et 
vendaient de faux assignats. Ce qui 
pourrait faire croire à la vérité 
de cette assertion , c'est que , dans la 
lettre de M. Guilherniy que nous 
avons citée , il est encore dit que 
Montgaillard, qu'il vit alors à Paris, 
s'y occupait beaucoup d'agiotage. 
Dès le mois de juin 1791, un peu 
avant le fatal voyage de Varennes, il 
avait reçu des ministres de Louis XVI 
une mission cachée pour Bruxelles, et 
il déclaia plus tard, à l'époque du 
procès de ce malheureux prince, qu il 
avait été chargé par lui de démentir, 
auprès de 1 archiduchesse gouver- 
nante des Pays-Ras, toutes ses adhé- 
sions et sanctions forcément données 
aux décrets de l'Assemblée nationale. Il 
est peu probable que Louis XVI, qui 
connaissait à peine Montgaillard , 
encore bien jeune, lui ait confié des 
secrets de cette importance; mais il 
est certain que, des-lors , ce jeune 
intrigant était employé dans la po- 
lice secrète du trop crédule monar- 
que, et qu'il en recevait d'assez for- 
tes sommes, bien que, selon ses ha- 
bitudes de mensonge, il ait prétendu 
que c était lui au contraire qui , à 
cette même époque , avait mis aux 
pieds du wi une somme de cent 
raille francs; et qu'il ait même tenté 
de se la faire rembourser par le gou- 
vernement de la restauration !... Il a 
aussi prétendu qu il avait concouru 
aux tentatives qui furent faites, en 
1793, par MM. de Jarjayes et de 
Batz, pour l'évasion de la reine et de 
ses enfants; mais on n'a jamais vu son 
nom figurer à côté de ceux de ces 
zélés royalistes, et, s'il eut alors quel- 
que connaiseance de leurs projets, on 
peut croire que ce fut plutôt pour 
les trahir et les faire échouer, que 
pour les conduire à leur fin. Ce 



MON 

qu'il y a de plus sûr, c'est qu'aussitôt 
après la révolution du 10 août 1792, 
il entra dans cette police d'espion- 
nage diplomatique qu'organisa le 
nouveau ministre Tondu-Lebrun sous 
les auspices de Danton, et qui eut tant 
d'influence sur nos destinées. Il fit 
alors réellement ])lusieurs vovages en 
Allemagne, sous le nom de comte de 
Montgaillard, qu'il prit pour la pre- 
mière fois, et parut au château de 
Ham en Westphalie , où résidaient, 
après la malheureuse retraite de la 
Champagne, les deux frères de Louis 
XVI. Il se rendit aussi auprès du duc 
de Brunswick, qui n'avait pas renon- 
cé à se mêler des affaires de la Fran- 
ce, et qui recevait encore fréquem- 
ment, de Paris, des émissaires de l'es- 
pèce de Montgaillard. Nous ne pen- 
sons pas que ces courses aient eu 
alors de bien grands résultats, mais 
elles ajoutèrent beaucoup au crédit et 
à finfluence de celui qui les fit pour 
la diplomatie révolutionnaire. On lui 
confia bientôt les plus importantes et 
les plus secrètes négociations. Il n'a- 
vait eu que peu de part à celles des 
Prussiens en Champagne ; mais il joua 
un des premiers rôles dans celles qui 
s'ouvrirent avec l'Autriche, à la fin 
de l'année 1793 , et qui se prolon- 
gèrent jusqu'au mois de mai 1794. Il 
fit dans cet intervalle plusieurs voya- 
ges de Paris à Bruxelles, et «i l'on 
considère que plus de trois cent mille 
hommes étaient en présence sur la 
frontière du Nord, où féchafaud était 
dressé dans toutes les villes, mena- 
çant incessamment les transfuges et 
les émigrés, on comprendra que, s'il 
n'eût pas été muni par les puis- 
sances belligérantes de pouvoirs et 
d'autorisations positives, il lui eût été 
impossible de faire de pareils voya- 
ges. Nous avons entendu dire à plu- 
sieurs émigrés français qui se tiou- 



MON 



MON 



26S 



vaient alors à Bruxelles, et notam- 
ment à l'abbé de Pradt, que rien ne 
les étonna davantage que d'y voir 
un jour arriver Montgaiilard, disant 
hautement qu'il venait de Paris, où 
quelques jours auparavant il avait 
vu Robespierre, Barère , Saint-Just , 
etc. , que , selon lui , ces messieurs 
n'étaient pas aussi intraitables qu'on 
semblait le croire. Ensuite nous 
avons lu, dans une page de son his- 
toire de la révolution, qu'à la même 
époque de 1794, il eut des conversa- 
tions avec le comte de Mercy-Ar- 
genteau. La date est précieuse , car 
c'est en 1794 que Mercy-Argenteau 
( voy. ce nom, LXIIf , 468) fut 
chargé , avec le comte de Trautt- 
mansdorff, de suivre ces négocia- 
tions dont le secret a été si long-temps 
impénétrable, et qui eurent sur les 
destinées du monde une si haute in- 
fluence. L'abbé de Pradt, homme d'es- 
prit et de savoir, par qui nous avons 
entendu raconter plus d'une fois ce 
qu'il en avait appris de la bouche 
même du comte de Mercy-Argenteau, 
ne doutait pas que Montgaillard 
n'eût été, auprès des négociateurs au- 
trichiens, le mandataire du comité 
de salut public et le principal agent 
de Maximilien Robespierre, dont M. 
de Mercy ne parlait alors qu'avec 
beaucoup de ménagement, l'appe- 
lant toujours monsieur de Robespierre. 
Montgaillard a encore dit lui-même, 
dans plusieurs passages de ses nom- 
breuses publications , que , se ren- 
dant à Bruxelles , en 1794, il avait 
été arrêté par les avant-postes autri- 
chiens , qu'après un sérieuK exa- 
men, il avait été conduit devant l'em- 
pereur, venu récemment dans les 
Pays-Bas, qu'il en avait été très-bien 
accueilli et aussitôt remis en liberté. 
Or il est bien sûr qu'à cette époque 
l'empereur François n'eût fait un pa- 



reil honneur à aucun Français de 
quelque rang, de quelque parti qu'il 
eût été, et il fallait de bien puis- 
sants motifs pour l'y déterminer en- 
vers Montgaillard ! Lorsque les ar- 
mées autrichiennes eurent évacué les 
Pays-Bas, en conséquence des conven- 
tions de Bruxelles, et que le comte de 
Mercy fut parti pour l'Angleterre, 
Montgaillard voulut également s'y 
rendre. Mais il avait été prévenu dans 
ce pays par des articles de journaux 
qui l'accusaient de jacobinisme, il fut 
arrêté; puis, après s'être expliqué 
avec le ministère, auprès duquel le 
comité de salut public l'avait proba- 
blement accrédité, il fut mis en liberté 
et passa trois mois à Londres, où ses 
propositions ne furent pas aussi bien 
accueillies qu'à Bruxelles, puisqu'on 
le força de retourner sur le conti- 
nent. Alors il se rendit à La Haye, 
puis à Hambourg, où il fit imprimer 
quelques brochures politiques, où il 
vit Rivarol qu'il avait connu à Paris, et 
qui lui rendit des services qui ont été 
payés d'ingratitude. De Hambourg il 
alla jusqu'à Vérone, où résidait le roi 
Louis XVHI; et, muni des pouvoirs 
de ce prince, il alla négocier à Vienne 
réchange de la fille de Louis XVI 
qu'il ne put obtenir, mais que l'on 
devait bientôt accorder à un négo- 
ciateur plus heureux. Quant à Mont- 
gaillard, s'il faut l'en croire, il fut 
encore une fois assez bien accueilli 
de l'empereur en personne ; mais il 
n'obtint du ministre Thugut que 
cette froide question: « De quelle uti- 
" lité sera pour nous la délivrance 
« de Madame? » Et dès le lende- 
main, on lui signifia l'ordre de s'é- 
loigner. Après cet échec auquel nous 
pensons qu'il fut peu sensible, il 
se rendit à l'armée du prince de 
Condé , qui était dans le Brisgaw , 
sur les bords du Rhin. Pour un ob- 



266 



MON 



servateur, un agent d'intrigues tel que 
lui, c'était, il faut en convenir, un fort 
bon théâtre , une mine excellente à 
exploiter. Sans avoirjamaisvule prin- 
ce, il se présente à lui effrontément, 
lui parle de ses rapports avec Louis 
XVI, avec Louis XVIII, des services 
qu'il leur a rendus, et devient pres- 
que aussitôt son secrétaire, son confi- 
dent le plus intime, au point qu'il est 
mis dans le secret le plus important, 
le plus grave que pût avoir la cause 
du royalisme, celui des négociations 
avec Pichegru, qui venait de se met- 
tre tout entier à la disposition du roi 
et du prince de Condé. L'appui de ce 
général pouvait certainement alors, 
sans peine, faire tiiompher une cause 
que toutes les circonstances concou- 
raient à favoriser. Les plus brillantes 
promesses lui étaient faites, et de son 
côté, il témoignait le plus entier dé- 
vouement. Montgaillard n'ignora rien 
de tout cela, et quand Louis XVIII, 
forcé de quitter Vérone, arriva à 
l'armée de Condé, ce fut lui qui don- 
na tous les renseignements, toutes les 
instructions, et qui dirigea la corres- 
pondance avec le général de la ré- 
publique. Il eut de fréquents rap- 
ports avec le prince, qu'il connais- 
sait depuis long-temps, et qui lui té- 
moignait une grande confiance. Mais 
cette affaire de Pichegru, qui pouvait 
être si belle, si utile pour la cause des 
Bourbons, traîna beaucoup trop long- 
temps par les hésitations du prince de 
Condé, l'intervention des Anglais et 
celle des Autrichiens, qui voulurent la 
faire tourner à leur profit plus qu'à ce- 
lui de la France, ainsi que le prévit 
Louis XVIII, qui avait défendu qu'on 
leur en donnât connaissance, mais 
qui n'en fut pas le maître. Le gou- 
vernement de la république française 
en fut bientôt informé et l'on ne peut 
guère douter que ce ne soit par 



MON 

Montgaillard. Si ce gouvernement 
n'osa pas dès-lors renverser Pichegru, 
tant l'influence de ce général était 
grande, il le fit du moins surveiller 
avec tant de soins et l'environna de 
tant de précautions et de défiance que 
le succès de la conspiration devint de 
plus en plus impossible. Alors il ne 
resta plus rien à faire pour Mont- 
gaillard auprès des trop crédules 
princes. Il a prétendu que ce fut dans 
ce temps-là qu il lui vint des scru- 
pules sur les services qu'il rendait à 
des ennemis de la république. Sous 
prétexte de sa santé, il se retira à 
Anspach, puis à Munich, et enfin à 
Venise, où il arriva le 2 septembre 
1796, et où il conçut, a-t-il dit enco- 
re, la pensée de jouer le rôle d'espion 
du prince de Condé, auprès du mi- 
nistre de la république française Lal- 
lemand, en même temps qu'il dévoi- 
lerait à celui-ci les secrets du parti 
royaliste, tout en se ménageant la 
confiance du prince de Condé et pa- 
raissant se prêter aux desseins de 
d'Antraigues, agent de Louis XVIII à 
Venise. Il a prétendu depuis, dans ses 
Mémoires, qu'il en avait agi ainsi pour 
échapper à la perfidie de celui-ci , 
qu'il détestait et qu'il a toujours re- 
présenté comme un traître et un 
homme fort cupide. La vérité est 
que ce fut alors qu'il révéla au mi- 
nistre Lallemand tous les secrets du 
prince de Condé et de Louis XVIII, 
et qu'il lui en remit les preuves 
écrites , qui furent envoyées à Paris , 
où le Directoire les fit imprimer et 
publier à l'époque du 18 fructidor. 
Ce fut ainsi qu'il causa le ren- 
versement du parti royaliste prés de 
triompher, et la déportation de Piche- 
gru et de ses amis dans les déserts de 
la Guyane. Après cette infâme trahi- 
son, Montgaillard revint auprès du 
prince de Condé, se fit compter ses 



MON 

appointements échus depuis son dé- 
part, et reprit tranquillement le che- 
min de la Suisse. S étant arrêté quel- 
ques jours à Soleure, les magistrats , 
qui avaient reçu des avis , l'obli- 
gèrent à s'éloigner. Le prince de 
Condé ayant aussi conçu quelques 
soupçons , fit courir après lui, pour 
qu'il rendît les papiers que l'on 
croyait être encore dans ses mains : 
mais il avait tout-à-fait levé le masque, 
et il ne voulut rien rendre. Étant 
allé aussitôt à Hambourg, il y remit 
au ministre de la république fran- 
çaise, Roberjot, tout ce qui lui restait 
des papiers du prince de Condé , 
de Louis XVIII, et il y ajouta des dé- 
tails et des 1 enseignements qui miient 
le comble à sa trahison et à son op- 
probre. On ne pourrait pas croire 
à tant d'infamie, s'il n'avait pris 
soin de l'imprimer, de le publier lui- 
même dans les Mémoires que nous 
avons cités. Après cette nouvelle tra- 
hison , Montgaillard j)assa encore 
plusieurs années en Allemagne, mais 
il s'y tint caché, évitant soigneuse- 
ment les émigrés royalistes, qui a- 
vaieut connaissance de ses turpitu- 
des, et dont il craignait le ressenti- 
ment; car c était un homme essen- 
tiellement lâche et qui tremblait à 
l'aspect d'un bâton. On pense bien 
qu'il fut toujours largement payé et 
soudoyé par le gouvernement révo- 
lutionnaire de France. Il le fut bien 
mieux encore, sans doute, quand on 
le fit venir à Rastadt, où , initié 
comme il l'était dans les plus pro- 
fonds secrets de la diplomatie euro- 
péenne, il dut être d'un grand se- 
cours à Roberjot , qui l'avait connu 
à Hambourg, et dont il parle avec 
une grande admiration dans son His- 
toire de la révolution. Après la 
dissolution du congrès , il vint à 
Paris, et il fit encore arrêter, et 



MON 



267 



par conséquent fusiller, par ses dé- 
lations et ses perfides renseigne- 
ments, quelques émigrés qui avaient 
eu le malheur de le connaître dans 
l'étranger. Un peu plus tard , voulant 
qu'il rendît plus commodément de 
pareils services, le ministre Fouché le 
fit mettre, ainsi que son frère l'abbé, ou 
l'historien dont l'article suit, à la pri- 
son du Temple, où il fut, au milieu de 
beaucoup de Vendéens, un véritable 
mouton, c'est-à-dire l'espion secret 
de tous les autres prisonniers. Après 
avoir passé près d'un an dans cette 
ignoble position, il en sortit lorsque 
la conspiration de Georges Cadoudal 
et de Pichegru vint lui donner une 
occasion de servir plus utilement en- 
core la police, et de rendre son nom 
plus fameux. On ne peut guère douter « 
que, dans cette affaire, il n'ait très-effi- 
cacement et avec beaucoup de zèle, 
aidé et guidé la police consulaire pour 
la découverte et l'arieslation des con- 
jurés, dont la plupart lui étaient par- 
faitement connus; mais ce qui ajoYita 
davantage à son odieuse célébrité, ce 
fut la publication de sa brochure iîi- 
tituléc : Mémoire concernant la tra- 
hison de Pichegru dans les années 
1794-95. Cet ouvrage, qu'il signa de 
son nom , fut imprimé par les pres- 
ses du Gouvernement, il a dit qu'il 
était composé depuis 1798, mais cela 
est peu probable; tout indique, au 
contraire , qu'il ne le fit et ne le pu- 
bha , par les ordres de la police, 
que pour assurer la perte des conjurés 
et le triomphe du gouvernement con- 
sulaire, qui voulait surtout arriver à 
la condamnation et à la mort de Pi- 
chegru et de Moreau. Montgaillard 
fit tout ce qui fut en son pouvoir 
pour établir la culpabiUté de ce der- 
nier, et il l'accusa positivement, dans 
plusieurs endroits de sa brochure, qui 
excita au dernier point l'indignation 



268 



MON 



de tous les partis. Il en était venu de- 
puis long-temps à un tel degré de 
cynisme et d'efFronterie, qu'il ne pa- 
rut étonné ni affligé de cette indigna- 
tion universelle; et qu'il publia aus- 
sitôt après, dans le même but et le 
même esprit, une autre brochure, 
intitulée .- Mémoires secrets, qu'il ne 
manqua pas d'offrir , selon sa coutu- 
me, à tous les hommes puissants, 
notamment à Joseph Bonaparte, avec 
une lettre d'envoi qui a été publiée, 
et dans laquelle il pria le nouveau 
prince dagréer l'éternelle gratitude 
des bienfaits augustes dont sa majesté 
impériale avait bien voulu le com- 
bler. Le gouvernement impérial , qui 
commençait sous de tels auspices , 
avait fait imprimer ces brochures à ses 
frais dans son imprimerie, et l'édition 
entière en avait été remise à Mont- 
gaillard qui en recueillit tous les pro- 
fits. On lui donna encore d'amples 
gratifications, et depuis il reçut, très- 
régulièrement, de la caisse du minis- 
tère des affaires étrangères, une pen- 
sion de douze mille francs qu'il a 
conservée jusqu'à sa mort et sous tous 
les gouvernements qui se sont suc- 
cédé, même celui de Louis XVIII, 
dont il avait fait dans cette brochure 
un portrait si perfidement injurieux... 
" Sans courage, sans énergie et sans 
" bonne foi , disait-il, ce prince sera 
" toujours le plus grand obstacle à 
" ce que l'on entreprendra pour lui; 
«' il a la pédanterie d'un rhéteur, 
« et son ambition est de passer pour 
•< un homme d'esprit; je ne le crois 
« susceptible ni d'un sentiment gé- 
<• néreux, ni d'une résolution forte. 
" Il craint la vérité et la mort. En- 
« touré de ruines et de flatteurs, il 
« n'a conservé, de son ancien état, 
" que l'orgueil et les vices qui l'en 
» ont fait descendre... Frémissant à 
<■ la vue d'un faisceau de piques, il 



MON 

" prononce sans cesse le nom de 
« Henri IV! Intrigant dans la paix, 
« inhabile à la guerre; jaloux à l'excès 
« d'un triomphe littéraire, et non 
" moins avide de richesses que pas- 
« sionné pour la réprésentation; en- 
" nemi de ses véritables amis, esclave 
« de ses courtisans; ombrageux et 
« défiant, superstitieux et vindicatif; 
<< toujours double dans sa politique, 
" et faux Jusque dans les effusions 
" de son cœur, tel est le comte de 
i< Lille, que le hasard avait placé si 
u près du premier trône de l'univers, 
■< sans lui donner aucune des qualités 
" qui commandent le respect et qui 
i< gagnent l'amour du peuple. Nul 
«' donte que, dans les temps même 
" les plus heureux , il n'eût laissé 
Il échapper de ses mains les rênes de 
« l'empire. Son régne eût été celui 
M des favoris, et la France aurait eu à 
" supporter à la fois toutes les pc- 
« titesses du roi Jacques, toutes les 
u profusions de Henri III... « Certes 
on ne peut nier qu'à côté de quelques 
traits exagéiés et calomnieux, il n'y 
en ait là quelques-uns d'assez res- 
semblants. Mais lorsque ce portrait 
fut publié, il excita d'autant plus de 
réclamations que c'était l'époque où 
Louis XVIII venait de se rendre plus 
que jamais, par son courage et sa 
fermeté, digne du trône qu'on vou- 
lait lui ravir {v. Louis XVIII, t. LXXII, 
139). Montgaillard ne l'ignorait pas ; 
mais il obéissait aux ordres de celui qui 
avait envoyé en Pologne des assassins 
et des empoisonneurs, il en recevait 
de l'or à pleines mains... Depuis cette 
époque il vécut fort paisible et fort 
à son aise dans la capitale, ne faisant 
plus que de temps à autre quelques 
rapports au maître et quelques bro- 
chures dont les éléments lui étaient 
envoyés du ministère des affaires 
étrangères. Une de ces brochures 



MON 

fut intitulée : Fondation de la qua- 
trième dynastie , ou de la dynastie 
impériale. Il a déclaré lui-même qu il 
la composa et la publia par ordre de 
Bonaparte. Il en écrivit encore plu- 
sieurs autres du même genre, dans le 
même but; et ce fut ainsi qu'il arriva 
au temps de la restauration, en 1814. 
On crut alors qu'il allait disparaître 
pour toujours de la scène politique, 
et que c'était particulièrement pour 
les gens de son espèce qu'était pro- 
clamé si haut le système de par- 
don et d'oubli ; mais il n'en fut 
rien , et l'on va voir qu'il était 
loin de chercher à se faire oublier. 
L'historien Gallais, ayant alors dit, 
dans son histoire de Bonaparte , 
que la police impériale avait envoyé 
MontgaiUard en Angleterre pour y 
assassiner les Bourbons; cet homme, 
que l'on ne croyait occupé que de 
fuir ou de se cacher, parut tout-à- 
coup devant les tribunaux , et il y tra- 
duisit Gallais comme calomniateur. Ne 
se voyant point appuyé par ceux 
dont il avait cru défendre la cause, 
cet écrivain fut obhgé de mettre fin, 
par une transaction , à un procès oi« 
il était d'autant plus exposé à suc- 
comber, qu'il apprit que son adver- 
saire jouissait de la plus grande fa- 
veur auprès du roi, qu'il avait été au- 
devant de lui, à Corapiegne , le 29 
avril 1814, et qu'il en avait été fort 
bien accueilli. " Votre majesté a trop 
« d'esprit pour ne pas m'avoir com- 
" pris » , lui avait-il dit ; et Louis 
XVni avait paru si bien persuadé, 
qu'après une longue conférence, il 
lui avait or</onne de rédiger une bro- 
chure dont MontgaiUard a raconté 
lui-même qu'il remit le manuscrit, 
quelques jours après, au directeur 
de la police Beugnot qui le soumit 
au roi, lequel le lut, y fit des addi- 
tions et le rendit pour qu'il fiit impri- 



MON 



269 



mé sans passer à la censure, ce qui 
fut ponctuellement exécuté. Cette 
brochure de 160 pages parut dans le 
mois de juin suivant, sous ce titre: 
De la Restauration de la monarchie 
des Bourbons , et du retour à l'ordre. 
Quelques pages furent vivement cri- 
tiquées par les journaux royalistes, et 
MontgaiUard a déclaré plus tard, 
dans une de ses publications, que ces 
pages étaient précisément celles que 
le roi avait ajoutées au manuscrit. On 
doit penser que le collaborateur de 
Louis XVIII ne perdit pas ses peines 
dans cette occasion, et qu'il en fut 
largement payé. Alors il garda le si- 
lence, qui, sans doute, lui était or- 
donné; mais, plus tard, il s'est hau- 
tement vanté de tout cela. Nous ne 
savons pas ce qui se passa encore 
dans cette entrevue si inexplicable de 
Louis XVm et de son ancien confident ; 
ce qu'il y a de sûr, c'est que la pen- 
sion impériale fut continuée à celui- 
ci, peut-être même augmentée, et 
qu'il put vivre en paix sous la pro- 
tection des Bourbons, comme s'il 
eut passé sa vie à les servir et à 
les honorer. On conçoit la surprise 
de ceux qui connaissaient les antécé- 
dents de MontgaiUard. Craignant que 
l'indignation publique ne forçât enfin 
le gouvernement royal à le traiter 
comme il le méritait, il prit le parti 
de dénier les écrits qu'il avait autre- 
fois signés